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˜˜˜˜˜˜TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
maybe life should be about more than just surviving


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12/07/2015 3399 Clément Chabernaud AEROPLANE (vava) beylin (signa) l'maigrichon est garde, malgré lui 0
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Sujet: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
Sam 1 Oct - 1:52


ton front terrassé
Cassian & Noah.
(© GIF + CSS BY DISTURBED)


Plic. Ploc. L’aube se lève sous ta paupière. Rayon innocent, les promesses naissent de la caresse dorée sur ta carcasse déployée. Le nouveau jour est là. Il s’incline bien bas pour retirer son manteau d’abîmes, timide gentleman, il se découvre au monde pour l’acoquiner au même tour infernal. Il ne tardera plus, tu te répètes pour la millième fois. Le refrain t’a bercé au creux de cette nuit de givre, l’espoir vacillant, mots vains qui tantôt font office d’incantation pour l’esprit vide, tantôt plonge dans des songes éveillés. Il ne tardera plus, mais que trouvera-t-il ? Tu es allé trop loin, vieux sac d’os, tu le sens. Ou plutôt, tu ne le sens plus. Plic, ploc. Serait-ce le grand moment ? La main froide, la faux, le couvert de la robe noire vient-il pour toi ce soir ? Non, ce matin.  Tu ne la connais que trop bien, la belle dame, elle semble trouver en ta compagnie un charme cruel, ne s’approche que pour mieux te narguer de ces parures aux milles charmes mais, de sa paluche décharnée, te frôle à peine pour faucher quelques autres âmes que tu pleureras plus tard.  

Plic, ploc, le vermeil s’écaille entre les grains sabrés. Tes doigts viennent tâter ton front où le liquide charnel fuit ton corps fracassé. Tu te l’es faite tout seul, celle-là. Quand tes guibolles te portaient sur le dos du vent dans la fuite frénétique, la Terre s’est renversée, le haut et le bas se sont pris d’une valse et poupée de chiffon entre leurs doigts, tu as ramassé dans ta chute, ange, des stries sur ta dépouille. Plic. Le tempo des gouttes se perd sous ta boîte crânienne. Sans doute toi seul possède l'ouïe imaginaire d'entendre les perles carmines rebondirent sur le macadam sableux. Tu gis sur les marches de l’échoppe sans honte dans ta douce folie. Tu attends. Il viendra, il vient toujours, mais jamais pour toi.

Qu’est-ce que tu fiches là déjà ?
Pantin désarticulé devant la porte de ton frère, la pitié se dessine sur les traits des rares passants. Tu leur souris, impétueux, en montrant tous tes crocs. Il faut dire que tu n’as jamais été bon qu’à ça : les défier ces inconnus, ces formalités, envoyer un doigt bien placé à la gueule de la fatalité.

Tu t’es fait fracassé. Encore une fois. Mais la dernière remontait toutefois. Tu te souviens bien de la rouquine et ses grands airs qui s’était baladé chez toi, le poing levé contre le monde entier, et malheureux, tu faisais partie du monde. Une histoire de collier volé, oui voilà, c’était bien ça. Tu aimerais bien la troquer contre les derniers. Tu ne sais même plus comment tout a commencé, reconstituer la scène ne te faisait que fort peu envie.
Pol a disparu, Milo ne sort plus de l’ombre, et tes tentatives de l’attirer dehors ne se soldent que de grandes insomnies douloureuses sur le porche d’un guérisseur. Trois, ils étaient trois, tu crois. Leurs arguments t’ont arraché une dent sur le côté et une épaule gambadant de façon peu orthodoxe, sans doute quelques côtes fissurées et un poignet sans sensation. Cours d’anatomie à la fraîche lumière du point du jour.

Quelque chose arrive. Cassian arrive. Du coin de la rue, la démarche minutée te parvient sans l’ombre d’un doute. Il est l’heure au petit frère de prendre place dans ses quartiers. Tu ne remues pas d’un pouce, immobilisé par le temps figé sur ton corps. Maintenant qu’il est là, la fatigue t’accable. Ce n’est que lorsque sa sévère silhouette étend son ombre sur ta carcasse qu’elle daigne remuer.
Appuyé sur un coude pour redresser le torse au moins, tu lui lances un de ces sourires étincelant d’arrogance dont tu as déposé la marque. « Tu es en retard. » Faux. Pour rien. Les idées ne s’entrechoquent pas encore dans le bon sens dans la boîte là-haut. Tu parviens à vaciller sur un pied, appuyé sur le mur comme un vieillard sur une canne. « Ça vaut bien la peine de se foutre en l’air si ya personne pour accueillir ! » En voulant t’avancer, ta drôle de patte se prit dans une des marches et voilà que tu lui tombes littéralement dans les bras.
Oh, n’as-t-on pas précisé ? Une bouteille de malt vide roulait à ses pieds. On ne supporte par une nuit dans ce genre d’état sans être sagacement imbibé. Les iris chocolat l’admirèrent, affreuse preuve du méfait. « Question de survie. » Que tu assures, non sans vérité. Tes muscles ne savaient plus à qui ils devaient le tremblement incessant qui les agitaient.

 

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13/09/2016 Anticarde 2240 Evan Peters Freckles sloth- soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) - Ashiri ♥ (picspam) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 0
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Sujet: Re: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
Dim 9 Oct - 19:08

Plus barbare que la lame du mercenaire, voilà l'aurore sanglante qui éclabousse les murs de la Cité de Feu. Scylla dort à poings fermés. C'est la seule chose dont s’enquiert Cassian avant de quitter la demeure des Saada, des cernes bleutées chaussant ses prunelles gorgées de ténèbres. Il a du mal à trouver le sommeil, ces derniers mois. Plus que d'habitude. Des fantômes, partout. Des monstres, tapis dans ses cauchemars, qui lui tendent des guets-apens faits de gouffres sans fin et de mâchoires géantes, promptes à lui croquer les jambes. Des cauchemars où il entend résonner, dans le lointain de son crâne, le rire des charognards du désert, des chacals, des rapaces dont les cris de crécelle sonnent comme autant d'articulations fracassées.

Plus ponctuel que les horloges à eau du palais royal, le jeune Sorcier s'élance sur son itinéraire habituel. Toujours le même chemin de poussière ocre, les mêmes détours alambiqués, presque les mêmes pavés usés chaque jour. Les mêmes passants. Les mêmes passants qui, ce matin, lui transmettent quelque chose d'inhabituel. Certains se détournent ou jouent de la nuque pour lui adresser un regard à la dérobée, emprunt de curiosité. Ils descendent le boyau que l'empoisonneur remonte. Peut-être ont-ils vu un vandale s'en prendre à la devanture de son échoppe ? Peut-être s'est-il produit quelque chose, pour que les attentions convergent à ce point sur sa petite personne ? Nul n'ose lui adresser la parole, lui relater ce qu'il s'est produit. Sans doute parce qu'il envoie paître ceux qui ne le méprisent ou ne le craignent pas assez pour l'ignorer décemment. Insensiblement, Cassian allonge sa foulée. Sans toutefois laisser transparaître une once d'inquiétude.

Une fragrance de sang, dans l'air. Il a tant côtoyé les chairs mutilées, les taillades sanguinolentes, la sanie trouble des moribonds que le puîné Saada a développé un sixième sens pour les blessures. Il les sent avant de les voir. Pareil au requin rendu fou par l'essence écarlate. D'ordinaire, cela lui arrache un sourire de hyène que d'imaginer une belle blessure complexe, rongée par la fièvre et la vermine. Ce matin, pourtant, c'est différent. Quelque chose dans son ventre se tord. Parvenu au pied des marches qui mènent à l'échoppe, Cassian s'immobilise. Il fixe en silence la silhouette anémique de son grand frère, étendu sur le pallier, baignant dans le sang et les vapeurs éthyliques. Une envie de hurler, profonde, viscérale. Un tremblement de rage qui s'étend depuis son coeur jusque dans ses entrailles. Pourtant, sur le visage impassible de Cassian, rien d'autre qu'un vague rictus nerveux, celui de ses paupières qui clignent convulsivement. Trois fois.

« Tu es en retard. »  Raille Noah, prince déchu.
"Peut-être parce que j'ai pris le temps de me décrasser, moi ?" Assène Cassian d'un ton égal, réprimant sa colère. "Question de respect."

Oh, il sait que Noah n'en a cure, du respect et de la politesse. Jadis, cela lui importait sans doute un peu. Désormais, il semble prendre un plaisir terrible à bafouer la bienséance avec l'énergie du désespoir, avec la fougue qui l'a toujours habité. C'est un chevaucheur de feu, son grand frère. Même au fond du trou, il continue de brûler par son sarcasme, par sa détresse, quand hier c'était ses rêves et sa bonté qui l'enflammaient comme un astre. Il y a quelque chose de terriblement sincère, de follement lucide dans sa déchéance. Cela vous frappe plus sûrement que ses poings qui répugnent à la violence. Cela le tuera peut-être. Cela le tuera sans doute, aux yeux de Cassian, son petit frère, son opposé, son négatif. Cassian qui trouve refuge dans les protocoles, les faux semblants, qui se blottit dans les bras d'une étiquette stricte, cynique, cruelle. Cassian qui se serre dans un caustique costume. Dans une armure. Derrière un garde-fou fait d'attitudes intouchables. D'ailleurs, le voilà qui époussette machinalement sa chemise impeccable, comme si cela avait le pouvoir de le protéger des écueils contre lesquels se déchiquette Noah.

« Ça vaut bien la peine de se foutre en l’air si ya personne pour accueillir ! » Lâche Noah.
"Désolé de te décevoir... La mort, c'est l'étage en-dessous. Mais tu y étais presque, vraiment. Ne perd pas espoir." Gouaille l'empoisonneur.

La froideur de sa voix contraste néanmoins avec l'énergie que déploie Cassian à rattraper le corps trébuchant de son frère. Un réflexe. Sans doute aurait-il bien aimé avoir la force de le regarder s'effondrer, la force de passer son chemin, la force d'oublier leurs liens, mais quelque chose dans son sang s'agite lorsque Noah va mal. Délicatement, il passe l'un de ses bras par-dessus ses épaules, amarre son buste cabossé au sien, affermit son étreinte afin de leur donner une chance de monter trois pauvres marches. Aussi dignement que possible. Plus que jamais, il sent les spasmes qui agitent les muscles de Noah, le fracas de ses os qui s'abîment un peu plus à chaque mouvement. Furtivement, Cassian balaye les alentours d'un regard soupçonneux, haîneux, comme s'il cherchait des coupables parmi les passants curieux.

"T'es vraiment un pauvre con." Murmure t-il, presque inaudible. Dans sa voix, une légère inflexion, une faiblesse qui lézarde son indifférence. "Accroche-toi, il y a trois terribles marches à monter."

Le duo s'ébranle, cahin caha. Sur son passage, le Sorcier donne du pied dans la bouteille de malt que son frère a séchée, l'envoyant se briser quelques toises plus loin. A défaut de coupables à broyer. A défaut de compléter la collection d'ecchymoses de Noah, puisqu'il se complaît tant dans le rôle de bouc-émissaire. Histoire de se délester d'une infime partie de la fureur qui monte en lui. Une fois dans le vestibule de l'échoppe, Cassian guide Noah vers une vieille chaise à accoudoirs, l'aide à s'asseoir péniblement, tâchant de ne pas malmener ses blessures. Pourquoi lui inflige t-il ça ? Il doit bien trouver un intérêt quelconque à se faire refaire le portrait pour être aussi assidu des passages à tabac. Et s'il voulait simplement outrager son petit frère ? Non ? Et si tout ce qu'il voulait, c'était lui imposer ces visions insoutenables pour lui faire péter un câble ? Il s'y prend si bien. Cassian ferme un instant les yeux. Faire le vide.

"Qui t'a fait ça, hm ?"
Erreur stratégique, Cassian. Tu veux faire croire à ton frère que tu t'en contrebalances, de lui ? Ne cherche pas des coupables. Ne donne pas l'impression que tu veux comprendre ce qu'il s'est passé. Pose les questions que poserait un guérisseur lambda, et non un frère affecté.
"On s'en fout... en fait. Comment tu te sens ? Ton épaule... ? Elle a l'air de faire la gueule."

Cassian s'est agenouillé devant Noah. Pour voir son visage. Pour détecter des crispations, des signes de souffrance, à travers les brumes qu'a semées l'alcool.

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Sujet: Re: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
Dim 27 Nov - 2:20


ton front terrassé
Cassian & Noah.
(© GIF + CSS BY DISTURBED)


Comme une goutte qui s’effondre au milieu de l’océan. Le monde est bleu. Le monde est flou. Le monde n’est plus. Tu ne goûtes qu’aux vibrations infinis qui réduisent tes sens à la cécité du fou. Fou, tu es. Ou un ivrogne. Peut-être un peu des deux. Et l’œil voit ; il voit mais il ne croit pas. L’œil attrape la silhouette mais la tête court, parce que la tête a vu beaucoup que l’œil ne sait pas. La tête crée et déforme, et le cœur s’y englue. Tu clignes, trois fois, comme un écho à l’autre, tu attends et l’illusion tient. L’illusion grogne. L’illusion te trahit et devient vrai, tout de peau et de sang, tout de cerveau dégoulinant sous la blondeur angélique trompeuse. Trompeur ! Menteur ! Sauve-ma peau. Il te regarde comme le jouet cassé que tu es. La rancœur en pleine face, tu t’en nourris, tu ne vis jamais autant qu’à travers la déception des tiens. « Peut-être parce que j'ai pris le temps de me décrasser, moi ? Question de respect. » Le rire gras s’étale et finit dans une quinte de toux où des perles carmines viennent échouer sur ton poing. Respect, notion étrangère. Pas toujours pourtant, tu suis ta drôle d’humeur, use de politesse extrême ou bafoue tous les saints du haut des toits.

Tu le vois à peine ce frère, entouré de ton halo de vapeurs alcoolisées. Là et pas là. Mais t’as pas besoin de le voir, tu le connais par cœur, cette partie de lui au moins, celle qui te dénie et s’inquiète en même temps. Tu devines la façon dont il te regarde, ses tics, ses soupirs. Cruel, tu aimes le bousculer dans la froideur qu’il installe parce que c’est ce qu’il fait. Lorsque les choses s’approchent trop de lui, il esquive l’animal blessé. Tu sens trop, il sent trop peu. En apparence, en apparence, vous n’êtes que des miroirs, oui c’est ça, deux côtés d’un miroir. La fissure qui t’arrache et t’attire vers les abysses, tu veux la graver en lui pour l’égalité, juste pour la symétrie du désespoir. « Désolé de te décevoir... La mort, c'est l'étage en-dessous. Mais tu y étais presque, vraiment. Ne perd pas espoir. » « La mort ! La mort ! » Que tes poumons crachent avec étonnement puis un dégoût qui te va au teint. Enfant de l’irraison, tu n’as plus aucun sens. « Cette vieille radine … Non, non, très mauvaise hôte, très mauvaise. » La créature de la nuit vole, ou s’aplatit, cède à la gravité certainement. Les pieds ne sont plus coordonnés, ils s’accrochent dans les escaliers qui traînent. Certain tombent avec grâce, certain se contente de capituler. Mais toi tu t’affales sur lui et dans ses bras, tu veux dormir. Si fatigué, nuit agacée.

Il te ramasse comme un chiffon ; t’aimerai être un chiffon, plus de muscles, plus d’os, plus que le tissu mou, incassable. Pauvre con. Tu sais. Culpabilité. La tension se rappelle à toi, elle circule violemment dans les veines, elle brûle. Tu sais, tu sais, connard, chiffe molle, suicidaire. "Accroche-toi, il y a trois terribles marches à monter." Ton sourire d’ivrogne bien appliqué, l’illusion est parfaite, que l’ironie envahisse ton esprit confus. « De fidèles amantes, quelle nuit mes chères, n’est-ce pas ? Restons amis ! J’ai dit ça un jour à une princesse … » Mais tu te fais déjà traîné à l’intérieur sans n’avoir le temps de développer ni ton histoire de coucherie royale ni ton amitié à quelques pierres amoncelés ensemble. Tu entends le fracas de la bouteille dérapant sur le sol puis se briser sans pitié, tu laisses un gémissement transparaître, mais peut-être était-ce surtout issu de cette épaule sans honneur qui se prenait la porte.
Puis le soleil meurt, on a fermé la porte. Assis sur ton tabouret, tu descendais doucement de ton doux délire à l’apparition de Cassian. Et les plaies se rouvraient, les nerfs ressentaient. Tu entends la question, tu te masses les paupières, on t’a arraché le sourire trop large. « Fait quoi ? » Tu murmures. N’est-ce pas ton état normal ? Les hommes n’ont aucune espèce d’importance, que des laquais, tu ne vois plus la différence. On frappe son chemin à travers le monde. On abaisse pour la gloire, ou juste le fun. Tous les même, même toi, même lui. Tu l’assassines dans l’esprit, oui même lui, lui qui traite ses esclaves si cruellement, même lui dont tu retournes toujours en rampant. Le goût métallique a pris possession de ta bouche. Une seconde et la pensée est poussée au loin. Incapable de te concentrer.
Il parle de ton épaule, tu la mate comme au premier jour. « C’est censé être comme ça une épaule ? Drôle d’angle, pas pratique. » Les pièces pas au bon endroit, tu t’y connais bien. Comme un enfant boudeur, tu te lèves d’un coup et part explorer les bouteilles et trésors de verres sur les étagères. « Jezabel elle me faisait toujours un thé. » Grimaçant, tu ramènes ta patte folle à toi. « Avec des herbes spéciales. Tu dois bien avoir ça aussi, pas vrai, petit frère ? » Le regard coulant en dit long. Ici, tu t’écroules à même le sol, plaisir égoïste de traîner ton frère avec toi à l’endroit où tu choisis, là, sur ce pavé sale. « Tous des salopards, Cassian, on est tous des salopards ! C’est le sable, yen a trop, ça nous a purgé, on ressent plus rien. » Délire qui explose, qui se mêle à la fièvre, à l’alcool, à la fatigue, aux images, aux souvenirs, à la mort.


 

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Sujet: Re: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
Ven 9 Déc - 1:28

Noah rit aux éclats. Cassian serre les mâchoires. Noah tousse. Cassian retient son souffle. Noah saigne un rouge de couchant, accueille sur sa peau le bleu crépusculaire de hordes d'ecchymoses. Cassian n'a jamais été aussi pâle, fait de pensées ébouillantées, blanchies, saisies, fait de nerfs emberlificotés. Il doit se contenir. Noah est soûl. Toute la partition de ses mots et de ses gestes est faussée, ponctuée d'accords dissonants. Cassian s'accroche à cette idée pour y puiser toute l'indulgence dont il a besoin, pour ne pas céder au strident hallali qui anime ses pulsions, pour surpasser son envie de parachever la disgrâce dont a été victime son grand frère. Pourquoi, tant de remous, qui fouaillent ses viscères ? Noah est soûl. Tout ce qui sort de sa bouche n'a pas de sens. Tout ce qui motive ses gestes et ses chutes n'est que bribes venteuses. Pourquoi s'en agacer, s'encolérer ? Ce serait rentrer dans son jeu, ce serait être faible, aussi faible et lâche que lui. Ses mots. Ils n'ont rien de vérités amères, vaguement dangereuses. Son regard embrumé, il n'a rien d'une boîte de Pandore, pas vrai ?

Cassian déglutit ses velléités comme une bile acide. Faisant béquille de son corps, il traîne Noah dans la lumière tamisée de son échoppe. Forcé à l'assise, celui-ci continue de divaguer, survolant ses relations à la mort, à la princesse, aux pierres, et chaque mot à franchir ses lèvres est une aiguille enclouée dans la pelote de nerfs. Déjà, l'empoisonneur s'enhardit à tirer les lourds rideaux de coton orangé, pour que nul œil indiscret ne songe à se repaître du spectacle des deux frères. Déjà, il se détourne de Noah après s'être enquis de son épaule luxée. Déjà, il s'attache à tirer de ses tiroirs, à extraire de ses fioles et bocaux quelques onguents de première intention, de la poudre d'argile pour préparer un cataplasme en hâte, quelques bandes de gaze légère histoire qu'il tienne en un seul morceau. Se concentrer sur des gestes froids, imaginer qu'il soit là un prisonnier lambda, se métamorphoser en automate détaché, dépossédé, décoeuré. Le guérisseur aimerait bien atteindre cette douce abstraction, se claquemurer dans un coffre fort mental et œuvrer, simplement.

"Ne touche à rien, merde !" Gourmande t-il en entendant monter dans son dos le prélude d'un tintamarre. Sourd aux vocalises de son squelette esbigné, voilà déjà Noah taillant l'aventure au milieu de ses manuscrits et de sa verrerie ballonnée. Un chat parmi les cheminées. A peine ses bonnes résolutions scellées, Cassian dérape, sent sa langue fourcher. Il n'a pas l'habitude de jurer, même vaguement. Il se complaît à maîtriser la moindre parole qui viendrait arpéger sa langue, à faire en sorte que chaque mot soit une flèche faisant mouche, à ne pas céder à des bordées familières, quand bien même se limiteraient-elles à une syllabe cabrée. Mais Noah le connaît trop bien. Il rirait de ses manœuvres. Et le rire de Noah, ce matin, a quelque chose de terrible. Il vibre d'un insoutenable lâcher-prise. Après toi, le Déluge.

« Jezabel elle me faisait toujours un thé. Avec des herbes spéciales. Tu dois bien avoir ça aussi, pas vrai, petit frère ? » Lâche t-il. Sa légèreté dépareille son allure débraillée, sa bouille massicotée, mais rien ne doit être pire que le regard qu'il lui verse. Un regard équivoque, peuplé de mille insinuations. Le genre de regard qui met le feu aux poudres. L'esprit vif de Cassian s'emballe comme un coursier qui piafferait dans la poussière. Bien sûr, qu'il se drogue, qu'il se mitonne quelques cocktails bleuâtres, à la recherche de l'anesthésie. Bien sûr, qu'il noie ses idées noires et ses éclats de violence dans des fumigations d'opium. Mais tout ça, il le fait à la dérobée, en secret. Noah ne l'a jamais vu, ne l'a jamais su. Il ne fait peut-être que le pressentir, comme il pressent tout chez lui, à travers les brisures du miroir.

"Jezabel est morte." Tranche l'empoisonneur d'une voix-guillotine, sans accorder à leur tristesse l'ombre d'un euphémisme. Il s'apprête par ailleurs à en remettre une couche, lorsque dans un entrechat dont il a le secret, Noah l'entraîne dans une nouvelle chute. La goutte d'eau. S'entamant les genoux au contact des pavés, Cassian sent tous ses efforts déposés sur l'autel de la tempérance partir en fumée.

"Mais c'est TOI !" Rugit Cassian, redressant les épaules. A deux mains, il empoigne ce qu'il reste du col de Noah et le placarde sans ménagement contre le mur le plus proche, sans pour autant les rendre à leur bipédie. Un accès de rage fait trembler discrètement ses poings. Un abcès au cœur ébranle les notes de sa voix, qu'il voudrait plus dures, plus massacrantes. "C'est TOI. C'est toi qui ressent plus rien, toi seul. Qu'est ce que tu crois ? Que tu vas arriver à me mettre dans le même sac que toi, comme ça ? Que tu vas tous nous mettre dans le même sac que toi ? Il fait si froid que ça, grand frère, dans ta peau ? Mais peut-être que tu l'as cherché, non ? Ca ne t'a jamais effleuré l'esprit ?"

Il tire à boulets rouges. Il tire aveuglément, confusément. Il tire comme si son frère s'en était pris ouvertement à lui, comme s'il avait jeté la première pierre, comme si leurs conflits étaient à deux doigts de se matérialiser dans le sang et l'entrechoc. Ne l'a t-il pas provoqué ? Bien sûr. Un doute rase l'esprit de Cassian. Il ne sait plus. Reprenant une frêle lampée d'oxygène, il dévisage Noah et son visage tuméfié, et sa peau poinçonnée, et ses yeux embués dont les lueurs ont l'opacité étincelante des brouillards. Sa prise s'adoucit. A peine. Il est soûl. Delirium tremens ou provocations éhontées ? Tout se confond.

"Pourquoi t'es là." Articule enfin Cassian à voix basse, non sans effort. "Qu'est ce que tu veux ? Quelques châtaignes supplémentaires, c'est ça que tu es venu chercher ? Ou est-ce que tu es venu... parce que tu t'es dit que j'allais m'occuper de toi ?" Il le fixe. Si une once d'ironie devait passer dans ses prunelles sauvages, il veut pouvoir l'épingler, la prendre en flagrant délit. Sa voix s'affermit, s'épure étrangement. Sur son visage, un instant, la colère a reculé d'un pas. "Répond-moi, Noah."

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Sujet: Re: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
Dim 29 Jan - 1:13


ton front terrassé
Cassian & Noah.
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La crasse, la merde, le sel sur les murs. T’as les esgourdes qui frissonnent. Tu les entends le sang et les cris qui suintent entre les pierres, dans ce bazar de fresques horrifiques, ça transpire le drame et les larmes. Un parfait oxymore de bocaux poisseux salvateurs et de vipères chatoyantes mortelles. Tes océans vertigineux se perdent dans le flou de leur inventaire.
Ivrogne, tu lui jettes des regards enflammés à ce dos qui s’agite sans toi, tantôt trempés de rancœur tantôt de nostalgie. Et, volatile comme un ado boudeur, tu l’ignores quand il se retourne. T’as le corps qui claque mais tu t’en fous. Tu t’en fous comme un fou, parce que tu sens rien, pour l’instant. Tu sais que c’est temporaire. T’as réussi jusqu’à épuiser tes propres nerfs qu’arrivent plus à suivre la cadence, faut dire que t’as creusé la distance à coup de whisky mal vieilli.

Ta langue se délie et s’emmêle. Tu craches des insanités avec l’innocence d’un ange. Tu déverses tes fiels comme des milliers de bouteilles à la mer. Si t’avais la capacité de réfléchir à ce que tu faisais, peut-être que tu blâmerais les gestes froids de ton sauveur sans abois, les réflexes milles fois répétés qu’il te sert sans états d’âmes et juste comme ça il te place là, toi, à l’ordinaire. Un banal. Un rien du tout, un brisé, un foutu comme des septuples ont défilé sur ce tabouret que t’as déserté, le feu aux fesses. Mais tu réfléchis plus, et t’accuses rien que tu ne comprennes vraiment.
Non, tu te balades, c’est tout, pas vrai ? T’observes ce merveilleux lieu où travaille ton adorable petite tête blonde sans aucune pensée malines, absolument, juré promis craché. T'es innocent entre les manuscrits poussiéreux. « Ne touche à rien, merde ! » Sourire espiègle du gosse qui sait pas que non veut pas dire oui. Ton doigt tinte le cristal d’une huit-pattes morte, soudaine curiosité mal placée, futile provocation. « J’oserai pas. » Tu minaudes.
Puis tu tousses, dans la main une quenotte qui t’avait fait l’enfer toute la nuit. Tu la prend entre ton index et ton pouce pour l’observer à la lumière inexistante de ce filet de lumière issue des fuites de ta tête cabossée. L’ivoire blanc tâché de sang te tirait une grimace satisfaite édentée et tu la glisses dans un verre vide. « Voilà, un bout de Noah dans ta collection, tu pourras la vendre chère un jour. Me remercie pas, ça vient du cœur. ‘Fin de la bouche. » T’hoches la tête, convaincu de lui faire une grâce incroyable avec ce don de toi.

Le squelette décharné que t’es s’engage ensuite sur une suite de plainte à propos de Jezabel et un thé absent. Fourbe, tu réalises pas la moitié des cicatrices que t’ouvres, trop égoïste et concentré sur les tiennes. T’as les idées plus claires que t’aimerais, l’alcool a ses limites, et tu veux remédier à ça. Le regard torve, tu veux obtenir ton bien, ton planant et tu sais qu’il en a, à moins que tu ne devines, ou juste que tu espères.  Cassian et ses secrets, Cassian et ses ombres, t’as jamais su faire que ça avec lui : deviner. Le frère laisse des empreintes, tu suis les traces mais il t’échappe. Tu peux jamais le voir qu’en devinant les contours de la masse sombre. « Jezabel est morte. » Le mortuaire s’avance dans la voix aux décibels glaçantes. La sorcière est morte, la sorcière est au passé, et les frères sont délaissés. Le douloureux, on l’immole, on l’oublie, on le laisse aux frivoles.
Tu frissonnes, imperceptiblement, dans ton manteau de ténèbres. Merde, touché. Tu t’écroules. Cache ses sentiments que je ne saurai voir. Et comme t’es partageur, tu l’écroules avec toi. Les rois sont tombés ! Tu t’affales sur le parquet, tu t'es mal réceptionné mais la douleur est bienheureuse. Cassian n'en dit pas autant.
Tu craches des conneries, tu dévies, c’est une litanie sans pause qui passe tes lèvres sèches. Pour oublier, te persuader, te recentrer. C’est pas votre faute si vous êtes vides, c’est le sable, c’est la cité qui crève ses gars l’un après l’autre. C'est ce que tu veux croire, c'est plus simple comme ça. « Mais c'est TOI ! » Il t’arrache du sol comme une poupée de chiffon pour te placarder contre le mur. Tes pupilles s’écarquillent, vitreuses, égarées dans le mouvement trop rapide. « C'est TOI. C'est toi qui ressent plus rien, toi seul. » Les mots arrivent de si loin. Des échos qui s’entrechoquent. « Qu'est ce que tu crois ? Que tu vas arriver à me mettre dans le même sac que toi, comme ça ? Que tu vas tous nous mettre dans le même sac que toi ? » Les deux onyx aux brumes vengeresses te foudroient. « Il fait si froid que ça, grand frère, dans ta peau ? Mais peut-être que tu l'as cherché, non ? Ça ne t'a jamais effleuré l'esprit ? » T’halètes presque. Ou tu respires plus. Ya un truc qui a pris feu dans tes poumons.

La surprise du choc te tient immobile. Remus et Romulus sur les cendres de Rome. T’as envie de rire, t’as envie de pleurer, mais, insolent, tu reposes ta tête contre le froid du mur, un souffle épuisé entre les lippes, blasé. Ces mains sur ton col, tu les connais, elles se transforment si rapidement en poings, puis côtes massacrées, en coups de pieds contre ton dos râpé et une épaule disloquée. Elles se transforment en soirée sur le palier de ton frère éhonté à gaspiller sa patience brisée. Mais Cassian n’a que les mots, pour cette fois-ci, parce qu’il a de la jugeote et la langue plus acérée que les bras musclés. « Je l’ai cherché hein … » T’as le minois narquois. « Évidemment que je l’ai cherché. Tu crois que je sais pas faire ? Vivre ici, c’est facile. Des beaux sourires, des belles putes, des belles courbettes et de l’argent à jeter aux pauvres. Je me fais dérouillé pour la beauté de la chose, voilà tout. » Que tu conclus, les lèvres scellées, le secret toujours enterré. Il ne veut pas en savoir plus, le perfide, tu le sais. Tes magouilles, elles t’appartiennent, tes sentiments bafoués aussi. Le garde à la dérive qui courrait après son illusion. « Pourquoi t'es là. » Il a l’air fatigué Cassian, tu l’as purgé. « Qu'est ce que tu veux ? Quelques châtaignes supplémentaires, c'est ça que tu es venu chercher ? Ou est-ce que tu es venu... parce que tu t'es dit que j'allais m'occuper de toi ? » T’avales de travers. T’aimes pas les accents que sa voix prend maintenant, c’est pire que quand il t’engueule. Tu connais pas ce terrain-là, c’est glissant et t’as encore la tête dans le seau. Ta mâchoire se serre, les dents grincent, même celle dans le bocal là-bas. Tes émeraudes le matent comme s’il venait de t’enfoncer un poignard dans les tripes. « Répond-moi, Noah. » Un grognement s’échappe de ta gorge asséchée, t’es pris au piège. Tu mens pas, tu ironises, tu uses du sarcasme, et il le sait. Il t’as pris tous tes jouets préférés. D’un geste brusque, tu te dégages en le poussant, mi-marchant mi-rampant jusqu’à une étagère. « C’est si terrible que ça ? De vouloir que tu prennes soin de moi ? » S’appuyant sur ton seul bras encore bien placé, tu te redresses péniblement. La descente est bien plus facile décidemment. Tu continues à grogner, boudeur, et tu t’orientes sur tes pieds valseurs jusqu’à la table où il lui préparait des trucs et des bidules avant qu’il ne soit interrompu par un idiot de pacifiste raté. « Mais c’est pas grave, je vais me débrouiller. Ça doit pas être si dur que ça, après tout ! » Tu t’empares de l’instrument que tu remues, triomphant. « Suffit de trouver le bon sort. » Tu ris. Tu sais pas être sérieux, pas quand c'est pour toi. T'es ton pire sujet, ta bête noir, tu sais pas te mettre des mots. Pas quand c'est pour eux non plus, parce qu'ils sont toi. L'indifférence est ton royaume. Et on a couronné le roi.
Sauf que le roi planche sous le poids. Tu halètes de plus en plus vite, l'effort rattrapant sur ton corps. Tombant plié sur la table, tu sens les prémices de l'inconscience, le bruit sourd dans les oreilles et le vertige. « Bordel ... » Que tu siffles entre tes dents. Te remonter l'épaule risque d'être plus difficile que de mélanger deux ou trois herbes au hasard.  


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13/09/2016 Anticarde 2240 Evan Peters Freckles sloth- soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) - Ashiri ♥ (picspam) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 0
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Re: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
Ven 24 Mar - 1:16

Noah fanfaronne, funambule. Noah se produit, le temps d'un spectacle bancal et éphémère, déployant là un reliquat d'énergie qu'il arrache à ses organes sonnés. Il déambule dans l'espace, fringuant comme le rêveur qui se trace un itinéraire dans les brumes, aussi insouciant que l'enfant des contes qui galope à la rencontre des monstres. Cassian mord sur sa chique. Pourquoi s'évertue t-il à lui parler, déjà ? Qu'est-ce qui pourrait bien filtrer de son corps immolé, imbibé, de son esprit englouti, de l'Atlantide de sa raison ? Qu'est ce qui pourrait bien filtrer de sensé, tout du moins ? Plus Noah se délie, plus Cassian se crispe, sentant en lieu et place de ses tripes comme une nuée d'insectes en train de crépiter, de brûler. Une émotion sèche, craquante, assourdissante. Une colère pulsatile et fourmillante, qui trémule dans son abdomen et bat à ses tempes. Un feu de joie de colère. Pour ne rien arranger, voilà qu'une pauvre dent termine sa chute au fond d'un verre, tintinnabulant bellement tandis que l'alcoolique reprend ses errances là où il les a laissées. Divaguant.

« Évidemment que je l’ai cherché. Tu crois que je sais pas faire ? Vivre ici, c’est facile. Des beaux sourires, des belles putes, des belles courbettes et de l’argent à jeter aux pauvres. Je me fais dérouillé pour la beauté de la chose, voilà tout. »
"La beauté de la chose..." Fulmine Cassian, la voix acide, comme s'il avait croqué dans un fruit vert. "C'est vrai ça, jetons l'argent aux pauvres, et puis par les fenêtres tant qu'on y est. Ce n'est pas comme si on était sur la paille... et qu'on se mettait à travailler comme des bêtes de somme, tout ça pour sauver la noblesse que tu sabordes allègrement. Enfin... Si c'est pour la beauté de la chose... alors ça change tout." Lâche t-il, avec au bout de la langue une terreur de cynisme.

Tout de retenue, spectateur impuissant, le Sorcier ignore pour qui il craint le plus, entre ses précieux bibelots et le crâne de son frère, qui vrille dangereusement à chaque fois que chaloupe son assiette. Epinglé au mur, néanmoins, il semble moins faire le malin. La question qui franchit les lèvres de Cassian semble le désarçonner, étrangement, quand toutes ses sommations d'alors s'abattaient contre son indifférence telles des flèches d'eau tiède. Cette question là semble le trouver, au delà du brouillard, l'accrocher, lui traverser la gorge, même. Rien qu'un instant. Car aussitôt, voilà qu'il s'escamote derechef, sur la révérence de quelque rhétorique de son cru, voilà qu'il le repousse tant bien que mal et s'enfuit, brinquebalant, clopinant, reprenant son pèlerinage au pays des molécules. Quelques secondes, Cassian demeure à terre, rejeté sur les coudes, comme un pantin désarticulé qu'un gosse turbulent a envoyé dinguer. Dans ses vaisseaux qui congestionnent à feux doux, la colère poursuit son ascension, taquine son paroxysme, couve des feux d'artifices, lui donne l'impression de commander à un corps fait de nœuds serrés et de tendons aussi raides que des cordes d’échafaud. Un instant immobile, mutilé par un cruel sentiment d'impuissance, le cadet finit par retrouver toute latitude de mouvement dès lors que Noah approche son attirail d'apothicaire. Il bondit comme une puce, tombe en trombes sur son aîné, lui arrache des mains l’instrument avec lequel il sabre l'oxygène.

"Tu me fatigues, bordel !!" Hurle Cassian. Interrompu dans ses velléités, un instant de faiblesse se prend à infléchir la carcasse de Noah qui se ratatine sur l'établi, après avoir si longuement forlongé les faiblesses de son corps. Cependant, nul appesantissement de la part de l'empoisonneur. Il est sans doute là une nouvelle feinte, un nouvel abattement avant un nouveau sursaut éthéré. Il en mettrait sa main à couper. Sans lui accorder une once de répit, il l'agrippe par l'épaule, l'astreignant à se redresser, à déployer ce qu'il reste de force dans ses chairs percluses, dans ses muscles étrillés, dans son sang injecté d'éthanol. "Debout." Aboie t-il, intransigeant, le prenant en poids une nouvelle fois, le tirant jusqu'au petit salon qui siège dans le grand vestibule, tout érigé de coussins flottants, laissant son corps pantelant s'échouer sur les épaisseurs. "Et... Ne bouge pas. Cette fois. Marre de te rattraper." Lance t-il dans une volée dont chaque syllabe semble lui écharner la gorge.

Tout ça ne peut plus durer. D'un pas claquant, Cassian regagne son plan de travail où des bocaux roulent encore, où les outils gisent en faisceaux désordonnés quand ils formaient auparavant des rangées dignes de baïonnettes au garde-à-vous. Les simples et les quelques ingrédients qu'il a tirés des fioles s'étendent, émiettés, broyés, à la surface de bois. Ses affaires... Cette vision chaotique semble lui infliger le coup de grâce. Il tient tant, à ses affaires, à l'ordre qui y sévit. De rage, Cassian balaye d'une violente coudée l'ensemble du matériel et des substances à se trouver sur son passage. Un tintamarre épouvantable de casse et d'impactes monte dans le cœur de l'atelier, précédant un lourd silence. Les quelques objets qui ont subsisté sur le plan, Cassian les dégage de son champ de vision comme on se débarrasse d'insectes urticants après une nuit de haute lutte, forcené, ponctuant le silence de dernières brisures étoilées. Il tremble. Il se déteste de trembler ainsi. A deux doigts d'exploser, il s'accoude un instant à la tablée, serrant ses tempes comme s'il voulait pulvériser toutes les émotions qui voient le jour entre ses deux hémisphères. Il étouffe. Happant quelques inspirations douloureuses, il a l'impression que deux ancres de fonte sont tombées dans chacun de ses poumons. Son diaphragme pèse sur ses entrailles à lui en arracher une sordide nausée. Angoisses et colères mêlées, diables somatiques.

Il a gagné. Noah, il gagne un peu trop souvent à son goût. Mais ils ne parviendront à rien dans l'état actuel des choses, pas vrai ? Terrible d'admettre que du haut de ses griseries, c'est sans doute lui qui était le plus pertinent. N'a t-il pas réclamer de quoi se calmer, tantôt ? Cette pensée casse tout pour mieux rayonner, héliocentrée. La figure froissée, les paumes offertes à ses yeux, ses lignes de vie ondulant comme les tracés de sismographes, Cassian patiente que les spasmes se tarissent d'eux-même, que sa peau se gorge du silence plombé, que ses paupières serrées sèment la nuit sur ses émotions en feu. Il se concentre sur sa respiration hachurée. Devant lui, le plan de travail a été ratiboisé. Il ne subsiste nul relief du nécessaire à cataplasme et à onguent qu'il avait dressé. Tant mieux. Il lui faut soulager l'esprit avant le corps. Une grossière erreur digne d'un néophyte, qu'il ne pouvait décemment commettre qu'avec Noah, et de manière orchestrale. Mordant durement l'intérieur de sa joue, le Sorcier ébauche quelques pas vers une étagère, non sans faire craqueler un tapis de tessons multicolores. Attraper cette petite fiole orangée relève d'un vrai tour de force, tant ses phalanges grelottent. Avec des gestes laborieux, qui lui permettent peut-être de rallier sous un même étendard les fragments de son sang froid éclaté, l'empoisonneur parvient à préparer une décoction d'opium. Il traverse alors une nouvelle fois le champ de guerre, passe devant un tabouret renversé, puis prend place au coté de Noah. Un instant taiseux, Cassian finit par poser devant son cadet une grande tasse de terre cuite à l'onde fumante, crevée par de petites têtes de pavots curieuses. Il ne pipe mot, le Sorcier, le petit frère, le piètre rebouteux. Il se rencogne dans les abîmes des coussins, supportant du bout des doigts son front qui menace de s'étioler. Qu'il dorme donc, et qu'il emporte tous ces déchirements inutiles avec lui. Qu'il se taise. Qu'il cesse d'être une aberration sanguinolente sur pattes.

"Ne fais pas ton gosse capricieux, maintenant que tu as ce que tu veux." Murmure Cassian, entrecroisant ses doigts dans sa nuque abattue.

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12/07/2015 3399 Clément Chabernaud AEROPLANE (vava) beylin (signa) l'maigrichon est garde, malgré lui 0
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Sujet: Re: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
Jeu 20 Avr - 16:29


ton front terrassé
Cassian & Noah.
(© GIF + CSS BY DISTURBED)


« La beauté de la chose ... » Il a des fauves dans ses rétines, Cassian, et toi, le cul sur le sol, t’es hypnotisé par les dents luisantes du prédateur. Dans ta bouche, il passe que des conneries que t’enrobes de miel dégoulinant et tu sais, bordel tu le sais trop bien, comme ça l’affecte, ce frère en ruine. Il t’effraie, tu t’effraie, et vous sombrez, trop butés, les mâchoires serrées. « C'est vrai ça, jetons l'argent aux pauvres, et puis par les fenêtres tant qu'on y est. Ce n'est pas comme si on était sur la paille... et qu'on se mettait à travailler comme des bêtes de somme, tout ça pour sauver la noblesse que tu sabordes allègrement. Enfin... Si c'est pour la beauté de la chose... alors ça change tout. » C’est ton mensonge qu’il te renvoie à la gueule, c’est ton paradoxe qui te fout à terre. Un jour, peut-être, tu comprendras que ça ne concerne pas que toi. Tu sais plus faire semblant, l’insolent, tu sais plus comment retrouver le trésor dans les pièces qui ricochent. Elles t’encombrent, elles te rendent malade, elles s’effondrent sur toi et tu te noies. Mais, rebelle à deux sous, tu t’isoles dans ta propre cosmogonie et t’oublie les vies que tu trimballes malgré toi, malgré elles. T’oublie Kamil qui se tue à amasser le démon doré, t’oublie scylla et sa jeunesse, son honneur, ses belles parures et les dangers dans ses yeux caramel. T’oublie Cassian, martelé, esclave du désespoir de son frère, et vous vous courez après, les deux mains levées pour rattraper les morceaux cassés mais ya plus que de la poussière et tout glisse entre les doigts. Qu’est-ce que tu pourrais lui dire ? Désolé d’être un foutu égoïste ? Ou blâmer son obsession de l’argent, t’emporter dans une litanie sur le grand chaos qu’un roi tente de dissimuler en aveuglant son peuple de milles soleils éclatants pour leur faire oublier que devant leurs yeux ébahis ne brillent que péniblement des cailloux fades. Tu pourrais, pas vrai ? Mais aujourd’hui, t’as le cul si enfoncé contre les pierres que t’oses plus bouger ni respirer. T’affronte, comme si tu te retrouvais dans les tréfonds de l’arène, avec pour seul arme ton indifférence glaçante.

Il a frappé juste. Les affres de ton esprit s’embourbent. Tu fuis. La farce te happe, te soulève, et sur tes pieds, tu tangues en proie à tes démons. Tu te réinventes pantin désarticulé, en chute libre dans l’atelier, ya plus de contrôle -pour peu qu’il y en eût avant- tu cours dans ta folie pour échapper le cœur qui bat jusqu’à tes tempes. Prendre soin de lui. Quel con. Parce que c’est pour ça que t’es là, fragile ptit bout d’homme, exactement ça. Tu veux pas des instruments que t’agite en désespoir de cause, tu veux pas de ce rire gras qui te déforme les traits, tu veux pas des potions, ni des gestes sauveurs. Tu veux rester casser, c’est ton malheur, ta malédiction ; t’aimes ton corps froissé et tes os massacrés, t’aimes marcher à l’approximative, t’aimes avoir les prunelles oisives. Mais dans les sabbats des géhennes, tu viens chercher refuge. Pourquoi, si ce n’est la baume d’une paire d’yeux qui se penche sur ton corps ankylosé, si ce n’est pour chercher ton contraire. Qu’est-ce tu peux bien vouloir à part quelqu’un qui s’en fout pas, lui, comment tu vas. Et tu réalises alors, hein, à quel point c’est malsain, comment c’est dérangé là-dedans. Les mécaniques narcissiques se croyaient si loin de tout péchés, mais oh tu réalises, maintenant qu’il a mis le doigt dessus, le gros, l’énorme doigt, le vampire que t’es. Hors de toi-même, tu te vois à peine faire le fanfaron, t’es passé dans un autre mode.

Bombe à retardement, t’entends le murmure du décompte. T’anticipe la chute de l’armature humaine, à bout de force. Cachant l’âme qui s’effrite un instant, tu fermes les yeux alors que Cassian t’arraches des mains la chose sans nom que tu balançais en l’air. « Tu me fatigues, bordel !! » Il hurle. « je sais » Tu geins. Vlan. Tu tombes. Tu te rattrapes à la table, c’est l’épaule qui cherche à se casser en première, la maligne. Tu voudrais plus être là, t’aurais pas dû venir, merde. Tu veux disparaître mais le chemin, et même le moindre pas te paraît insurmontable. L’ordure veut s’enterrer là. S’il bouge plus, il l’oubliera dans un coin. Les guibolles pantellent. Jle fatigue, tu te répètes. Tu m’étonnes. Mais alors que t’envisageais de te laisser fondre au sol pour piquer une sieste, tu te sens soulevé par un bras. Cassian, encore là, et tu te demandes pourquoi. « Laisse-moi crever merde. » Mais il fait rien pour se débarrasser de lui, trop faible volonté plus que physiquement. Au contraire, t’obéis à l’ordre, presque par réflexe militaire et tu découvres avec effarement que les deux longs trucs fonctionnent encore.

« Et... Ne bouge pas. Cette fois. Marre de te rattraper. » Un nuage. T’es dans un nuage. Le gamin désarticulé que t’es s’enfonce dans les brumes parfumées. Le monde stagne. T’as l’impression d’avoir senti la gravité t’aplatir au sol, d’avoir subi le mouvement constant des planètes te balader les entrailles et jamais n’avoir connu le repos, le vrai, avant d’être posé là. Tu risquais pas de bouger. Tes prunelles erraient sur le plafond sombres, guettant la progression de l’astre royal. Alors, le silence se cristallise quand la pièce d’à côté explose dans une cacophonie vengeresse. Tempêtent les culpabilités, tu te recroquevilles, les mèches moites collés sur ton crâne.

Le couloir lugubre s’investit du néant. Ton souffle siffle entre les timides préparations que tu entends à demi, le craquement d’une poutre, le vent qui frappe le volet, tout cela qui ne font que souligner l’absence de mots, l’absence de soi. Prince des martyrs, tu soulèves ton visage sur un coussin plus épais et la pièce réapparaît à l’endroit. Et tu trembles. De tes agates brumeuses tu aperçois Cassian enjamber la tempête, tu dévores ses traits tendus, les plis nerveux de son visage et les contusions aux commissures de ses mains. Est-ce qu’on a toujours été comme ça ? Tu te souviens plus, tu veux pas savoir. Tu risquerais de te prendre un autre de tes déni dans la gueule, une autre faute cinglante. La tasse posée résonne jusqu’aux tréfonds de ta boîte crânienne.

Indépendamment de ta volonté, un sourcil interrogateur se lève. L’odeur est … explicite et familière, mais après le refus catégorique, il ne s’attendait pas à voir un seul de ses caprices exaucés. Ça sent le piège. « Ne fais pas ton gosse capricieux, maintenant que tu as ce que tu veux. » Tes émeraudes passent inlassablement de Cassian à la mixture jusqu’à ce que tu te décides à prendre le bol entre tes mains calleuses. À l’intérieur des morceaux flottent, des mini-crânes ? Non, juste des têtes de pavots. Des crânes de pavot ! T’en pousse une de l’ongle et ça t’arrache un sourire à demi-amusé. Enfin, t’y trempe les lèvres avant de le reposer, à peine intéressé malgré le bordel que le souhait a causé.

« Je traquais les hommes de Milo. » Que tu finis par sortir. C’était peut-être ta façon de t’excuser, un peu de vérité entre tes lippes, peut-être que t’avais juste besoin que quelqu’un d’autre sache que tes tabassages c’était pas que … pour la beauté de la chose. « Tu voulais savoir pourquoi, non ? Voilà. Ce Milo, il dirigeait les rebelles avant et j’en faisais partie, brièvement. Il y a quatre ans du moins. Bref, on est pas resté en bon termes et occasionnellement, ce genre d’œuvre d’art arrive. » Tu te souviens trop bien des bars sombres, des mots à demi-couverts et les yeux fuyards du serpent, tu te souviens des menaces sur chaque tête de ta famille, tu te souviens de chaque coup que tu recevais mais aussi chaque coups que tu lui foutais. T’y étais presque, tu le savais. Il a disparu de la circulation, Milo, il se terre quelque part. La moitié de son réseau a foutu le camp, ou est passé avec un nouveau groupe qui paie mieux, en or ou en idéaux. Parce que Milo c’était un foutu tyran en devenir et tu l’as compris que trop tard, trop heureux d’agir pour quelque chose de bien. T’as fini en exil et lui en roi de la cité. Maintenant t’es loin d’être le roi de la cité, mais l’ordure rampe plus bas encore. Karma. « Ne dis rien à Scylla. » L’honneur de la belle t’échappe encore, et t’as autant peur qu’elle te dénonce sur le champ à la garde royale qu’elle aille à la recherche des rebelles elle-même. Inattendue, toujours. Plus que ça, tu la voulais loin de toutes tes histoires, toujours bercé par l’illusion de pouvoir la protéger. « Bon, tu vas me la remettre en place cette épaule ou non ? » car c’est pas que ça, mais ça fait toujours un mal de chien.


Dernière édition par Noah Saada le Dim 6 Aoû - 22:28, édité 2 fois

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Sujet: Re: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
Mar 16 Mai - 5:14

Quelques ordures, aux lèvres de Noah. Qui ne font que répondre à celles de Cassian. Leurs accents excédés se perdent dans le silence du vestibule. Les rudesses qu'ils ont pu échanger trouvent des échos grandiloquents, dans le palais des glaces érigé de bocaux et d'instruments si reluisants qu'ils rendraient hommage au reflet d'un fantôme. Et puis, par la force des choses, Noah abandonne sa verticale de bateau ivre. Dès que sa carcasse esquinté choie dans les coussins, voilà que le silence retrouve tout son faste. On dirait qu'un esprit réside ici, amoureux du silence, qui chasse les scories que laissent d'ordinaire agitation et tintamarre, de sorte que chaque éclat de verre, que chaque tintement métallique résonne de manière cristalline, dans la pureté de ses alliages nus. Ce silence là, digne d'archanges sinistres, emplit à nouveau l'atmosphère. Noah est allongé. Le feu-follet a cessé de pirouetter dans l'espace pour venir brasiller doucement, quelque part au bord de l'épuisement.

Cassian a pris place à coté de lui. Pas trop près, ni trop loin. Le périmètre de sécurité que tiendraient deux éminents inconnus, à ceci près que leurs regards s'esquivent avec un brio qui ne convient pas à deux éminents inconnus. L'empoisonneur s'essaie à puiser l'once de sérénité qui lui fait si cruellement défaut dans ce calme cru. Il s'attend à ce que Noah continue sur sa lancée, y aille d'une nouvelle boutade, s'élance de nouveau sur la piste étoilée de ses divagations alcooliques. Il s'attend à braver un nouveau wagon, de ces vérités grinçantes et de ces désillusions qui goûtent la cendre. Alors, lorsque dans son angle mort, Noah s'immobilise, lorsque Cassian sent la respiration de son frère marquer une pause, lorsqu'il pressent des mots à venir, il sent tous ses muscles se bander de concert. Poings et mâchoires synchrones.

"Je traquais les hommes de Milo." Lâche l'aîné, contre toute attente.

Etrange, cette confidence qui tombe du ciel, qui naît du chaos, qui éclot dans les bris de verre. A t-il senti que le cadet flirtait avec les limites de sa patience, ou bien son humeur folâtre a t-elle opéré un virage à cent quatre vingt degrés ? Quoiqu'il en soit, quelque chose s'est dénoué, dans l'atmosphère. Un nœud coulant. La tension tombe en flèche. Dans sa nuque, Cassian sent se défaire la pelote de ses doigts nerveux. Il redresse un peu la tête, se fend d'une œillade perplexe pour Noah, se prend à le dévisager comme il dévisage tout un chacun. Mais cette fois ci, cet examen tient du réflexe insensé, car Cassian sait qu'il n'y a rien à percer. Que son frère parle avec honnêteté. Une intuition plus forte que sa paranoïa couronnée. Alors, revenu de sa surprise, l'empoisonneur se met à l'écouter. Avec une attention à double tranchant. Milo ? Il avait quasiment oublié son existence, à vivre ainsi dans sa tour d'ivoire. Il avait entendu ce prénom aux lèvres de Jezabel, à celles de Noah, il y a maintenant plusieurs années. Cela semble dater d'une vie antérieure. Sa mémoire se plaît à barbouiller les souvenirs amers de cette époque jonchée d'échecs et de désenchantements. Cassian ignorait bien que Noah avait encore à faire avec ces petits caïds. Non sans éprouver une vague honte, il réalise qu'il se figurait Noah comme une sorte de jocrisse des bas-quartiers, à se jeter tête la première dans n'importe quelle rixe, qui faisait assez de tapage, qui soulevait assez de poussière à son goût, imprégné jusqu'à l'os par les alcools et les drogues qu'il écluse continuellement. C'était facile, de lui placarder cette image sur le front, histoire d'encenser un peu plus son portrait de frère indigne. Comprendre s'avère autrement plus délicat, n'est-ce pas ? Un chemin semé d'embûches, qui réclamerait plus d'empathie et d'abnégation que n'en est capable le monstre d'égoïsme qu'il est devenu. Et si Cassian s'est toujours refusé à lui accorder la moindre circonstance atténuante, si les œillères de la colère l'ont toujours soulagés de lumières livides, voilà qu'il écoute, ce matin, ce qui est arrivé à Noah. Voilà qu'il l'écoute avec attention, sans ce mantra d'arrières pensées méprisantes. Ainsi désarmé, voilà qu'il sent la pointe d'une authentique colère, à l'idée qu'on ait simplement bastonné son frère. A son sang semble se mêler une limaille de fer abrasive. Quelque chose qui enraye ses coronaires.

"Ne dis rien à Scylla." Ajoute Noah.

Cassian garde le silence. Il observe le rideau tiré de la fenêtre qui lui fait face, dont les mailles orangées piègent le petit jour. "Ne t'inquiète pas." Répond t-il alors, roide. Il dit cela comme si le doute n'était pas de ce monde. Bien sûr, qu'il se taira. Il sera une vraie tombe. Il s'agit de préserver Scylla, au moyen de quelques omissions, de ne pas donner à son caractère enflammé de quoi se faire les crocs. Lui aussi, par ailleurs, a bien commis quelques frasques qui n'ont pas intérêt à s'ébruiter, et dont Noah a sans doute saisi quelques bribes insuffisantes par le passé. Et quand bien-même ne voit-il pas d'un bon œil les accointances qu'il a pu entretenir avec ce groupuscule de rebelles, Cassian est conscient de ces années de carence qui les séparent. De ces années de silence qui les ont propulsés loin l'un de l'autre. De toutes les questions qui n'ont jamais été posées. De tous les états d'âmes qui n'ont pas été partagés. De tous les choix qu'ils ont du faire, chacun de son coté. S'engouffrer dans cette brèche là reviendrait à mettre la main dans un vortex hurlant... Il lui faudrait alors comprendre pourquoi a t-il intégré les rebelles, pourquoi les a t-il quittés, pourquoi a t-il abandonné sa propre famille, tant qu'on y est. Le nœud du problème. Le noyau dur de toutes leurs discordes. Autant de chardons ardents qui fument copieusement à peine les effleure t-il des pensées. Alors il se tait, attrape la perche tendue. Plus facile.

"Tiens. Je commençais à croire qu'elle te plaisait, cette épaule." Relève Cassian, accueillant avec aménité le changement de sujet induit. "Assortie à ta trogne cabossée. Ca dégageait quelque chose d'harmonieux." Gouaille t-il, avant de sentir une impulsion lui fouetter les jambes. Il se relève aussi sec, vient s'installer à coté de l'épaule démise. De l'épaule démise de Noah. Il prend le temps d'en étudier l'angle biscornu qui pointe sous son vêtement déchiré. Un instant, Cassian s'attache à observer ses propres mains, qui charrient tant de spasmes piqués, qui accusent quelques hématomes saupoudrés, trois ou quatre lésions délicates qui ont la décence de ne pas saigner. Méthodiquement, il joue des articulations, sent ses phalanges craquer en chœur, sent ses doigts se délier des dernières tensions qui les habitaient. Il ne tremble plus. Revenant à Noah, alors, il pose le bout d'un index à l'endroit d'une saillie, bien en avant de l'axe de son épaule. Le contact est léger comme une feuille morte sur l'onde. Il reconnaît la tête de l'humérus, qui s'est hasardé hors des sentiers battus, aussi butée que son propriétaire. Un léger recreux laisse à imaginer l'articulation vacante.

"On n'attend pas les effets de l'Opium, alors ?" Remarque Cassian d'un ton dégagé, avant de se ressaisir. "Oh, mais c'est vrai. Maintenant que tu fais partie de la Garde, tu es devenu une redoutable armoire à glace." Lâche t-il. Une ironie qui a perdu de son âme offensive. De sa première main, il empaume solidement le coude de Noah, veillant à ne pas mobiliser le bras en question. "Donne moi ta main. Comme à l'époque où tu me faisais traverser les rues dangereuses." Et si avec le premier inconnu venu, Cassian se serait désinfecté méticuleusement les mains, sur révérence d'une moue désabusée, car c'est bien le genre de geste qu'il exècre par dessus tout, il n'éprouve pas cette répulsion habituelle au moment d'agripper la main de son frère. C'est un geste qui colore quelques vieux souvenirs ternis, c'est un geste qui tord un peu la frise du temps, et le sentiment d'étrangeté qui submerge l'empoisonneur se dissipe aussitôt. Il s'offre quelques secondes, le temps de lui adresser un regard perçant, fronçant des sourcils à l'idée de la torsion qu'il va devoir accomplir. "Adosse toi confortablement. Et puis... serre les dents." Il connaît par cœur cet enchaînement pour l'avoir répété des centaines de fois. Aujourd'hui, il sait le mener à bien les yeux fermés, les pensées absorbées par les nues, en arborant la plupart du temps une expression tiédie qui se veut l'apologie de la désinvolture. Pas cette fois ci. Cette fois ci, il retrouve le goût du frimas qui hérisse son esprit, ce picotis qui larde l'extrémité de ses doigts, cette tension qui semble couler de l'acier dans sa colonne vertébrale, comme lorsqu'il s'exécutait sous les prunelles compassées de Jezabel, lors des balbutiements de son apprentissage. Une appréhension idiote. Il reconnaît, ces os-là, à travers leurs gaines de muscles secs, eux-même drapés d'une peau bleuie de contusions stellaires. Déformation professionnelle, il saurait mieux décrire les reliefs de ses os que la couleur de ses yeux. Car son squelette a des similitudes avec celui de Scylla, dans ses aspérités, dans ses rotondités, dans ses épines. Comme s'il était capable d'échouer, Cassian darde l'articulation malmenée pour en deviner les orientations bancroches. Dans un geste lent, il lui imprime une rotation externe jusqu'à ce qu'un craquement sinistre bruisse de sous les chairs bossueuses de Noah, comme si un monstre avec une mâchoire gigantesque y avait été dérangé dans son sommeil. Il parachève cette chorégraphie sclérotique en ramenant son coude contre son ventre, puis en lui dépliant le bras. Absorbé par ses repères anatomiques, Cassian relève alors seulement le regard sur l'épaule, qui a retrouvé des reliefs aplanis. La tête de l'humérus est retournée se lover dans sa petite capsule de collagène, dans le bain de sa synovie tiède.

"Tu peux enlever ton haut ? Avec précaution ? Je vais chercher un bandage pour contenir ton articulation. Ce serait bien que tu le conserves... au moins quelques jours." Lâche t-il, doutant que Noah applique à la lettre ses recommandations. Mieux vaut rester approximatif. Du reste, Cassian n'a pas à aller bien loin. Il esquisse un furtif aller-retour à la salle de chirurgie, revenant avec un ballot de bandages aux mailles étroites, qu'il destine purement aux dispositifs de maintien. Séance tenante, il retrouve sa place au coté de son grand frère, ses billes noires naviguant entre l'articulation brûlante de Noah et son visage tuméfié. Il guette d'éventuels étourdissements, et puis d'autres choses, peut-être.

"On ne peut rien faire ?" Lâche t-il en coupant machinalement quelques bandes. Et puis, il réalise à rebours que ces paroles viennent de franchir ces lèvres, que quelque part dans son crâne, les éléments que lui a confiés Noah sont en train de fermenter. "Je veux dire... Pour ces types, qui s'en sont pris à toi. Tu ne connais pas leurs noms, à tout hasard ?"

A tout hasard. Des questions vagues, presque désintéressées, qu'il pose avec la même insouciance apparente que s'il jetait des pierres dans une eau claire. Le ton de la conversation. Comme si de rien n'était. Après tout, nombre de clients foulent cette boutique, et les langues de vipère trouvent un royaume où faire suinter leurs crochets cambrés dans les murs du maître-poison. Nombre de familles requièrent ses services de guérisseur, aussi. Un réseau qui constelle la Cité, une véritable toile d'araignée dont les fils croisés devraient pouvoir lui permettre de ferrer l'un de ces bourreaux, non ? Si tant est disposait-il de plus amples informations. Alors, sans doute esquisserait-il une petite entorse au serment d'Hippocrate. Dont il se lave les mains. Sans doute entrerait-il dans les foyers de leurs mères, de leurs sœurs, de leurs épouses, avec une malveillance qu'il maquillerait en maladie inopinée. Incurable. Agonique. Il ferait ce que ses clients lui demandent chaque nuit. Un crime en tapinois. Rien que l'ombre chinoise d'une petite vendetta.

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12/07/2015 3399 Clément Chabernaud AEROPLANE (vava) beylin (signa) l'maigrichon est garde, malgré lui 0
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Sujet: Re: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]
Dim 6 Aoû - 22:28


ton front terrassé
Cassian & Noah.
(© GIF + CSS BY DISTURBED)


Yeux cernés, t’hurles à demi-mots. Les confessions t’échappent ; t’essaies même plus, ça se presse au cotillon. Tu veux tout lui dire, tout lui raconter, tu veux verser dans ses pensées ta frayeur, ta rancœur, besoin d’un catalyseur. Pis tu te retiens, ou t’essais. Pudique. Inquiet. Tu vas regretter. Oh oui, tu vas regretter. T’en mordre les doigts, plus oser l’affronter, sentir cette intimité, ces secrets que t’as construits sans plus savoir pourquoi, violés. Disparus, parce que le temps d’une confession, tu t’es senti pardonné. Entre deux battements d’cœur, tu t’es senti bien ; pire, innocent. La belle connerie.

Tu racontes, mais trop vaguement. L’histoire t’échappes, depuis toujours. Les manigances de ta jeunesse se trémoussent dans les tréfonds de ta mémoire, à peine vivide. Tu te reconnais plus dans c’gamin qui s’faisait la malle le sourire placardé sur la face. Tes envies de révolutions, elles ont muté, mûri ou devenu lâches, qu’est-ce t’en sais ?

Les effluves du bol errent jusqu’aux affres de ta conscience. Tu laisses tes doigts danser sur les bords, distrait. Ce regard que tu sens perché sur tes expressions, que tu devines sceptique face à toi, grande gueule soudainement sage, presque paisible, tu l’évites. Tu te tais. Et dans ton silence, tu réclames le sien. Elle ne peut rien savoir, celle qui partage vos vies, celle qui vous lie malgré elle. Les trois frangins cassés qui ne savent plus qu’ils s’aiment, qui subissent ce sentiment dans sa forme la plus violente. Une mer saccagée de silences. Il acquise. Scylla, leur terrain d’entente.
Les mots s’esquivent, reviennent sur ta gueule cabossée. Le guérisseur, le frère, l’un des deux s’échappe sur ses deux jambes et tu le regardes se dégager de ton passé avec une facilité effarante. Tu t’attendais à des questions, à des flots de questions même. Tu t’attendais au moins à une mimique de surprise ou un commentaire salé. T’en serai presque vexé, l’insolent au cœur déversé. « Ha. Ha. Ha. T’as loupé ta vocation, mais il reste une place de bouffon au palais si tu veux. » Syllabes acerbes, tu te décales pour lui faire dos et tu croises même tes bras dans la mesure du possible avec l’un paralysé par la douleur. Il se pose, le traitre indifférent, là, à tes côtés, son doigt qui se fait fantôme sur ton épaule amoché. Professionnel. Tu lui accordes ça. Tu lui as toujours accordé ça. Cassian a ce calme apparent que tu n’as pas, que tu feins sans jamais convaincre. Il a ce talent et il l’use sans honte, avec paramécie, en grandes pompes.

Donne-moi ta main.

Qu’il dit.

Comme à l’époque. Qu’il frappe dans vos mémoires volées, qu’il défonce tes coffrets mis sous clés. Avec les loquets qui se font la malle un à un, tu déverses dans la mélancolie pourrie. Lui, toi, et quand t’arrivais à le faire sourire sans la bile dans le crachat. Fut un temps où Cassian était Cass’, où tu te foutais de sa ptite tête blonde, où vous courriez sur les toits pour voler au-dessus des gens. Diable, un temps plus innocent. Ta paluche calleuse s’accroche à la sienne, striée de contusion, non sans un tremblement que tu comptais bien foutre sur le compte de la douleur. Mirettes dans mirettes, tu te fais inquisiteur. Tu cherches le gamin. Tu cherches Cass. L’esprit qui divague pour échapper aux bravades. Et la douleur vient. L’os craque. La plainte grogne jusqu’aux oreilles des passants, suivie d’un juron ou dix. Ta lèvre coincée entre tes dents subie tes lubies et bientôt une perle carmine naît de ta frasque.

Pendant la brève absence du benjamin, tu t’exécutes, loin à présent de ses idées de révolution. Enlever le tissu traîné dans la poussière s’avère bien plus compliqué que t’aurais d’abord cru. Bien que l’articulation paraissait à présent plus ou moins dans ses rouages, l’pauvre bras qu’y est attaché reste aussi immobile comme s’il cherchait à se faire oublier de tous, et surtout de son proprio qui, manifestement, prenait plaisir à le traiter sans considération. Tu finis néanmoins par réussir à le faire passer par-dessus ta tête volatile, un effort que tu récompenses d’une longue gorgée d’opium encore fumante.

« Faire pour quoi ? » Tu l’avais même pas vu revenir, trop concentré sur les secondes qui te séparaient des effets apaisants du bouillon. « Je veux dire... Pour ces types, qui s'en sont pris à toi. Tu ne connais pas leurs noms, à tout hasard ? » oh ça. Désarçonné, tu te passes la main sur le visage comme à chaque fois que tu veux repousser une réponse que t’veux pas donner. « C’est pas … important. Ils sont pas importants. Pas eux. » Il n’y en a qu’un d’important, qu’un qu’a rampé jusqu’à sous ta peau, a empoisonné tes veines. Qu’un qui teinte tes émeraudes de haine. Tu te penches en avant, luttant à présent contre ce qui veut enfumer ta tête et que t’attendait pourtant impatiemment. « Jvais le trouver, t'as pas besoin de t'en mêler. Il va payer pour ce qu’il a fait, ce qu’il nous fait ; et à Jez. On sait pas, personne sait, mais jsuis sûr, forcément, c’était forcément lui. » Tu mastiques mal tes mots, tu sais, gamin. La revanche, ça te va pas bien. Tu délires, t’aurais jamais oser dire ça devant ta tête blonde sinon. Un délire, ou un rêve. Tu t’endors, tu glisses déjà sur le divan.  Tu veux le sauver. T’as ce besoin intrinsèque de le savoir quelque part loin de tout. Un truc que t’as jamais eu. Baigné dans le parfum cendré, te mèches brunes lèchent l’oreiller. « Jsuis désolé cass. De t’avoir laissé au bord d’la rue dangereuse. » Pis le néant t’a bouffé.


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Sujet: Re: TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]

 

TON FRONT TERRASSÉ [Cassian]

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