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˜˜˜˜˜˜D'astres en désastres.
maybe life should be about more than just surviving

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Dim 7 Jan - 5:52

Il y a un instant de flottement. Il y a une ébauche de confidence. Il y a, dans le regard du Skaïkru, l'écho d'une tristesse qui scie le ventre de Cassian. Une tristesse qui ressemble à la sienne, à celle qu'il bâillonne, à celle qu'il travestit en colère, à celle qu'il hérisse d'échardes et de tessons pour qu'elle ressemble moins, à de la tristesse. Il ne supporte pas, la tristesse. La tristesse lui semble une impasse, un cul-de-sac, tandis que l'ire est porteuse d'élans terribles, tandis que la colère est un redoutable carburant, écumant de bile et de fiel. L'espace d'un instant, William est un miroir terrible. L'espace d'un instant, William est un reflet parfait. Et l'empoisonneur sent une horreur qui lui saisit la moelle épinière, qui lui caille les reins. C'est une seconde troublante, où l'émotion de l'un trouve une résonance feutrée chez l'autre, ou le monde entier qui les sépare ne les empêche pas de goûter au même calice, à la même désillusion. Ils se ressemblent.

Cassian se rebiffe, insupporte l'idée d'avoir quoique ce soit de commun avec le loqueteux. Ses prunelles noires se sont serties de lueurs aussi froides que des reflets de diamant. Ses lèvres se sont ourlées d'un rictus dédaigneux qui semble un verglas sur de l'acier. Ses épaules accusent une raideur qui ne dépareillerait pas chez un guerrier kamikaze. Il est sur la défensive. Il déglutit comme un mauvais alcool l'empathie murmurante qu'il éprouve pour William. Pour le Skaïkru. Pour ce moins que rien, après tout. Et tandis que leur intermède soignant touche à sa fin, l'empoisonneur s'attache à ranger ses ustensiles avec la précaution d'un orfèvre. Il n'oublie rien, de ses fioles et de ses onguents, de ses lames et de ses pinces, et range tout son petit arsenal dans les replis astucieux de sa gibecière. Il pousse le vice jusqu'à nettoyer son plan de travail au moyen d'une charpie, afin de ne laisser de sa venue ici-bas nulle trace, pas la moindre empreinte, pas le plus petit indice. Il aime l'idée d'être un fantôme, d'être une pâleur, rôdant dans les ombres bouffies des cachots. Il aime l'idée de disparaître après avoir œuvré. De retourner se blottir dans le Néant.

Vient l'instant de reconduire William au pallier de sa cellule. Cassian s'est retourné pour le scruter, réticent à l'idée de lui remettre ses fers. Après tout, il est guérisseur. Il n'est ni garde, ni bourreau, et renâcle à manipuler ces maillons incrustés de crasse et d'écailles de sang. Par ailleurs, qui pourrait vouloir se faire la belle dans un tel dédale, quand rôde à chaque croisée des escortes de porte-glaives, quand même les initiés hésitent sur les coursives à emprunter ? Est-ce réellement nécessaire ? Le prisonnier rétorque sans ambages que non, et durant de lancinantes secondes, le Sorcier dévisage l'expression qu'il lui tend, comme s'il reniflait après quelque finasserie. Il veut du temps, aussi. Un peu de temps avant de retrouver le huis clos de sa geôle. Cassian se fend d'un soupir aride, roule ostensiblement des yeux, laisse filtrer une exaspération sans doute un peu grossie. "Tu es pénible, William. Mais soit. Attendons." Et voilà qu'un silence monte dans l'office de soins, que seul le crépitement des feux qui coiffent les brandons rompt. Nulle question de meubler l'attente à grands renforts de banalités. Non. Il veut du temps ? Cassian attend. Les bras croisés sur la poitrine, il semble se résoudre à patienter de la sorte, affectant une immobilité statuaire, ses yeux balayant les pavés et s'attardant sur les recoins de la pièce, où les ombres épaisses semblent des trouées béantes vers des Mondes hostiles. A quoi cela sert, d'attendre ? Est-ce que William y puise une quelconque consolation, une quelconque force ? Est-ce l'idée de reculer l'échéance de l'emprisonnement, qui le tient ?

"C'est un idiot." Murmure alors Cassian, sans vraiment réaliser qu'il a pris la parole. Ses pensées fourmillent dans tous les sens, de manière anarchique, suivant des vents contraires, répondant à des pôles opposés. Ses pensées sont un nid de frelons, fusant et tournoyant, et certaines parfois achoppent ses lèvres, échappent à son contrôle, et il semble divaguer. Il relève la tête vers le Skaïkru. Il hésite un instant. "Celui qui va t'acheter. Fais-lui croire que tu le crains. Fais-lui croire qu'il t'impressionne, même si ça te débecte, même si ce n'est pas dans ta nature de courber l'échine. Ne te comporte pas avec lui comme tu te comportes avec moi. Sinon, il ne baissera jamais sa garde." Articule t-il d'une voix lente et diffuse, au timbre blanc. Cela est peut-être un conseil, peut-être un avertissement, peut-être une invitation à briser la chaîne de malheurs qui s'abat sur lui, parce que s'il a encore la force de sourire, il aura peut-être celle de rebondir et de bâtir à nouveau, loin d'ici. Cassian sait pertinemment que si parmi son propre cheptel, il disposait d'un esclave tel que William, il ferait en sorte de le briser, de lui arracher jour après jour ses dernières ardeurs, afin d'étouffer toute velléité d'insurrection. Mais William ne sera jamais son esclave.

"On y va, maintenant. J'ai autre chose à faire." Sermonne t-il de manière acide avant de s'ébranler rapidement, passant la sangle de sa gibecière par-dessus son épaule. Au passage, Cassian décroche la torchère de son support et ouvre la voie dans les corridors noyés de ténèbres. Le halo des flammes, papillotant de phalènes, révèle des volées de marches scabreuses et des pavés mal dégrossis, entre lesquels gémit une eau croupie mâtinée de crasse. Ils s'éloignent des artères principales et remontent de quelques niveaux pour parvenir à des ailes assainies, ou les murs jouissent de larges soupiraux d'acier qui exhalent un peu du vent nocturne. Même les litières derrière les barreaux semblent plus propres. Même les fumets d'urines et d'excréments mêlés semblent avoir reculés. Sans doute ces rangées de cellules, si elles n'ont rien de luxueuses, sont-elles destinées à des prisonniers Rahjaks, à des criminels en instance de jugement, à des personnalités plus ou moins respectables ayant trempées dans une magouille de trop. Cassian s'immobilise alors devant l'une d'elle, totalement vacante, et les gonds lâchent des vocalises aigus à titre de bon accueil.

"Rentre. Je vais te faire porter des vêtements propres. Et puis bois beaucoup d'eau. Je veillerais à ce que les gardes te rationnent aussi souvent que possible. Quant à nous... Nous nous reverrons... Dans deux jours." Aucune hésitation ne semble raboter sa voix alors qu'il ment éhontément. Ils ne se reverront plus. Cassian compte bien passer le relais à l'un de ses apprentis maintenant que la chirurgie fine est brossée, maintenant que le bilan est levé, maintenant que le pronostic a fait volte-face. Il est bien trop orgueilleux pour s'encombrer de soins aussi triviaux que des réfections de pansement, que le menu fretin des Sorciers peut tout aussi bien accomplir. Inlassablement, il brasse ces raisons pour mieux en occulter d'autres, bien plus sibyllines. Il ne déteste pas ce Skaïkru, et peut-être cela lui aurait-il plu, de revenir à son chevet, de le faire parler de la vie dans les étoiles, de l'écouter divaguer sans que la moindre hostilité ne jaillisse entre eux. Lui qui est coutumier des injures et du mépris, lui qui échaude souvent les âmes lestes des prisonniers, se voit troublé par l'étrange familiarité qui est née au milieu du fer et de l'obscurité. Lentement, la porte grince derechef, et l'ombre projetée des barreaux imprime la figure de William d'un zébrage goudronneux. Une dernière fois, leurs regards se croisent.

"Aurevoir, William."

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04/11/2014 Mystery Light Elijah & Near & Saoirse & Cassandre & Jade 27531 Thomas B.-Sangster Luxaeterna Murphy ** Signa perséphone Aaron Ancien kidnappé des Rahjaks. ancien traqueur, co leader. Cent 511
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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Dim 21 Jan - 2:39




« Tu es pénible, William. Mais soit. Attendons. » C’est sur qu’il aurait pu en sourire s’il n’avait pas cette échéance à un énième enfermement. Il aime bien cette idée d’être pénible, d’être chiant même pour quelqu’un qu’il ne connait pas alors que d’autres qu’il connait beaucoup mieux ne le pensent pas, préfèrent ne pas y penser pour ne pas le blesser. Ça l’emmerde pas ce qu’il dit parce qu’il est pénible même sous des couches de gentillesse. Il hausse les épaules, ne répond pas, n’a rien à répondre. Il est presque prêt. Presque. Il n’en sait rien. Ça le stresse de ne pas savoir quelles seront ses réactions quand le moment sera venu d’y aller, de se laisser enfermer. Le silence fait du bien et en même temps ça l’angoisse terriblement et il déteste ça. Il ne sait pas pourquoi il se sent comme ça. Il tente de trouver des réponses sur les dalles qu’il fixe, sur le sol froid. « C'est un idiot. » Liam ne bouge pas, c’est mieux ainsi. Il préfère écouter et là ça va devenir intéressant parce que c’est bien la première fois qu’on lui parle de ce qu’il va se passer plus tard. Ce plus tard pour lequel il ne sera jamais prêt. S’il peut être prêt pour un enfermement, il ne sera jamais prêt pour ce qu’ils ont prévu pour lui, pour eux : l’esclavage.

Il assimile, attend la suite, les lèvres pincées, comme pour méditer sur un futur dont il ne veut pas. « Celui qui va t'acheter. Fais-lui croire que tu le crains. Fais-lui croire qu'il t'impressionne, même si ça te débecte, même si ce n'est pas dans ta nature de courber l'échine. Ne te comporte pas avec lui comme tu te comportes avec moi. Sinon, il ne baissera jamais sa garde. » Il est plutôt surpris. S’est-il comporté différemment ? Comment se comportent les autres envers lui ? Comment devrait-il se comporter ? Il sait qu’il se comporte de façon différente selon les personnes mais ça le laisse songeur. Il ne pense pas avoir eu des accès de rébellion trop poussées envers lui mais c’est vrai qu’il lui a parlé. C’est peut-être ça. Alors parler aussi est interdit ? D’accord, alors si c’est mieux, s’il n’avait de toute façon pas eu l’intention de faire quelque chose de stupide une fois sorti d’ici, il comprend. Oui. C’est peut-être mieux de faire comme sur l’Odyssée, comme s’il avait mérité son sort alors que tout est différent. Il ne sait pas comment réagir, préfère ne pas lever la tête, c’est plus simple comme ça.

Comment font-ils pour vivre dans un tel endroit ? Lui ne pourrait pas. Il n’y a rien, pas de vie. Jute un jeu de pouvoir et d’apparence pour survivre sans jamais vivre. Et sur l'Odyssée ? C'était différent. Il deviendrait complètement dingue à leur place, sans doute le sont-ils déjà qu’en sait-il ? Rien. Il raconte n’importe quoi. « On y va, maintenant. J'ai autre chose à faire. » Tout est morne, tout est triste, surtout lui qui reprend le ton de celui qu’il était lorsqu’il l’a amené ici. Il secoue la tête, ce n’est pas son problème. S’ils acceptent ce mode de vie depuis tout ce temps ce n’est pas un gars débarqué du ciel, qui ne sait rien, qui va pouvoir y redire quelque chose. Il est las. Pourquoi l’enfermer ici s’il sait qui l’a acheté. Tout ça ne rime à rien, cette situation, cette cité.

Il est à la fois las et agacé, énervé et amorphe à le suivre sans rien dire à juste observer ces couloirs qui se ressemblent jusqu’à ce qu’ils y arrivent. Si les cellules sont différentes, Liam s’en fout. Il n’a pas demandé à être là, il n’a rien demandé de tout ça. Ca l’angoisse, il ne se sent pas bien, ne sait pas si c’est le fait d’être sans les autres ou dans cette cellule. Un peu des deux. Rester dans cette cellule avec pour seule compagnie ses pensées pessimistes qui n’amènent rien de bon l’effraye. « Rentre. Je vais te faire porter des vêtements propres. Et puis bois beaucoup d'eau. Je veillerais à ce que les gardes te rationnent aussi souvent que possible. Quant à nous... Nous nous reverrons... Dans deux jours » Il l’entend à moitié, tente de se faire à l’absence de chaines à ses chevilles. Il va falloir qu’il s’asseye. Ce n’est pas grand, non, mais assez grand pour une personne qui ne prend pas beaucoup de place. Ce n’est pas pour autant qu’il se sent mieux, il sait juste qu’il ne va pas paniquer, qu’il va relativiser sans trop y penser. Il aura rien qu’un peu d’air : ça lui suffit même s’il ne s’y attardera pas trop. La lumière du désert est bien trop vive comme pour les éblouir et cacher la misère. C’est cette impression d’être prisonnier de ce désert bien plus que des Rahjaks qui revient à chaque fois. Cet au revoir, c’est le moment ou il va le laisser, faire comme s’ils n’avaient jamais existé, comme si c’était normal. Une dernière fois il l’observe sans trop savoir que penser de cet homme mystère. Car c’est ce qu’il est, un mystère que l'on ne pourra résoudre même en passant toute une vie à ses côtés. Il hoche simplement la tête, encore hésitant. Il semble bien différent, bien moins combattif, comme s’il avait déjà assimilé cette nouvelle façon d’agir pour les autres de ce peuple qu’il rencontra. Ses yeux se perdent dans un ennui qu’il devine déjà lorsque le blond ne sera plus là. Il ne voit pas quoi lui dire, un merci veut s’échapper mais Liam se retient, soupire et se tourne déjà pour ne pas le voir s’en aller. Pourquoi, après tout, ils se reverront dans deux jours.
 

D'astres en désastres.

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