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˜˜˜˜˜˜Le chemin des Fantômes.
maybe life should be about more than just surviving


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13/09/2016 Anticarde 2127 Evan Peters Varghounette ♥ (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) - Ashiri ♥ (picspam) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 0
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Le chemin des Fantômes.
Jeu 15 Déc - 22:07

Le chemin des Fantômes.


C'est le même rituel chaque nuit, lorsque l'empoisonneur quitte son échoppe. Taraudé par l'idée de retrouver ses collections éventrées, ses coffres pillés, ses bocaux éclatés par quelque ennemi vengeur, Cassian Saada s'enhardit à élaborer des pièges discrets pour veiller au chevet de ses horreurs. Des pièges similaires à ceux que l'on tend aux animaux de la forêt. Des mâchoires métalliques, calfeutrées dans l'obscurité, dont les dents d'acier ne rêvent que de chairs molles. Quelques fumigènes élaborées à partir de minerais et de métaux lourds, abrasifs pour vos délicates bronchioles pulmonaires. Et tant d'autres bassesses, qui varient au gré de son imagination. De quoi dissuader les esprits frappeurs, en plus des portes massives qui condamnent le cœur de son atelier, à force de serrures aux engrenages archaïques. Contrôler chacune de ses souricières prend du temps, mais c'est sans doute ce rituel scrupuleux qui permet à Cassian d'abandonner son échoppe avec une once de sérénité, sachant ses odieux secrets à l'abri. Dans sa gibecière, il a emporté de quoi étudier, pour brûler les menues heures qu'il passera à la demeure familiale. Des carnets de notes raturés, quelques prélèvements sous verre, des manuscrits empiriques, de quoi le distraire de ses fantômes.

L'aurore poindra dans une heure, et déjà les astres se sont volatilisés, emportés par les premières pâleurs. La cité de Feu dort encore, ses murs de pisé nimbés d'un bleu égyptien, les tours du palais royal dardant les nuées pareilles à des éruptions de lapis-lazuli. Cette nuit a écoulé à son comptoir son lot d'âmes furieuses. Quelques femmes déshonorées, une poignée d'enfants reniés, quelques braves commerçants désireux d'évincer la concurrence, parfois un esprit torturé sans mobile valable. Peu importe. Il ne lui appartient pas de les juger. Ces bonnes gens ne viennent jamais le voir en personne, ou rarement. Ils dépêchent par les rues enténébrées des émissaires encapuchonnés, dont la plupart rapportent au maître poison des descriptions physionomiques pointues des gêneurs. Lorsque les cas se révèlent épineux ou lorsqu'ils suscitent de son intérêt, il arrive au sorcier de se déplacer en personne de manière anonyme pour s'en aller étudier sa victime de plus près. Ses particularités physiques. Chaque symptôme latent susceptible d'être promu, développé, embelli mortellement.

Le cas qui a retenu son attention, cette nuit, est celui d'un tendron que le destin poussait à reprendre l'épicerie de ses parents. Elle se serait volontiers laissée aller à ce sort prospère si n'était pas sorti des limbes un bâtard de bon aloi, venu revendiquer l'affaire familiale. Tuer par le poison un adolescent de seize ans n'est pas une mince affaire, voyez vous. C'est qu'à cet âge, le corps est plein de vigueurs cachées, le corps n'est qu'une cohorte d'organes turbulents que les vices de l'homme n'ont pas encore gâté, le corps est une pompe barbare qui évince les toxines les plus subtiles. Malgré ça, Cassian est persuadé que ce jeune freluquet a une faille, quelque part, qui est passée inaperçue, mais s'en aller examiner lui-même sa proie est toujours une entreprise risquée. Les gens le connaissent peu ou prou, ont eu vent de ses manigances nocturnes, optent pour des détours inventifs lorsqu'il s'agit d'esquiver son regard, toujours de mauvaise augure. Il ferait mieux d'expédier cette histoire en un tournemain avec les grands classiques de sa pharmacopée, sans art. A moins qu'il ne s'autorise une petite fantaisie en usant par exemple d'un sympathique émétisant, à administrer au soir tombant, pour simuler les excès d'une beuverie ignoble ? Le coeur sain de l'empoisonneur vacille.

Les pensées égarées dans des chimies léthales, Cassian descend silencieusement la rue de son échoppe. A cette heure, il devine qu'une effervescence naissante, composée de marchands matinaux et de noceurs éméchés doit grouiller dans les venelles de la cité, aussi choisit-il d'effectuer un large détour afin d'éviter places populeuses, quartiers mal famés et artères commerçantes. Un chemin de fantômes, de chiens errants, d'orphelins craintifs et de vent fade. Rien qu'un ruban de terre brûlée zigzaguant entre des entrepots silencieux, au large de taudis à moitié abandonnés. Un univers de silence, où on entend le crépuscule murmurer dans l'air. Paisible jusqu'alors, le visage de Cassian se durcit quand il discerne une autre silhouette que lui débouler à l'autre bout du chemin. Par habitude, il rabaisse sa capuche sur ses traits méfiants et esquisse quelques pas de coté. Abandonnant ses dilemmes d'empoisonneur et son univers de molécules colorées, tous ses sens s'éveillent, se mettent en alerte. Il a trop d'ennemis à la cité pour accueillir d'un bon oeil ce genre de rencontre fortuite.

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28/07/2015 avengedinchains 1150 Rose Leslie sign by ALAS Mercenaire et voleuse 11
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Sujet: Re: Le chemin des Fantômes.
Ven 13 Jan - 22:27



LE CHEMIN DES FANTOMES
astrid&cassian
Qu’est-elle devenue depuis qu’elle a eu l’occasion d’écarter les cuisses pour Sven ? Aucune idée. Elle n’y réfléchit pas vraiment. Ce n’était qu’une bien maigre petite chose, il faut dire, bien que bousculée par l’acte en lui-même. Il faut dire que la jeune femme n’a jamais eu l’occasion d’avoir ce genre de rapport avec un esclave. Retenue par une éthique irréprochable, il lui était considérablement impossible d’aller contre ça. Astrid fait toujours attention à ce qu’elle fait pour que sa situation et sa position soient bien placées. Tom le voulait et il a, à plusieurs reprises, fait en sorte que certaines de ses relations désobligeantes prennent fin. Il voulait tout ce qui était bon pour elle, finalement. Et c’était sans doute la chose la plus importante que tout ceci pouvait bien mettre en place. Et impossible de se formaliser pour aussi peu de chose n’est-ce pas ? Le point le plus important de tout ceci, c’est qu’en plus, la jeune rousse n’a jamais été dans une situation comme celle-ci. La dame qui domine, la dame qui manipule… S’est retrouvée usée par un esclave. Pauvre mercenaire incapable de stopper ses ardeurs. Une première. Elle serre les dents en se redressant dans sa couche. Elle ne trouve pas le sommeil, bien sûr, mais il n’y a rien faire pour que la situation s’améliore. Elle ne sait pas où il est et elle n’a pas non plus envie de courir dans les bras du premier homme qui passe. D’ailleurs, ce n’est pas parce que sa route pourrait une nouvelle fois croiser celle de Sven qu’elle irait le retrouver. C’était une nuit, une seule. Leur relation en est bien loin et elle ne sait même plus qui il est. C’est dire.

Nue, elle s’empare du premier vêtement qui passe. Une robe, évidemment, cousue par Basile comme à chaque fois. Il a refait la totalité de sa garde-robe, il faut dire. Et elle ne risque pas de s’en formaliser parce que ça lui va bien. Epousant les courbes de son corps, sa tenue lui permet également de savourer le contact du vent sur sa chair, moment dont elle ne profite qu’au cours de la nuit. Et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle sort, à chaque fois. La peau pâle de la jeune femme a besoin de la délicatesse du vent pour tenir dans le désert. Vient-elle d’un coin froid et glacial ? Peut-être. Mais elle n’était qu’un bébé et c’est un passé sur lequel elle ne peut guère s’attarder plus longtemps.

Elle sort de chez elle, s’aventure dans les rues de la cité. Un besoin évident, une nécessité déconcertante. La jeune femme sort dès qu’elle le peut pour profiter. Mais elle n’en parle pas, elle n’évoque pas cela auprès des oreilles traînantes qui pourraient se mettre à proférer quelconques stupidités dans le but de la voir exiler. Il ne faudrait pas grand-chose, elle continue de le croire. Et ça n’a absolument rien de supportable. Elle fait avec parce que de toute manière, sa réputation n’est plus à faire et qu’elle parvient à faire taire les sceptiques à l’aide de ses points, la plupart du temps. Mais que pourrait-elle faire hein ? Elle n’est pas acceptée des siens pour une raison qui continue de lui échapper. Elle les regarde, de loin, et elle tente de ne plus leurs prêter attention mais parfois, ce n’est pas simple. Et souvent, ça finit avec les points, c’est un fait. Oh, elle s’en moque, elle aime se battre. Mais tout de même, ne pourrait-on pas tenter de la laisser tranquille, à un moment où elle pourrait éventuellement trouver cela intéressant ?

Un bruit dans l’ombre, une capuche qui se redresse alors que ses pas s’en rapprochent. Elle se saisit de sa lame, elle n’a pas son fouet, de toute manière. Mais pour le coup, ce qu’elle possède est bien suffisant comme ça. Un visage qui cherche à rester cacher dans l’ombre du décor, un visage qui a donc certaines choses à se reprocher, d’une manière ou d’une autre. Comment véritablement savoir hein ? Il n’est pas aisé d’y prêter une quelconque attention, de toute manière. Mais la jeune rousse est d’un naturel curieuse, ses attentions ne marchent pas sur elle. Elle attrape un pas dansant, et elle lui fait face, amusée par toute cette histoire, cherchant à se faire amusée, du moins. Et elle ne voit pas pour quelle raison elle se prendrait la tête avec ça parce qu’il faut bien avouer que ça n’aurait pas de sens particulier. Et une fois devant l’homme qui se cache, elle prend la parole. Il ne faudrait pas qu’elle cherche à révéler son visage. Et s’il se cache, peut-être que le coincer lui rapporterait un peu d’or ? « Pourquoi dissimules-tu ton visage, étranger ? ». Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’il n’est pas aussi étranger qu’elle ne semble le croire.
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13/09/2016 Anticarde 2127 Evan Peters Varghounette ♥ (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) - Ashiri ♥ (picspam) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 0
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Re: Le chemin des Fantômes.
Ven 27 Jan - 23:52

Sur le fil de l'horizon, la silhouette anonyme se met à danser comme un feu follet. Cassian reconnaît dans la balance de ses hanches, dans le fuselage de ses jambes, dans le roulis de ses épaules, dans le chuintement d'un taffetas bercé de sirocco, bien plus que la physionomie musicale d'une jeune femme. Il connaît, cette démarche sinueuse. Longtemps, il a marché, couru derrière elle. Souvent, il l'a hélée alors qu'elle s'amusait à le semer dans l'imbroglio poussiéreux de la médina. C'était il y a quelques années à tout rompre. Pourtant, cette époque lui paraît lointaine, hors de portée. Morte et enterrée. Les souvenirs épars qu'il en garde semble les rémanences fugitives d'une vie antérieure.

Tout était si différent, alors. C'était l'époque où Cassian sortait fraîchement des jupes de sa mère. Où l'énergie torride de l'adolescence lui fouettait le sang, l’amenait à défier crânement le monde entier. L'époque où ses terreurs profondes et subtiles n'avaient alors aucune prise sur cette vie grand train, qu'il remplissait de victoires illustres, de coups d'éclats sonores, de hauts faits qui rivalisaient d'horreurs et de scandales, juste pour le plaisir d'ourdir son nom sur toutes les lèvres. C'était l'époque où, des peurs bleues que lui inspirait la foule monstrueuse, il se défendait en attaquant le premier, fondant dans les masses furieuses, criant plus fort que tous. Alors, il abreuvait sa soif maladive de reconnaissance en relations pipées, achetées, bradées. Il collectionnait des hordes d'amis qui l'auraient suriné, eût-il manifesté un moindre signe de faiblesse. Et puis, quand ses forces s'étaient fissurés, quand il avait trébuché, toute cette mise en scène grotesque s'était écroulée sur lui. Il était devenu la risée des hyènes, la cible des quolibets. Ses frayeurs dormantes, qui n'avaient jamais cessé de le pourchasser, qui n'avaient jamais cessé de grossir dans son ombre de fuyard, s'étaient alors refermées sur lui à jamais.

Elle appartenait à cette époque, Astrid. Elle ne l'a jamais vraiment trahi, d'ailleurs. Elle a sans doute été l'une des dernières debout, alors que tous ses prétendus camarades retournaient leur chemise. Si quelques menus contacts ont persisté, la revoir, même furtivement, le renvoie toujours à ces souvenirs déchus de gamins cascadeurs. Malgré ce qu'il s'est passé, malgré le sang versé, malgré le poids éreintant de certains secrets, les premières images qui le frappent sont celles des quatre cents coups qu'ils ont pu faire. De ces nuits entières, à funambuler sur les faîtes et les terrasses rouges de la Cité de Feu. Bien sûr, qu'elle ne pouvait pas passer son chemin, tout simplement. Elle a toujours été curieuse, un brin retorse, une renarde animée de subterfuges. Elle a toujours été attentive, au monde qui l'entoure, avide de percer l'âme des inconnus qui croisent sa route, le secret des portes verrouillées, se tenant prête à exploiter chaque faille. En cela, ils se ressemblaient. Et à la voir lui faire face, forte d'un aplomb provocateur, Cassian se dit que leurs jours de maraude ne sont pas si loin.

Il reste un instant mutique devant son assignation. Immobile, on croirait un fantôme, pantois d'avoir été remarqué par une mortelle. Une partie de lui aimerait s'évanouir dans la nuit vieillissante pour ne pas avoir à affronter le malaise d'un face à face. L'autre a envie de céder à la nostalgie tiède qui l'appelle. Cette vie était si colorée, eu égard le quotidien monacal dans lequel il s'est claquemuré.

"Pour qu'on m'oublie." Répond t-il avec rancœur. Une réplique aux accents dramatiques, qui pourrait prêter à rire tant il semble se complaire dans son rôle de paria.

Cela a tout l'air d'une réprobation, quand bien même les tensions qui les ont séparées n'ont rien d'unilatérales. Qui évite qui ? Si c'est elle qui s'est éloignée la première, endoctrinée par son crétin de mentor aujourd'hui envoyé ad patres, n'est-ce pas lui qui a martelé cette distance, ce silence, s'ingéniant à l'esquiver autant que faire se peut ? C'est si difficile, de regarder dans les yeux une personne chère à qui on a fait du tort de manière irraisonnée. On a toujours l'impression que nos pensées pourraient s'esbigner, que notre crâne n'est pas parfaitement insonorisé. On a toujours l'impression que notre regard nous trahit, que dans nos prunelles défilent les scènes inavouables que nos lèvres retiennent à coup de morsures étouffées. On a toujours l'impression que subsistent sur nos mains d'étrangleur les macules opiniâtres du sang des cadavres, laissés dans notre sillage. D'ailleurs voilà le Sorcier se frottant distraitement le dos de la main, comme pour décaper quelques éclaboussures vieilles d'une année.

"Mais c'est sans compter les fureteurs de ton acabit, Astrid." Articule t-il du bout des lèvres, se permettant de la chiner. Comme au bon vieux temps. Sans ôter totalement sa capuche, qui l'immerge d'ombres confortables, Cassian lève le menton, offrant à la lune une bonne parcelle de son visage. Que dire, à présent ? Leurs derniers échanges remontent à plusieurs mois. Il était venu lui présenter ses condoléances pour Tom. Elle l'avait aussitôt envoyé sur les roses, avant que de revenir pour tempérer le tranchant de son rejet, ces maladresses mutuelles plongeant la carcasse de leur amitié dans un flou artistique. "J'étais pourtant persuadé que j'étais désormais invisible pour toi. C'est drôle..." Lâche Cassian. Une petitesse, à vrai dire. Un reproche éhonté, à peine masqué, alors qu'il se sait aussi fautif qu'elle. C'est sans doute l'amertume, qui le rend acerbe. C'est le regret de leur complicité perdu dans les limbes, qui le rend mauvais comme la gale. Après quelques secondes de battement, néanmoins, l'empoisonneur semble vouloir modérer son brocard brûlant, bien conscient de sa mauvaise foi. Baissant les yeux, comme coupable de la gratuité de ses indécrottables piques, il ajoute d'une voix plus pondérée : "Euh... Comment... tu vas ?" Se rattrape t-il, trébuchant sur des formules bateaux.

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28/07/2015 avengedinchains 1150 Rose Leslie sign by ALAS Mercenaire et voleuse 11
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Sujet: Re: Le chemin des Fantômes.
Sam 11 Fév - 21:58



LE CHEMIN DES FANTOMES
astrid&cassian
Une époque lointaine, une situation à laquelle elle ne pense plus vraiment. Elle regarde de loin, parfois, les personnes qu’elle a pu croiser dans son enfance, mais elle ne s’attarde pas parce que la plupart du temps, elle se permet de ne pas chercher plus loin. Astrid est une adulte, elle est une mercenaire, et Tom lui a répété bon nombre de fois que la meilleure manière de tenir le coup, c’était de rester seule. Que ça empêchait de culpabiliser sur tout et n’importe quoi. L’idée n’est peut-être pas mauvaise, peut-être qu’il avait raison. Peut-être qu’il avait tort. Mais quand on vit sous le toit d’un homme qui a une idée en tête, on ne peut pas toujours faire autrement que de l’écouter. Alors elle a fini par tomber dans le panneau, elle a fini par faire ce qu’il voulait parce qu’il avait une grosse volonté et qu’il était en mesure de l’inciter à faire ce qu’il voulait. Elle n’était qu’une machine, ou presque. Une personne à qui on a laissé entendre que faire les choses comme il faut, ça n’apporte rien. Elle n’a pas tout de suite compris mais elle n’a pas vraiment cherché à aller plus loin. Qu’il choisisse ce qu’il voulait, s’il en avait envie. Et au final, elle était juste convaincue qu’il ne pouvait pas se tromper tant que ça. Alors elle était convaincue qu’il avait raison et elle a tourné le dos à tout le monde. Elle a fait ce qu’on lui a demandé de faire. Plus ou moins.

Malgré quelques écarts, bien sûr. Mais elle ne chercha pas vraiment à l’énerver. Depuis qu’il n’est plus là, elle se convainc qu’il faut faire les choses comme il le voulait mais… Elle est libre, indépendante. Aujourd’hui, elle fait absolument tout ce qu’elle veut et son monde est devenu plus gérable. Dans un sens. Disons qu’à force de s’éloigner des gens, la jeune femme s’est mis à réaliser qu’elle n’avait pas vraiment besoin d’eux. Dans sa bulle étrange aux aspects un peu terni par une solitude et quelques nuits à deux, elle n’a jamais cherché à se prendre la tête plus que ça. Son existence est comme elle est, et elle ne s’en plaint pas. En réalité, lorsqu’elle a besoin de compagnie, elle sait plus ou moins à quels portes il lui faudrait frapper. Mais ce n’est pas pareil. Du moins, pas vraiment. Enfin, elle ne sait pas. Elle n’a jamais entretenu de relation suffisamment poussé pour y réfléchir. L’amitié est un sujet incompréhensible sur lequel elle ne cherche jamais à s’attarder. Alors, tout lui paraît plus simple comme ça. Enfin bref. Le voir lui fait donc vraiment bizarre. Elle ne s’attendait pas à tomber sur Cassian, à tomber sur son passé. Sur une existence sur laquelle elle ne peut plus vraiment s’attarder. C’est un autre monde, une autre part de sa vie sur laquelle elle ne se penche plus vraiment. Mais ça fait bizarre. De le regarder, de le voir. Elle penche légèrement la tête sur le côté, alors qu’elle continue de l’observer. Non en effet, elle ne l’a pas reconnu tout de suite, quand elle s’est avancée vers lui, alors qu’il avait la capuche sur la tête. Mais en étant là, proche, elle voyait un peu plus. Elle n’avait pas besoin de voir le moindre de ses traits pour le deviner. Pas avec le temps passer ensemble par le passé. "Pour qu'on m'oublie.". Et bien sûr, cette voie le confirme. Comment aurait-elle pu en douter hein ? Elle l’observe, encore un peu. Se demandant s’il va décider de retirer ce tissu qui lui couvre la tête. Est-ce qu’il cache une déformation ? Qu’aurait-il pu faire pour que cela arrive ? « Parce qu’il est vraiment possible de t’oublier ? ». La question est sincère, non moqueuse. Elle ne le côtoyait pas souvent et pourtant, il n’y a pas un seul moment où elle ne s’est mise à l’oublier. Il fait partie de son passé mais puisqu’il fait partie de quelque chose, c’est qu’il a existé, n’est-ce pas ?  

"Mais c'est sans compter les fureteurs de ton acabit, Astrid.". Un fin sourire se glisse sur ses traits alors qu’il semble s’amuser, alors qu’il semble jouer un peu. Comme au bon vieux temps. Mais ça reste étrange parce que ça fait un moment qu’il n’est plus vraiment question de ça entre eux, n’est-ce pas ? Elle l’observe, elle ne sait pas vraiment quoi dire mais elle s’amuse parce qu’il ne semble pas avoir changé. Il ne retire pas sa capuche, encore une fois mais il lève le menton et grâce à ça, elle voit se dessiner quelques traits de son visage. Il ne semble pas avoir changé. Il est juste plus adulte, si on peut le dire ainsi. Beau ? Oh, ça, elle n’en a jamais douté mais il n’est guère question de ça ici. Il ne lui a jamais fait d’avance et elle ne court aucun gibier qui puisse avoir quelques réserves. Son égo ne supporte pas les éventuels vents qu’elle pourrait se prendre. Et oui, elle est sélective. Mais souvent, le regard des hommes ne trompe pas. En plus de ça, elle n’aime pas courtiser. Elle aime justement qu’on s’intéresse à elle. Le reste du temps ? Elle s’en passe. « Quelqu’un qui se cache dans la cité, en général, c’est bon pour les affaires ». Une personne qui dissimule son visage, justement, ça attire l’attention. Astrid a toujours fait attention aux détails, elle a toujours fait attention à ce qu’on pouvait bien faire quand elle passe quelque part ou ce genre de chose. Elle se méfie parce qu’à tout moment, un esclave peut décider de prendre le large. Et si elle le chope avant, ça lui fait presque une prime. Après tout.. Ramener un esclave avant que sa tête ne soit mise à prix… C’est assez bien vu chez les nobles. Cela leurs évite de s’afficher. Et il est alors possible de négocier, en général. Mais encore une fois, là n’est pas le sujet.

"J'étais pourtant persuadé que j'étais désormais invisible pour toi. C'est drôle...". Le sourire qui était juste avant sur ses lèvres ne tardent pas à s’envoler en un instant. Il est vrai qu’elle n’a pas vraiment traîné dans son entourage, récemment. Mais les gens devraient pourtant savoir maintenant qu’elle n’est pas digne de confiance. Ils ne semblent pas le saisir mais il serait sans doute temps pour eux de le comprendre. C’est dommage. Le reproche claque. Elle ne lui en veut pas, c’est logique. Mais en parallèle, elle ne voit pas à quoi pourrait bien lui servir de se tracasser de tout ça. Les choses sont comme elles sont. Est-ce qu’il peut vraiment le lui reprocher encore ? Ne sait-il pas qu’elle ne se remet que très peu en question ? « Tu ne sais plus où j’habite ? ». Elle fait une moue innocente, croisant les bras dans son dos, se penchant légèrement avec un sourire sur les lèvres. Comportement d’une enfant qui tente de modifier l’erreur en quelque chose d’autre. C’est stupide pourtant, de dire un truc comme ça, mais elle ne peut s’en empêcher. Qu’il sache ou non où elle habite, ça ne l’a jamais empêchée, elle, de prendre ses distances.

"Euh... Comment... tu vas ?". Il tente de se rattraper et pourtant, la politesse sonne étrangement entre ses lèvres. Une politesse à laquelle on s’attarde peu et vite. Tout le monde demande à tout le monde comment ils vont. Mais ça n’a pas vraiment de sens. Les choses sont comme elles sont et il n’y a rien d’autre à en dire. C’est sans doute mieux comme ça. « Très bien et toi donc ? ». La situation ne se prête pas vraiment à une réponse différente, de toute manière. Ils ne sont plus aussi proches qu’avant.


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Sujet: Re: Le chemin des Fantômes.
Dim 2 Avr - 21:57

Cet interlude a quelque chose d'irréel, ici, dans le silence de la périphérie, dans les ombres grises de l'aube dont le réseau s'émaille, s'évente, dont les assauts refluent dans les récifs de ruelles étroites où croupit une nuit inaltérable. C'est comme un petit bout de son passé qui l'attendait en embuscade, soudain, qui aurait patienté le marasme ambiant du petit jour pour le prendre au dépourvu. Cette rencontre, c'est comme un vertige, un étourdissant volte-face, comme une pensée qui divague sans jamais retrouver le chemin des réalités, nous laissant pantelant et hébêté, pendu entre présent et passé. Il pourrait régner un malaise, mais ce n'est pas tout à fait ça. Certes, Cassian éprouve quelques réticences palpables, tissées de silences rencognés, d'hésitations et de regards fuyants, de syllabes manquées. C'est qu'il existe des non-dits, des gouffres invisibles, des fantômes drapés de suaires maculés qui se tiennent là, juste entre eux, qui crachent des frissons dans l'air, qui entravent l'aisance de leurs échanges. Pourtant, malgré tout ça, la familiarité semble reprendre doucement ses droits. La sincérité rejaillit de source claire. La méfiance qui aurait pu animer les deux adultes qu'ils sont devenus se dissout comme une volute de sang s'estompe dans l'eau limpide. Si Cassian se fend de réponses parfois évasives, de cynismes incultes, Astrid répond du tac au tac, avec toute la vivacité qu'il lui connaît.

« Parce qu’il est vraiment possible de t’oublier ? »
Il sourit, maladroitement, sentant trémuler au fond de son gosier les tressauts vocaux d'un ricanement nerveux. De la part d'un inconnu, il aurait cru à une insolence voilée, à un brocard, mais la voix claire de la mercenaire est plus déroutante. Faisant mine de se gratter la nuque étourdiment, le guérisseur hausse les épaules avec une amplitude sèche, se fendant d'un rauque rire de gorge. Elle enchaîne. Toujours, cet éternel opportunisme. « Quelqu’un qui se cache dans la cité, en général, c’est bon pour les affaires » Une réflexion qui amuse Cassian, qui la verrait presque rajeunir sous ses yeux et lui ressortir ces mêmes propos, d'une voix plus flûtée. "Mauvaise pioche. Pour cette fois." Réplique t-il, laissant choir d'un geste circulaire le capuchon sur ses épaules. Les présentations sont faites. Depuis longtemps.

« Tu ne sais plus où j’habite ? »
"Si. Bien sûr. Mais..." Il hésite, roule des yeux, cherche dans son répertoire de dérobades astucieuses et purement rhétoriques quelque pirouette verbale pour moucher cette question ô combien si simple, si évidente. Choux blanc. Elle a raison, bien sûr. Rien ni personne ne l'a jamais empêché de venir toquer à son huis. Quand bien même lui a t-elle répondu de manière revêche, la dernière fois qu'il s'est rendu chez elle pour lui présenter ses condoléances, tout du moins lui a t'elle répondu, tout du moins lui a t-elle ouvert sa porte à l'heure où le deuil la heurtait de plein fouet. Il connaît son caractère bien trempé, sa fierté de survivante, sa pugnacité de bretteuse, et peut-être ne sont-ils pas si nombreux à pouvoir s'enorgueillir d'avoir suscité un peu de son intérêt en des temps si douloureux, pour elle. Pourtant, un fond d'égoïsme acariâtre l'empêche d'occulter purement et simplement cette médiocre déconvenue. Cassian est bien conscient que cela est ridicule, qu'il devrait passer outre, qu'il aurait sans doute réagi avec moins de dignité qu'elle, moins de sobriété, devant la perte d'un pilier de sa vie. Mais les petites rancœurs qui l'animent ont la dent dure et continuent de tirailler ses nerfs, de gâcher ses instants de lucidité, d’entacher ses réflexions les plus sensées, de corrompre toute la bienveillance que peut lui inspirer l'amitié la plus pure, d'infiltrer son esprit fourbu, privé de quiétude, condamné à la fomentation, à l'ébullition, à la scission. Petites rancœurs. Petites suspicions. Petits doutes, microscopiques, omniprésents. Autant de parasites qui bourdonnent dans ses oreilles et reviennent inlassablement. Passées quelques secondes de silence où nul éclat de génie ne s'invite au bout de sa langue, ne reste à Cassian que l'honnêteté à brandir pour éviter un nouveau silence. Un nouveau silence insupportable.

"Je t'avoue que je ne sors plus beaucoup." Dit-il sombrement, sur le ton d'un aveu. "C'est... peut-être un peu ma façon à moi de couper les ponts avec mon ancienne vie. Beaucoup de choses m'insupportent, maintenant. De plus en plus de choses, tu sais. Déjà qu'à l'époque..."

Déjà qu'à l'époque, il ne supportait pas grand chose. Le rire strident de ses camarades. Les moqueries bonne enfant dont on le houspillait continuellement. Les messes basses, les chuchotis, les murmures bifides qui montaient dans son dos. Les regards en biais, à la dérobée, braseros d'étincelles suspectes. Les manières souvent rustres des fiers-à-bras qui flanquaient leur petite bande de jeunes loups faméliques, impulsifs, tapageurs, sanguinaires. Non, déjà à l'époque, il ne supportait rien de ces sarabandes barbares. Il jouait la comédie, espérant que son rôle de tyran gagne en substance, se mette à exister, vienne l'habiter, le métamorphoser peut-être. Mais il s'est effondré juste avant cette fracassante métempsycose. Cet univers, qui ne fut jamais sien, l'a alors recraché au bord de la crise, plus phobique que jamais, taraudé d'angoisses plus puissantes, de hantises hallucinées, les mains souillées au nom de son amour propre. Ses desseins d'influence, de chef cruel et respecté, gisaient éclatés en mille morceaux. Le Sorcier ne compte pas renouer avec cette vie furibonde. D'ailleurs, jamais il ne lui demandera des nouvelles des mauvais bougres avec qui ils s'encanaillaient. Il aimerait tant oublier leurs noms méprisables, que s'effacent de sa mémoire leurs trognes burinées. Astrid est sans doute l'unique reliquat de cette époque qui l'invite à hasarder une œillade en arrière, qui lui glisse dans le cœur une onde de nostalgie. N'était-elle pas un peu son bouclier, sa béquille, quand bien même l'ignorait t-elle ?

« Très bien et toi donc ? » Lui répond t-elle, sans surprise. Elle a toujours su tirer son épingle du jeu. En toutes circonstances. Elle a toujours su se tailler une place dans les milieux les plus improbables, tomber sous la férule des bonnes personnes, improviser les talents les plus utiles. Contrairement à lui, qui a opté pour la fuite, pour la réclusion, au nom de sa précieuse petite vie. Sourire amer.
"Dans la mesure où je suis toujours vivant, au plus grand déplaisir de certains... J'imagine qu'on peut affirmer que je vais bien." Ironise t-il, feignant la suffisance. "Mais oui, je vais bien. Je vais mieux. Je crois." Reprend t-il, plus sérieux, tâchant de se prêter à plus de sincérité afin de ne pas gâcher les retrouvailles inattendues que leur accorde le Hasard.

Du reste, elle semble avoir bien rebondi, pour sa part. Malgré la perte de Tom, malgré les rudesses qui doivent être le lot de ses missions, malgré les périls qu'elle encourt à empocher toutes sortes de contrats, elle se tient là, dans une robe évaporescente, presque aussi légère qu'une gaze, dont les mailles finement tissées se gorgent d'aurore. Un instant, sa prunelle d'onyx parcourt la silhouette onduleuse de la Voleuse. Il n'a pas l'habitude de la voir dans de tels atours. "C'est nouveau, au fait, ces fanfreluches ?" Gouaille t-il, un demi-sourire accroché au coin de la commissure, arborant presque l'air d'un frère réprobateur. Croisant ses bras sur sa poitrine, Cassian fait mine de la toiser avec hauteur. "Ca change de tes chausses de garçon, avec lesquelles tu escaladais les murs et les coupoles de la Cité... Mais ça ne te va pas si mal." Consent-il enfin.

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Sujet: Re: Le chemin des Fantômes.
Jeu 4 Mai - 16:21

» Le chemin des fantômes
Ne pas s’attacher. Garder des distances. Rester loin et ne pas prendre parti. Les leçons de Tom étaient claires et il faisait son maximum pour qu’elle ne puisse pas partir dans une direction qui n’était pas faite pour elle. Faut dire qu’avec elle, il avait plus ou moins une coquille vide sous la main. Un bébé, une âme dont il pouvait faire absolument tout ce qu’il voulait. Et ça n’avait pas grand-chose d’évident pour tout le monde. Ainsi, chaque leçon qu’il lui fit put lui permettre de démarrer sur une nouvelle base et tout, alors, fut beaucoup plus simple à cerner. D’une certaine manière, du moins. Pour le reste, disons que ce ne fut pas aussi évident qu’elle n’aurait bien pu le vouloir. Sauf qu’il y avait le facteur humain qu’il ne pouvait pas anéantir. Alors bien qu’elle ait fait le maximum pour prétendre que tout allait bien et que tout ce qu’il disait allait bien, ce n’était pas aussi simple que ça. Et ça ne l’a jamais été. Enfin bon, pour le reste, pas besoin de chercher plus loin. Et tout sera alors bien plus facile. Alors quand elle était enfant, elle s’est rapprochée de certaines personnes. Et bien que Tom ait tout fait pour les éloigner, ce ne fut pas une des plus grandes réussites de l’histoire. Enfin bon, pour le reste, il est un peu tard pour s’en prendre aux choses qui ont pu se produire. Ce n’est pas vraiment comme ça que c’est supposé se passer. Un soupir s’échappe des lèvres de la jeune femme alors que son regard glisse une nouvelle fois sur Cassian. Un facteur de cette existence. Tom ne le supportait pas, et à chaque fois que ses pas la dirigeaient vers lui, il lui demandait d’aller dans une toute autre direction. Comme si ça pouvait vraiment fonctionner comme ça. Comme si c’était à lui de décider ce qu’elle pouvait, ou non, faire. Impossible. Et pourtant, elle avalait chacune de ses paroles comme s’il ne pouvait pas avoir tort. Comme si c’était impossible. Elle aura attendu qu’il perde la vie pour enfin choisir de faire sa vie comme elle le souhaitait, pour enfin décider de ce qui était bon pour elle ou ce qui ne l’était pas. Aujourd’hui, elle se permet de croire que tout ce qu’elle fait, elle le fait parce qu’elle en a envie. Mais elle comprend que ça puisse ne pas être aussi simple que ça. Aujourd’hui, disons qu’elle ne laisse plus personne choisir pour elle. Plus personne n’est en position de lui dire ce qui est bien ou ce qui ne l’est pas. Et tout son monde devient alors plus supportable. Sauf qu’il est parfois difficile de revenir sur des erreurs qu’on a pu commettre.

Elle l’observe en tout cas. Ce rictus sur ses lèvres, ses épaules qui se haussent. Cet instant où il se gratte l’arrière du crâne. Oui, elle ne ment pas, ou alors très rarement. Faisant fi de ce que les gens peuvent bien penser de ce qu’elle peut dire. Si ça blesse, à quoi bon le garder pour soi ? Où pourrait alors se trouver le réel intérêt ? Mais la jeune femme ne le cache pas, elle ne l’a jamais oublié. Pourtant, elle n’est pas allée vers lui. Mais il n’est jamais évident de mettre son égo de côté. Et celui de la jeune rousse est relativement imposant. C’est un fait. Quant au reste, oui, elle est quelqu’un de grandement opportuniste. Et ça ne risque pas de changer. Elle l’a toujours été. Et la jeune mercenaire ne crache jamais sur tout ça. "Mauvaise pioche. Pour cette fois.". Visiblement oui. Et pourtant, elle a hâte de voir où cet échange pourrait bien les mener. Une relation comme celle qu’ils ont pu avoir par le passé, ça ne se met pas vraiment de côté. Et en même temps, on ne peut pas vraiment dire que ce soit aussi évident que ça. Une relation proche, une amitié sincère et une ambiguïté parfois palpable. Mais pour le reste, jamais personne n’a vraiment tenté d’y mettre un nom. Et elle ? Elle n’a jamais trouvé tout ça étrange. « En effet. Sauf si tu as quelque chose de valeur dans ta poche ». Un sourire en coin se glisse sur ses lèvres alors qu’elle tente un pas en avant, vers lui. Une taquinerie à peine, bien sûr. Elle n’envisage absolument pas de chercher plus loin. Mais… Il est toujours amusant de jouer comme ça. Et Astrid, c’est ce qu’elle préfère. Jouer. Dissimuler le sérieux d’une situation.

Invisible hein ? Jamais. Et en parallèle, il aurait pu venir chez elle. Il est tellement plus facile de repousser la faute sur l’autre, plutôt que de chercher la raison à tout ceci. Une relation bancale et aux nombreux défauts que voilà. Et pourtant, ils ont très souvent été là, l’un pour l’autre. Et ce n’est même pas prêt de changer, c’est vrai. Astrid n’est pas la personne la plus délicate en amitié, et elle est même fortement capable de tout foutre en l’air, la plupart du temps. C’est une affaire compliquée, en tout cas. Et ça ne risque pas vraiment de changer. "Si. Bien sûr. Mais...". Oui, voilà. C’est un peu pareil pour elle. La fierté l’empêche d’aller vers lui, et lui, il ne fait pas de pas vers elle, non plus. Une affaire complexe, une nouvelle fois. Mais il faut parfois savoir serrer les dents pour réussir à faire les choses comme il faut. Mais ce n’est pas aussi simple que ça. Et de ça, elle en est convaincue. Et ce n’est, d’ailleurs, pas vraiment prêt de changer. Un soupir s’échappe, un regard se baisser. Astrid passe une main dans ses cheveux et à son tour, elle hausse les épaules. Quand il est venu chez elle, il s’est aventuré sur un terrain dangereux. Tom venait de la quitter et elle… Elle ne savait plus où donner de la tête. Abandonnée dans un monde qui ne voulait pas vraiment d’elle, elle n’a pas su garder la tête haute. Et ça fout une claque à l’orgueil, quand on ne parvient pas à donner un sens au monde qui nous entoure. Elle a fini par y parvenir, mais les choses ont mal tourné, dès le départ. Alors elle l’a repoussé, tirant un trait sur un visage amical. Mais ils s’étaient éloignés. Et Tom ne voulait pas qu’elle le voit. Alors dans l’instant, elle n’a fait que cibler ce qu’il voulait. Du moins, elle a essayé. Et il fut simple de lui tourner le dos.

Quelques secondes glissent, s’échappent. Etouffantes et perturbantes. La jeune femme inspire un grand coup et attend. Quoi ? Elle est incapable de vraiment le savoir. "Je t'avoue que je ne sors plus beaucoup.". Elle penche légèrement la tête sur le côté, surprise. Elle, elle passe son temps dehors. Pas uniquement hors de son domicile, plutôt hors de la cité. Elle en a besoin, ce besoin de souffler, de profiter. Elle a besoin de s’éloigner, tout simplement. Et bien que ce ne soit pas toujours évident, elle trouve que c’est toujours plus facile comme ça, voilà tout. "C'est... peut-être un peu ma façon à moi de couper les ponts avec mon ancienne vie. Beaucoup de choses m'insupportent, maintenant. De plus en plus de choses, tu sais. Déjà qu'à l'époque...". Déjà à l’époque, il était un peu compliqué, c’est vrai. Et c’est un des points qui a fait que Tom a voulu qu’elle disparaisse. D’une certaine manière. Qu’elle se crée un trou dans lequel il ne serait pas. Il partait du principe qu’un mercenaire est bien plus puissant et fort quand cela s’avère nécessaire. Mais ce n’est jamais aussi simple que ça. « Oui je vois. Pour ma part, je n’ai pas vraiment changé. Je sors beaucoup… Surtout de la cité ». Elle hausse les épaules. Elle n’a pas vraiment tendance à le dire à voix haute. Tout peut être si facilement pris pour de la trahison ou quelque chose qui y ressemble. Elle qui se faufile hors de la cité ? Non, ça n’a pas vraiment de sens, et c’est une chose qu’elle ne peut que comprendre. A quoi bon aller contre ça, franchement ? Mais elle ne voit pas de réelle raison de cacher cela à Cassian. Il n’irait pas en parler à n’importe qui hein ? Et puis bon, il n’est pas toujours bon de se méfier de tout le monde. La rousse le sait. La rousse a besoin de savoir qu’elle peut parler à certaines personnes. Qu’il n’y a pas que son esclave.

Les maigres politesses se glissent doucement dans la conversation, alors qu’il lui demande comment elle va et qu’elle lui retourne la question. C’est un sujet un peu compliqué, en réalité. Il n’est jamais facile de dire que ça ne va pas et les réponses sont toujours plates et toujours les mêmes. C’est, en général, beaucoup plus simple comme ça. Ou du moins, c’est ce que les gens cherchent à laisser entendre. Bien sûr que tout va bien, pourquoi ça n’irait pas ? Et pourquoi prendre le risque de laisser entendre que ça ne va pas ?C e n’est pas non plus bon, de parler ainsi. Après tout, pourquoi attirer des réponses qu’on préfère éviter ? Pourquoi laisser les gens entendre des réponses qu’ils ne veulent même pas entendre ? Ils posent la question mais de manière générale, il ne sert à rien de vraiment réfléchir, les gens se moquent de la réponse. Pourtant, dans l’instant, elle ne s’en moque pas vraiment, c’est vrai. Elle veut savoir parce qu’ils n’ont rien échangé depuis pas mal de temps. "Dans la mesure où je suis toujours vivant, au plus grand déplaisir de certains... J'imagine qu'on peut affirmer que je vais bien.". Cassian a toujours été une personne à part. Et il n’a pas toujours été accepté par les gens autour d’eux. C’est vrai. Mais ça ne veut pas dire que c’est plus simple. Ce n’est malheureusement pas comme ça que ça fonctionne. "Mais oui, je vais bien. Je vais mieux. Je crois.". S’il le croit, c’est un assez bon début déjà non ? « Si tu le penses, c’est déjà pas mal hein ? ». Elle sourit légèrement, et dans le fond, elle ne voit pas ce qu’elle pourrait dire de plus. Elle se demande même s’il n’est pas plus juste de ne plus faire de commentaire pour ne pas le mettre dans une mauvaise position ou si elle ne veut pas le mettre mal à l’aise. Surtout que ce serait purement gratuit.

"C'est nouveau, au fait, ces fanfreluches ?". Elle rit, légèrement. Baissant la tête pour regarder ce qu’elle porte. Elle ne fait même plus attention. Au début, ça lui faisait bizarre, c’est vrai. Elle avait même parfois l’impression d’être un homme dans un habit de femme. Mais maintenant, elle se sent à l’aise, elle profite. Elle savoure également. Et elle n’a plus la moindre raison de se prendre la tête. Surtout que ça attire l’œil quelque part et qu’en général, on ne fait pas attention à où sont ses mains. "Ca change de tes chausses de garçon, avec lesquelles tu escaladais les murs et les coupoles de la Cité... Mais ça ne te va pas si mal.". Son rire s’intensifie. C’est donc quelque chose qui se rapproche d’un compliment que voilà ? Elle fait un semblant de révérence, un sourire toujours glissé sur ses lèvres. « C’est au goût de monsieur ? ». Elle hausse les épaules, ce ne sont que des habits. Mais il est vrai qu’elle apprécie les compliments, les attentions, les regards et les contacts. Est-ce qu’on peut vraiment le lui reprocher ?


notes » w/ Cassian, dans la cité Rahjak, le 15 décembre 2116.

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Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Re: Le chemin des Fantômes.
Mar 30 Mai - 2:49

C'est un instant de verre. Il existe bien sûr des réserves palpables, des réticences à l'oeuvre. Il existe les stigmates du temps qui les a éloignés. Il existe les stigmates que Tom a laissés, dans l'appréhension d'Astrid, dans la rancune de Cassian. Mais les mots semblent avoir retrouvé leurs chemins, s'y hasardent de manière titubante. Quelques boutades tièdes reviennent sur le tapis, sur la pointe des pieds. Ils semblent s'approcher comme s'ils marchaient sur la surface d'un lac verglacé, comme s'ils esquissaient des pas craquelant. Ils parlent comme s'il existait des mots dangereux, capables de briser l'éphémère de cet instant étrange. L'empoisonneur éprouve la même impression que lorsqu'il croise la route d'un animal sauvage, au-delà des murailles de la Cité de Feu. Il a à la fois envie de l'effaroucher au nom de toutes les menaces qu'il représente, au nom de ce passé dont il ne souhaite pas raviver les vieilles blessures, et de l'apprivoiser. Car une idée lui plaît, une idée présomptueuse. Cassian effleure cette idée du bout de la pensée. Cette idée qui lui dit qu'il ne referait pas deux fois la même erreur, que les leçons sont apprises, qu'il pourrait s'essayer à la côtoyer de nouveau sans nourrir des attentes, sans espérer d'elle une amitié indéfectible, qu'il saurait se montrer modéré. Lui qui crache au visage de toute forme de modération. Lui dont le sang est une alchimie faite de feu et de glace incapables de se compenser, criant tour à tour. Un dialogue de sourds dans les veines.

"En effet. Sauf si tu as quelque chose de valeur dans ta poche."
L'ombre d'un sourire, alors qu'il la reconnaît bien là. Un sourcil qui se tord, amusé, parce que c'est là une honnêteté qui ne lui coûtera pas grand chose. Se prêtant au jeu sans la quitter des yeux, le Sorcier lève lentement les mains, comme si elle pointait sur lui une arme d'hast. Non sans omettre sa lourde gibecière, Cassian s'astreint à lui dresser l'inventaire de ses poches, se mettant dans la peau de la victime dépouillée par le barbare disgracieux qu'elle n'est pas. "Voyons. Dans celle-ci... Une fiole bleue." Dit-il, tout en tirant d'une première poche la fiole en question, qu'il brandit entre leurs quatre yeux. "Poison ou remède ? Devine." Lâche t-il, ses lèvres retroussées en un sourire, le plus expressif dont il soit capable, à savoir celui d'un loup fraîchement entré dans la bergerie. "Et une pierre, aussi. Un peu plus élégante qu'une simple fronde, puisque c'est un Agathe. Mais peut-être que je m'en sers pour abattre les Goliath qui me sous-estiment, d'un jet dans le front." Raille Cassian, une référence guère subtile à l'équipe de fier-à-bras qui environnait Astrid, fut un temps, Tom en première ligne. Quand bien même cette pierre n'a rien d'une arme contondante, puisque c'est là le présent que lui a fait une Athna, une année auparavant, alors qu'il vivait des heures périlleuses. Un présent qu'il garde toujours au fond de sa poche, sans trop savoir pourquoi. Remettant en place cette première fournée de trouvailles, il se met à fourrager dans la seconde poche, tirant au clair une petite lame qui se déplie de sa garde, ouvragée dans du bois de noyer, dans un cliquetis presque innocent. Une petite lame qui semble se prêter à tous les usages qu'on lui destine, arrangeante à souhait. "Pour éplucher ma pomme, au moment du petit-déjeuner. Bien entendu." Dit-il, et sa voix a quelque chose de la craie râclant l'ardoise, d'un engrenage corrodé, comme s'il n'y avait pas que l'ironie pour sous-tendre ses propos. Rendant le surin à l'ombre, Cassian se contente de tâter la dernière poche la plus manifeste, cousue dans le revers de sa cape. Troublé dans son sommeil, Avogadro bondit de son repaire pour cavaler le long de son épaule, brandissant au monde ses incisives jaunâtres, ses moustaches frétillantes et ses pattes griffues, si coutumières des charognes et des immondices. "Pas sûr que ça t'intéresse davantage. Et en plus il a mauvais caractère." Lâche le Sorcier sur un ton presque badin, glissant un index sous la gorge soyeuse de son compagnon rat.

Astrid s'est rapprochée, avec sa démarche de prédatrice, de sauvageonne, de renarde curieuse, de joueuse invétérée. Cassian la laisse venir, suivant de son oeil affûté le moindre de ses faits et gestes, y reconnaissant les facéties de l'enfant qu'il a côtoyée. L'enfant qu'elle n'est plus. Quelques confidences s'invitent, quelques explications balbutient. Un instant, elle semble absorbée par ses pensées. Elle lui avoue sortir plus que de raison, et il l'admire presque pour cela, tant ce genre de vie lui semble hostile. "Ca ne m'étonne pas de toi. La Cité est devenue trop petite ?" Certains sortent pour se distraire, d'autres pour se soustraire aux écueils de la solitude. Et elle ? A t-elle l'élan d'une âme en peine, errante, ou bien s'est-elle mise en tête de brûler la chandelle par les deux bouts ? "Ca n'a pas été trop difficile ?" Une question un peu brusque qui lui échappe, qui ripe à ses lèvres pâles et écorchées par une nervosité permanente. Une question des plus troubles, et Cassian le réalise avec un train de retard, après quelques secondes plombées. "Je veux dire, quand l'autre est mort." Complète t-il de sa voix acide.

L'autre. Il existait sans doute d'autres options pour ne pas le nommer, mais ce serait demander à Cassian de décrocher la lune. Il a nourri tant de mépris, tant de haine, tant de jalousie à l'endroit de Tom, cette figure de proue respectée de la multitude, qu'il ne se sent même pas capable de prendre des pincettes, de ne serait-ce que respecter le souvenir du défunt. Après tout, celui là a usé de mille subterfuges pour le disqualifier aux yeux des mercenaires, aux yeux d'Astrid, aux yeux du monde, chantant à tous ses valeureux lèches-bottes qu'il les tirerait tous par le bas, l'empoisonneur. Animé par ses éternels griefs, plus forts que la mort, Cassian relève brusquement les yeux vers Astrid, comme s'il venait à peine de saisir que ses propos avaient pu potentiellement la hérisser. Enfin, elle sait qu'il n'a jamais supporté Tom. Elle ignore juste à quel point.

"Ça va mieux, par rapport à la dernière fois ?" Cassian a envie d'entendre une réponse en particulier. Il a envie qu'elle lui dise qu'elle le vit bien. Que la disparition de son mentor lui a permis de s'émanciper, de croquer la liberté. Il a envie qu'elle le convainc que malgré le sang sur ses mains, malgré l'horreur et la barbarie, elle y a vu un bénéfice. Cassian pourrait alors se mettre à croire que tout compte fait, il a sans doute agi de manière prémédité sans s'en rendre compte tout de suite. Qu'il lui a rendu un service. Que c'est peut-être elle, même, qui lui a insufflé cet élan, si insupportable à assumer. Cela allégerait sa conscience, n'est-ce pas ? En fait, il en est convaincu. Mais l'entendre de sa bouche démultiplierait l'éclat de cette intime conviction.

Quelques banalités s'éventent, et puis Astrid rit, lui fait l'ébauche d'une courbette théâtrale alors qu'il désigne ses nouveaux atours. Si cela est à son goût ? Voilà une question qui le désarçonne quelque peu. Cela fait plusieurs années, maintenant, qu'il ne voit ses semblables plus que comme des organismes ambulants, qu'il se refuse à prendre suffisamment de recul pour pouvoir discerner les charmes, les charismes, les mystères qui brossent l'aura de certaines personnes. Cela fait des années que ses yeux se contentent de disséquer, que son esprit se plaît à fixer l'arbre qui cache la forêt, que ce genre de questions aussi vagues, aussi abstraites ne lui effleurent plus l'esprit. Est-ce que cette robe est à son goût ? De quels éléments a t-on besoin pour répondre à cette question, pour répondre sincèrement à cette question ? Ce genre de considération est totalement sortie de sa vie. Alors, Cassian cligne des paupières, comme s'il escomptait à balayer les couches de poussière venues obstruer ses prunelles, pour essayer de la discerner, pour essayer de la Voir, dans les lueurs de l'aurore. Un exercice délicat, qui vole quelques longues secondes à son existence. Un exercice délicat, qui lui fait poser un regard intrusif sur elle. Un regard impérieux, transperçant, infaillible. Car il essaie de saisir quelque chose d'insaisissable. La beauté.

"Peut-être bien." Finit-il par admettre. "Disons que si j'étais ton père, je t'interdirais de sortir comme ça, seule, dans ces rues remplies de mercenaires demeurés." Ajoute t-il, se demandant si c'est là une répartie appropriée. "Ça passe, comme réponse ?" Et ça... rien n'est moins sûr.

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Sujet: Re: Le chemin des Fantômes.
Dim 30 Juil - 11:25

» Le chemin des fantômes
Dans ta tenue de fille, Astrid, tu parais encore plus fragile. La peau blanche et pleine de tâche de rousseur, ta chevelure rousse qui coule sur tes cheveux, tes traits délicats, ta démarche féline. Tu es délicate, si on peut le dire ainsi et dans cette tenue, ça s’affiche encore plus. Tu te sens mal, tu ne te sens pas forcément à ton aise et tu ne risques pas de t’en formaliser. A quoi bon ? T’as juste envie de te sentir femme malgré tes activités quotidiennes. Et quand tu plais, tu parviens à jouer sur l’attention des gens et à les tromper. Pourquoi toujours user de la force quand on peut davantage les manipuler ? C’est si facile parfois que oui, tu as tendance à y prendre un malin plaisir. Est-ce que c’est si étonnant que ça ? T’as un peu de mal à le croire.

Mais là n’est pas question de ta tenue, mais plutôt de ce que contiennent les poches de l’homme en face de toi. Tu es une voleuse, petite rousse, c’est vrai que tu as tendance à en user, tu as tendance à vouloir fouiller les poches des gens dans l’intention d’y prendre tout ce que tu peux juger intéressant. Ce n’est pas vraiment dans tes habitudes et tu en joues, mais est-ce que c’est vraiment un problème ? Tu as un peu de mal à le croire, bien sûr. Alors, oui, tu lui demandes ce que ses poches peuvent contenir, est-ce que c’est vraiment si étonnant que ça ? Bien sûr qu’il est un ami et que tu ne comptes pas le voler mais tout de même, tu ne risques pas de négliger le contenu de ses poches pour autant. La curiosité est plus forte que tout ceci et tu ne risques pas d’aller contre ça. Un sourire sur ses lèvres, il te connaît et cela ne le surprend même pas, bien sûr. Tu le regardes lever les mains et faire l’inventaire de ses poches. Ce qui reste assez marrant à voir. "Voyons. Dans celle-ci... Une fiole bleue.". Pas certaine de vouloir savoir ce qui se trouve dedans. "Poison ou remède ? Devine.". Oh bah le jeu des devinettes, ça peut se discuter mais hors de question de goûter. Sait-on jamais. « Poison sûrement ». A ton tour, tu te mets à sourire, te demandant quelle peut bien être la réponse à cela. La curiosité ne te quitte cependant pas, tu restes là, attendant qu’il finisse de vider ses poches. Bah quoi ? Maintenant qu’il a commencé… "Et une pierre, aussi. Un peu plus élégante qu'une simple fronde, puisque c'est un Agathe. Mais peut-être que je m'en sers pour abattre les Goliath qui me sous-estiment, d'un jet dans le front.". Ton sourire se crispe, le temps d’un instant, c’est vrai. Souvenir d’une existence du passé. Autour de votre amitié se sont installés quelques personnes qui n’appréciaient pas Cassian. Tu ne faisais pas forcément attention mais les uns après les autres, ils sont venus vers toi pour te parler. Pour te dire qu’il n’en valait pas la peine, qu’il te tirait vers le bas. Tu ne faisais pas attention jusqu’à ce que Tom s’y mette. Lui, il avait le dernier mot sur tout. Cet homme, tu le vénérais tellement que tu ne réfléchissais même plus dès qu’il te disait ce que tu devais faire. Tu fonçais, tête baissée. Même lorsqu’il t’a demandé de ne plus t’approcher de Cassian. Le mouvement le plus ridicule de tous. Mais qu’est-ce que tu aurais pu y faire, hein ? Mais tu ne vois pas ce que tu pourrais dire. Tu as fait une erreur, ou peut-être pas, finalement. Tu n’en sais rien. Tu gardes le silence et c’est presque plus simple. Ce sont des retrouvailles. De ton point de vu, ce n’est pas vraiment le moment d’aborder le sujet de la tristesse et des choses déplaisantes du passé. Oui, tu préfères garder ça pour toi.

Et alors, il reprend la fouille de ses poches. "Pour éplucher ma pomme, au moment du petit-déjeuner. Bien entendu.". Bien entendu. Mais ce n’est pas une petite lame qui risque de te faire peur. Après tout, tu sais aisément te débrouiller avec tout un tas d’armes et, surtout, tu sais comment te défendre. Une sensation plus importante que le reste, voilà tout. Outre le fait que tu es persuadé que ton ami ne va pas t’attaquer. Point plus important que le reste, de toute manière. « Bien entendu ». Tu hausses les épaules alors qu’il le range déjà. Quant au rat, c’est loin d’être son animal favori. Non qu’il lui fasse peur mais celui qui a longtemps squatté sa réserve n’a jamais été très plaisant. "Pas sûr que ça t'intéresse davantage. Et en plus il a mauvais caractère.". Te mettant un peu à rire, c’est le genre de chose à laquelle tu ne t’attendais pas, c’est vrai. Mais ce n’est pas non plus désagréable. « Il aurait été copain avec celui de mon garde-manger à n’en pas douter ». Sauf que tu ne préfères pas préciser ce qui a pu lui arriver par la suite. C’est assez sanglant pour les oreilles d’un rat. Et puis si ce sont les amis de Cassian, il ne vaut mieux pas qu’il en sache plus.

Tu as changé en réalité, malgré l’idée que tu te fais du contraire. Depuis que Tom n’est plus là, tu as ouvert une voie différente, tu t’ouvres aux autres, à ta manière, malgré ton caractère et tes maladresses. Tu fais ce que tu peux pour devenir insupportable avec certains et ça t’amuse, c’est vrai. Est-ce qu’on peut te le reprocher ? Tu en doutes légèrement. Tu es devenue plus femme, dans un sens, ouverte aux contacts physiques. Et tu t’aventures dehors, parfois, sans l’ombre d’une mission. Les gens ne t’en ont jamais voulu, en plus de ça. Tu n’as jamais pu t’en empêcher. Certains te le reprochent, bien sûr, mais de ton côté, ça ne t’a jamais posé de problème. Et c’est la seule chose qui aie vraiment de l’importance. C’est aussi simple que ça, si on peut le dire ainsi, bien sûr. "Ca ne m'étonne pas de toi. La Cité est devenue trop petite ?". Est-ce que c’est vraiment ça ? Tu n’as jamais aimé leurs dire que le soleil te fait du mal. Nombreux sont ceux qui ne font pas attention à ta peau couverte, et à ta peau qui rougit parfois. Tu fais attention mais ça ne suffit malheureusement pas et en général, tu finis toujours par t’écrouler comme une imbécile. « Je crois qu’on peut dire ça oui. Et le soleil ne me va pas trop au teint, c’est fou ça, dans le désert ». Un fin sourire se glisse une nouvelle fois sur tes traits. Devant lui, tu n’as pas envie d’avoir honte. En plus de ça, tu ne vois pas non plus ce que ça peut te changer. Faut juste faire attention aux oreilles. Tu ne risques pas d’en parler aux mercenaires idiots que tu retrouves parfois dans les tavernes, déjà.

"Ca n'a pas été trop difficile ?". Tu marques un temps d’arrêt, incapable de comprendre ce qui peut bien se passer ici. Tu le regardes, te demandant à quoi il fait référence. Qu’est-ce qui est supposé être difficile ? Il le voit forcément, cet air ridicule sur tes traits. "Je veux dire, quand l'autre est mort.". Ta gorge se serre, tu avales un peu difficilement ta salive mais ton regard ne quitte pas le sien. « C’est difficile parfois, parce que je ne me repose plus sur lui. Mais ma liberté complète me convient ». Tu ne vas pas te mettre à nier qu’il te ment parce que ce serait mentir. Pourtant, tu ne caches pas qu’en parallèle à cela, ton existence a considérablement changée. Tout est devenu différent. Et tout va pour le mieux, aussi, maintenant. C’est différent quoi. Tu es libre, Astrid. Libre de tes choix et de tes opinions. Alors ça change tout, n’est-ce pas ? Bien sûr, lui, il ne donne pas son nom et tu ne lui en veux pas. Tu as beaucoup d’estime pour Tom mais il était dur avec Cassian et il t’a fait quitter la vie de ton ami. Tu ne peux donc pas lui en vouloir d’avoir une dent contre lui, non ? "Ça va mieux, par rapport à la dernière fois ?". Bien sûr que tu vas mieux. Tu n’es pas du genre à broyer du noir éternellement, t’es plutôt du genre à serrer les dents et attendre que ça passe. Fort heureusement, ça a fini par passer, justement. « Je vais mieux oui. Je me suis reconstruite ». Tout va beaucoup mieux, oui. Et c’est mieux comme ça. Et il n’est pas forcément question de te reconstruire, finalement, disons juste que tu as changé de vie, tu as changé de méthode, dans un sens. Tu uses davantage de ruse. Et tu ne subis plus l’entraînement insupportable qu’il te donnait. Tu t’entraînes, bien sûr, tu n’es pas faible à ce point. Tu es juste moins à cheval sur tout ça. Et ça se voit surtout sur le ménage chez toi, en fin de compte. Mais ça, tu ne vas pas le dire à ce garçon. Ce n’est pas pour rien que tu as des esclaves chez toi, maintenant.

Le sujet glisse sur ta tenue. C’est sûr que c’est moins « à l’affût » qu’avant. Tom aurait jugé ça provoquant, et il aurait sans doute dit que ça attire trop l’attention. Mais une fille, ainsi vêtue, ça attire l’attention mais on ne s’en méfie pas, n’est-ce pas ? On se demande comment l’enlever, pas pourquoi un fouet la tient à la taille ou s’il y a une lame sous sa robe (la réponse est oui, mais pas qu’une seule). "Peut-être bien.". Un fin sourire sur les lèvres, ton regard se glisse dans le sien. "Disons que si j'étais ton père, je t'interdirais de sortir comme ça, seule, dans ces rues remplies de mercenaires demeurés.". Et tu te mets alors à rire. Qu’on essaie de l’interdire de sortir, oui, qu’on essaie. "Ça passe, comme réponse ?". Ah mais oui, ça passe plutôt pas mal comme remarque, tu ne vas pas le nier. « C’est pas mal. Mais tu sais, je suis une des mercenaires les plus dérangeantes voyons. Alors… Qu’on essaie de m’attaquer, je n’attends que ça ». Tu te mets à rire, haussant les épaules. « Je vois difficilement comment tu pourrais m’interdire de sortir ». Et encore cette lueur de défi dans le regard, Astrid. T’as toujours envie de jouer, hein ?


notes » w/ Cassian, dans la cité Rahjak, le 15 décembre 2116.
 

Le chemin des Fantômes.

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