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˜˜˜˜˜˜D'astres en désastres.
maybe life should be about more than just surviving

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13/09/2016 Anticarde 2207 Evan Peters Varghounette ♥ (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) - Ashiri ♥ (picspam) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 18
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: D'astres en désastres.
Mar 27 Sep - 22:54

D'Astres en Désastres.



Ces temps de guerre dessinent des sourires charognards sur les visages des usuriers, des maquignons et des marchands d'esclaves Rahjaks. A la cité de Feu, des arrivages de chair fraîche ont littéralement fait flamber l'activité des foires humaines et des quartiers des affaires. Pour les esclavagistes, cet arrivage de prisonniers représente une merveilleuse aubaine, une ruée vers l'or, une flambée du commerce, un dynamisme qui profite à toutes les classes de la population. Les cordons de la bourse se délient comme des rubans de velours. Encore faut-il que le bétail, vendu à la criée sur les places des marchés, ne clabote pas entre les mains de ses heureux acquéreurs, vous répondrait Cassian Saada, le regard calculateur. Encore faut-il que ces corps, tringueballés dans des conditions épouvantables, jetés dans des geôles sordides, entravés au moyen de fers corrodés, crasseux, ne succombent pas à l'affection la plus bénigne qui soit. Quand l'hygiène est déplorable, le jeune sorcier sait qu'une simple égratignure peut vous conduire entre quatre planches de sapin, non sans passer outre une longue et effroyable agonie. Passionnant à observer.

Nombre de marchands savent que louer les services d'un guérisseur, pour raviver un peu l'éclat de leur cheptel, est un investissement à ne pas manquer. Quand les moribonds sont cédés pour une poignée de figues, les prisonniers qui donnent un peu le change, ceux qui font mine de tenir sur leurs quilles, ceux qui parviennent à redresser le menton, à faire preuve d'une once d'élégance voient leur valeur marchande se démultiplier. Pas étonnant, de fait, qu'on ne traîne pas à solliciter les guérisseurs de la Cité, sitôt la piétaille écrouée. Cela vaut au jeune sorcier, aujourd'hui, une petite promenade de santé, direction les cachots du Palais Royal. La chair à canon n'est même pas encore tombée dans les griffes des marchands qu'on se soucit déjà de sa fraîcheur. Des profits se dessinent, des accords se devinent, des bourses bien lestées glissent sous les manchettes brodées des riches négociants.

Aux abords du palais, des soldats en livrée officielle arpentent inlassablement les chemins de ronde qui couronnent les hauts murs du Palais. Cassian Saada, récemment désigné dans son rôle de soigneur royal, le temps d'une mission de quelques mois, s'avance paisiblement vers l'impressionnante double-porte qui fait l'entrée principale. Arrivé à quelques pas des gardes, il abaisse la capuche qui recouvrait jusqu'alors ses traits. Les hommes de faction le dévisagent avec un mélange de mépris et de crânerie, vraisemblablement incommodés par la nature de ses pratiques. Ils le connaissent de réputation, et force est d'avouer qu'elle n'est pas bien reluisante, tout petit noble qu'il soit. Néanmoins, malgré leur morgue apparente, les voilà qui s'écartent simultanément du passage. L'un d'eux s'offre même en tant que guide, brandissant un flambeau à l'encontre des ténèbres des cachots.

Le jeune sorcier sait ce qu'il a à faire. Il sait par ailleurs de quels prisonniers il doit s'occuper. Un jeune homme longiligne a vraisemblablement attiré l'attention d'un trafiquant, alors qu'il défilait dans la Cité de Feu, enchaîné en file indienne avec ses compagnons d'infortune. Le futur acquéreur a versé une somme rondelette au guérisseur pour que son poulain soit remis sur pieds, dans la mesure du possible. Sans s'émouvoir, Cassian traverse un dédale de galeries nauséabondes, passant devant d'innombrables cellules crasseuses, où quelques mains se tendent à travers les barreaux, où quelques suppliques abandonnent les lèvres bleuâtres des captifs. Ses yeux noirs glissent et décryptent avec un intérêt malsain les peaux livides, les front fiévreux, les yeux hagards, les corps amaigris, jusqu'à ce qu'enfin, le porte-glaive s'immobilise devant une petite geôle. D'un geste dédaigneux du menton, il lui indique qu'ils sont arrivés à destination.

Le cliquetis d'une clef dans la serrure séculaire. Les gonds de l'alcôve grincent comme l'articulation rhumatismale d'un géant d'acier. Deux prisonniers sont terrés là, des fers aux chevilles, dans une semi-obscurité à peine dissipée par une rangée de torchères espacées de plusieurs mètres. Sur le pavé déchaussé, une écuelle d'eau, des portions de pois chiches refroidies depuis longtemps. Cassian s'approche du jeune homme avant de s'agenouiller à sa hauteur, maintenant toutefois une distance qui le préserverait d'une malencontreuse torgnole. Il les connait un peu, ces pauvres âmes vendues au diable, faces au précipice, prêtes à commettre l'irréparable. Elles ne sont plus à ça près. Un instant, il s'absorbe dans ses pensées, se rappelant les nombreux ouvrages qu'il a lus, dans la langue morte de leurs ancêtres exterminateurs. Une langue morte que ces enfants du ciel n'ont jamais cessé de parler, qu'il a eue l'occasion de pratiquer au contact d'autres prisonniers comme lors de rencontres rurales. Utiliser des mots simples.

"Je suis guérisseur. C'est moi qui vais m'occuper de tes blessures." Sa voix est neutre, prudente, dans l'expectative. "Où as-tu mal ?"

Cassian retient le flot de sa curiosité, et des centaines d'interrogations se bousculent dans sa tête au sujet de ces mystérieux naufragés des étoiles. Attendre le moment opportun.

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04/11/2014 Mystery Light 23512 Thomas B.-Sangster Lux Aeterna (Murphy ♥) Signa ©crack in time ♥ Unicorn, crackship soeur d'arme, paroles City Light Blanche Ancien kidnappé des Rahjaks. Apprenti soignant ancien traqueur 477
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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Mar 4 Oct - 3:05



Pendant des années, pour certains, retourner sur Terre a été ce rêve qu’ils n’auraient jamais osé voir se concrétiser. Aujourd’hui, Liam se demande ce qu’ils en pensent de cette Terre qui ne les a pas épargnés. De son point de vue, la Terre est un cauchemar.

Liam se pose des questions, s’interroge sur leur avenir ici. La Terre, la Cité Rahjaks, au fond, c’est du pareil au même. Il n’a pas attendu la fraîcheur des cachots pour se poser toutes ces questions. Il se les pose depuis leur arrivée sur Terre et ce qui chamboule sa vie depuis quelques jours n’est qu’une excuse de plus pour qu’il s’interroge à nouveau. S’interroger l’aide à ne pas perdre la tête comme Rose. Il a besoin de garder la tête froide, de s’éloigner de ses camarades d’infortune pour ne pas perdre totalement espoir, pour ne pas se focaliser sur cet espace clos, pour ne pas paniquer. Alors il s’est tu, s’est assit dans un coin de la cellule qu’il partage avec Mewan pour mieux s’enfermer dans sa bulle comme il a si souvent pu le faire sur l’Odyssée, au début de leur arrivée sur Terre. Reprendre ses anciennes habitudes est plus facile qu’il ne l’aurait pensé même s’il a fait des efforts depuis le début. Il ne s’est pas fermé aux autres, il s’est essayé à la communication et même si on aurait pu croire à un échec cuisant de sa part, ce ne fut pas le cas. Et pourtant, lorsqu’il a ce besoin de s’éloigner du monde pour se retrouver dans cet endroit qui n’appartient qu’à lui, c’est si facile qu’il se demande s’il a fait réellement des efforts, si des efforts étaient nécessaires si, au final, on en arrive à être là : seul avec soi-même dans une cellule. Encore.

Ils ne leur avaient rien demandé. Ils n’étaient pas venus en conquérants sur cette Terre qui n’était plus la leur depuis bien plus de cent ans, depuis que leurs ancêtres eurent l’idée de fuir dans l’espace. S’il avait été soulagé de retrouver des têtes connues parmi les Cent, aujourd’hui, assis en tailleur tout en évitant de s’adosser sur le mur poussiéreux pour ne pas que sa blessure lui rappelle son existence, il se demande si ce n’était pas mieux pour eux finalement qu’ils restent là-haut. Ils auraient eu la même finalité, de toute façon. Mourir éjecté ou assassiné par des mercenaires, où se situe la différence, exactement, quelle est la fin la moins brutale ? Il ne sait pas, il ne veut pas le savoir, a déjà eu une réponse avec beaucoup trop de réalisme à son goût des deux côtés. Les deux se valent. Cependant, quand ses yeux se ferment, c’est les yeux révulsés de Solan qu’il revoit avec frayeur et l’impossibilité de s’endormir le frappe parce qu’il ne veut pas revivre la scène de leur courte fuite et de sa terrible conséquence. Solan n’avait rien demandé. Solan est mort. C’est dur à avaler, bien plus douloureux que la plaie qui lui barre le dos en diagonal. Les sables mouvants. Fuir les mercenaires ? Avaient-ils pensé un instant aux pièges du désert en entamant leur course folle vers la liberté ? Pas un instant. Ils s’étaient juste servis de la semi révolte de quelques esclaves pour fuir. La réalité les avait bien vite rattrapé et Liam savait qu’il n’y avait plus d’échappatoire possible pour eux à moins qu’une âme charitable n’ait pitié d’eux et les libère mais dans ce monde qu’ils avaient tant idéalisé, être charitable n’existait pas.

Esclaves. Il tourna la tête pour observer ses compagnons malgré le manque de lumière. Qu’allaient-ils faire d’eux ? Allaient-ils être séparés ? Les mercenaires n’avaient pas mâché leurs mots en les décrivant. Le dégoût pour ces êtres abjects s’était insinué en lui mais la raison s’était montrée dominatrice face à la fuite loupée. Tant que la fuite n’était pas assurée, il ne tenterait plus rien. Il ne voulait plus de mort, plus qu’on ne prenne d’autres personnes de leur groupe pour les envoyer il ne savait où.

Le bruit d’une porte qu’on ouvre le tire de ses pensées. Il ne se lève pas, ne fait pas son curieux pour voir qui s'avance parce qu’il ne veut pas qu’on soit là pour lui. Il espère en vain que cela ne soit qu’un curieux qui vienne les observer comme tant le feront dans le futur. Qu’il regarde, qu’il reparte, c’est tout ce qu’il demande. Il ne veut pas que l’un d’entre eux s’intéresse à l’un d’entre eux et vienne à les séparer, les éparpiller aux quatre coins de la cité. C’est bien évidemment l’inverse qui se produit. L’individu s’arrête, entre et Liam se force à lever le regard. Il ne veut plus de conséquences comme celle du désert. Il ne distingue pas bien les traits du Rahjak qui vient d’entrer dans leur cellule. C’est en plissant ses yeux fatigués qu’il aperçoit une lueur blonde au-dessus de son crâne. Alors il est blond ? Il retient l’envie d’hausser les épaules, il s’en fout. Tout ce qu’il veut c’est savoir ce qu’il lui veut. Maintenant. « Je suis guérisseur. C'est moi qui vais m'occuper de tes blessures. Où as-tu mal ? »

Il est surpris de la question et vu de l’extérieur cela sera sûrement pris pour quelqu’un qui ne comprends pas. La surprise passe à la suspicion d’un tel geste envers lui. Il n’est pas le plus blessé. La douleur, il a réussi à l’amadouer. Elle n’est pas une amie mais deviendra plus supportable avec le temps. Que lui répondre, il n’en sait rien, cherche ses mots, hausse finalement les épaules pour grimacer aussitôt. Ce simple geste ravive cette douleur qui ne l'a jamais quitté. « Nulle part. » Nulle part et partout à la fois, ça lui va comme réponse au guérisseur ? « Certains sont plus mal en point. » Il n’est pas le seul à avoir eu des coups de fouet. Pourquoi lui, pourquoi ne pas voir les autres, pourquoi diable es-tu là, guérisseur ? Il aurait préféré qu’on les laisse tranquille quitte à ce qu’on les oublie et qu’ils pourrissent ici bas. Il voulait juste savoir et ne pas qu’ils viennent un à un faire leur curieux. S’ils connaissaient en partie le sort qui leur était réservé, l’attente et l’angoisse de celle-ci était bien pire que tout le reste, que la douleur.


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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Mar 11 Oct - 23:46

« Nulle part. » Lâche le prisonnier.

Il a la voix caverneuse, dépouillée d'espoirs, privée de son entrain. Il a la voix d'un abîme empli de noirceurs, dans lequel les pierres jetées ne produisent nul écho. Cassian sourit, imperceptiblement. Il aime l'aura que dégagent les prisonniers. Certains, accablés par la résignation, par la douleur, par les privations, par un horizon réduit à néant se transforment en fantômes, en coquilles vides, en pantins désarticulés, et la mort vient les cueillir avec affection. D'autres se voient happés par la folie, s'égarent en tirades décousues, fiévreuses, rapportent des visions cauchemardesques et puis, un beau matin, la mort les arrache au monde sans crier gare, et ils tombent nettement, comme des guerriers au combat. Les derniers sont les plus amusants. Ce sont ceux qui décomptent les jours, en dressant sur les murs d'authentiques fresques de désespoirs. Ce sont ceux qui s'accrochent à des objectifs risibles, qui se donnent une raison de continuer, ceux qui trouvent réconfort et distraction dans leur monde intérieur, dans leurs réflexions. Ce sont ceux qui se battent pour un coin de cachot à peine mieux exposé, ceux qui considèrent avec le plus grand sérieux la gamelle d'eau croupie qu'on peut bien leur tendre, ceux que la vie a tant marqués qu'ils trouvent, au fond de leurs cœurs, des ressources miraculées jusqu'à ce que la Faucheuse leur prélève la dernière goutte de sang. Ceux qui n'auront jamais abandonné, en fin de compte, jusqu'à se trouver exsangues. Cassian observe longuement Liam, amusé, se demandant à quelle catégorie il appartient.

"Nulle part..." Répète t-il dans un murmure évasif, comme s'il s'agissait d'une formule magique. Insensiblement, il rapproche son visage, respirant de manière ostentatoire les miasmes du condamné. "Pourtant, tu sens l'infection. Des sérosités qui te vaudront bientôt la compagnie de la vermine." Ajoute t-il d'une voix douce à la langueur reptilienne, presque empathique.

Le jeune Saada aime baguenauder dans les cachots. Il a souvent l'impression d'évoluer dans l'antichambre du diable, dans le vestibule de la Mort en personne, comme si cette dernière l'avait convié personnellement dans son salon privé, comme on le fait d'un hôte de marque. Reprenant de la distance, les yeux noirs du Rahjak parcourent un instant l'ensemble des captifs que Liam semble lui désigner. Tiens, il s'inquiète vraisemblablement pour ses compagnons d'infortune. Ce qui l'honore. Ce qui brille dans les ténèbres. Ce doit être un esprit lent à briser, plein de vigueurs. Dans ces conditions calamiteuses, beaucoup oublient qu'ils ont des amis ou des proches, s'accrochent de toutes leurs miséreuses forces à la première opportunité qu'on leur fait miroiter. Non, pas celui là.

« Certains sont plus mal en point. »
"C'est sûr." répond sobrement Cassian. "Certains ne passeront pas la nuit, dans les cellules contiguës. Cela dit, je suis missionné pour m'occuper uniquement de toi. Quelle chance, pas vrai ?" Relève t-il avec une dérision mordante. "Apparemment, quelqu'un qui a les moyens t'a remarqué et ne te laissera pas croupir longtemps dans les cages des esclavagistes, lorsque se dressera la grand marché." La voix du guérisseur est neutre, comme s'il n'éprouvait aucune forme d'amitié pour son mandataire, comme s'il ne faisait qu'expliquer au détenu ce qui l'attendait, sans prendre parti. "Enfin, j'imagine que si tu te montres tranquille et coopérant, j'aurais peut-être du temps à accorder à tes petits copains ?"

Silence. Cassian laisse à Liam quelques secondes de répit, le temps de bien assimiler la proposition qu'il vient de lui faire. Pas d'ironie roulante, pas de moquerie flottante. Des mots lisses, propres, sans vice apparent. Brusquement, interrompant leur face à face qui commençait à s'éterniser, le Sorcier claque des doigts à l'attention du garde. Pas vraiment ravi d'être apostrophé comme un vulgaire cabot, le porte-glaive se permet de cracher un glaviot sur le coté, se fendant d'une oeillade noire à l'adresse du guérisseur.

"Un problème, ta petite seigneurie ?" Lâche t-il d'un ton ouvertement méprisant.
"Lui. Emmène-le au poste de secours. Je n'aime pas travailler dans la crasse."
"Démmerde-toi, sale Empoisonneur. Je suis pas ton serviteur. Je m'assure juste que les prisonniers n'aient pas la bonne idée de t'étrangler de manière trop flagrante."
"Très bien. Ton nom ?" Articule t-il froidement, sans quitter un instant Liam des yeux. "Juste au cas où. Je pourrais me fouler le petit doigts et devenir inapte à pratiquer les examens les plus basiques qui justifient ma présence ici. On finira bien par me demander l'identité de mon présumé protecteur, au moment où je me tordrais de douleur."

Le soldat serre les poings discrètement, ravalant son excès de zèle. De toute brutalité, il entre dans la cellule comme une tempête de sable, agrippe Liam par les fers qui lui cisèlent les poignets, sans prendre de pincettes et le force à recouvrer toute sa hauteur. "Bouge ton cul, blanc-bec." Grogne t-il dans son idiome terrien, en le repoussant vers la sortie. Silencieux, Cassian observe la scène avec un détachement non moins attentif. Il se tient déjà à l'affût des gênes qui pourraient altérer la marche du skaïkru, de ses éventuelles faiblesses musculaires, osseuses, de ses vertiges, de ses raideurs, de tout indice qui pourrait lui révéler les maux à l'oeuvre dans sa chair ballottée. Le soldat, qui connaît par coeur le dédale souterrain, entraîne alors prisonnier et guérisseur par les sombres boyaux des cachots, où les torchères erratiques leur découpent des ombres diaboliques. Quelques minutes de marche, et ils atteignent un petit office austère, composé d'une sorte de table d'auscultation et d'un nécessaire de soins, dispersé dans les rangements d'étagères de guingois. Le soldat lâche le prisonnier tel un rapace en plein vol.

"Assied-toi." Dit Cassian, allumant les flambeaux de la salle afin de mieux découvrir les traits et le corps affaibli de son patient. Cette promenade de santé l'a peut-être fait cheminer, concernant sa petite proposition édictée à la légère ? Tant de questions lui brûlent la gorge, concernant les savoirs que recèlent les habitants des Astres.

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Sam 15 Oct - 5:03

Il détestait cet endroit et ces gens qui avaient pu croiser son chemin. Il ne comprenait pas la façon de penser de ce peuple et préférait faire comme s’il n’avait pas besoin des soins que son vis-à-vis allait lui prodiguer. Il ne savait pas trop comment agir en réalité. Il n’avait pas vraiment le choix, c’était surtout de cela dont il s’agissait. Il pourrait dire tout ce qu’il voudrait, rien ne serait pris en compte dans la façon d’agir de l’autre qui était réaliser une demande d'un client. Il avait mal à la tête à force d’être dans un endroit si peu aéré et avait toujours mal à sa blessure qui avait sans doute une sale gueule à présent. S’il ne voulait pas que les Rahjaks ne l’approchent de trop près, il était à peu près certain qu’il en était de même pour ses coéquipiers de galère et leur refiler le pseudo médecin n’était sans doute pas la meilleure de ses idées même si c'était indéniable : ils avaient tous besoin de soins.

Il n’aime pas cette façon qu’il a de l’observer tout comme il n’aime pas sa façon qu’il a de répéter ce qu’il vient de dire. Il ne le croit pas : c’est évident. Cela le surprend lorsqu’il se rapproche, diminue l’espace de sécurité qui s’était naturellement instauré entre eux. Le Rahjak oublie qu’il parle d’un langage que Liam ne comprend pas encore très bien : la médecine. Mais l’essentiel, il l’a compris et n’avait certainement pas besoin de l’entendre à voix haute pour comprendre que cela allait finir par arriver si on les laissait plus longtemps sans soin. Il pense à Taël, à Thaïs. A Mewan qui est non loin d’eux. Combien sont-ils à avoir été blessés dans l’horreur du désert, dans le tumulte de l’essai foireux de l'évasion de quelques uns ? Si la peur ne l’enveloppe pas, il est rassuré lorsque le blond s’éloigne : question d'espace personnel. « Certains ne passeront pas la nuit, dans les cellules contiguës. Cela dit, je suis missionné pour m'occuper uniquement de toi. Quelle chance, pas vrai ? »

Liam ne sait pas combien ils sont dans les prisons du palais mais il ne pense qu’à ceux qui sont arrivés dans cette cité maudite en même temps que lui. Les autres, c’est égoïste à dire, ne sont pas son problème. S’il lui faut penser et culpabiliser à chaque être laissé derrière, il n’en a pas fini. La culpabilité n’est pas une sensation nouvelle. Il se tait face à l’information reçue alors que l’information soulève de multiples interrogations. Cela veut dire que les autres sont pour le moment saufs jusqu’à ce que l’on s’intéresse à eux. Ses bras se resserrent autour de sa taille alors que le monologue du guérisseur semble n’en plus finir. S’ils avaient su quel serait leur destin funeste pendant leur marche dans le désert, jamais un mot sur ces marchés n’avait été prononcé. Il reste silencieux, ne veut pas montrer l’intérêt qu’il porte à ses paroles quand soudain la donne est changée parce que cela concerne aussi les autres. C’est facile de paraitre distant quand la seule personne impliquée dans l’histoire c’est lui. Il pose pour la première fois ses yeux fatigués sur ceux de son interlocuteur comme pour déterminer la véracité de ses propos mais il ne lui en laisse pas le temps en demandant la présence du garde qui la lui refuse. Une pareille scène aurait pu le faire sourire si le sujet avait été plus léger, s’il ne s’était pas retrouvé ici avec ces personnes, bref, si tout avait été totalement différent. Il n’écoute que vaguement leur échange et c’est à peine s’il entend l’insulte lorsqu’on le fait se lever pour avancer. Faire abstraction, ne pas entendre, ne pas voir reste sa meilleure arme dans ce qu’ils vont vivre les prochains jours. S’ils se laissent atteindre par n’importe quelle remarque, bassesse de l’autre camp, ça sera foutu pour eux et ils le savent. Et Liam ne veut pas de cette fin là. Il veut rentrer en bon état. Fragile mais survivant. S’il n’a pas laissé l’Odyssée le casser il ne les laissera pas. Il doit être fort.

Essayer.

Les couloirs se ressemblent. Il a tenté de suivre la cadence et malgré son oisiveté forcée et la fatigue force est de remarquer qu’il tient encore debout. C’est rassurant. Une fois assit, c’est un lourd silence qui s’installe. Chose qu’il déteste non pas par le silence mais par ce regard qui observe sa façon d’agir et ses failles. Son regard sombre dévie sur les étagères pour ne pas croiser celui de ce guérisseur dont il ne connait pas même le nom. Un soupir agacé lui échappe. Lui qui n’aime pas être observé l’est depuis peut-être dix secondes et chacun sait qu’une éternité peut facilement s’y loger quand le malaise est présent. Il ne va pas s’évanouir, ce n’est pas un malaise de ce genre là. C’est juste. Ce regard-là. Ce regard a qui il aimerait pouvoir lancer un regard noir sans avoir peur des conséquences.


Spoiler:
 

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Mer 2 Nov - 15:59

Malgré son indifférence de façade, Cassian scrute les visages. Celui du garde, grommelant dans sa barbe. Mais davantage celui du prisonnier, dont la richesse d'expressions ouvre une brèche sur les méandres de son esprit. Il semble perplexe dans son silence, revêche dans la façon qu'il a de vous regarder. Il pourrait ressembler à un animal acculé si dans ses yeux ne transparaissait pas ce quelque chose de typiquement humain, cette vivacité rentrée qui trahit un flux de pensées ininterrompu, qui n'ont rien à voir avec la seule méfiance d'un animal sur le qui-vive. Cassian se demande, qu'est ce qui peut bien lui passer par la tête, qu'est ce qu'il peut brasser de peurs, de souvenirs, de frayeurs, mais aussi de résignation, de défaitisme, d'espoirs et de désillusions. Ecroué, l'avenir incertain, la vie sur le fil du rasoir, la décrépitude à perte d'horizon, nul doute que l'enfant du ciel doit être en proie à une palette d'états d'âme multiples. Si l'esprit était palpable, si l'esprit pouvait se disséquer, cela devrait être beau à observer.

Le poste de soins est équipé de façon rudimentaire. Dans les tiroirs et sur les étagères, il ne trouve guère mieux qu'un nécessaire à sutures, un tas de charpies jaunies, quelques fiasques de tord-boyaux immondes, des tuteurs de bois destinés à improviser atèles et orthèses de fortune ainsi qu'une panoplie d'onguents bas de gamme qui ne sont pas de toute première fraîcheur. Il fronce le nez de dégoût. A vrai dire, c'est plus par curiosité qu'il inspecte le matériel mis à disposition, car il ne compte certainement pas l'utiliser. De tout temps, le jeune Saada n'a jamais fait confiance qu'à ses ustensiles, ceux là même qu'il entretient au vinaigre et à l'alcool, ainsi qu'aux concoctions dont il connaît les moindres ingrédients. Sur le plan de travail, il dépose sa gibecière ventrue, en tirant quelques outils de première nécessité, non sans avoir préalablement briqué au moyen d'un linge alcoolisé la surface de la table. Cassian s'est toujours imaginé microbes et germes comme des rampants invisibles, difformes, aux mandibules monstrueuses et aux bulbes d'araignées, emplis de sanies lactescentes, capables de nager à toute allure dans la crasse et la saleté.

"Tu peux nous laisser. Reste à portée de voix." Lance t-il à l'adresse du garde sans même se détourner de son attirail, organisant l'espace entre ses produits et outils. Sans demander son reste, ce dernier se retire, accrochant les clefs des fers à une patère, le buste gonflé par une inspiration furieuse. Dans son sillage, la porte se ferme dans un claquement sourd. C'est à cet instant que le sorcier fait volte face pour affronter le regard du futur esclave.

Dans l'atmosphère, l'odeur de l'alcool à désinfecter pique les sinus. A cette fragrance se mêlent les relents de suif consumé des torchères, dont les flammes généreuses tranchent avec la pénombre des galeries souterraines. Le sorcier a alors tout le loisir de dévisager son prisonnier, de discerner avec exactitude les rougeurs qu'entretiennent les fers sur ses poignets, sur ses chevilles, les égratignures que lui ont valus quelques rudoiements de la part des gardes, mais aussi son teint blême, hérité de la captivité. Il y a autre chose qui interpelle Cassian. Quelque chose de plus troublant. Quelque chose qui n'a rien à voir avec la raison de sa présence ici, qui n'a rien à voir avec un quelconque examen clinique utile à ses soins. Quelque chose dont il devrait se moquer éperdument. Cette étrange ressemblance physique. Une ressemblance qui lui rappelle leurs origines communes, si lointaines et si proches. C'est peut être leur jeune âge, leurs mèches blondes, la candeur de leurs traits, leurs expressions durcies par des épreuves bien différentes... L'espace d'un instant, c'est comme un miroir inquiétant qui se dresse devant le jeune Rahjak. Qu'est ce qui les sépare, après tout ? Des aléas de vie, des expériences et des apprentissages aux antipodes les uns des autres, mais rien de vraiment propre, rien de profondément viscéral. Et si la place toute puissante qu'occupait Cassian, aujourd'hui, et si toutes ses prérogatives, toutes ses illusions de confort n'étaient qu'un cadeau fortuit, que le hasard de l'existence pouvait reprendre à tout moment ?

Le Rahjak bat lentement des paupières, chasse cette pensée irritante, effleure de la pulpe de son index le col de lin de sa chemise. Une étoffe précieuse, longuement travaillée et purgée de ses sédiments, qui lui rappelle sa place confortable et huppée. Il se concentre, s'attache à détailler de manière plus froide le corps de l'enfant du ciel. L'observation méthodique et détachée que réclame l'oeil d'un guérisseur est un garde-fou précieux pour son esprit instable. Un instant, il considère les chaînes qui cadenassent les poignets du skaïkru, les retire sans sembler craindre d'éventuelles représailles. Les fers tombent à terre dans un fracas métallique assourdissant. Le Sorcier donne du pied dans l'amas de chaînes pour les repousser au loin, dans un recoin de la pièce. A première vue, l'acier n'a mordu la peau que superficiellement. Il n'est pas rare que des liens trop serrés rognent la chair, ouvrent une faille et y logent une infection grandissante qui se solde par une amputation. Les esclaves perdent alors le plus gros de leur valeur marchande... Triste sort.

"Je reprends." Souffle le guérisseur, se tenant droit devant Liam, à la distance d'une brassée. "Où as-tu mal ? Est ce que tu as des blessures, des plaies ouvertes ? Des problèmes, des gênes pour bouger une partie de ton corps ?" Edicte t-il, imperturbable dans le rôle qui lui échoie.

Le spectre d'un sourire, chacal, glissent sur les lèvres de Cassian Saada. Et si malgré tout, l'esclave refuse de coopérer ? Voyons. Il existe mille astuces pour interroger directement le corps, lorsque les lèvres refusent de livrer les mots attendus.

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Ven 4 Nov - 4:28



Il a envie de se rouler en boule dans un coin pour s’inventer un ailleurs plus chaleureux malgré l’étouffante chaleur du désert à l’extérieur. Il ne parvient pas à se faire à cette situation, à se faire à cette idée que certains se décident d’en kidnapper quelques uns pour les revendre. Ça le dépasse, ça le dégoute. Cette façon de penser est bien trop archaïque pour celui qui sait qu’il ne se fera jamais à cette vie qu’ils ont prévu pour lui. Il n’a pas ouvert la bouche depuis que le soigneur est entré dans leur cellule. Il ne se voit tout simplement pas lui faire la conversation et vu la tête de celui qui l’observe depuis un moment maintenant, il a la nette impression que c’est réciproque. A n’importe qui d’autre, il aurait montré son agacement face à ce regard persistent mais Ici tout est différent. Il se contrôle beaucoup plus et évite tout acte déplacé, toute parole qui pourrait rendre violent celui qui lui fait face. Le problème réside dans le fait qu’il ne le connait pas. Son silence aura été sa meilleure arme. Il ne peut que le supposer : il n’a jamais été aussi incertain de tout depuis qu’ils sont arrivés.

Il est soulagé de voir le garde partir. Avoir à supporter l’analyse visuelle de son guérisseur est déjà assez pénible que pour rajouter celui de celui qui n’aurait été que spectateur. S’il est soulagé, il ne l’est que partiellement parce que rien est fini avec le départ de l’un d’entre eux. Le guérisseur reste la personne vers laquelle sa méfiance se dirige. Quel genre de soigneur est-il ? Il tente de le deviner en se permettant de l’observer à son tour. Il n’a pas d’échappatoire et ne veut pas se montrer plus faible qu’il ne l’est par le simple geste de celui qui abandonne. Il sait cependant qu’il n’a pas le choix, qu’il va devoir se laisser manipuler par un parfait inconnu pour espérer se sentir un peu mieux quand il le ramènera dans sa cellule. Il l’espère mais si les Rahjaks pratiquent l’esclavagisme, il ne veut même pas deviner ce qu’il peut se passer dans leurs cervelles de tordus. Le bruit des chaînes qui tombent le surprend mais il n’espère pas non plus que la ruse de l’assistance médicale soit un plan hasardeux pour le libérer. Il n’est pas naïf à ce point. C’est ce qu’on lui a souvent reproché : d’être de nature un peu trop pessimiste. « Je reprends. » S’il avait eu affaire à un non observateur sans doute n’aurait-il pas aperçu son petit sursaut lorsqu’il s’était rapproché. Parce qu’il s’était rapproché n'est-ce pas ? C'était le propre de ceux qui ne supportaient pas tout contact physique de remarquer les rapprochements même les plus minimes. Elle était bien la distance. Il n’avait pas forcément d’être plus proche pour l’analyser. Une moue mignonnement agacée se pointa à la seconde phrase si bien que celui qui le ressemblait de façon dérangeante ne pouvait réellement deviner ce qu’il se passait dans la tête du kidnappé.

Il n’est pas certain de ce qu'il va lui répondre. S’il lui répète ce qu'il lui a dit dans la cellule : il a un pied dans la tombe même si on lui avait demandé de le soigner et non de le tuer. Ca y'est, maintenant il allait trouver un point positif au fait que quelqu’un ait eu, pour lui, le coup de foudre de l’esclavagiste. « Au dos. » C’est la seule réponse qu’il peut lui donner alors que le temps de la réflexion se lit sur ses traits. Il se concentre mais même ainsi il ne parvient pas réellement à retrouver où d’autre il pourrait avoir mal, où d’autre la douleur aurait-elle pu s’endormir pour le laisser souffler le temps de l’emprisonnent. Il se souvenait bien évidemment de sa rencontre avec un sable mouvant mais ignorait si la petite douleur à ses jambes était due à la fatigue où à la douleur de s’être fait extirpé sans douceur d'un piège naturel. Sa blessure au dos était réelle contrairement aux autres qui n’étaient surement que superficielles. Le guérisseur allait s’activer pour la raison de sa présence et reculerait pour se diriger de l’autre côté. Le soulagement se verrait probablement sur les traits de son visage mais le stress de le savoir aussi proche avait tant pesé sur ses épaules qu’il s’autoriserait ce zèle de spontanéité. «  C’est ma seule plaie ouverte. » Il le supposait, ne se souvenait pas d’avoir récolté d’autres blessures aussi douloureuses que celle-ci. Ce que le Rahjak venait de lui dire par rapport au grand marché, à sa vente, la mort de Solan étaient d’autres blessures surement beaucoup moins importantes pour cet homme de médecine pratiquant une médecine … il l’espérait moins archaïque que leur façon de penser.


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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Mer 9 Nov - 23:09

La tension à couper au couteau qui emplit l'atmosphère a quelque chose d'infiniment divertissant, pour le Rahjak. A vrai dire, cette confrontation lui apparaît comme un jeu scrupuleux, lugubre et silencieux. Un jeu d'observation, un jeu de chirurgie visuelle, un jeu des sept erreurs dans sa version la plus tortueuse. Il est question de discerner les plus infimes signes de malaise que laisserait filtrer le prisonnier, à travers la herse de sa posture solennelle, de son air farouche, de son mutisme à peine flexible. Un jeu de fourmi, d'insecte, qui va faire que l’œil inquisiteur de Cassian va traînasser sur les faisceaux musculaires de son visage, sur ses phalanges, sur tout mouvement de déglutition qui pourrait faire trembler imperceptiblement sa pomme d'Adam, sur l'amplitude de sa respiration, sur les imperceptibles reliefs qui sculptent l'angle d'une mâchoire, lorsqu'on s'obstine à serrer les crocs. Tu es mal à l'aise. Je le sais. Je le lis. C'est une lecture subtile, d'ailleurs, tout en métaphores et en paraphrases, c'est le message caché d'un palimpseste fait d'os et de chairs, c'est juste ton ombre, découpée par les flammes violentes des torches, qui te trahit par sa raideur terrible.

Et puis, si l'empoisonneur ne faisait alors qu'interpréter sauvagement tous ces indices de nervosité, voilà des signes qui ne trompent pas, des signes qui crient combien le prisonnier est fébrile d'esprit. Le Skaïkru sursaute, quand il se rapproche. Il se détend sensiblement, lorsque le guérisseur reprend ses distances. Et il réagit avec une telle spontanéité, un tel automatisme que Cassian éprouve l'envie irrésistible de jouer avec cette frontière de feu, de mettre à mal les nerfs du captif pour le pousser à l'incartade, à l'impulsion, pour entrevoir l'espace d'un instant le vrai visage du prisonnier sous son masque de guerre. A l'instant précis où l'enfant du ciel exprime crispation ou détente, les iris obscures du Rahjak le transpercent littéralement. A son œillade lapidaire se mêle un sourire retors. Sans doute veut-il par là lui signifier tacitement qu'il sait, qu'il a remarqué, et que cette faiblesse qui affleure n'est pas indigne d'intérêt.

C'est si amusant, un prisonnier. C'est un spectacle à part entière. Le spectacle d'un esprit piètrement humain, piégé dans un corps qui se transforme peu à peu en masure délabrée, un réceptacle de blessures et de douleurs, et dont les forces purement mentales sont grignotées par les noirceurs du sort. Quelque part, un prisonnier est toujours en train de se fissurer, et si certains ont fière allure, un œil fourbe peut toujours y déceler quelques lézardes. Intrigué par sa réaction, Cassian s'amuse à contourner son malade sans le lâcher des yeux. Passant sur le coté, il scrute son profil, son assiette, l'élan de ses côtes, le creux du sternum contre lequel glisse l'étoffe. Passant dans son dos, il disparaît alors totalement de son champ visuel, se gardant bien de piper mot, hyène qui s'amuse à contourner la proie qu'elle sait si vulnérable. Au-delà du jeu de nerfs, il s'arrête un instant pour observer l'échine dorsale du Skaïkru. Il lui a dit être blessé au dos. Sur sa nuque, l'empoisonneur remarque les petites saillies des cervicales. Quant à l'axe de son dos, il est légèrement dévié à un endroit. Une discrète anomalie de posture que Cassian peine à identifier à travers les guenilles. Il s'approche un peu plus, respire la fragrance de peau qui émane à travers les mailles souillées du tissu. Une note fétide transparaît, dans l'effluve tiède de sa chair. Une note subtile, délicate, masquée par les remugles de crasse qui empuantissent les cachots. Difficile de la remarquer, sauf quand on la connaît bien, sauf quand on côtoie l'infection au quotidien, qu'on est tout à la fois son meilleur ami et son détracteur. Le sorcier se redresse lorsqu'il est certain d'avoir cerné la région précise de la plaie. Alors, il achève son tour de piste et revient devant l'esclave.

« Enlève ton haut. » Lâche t-il enfin, sans laisser filtrer la moindre émotion. Bien sûr, il aurait pu lui faire une telle requête avant, cela lui aurait épargner des devinettes inutiles, mais Cassian aime pressentir les blessures, les imaginer avant de les découvrir, les subodorer, les saluer avant de les décortiquer à la pince. Sans compter qu'on ne peut que jouer avec la patience d'un prisonnier si récalcitrant. « Ca évolue depuis longtemps ? » demande t-il sur un ton un peu plus conciliant. « Car ça m'a l'air assez... avancé, de prime abord. »

Le guérisseur se tourne un instant vers son plan de travail, lui offrant un court répit. Après s'être retroussé les manches, il s'empare alors d'une bouteille d'alcool fort pour en asperger ses mains et avants bras, se frictionnant longuement les doigts et les paumes. Furtivement, Cassian inspecte l'état de ses propres mains, à la recherche d'une petite égratignure à laquelle il n'aurait pas fait attention, comme il s'écharpe souvent lui-même lorsque ses angoisses le rattrapent. Il sait, de manière ancestrale, qu'un mal peut glisser d'une plaie à une autre, qu'un mal voyage dans les fluides du corps, que les sangs mêlés se partagent les mêmes fléaux. Toutefois, aucun picotement, au contact de l'alcool. Ses dernières crises n'ont laissées sur sa peau qu'une ruée d'hématomes bleuâtres. Satisfait, le guérisseur s'empare de deux petites curettes métalliques, soigneusement nettoyées, avant de se retourner vers l'enfant tombé des étoiles. Une blessure dans le dos. Que ce doit être angoissant, de ne pas voir le mal qui nous ronge. Que ce doit être tiraillant, de confier sa peau à un inconnu scrutateur. Le Rahjak ne se défait de son sourire fantôme, à peine perceptible.

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Mar 15 Nov - 3:28



Il lui répond. Il n’a pas le choix. Puis il se tait parce qu’il peut, parce qu’aucune injonction lui a été donnée et qu’il préfère toujours se murer dans le silence quand il ne sait pas quoi faire d’autre, quand tout autre commentaire sarcastique ou agacé qui lui viendrait à l’esprit ne lui amènerait que des problèmes. Mais il n’en pense pas moins. Parfois il ose mais quand il ose c’est qu’il sait qu’il peut tenter sans craindre un retour bien désagréable. Il ne demande pas non plus à ce que son apathie ait des conséquences. Quoiqu’il fasse, quoiqu’il décide, dans cette situation : il est perdant de tous les côtés. C’est qu’il ne peut même pas le fusiller du regard cet homme là qui l’observe juste parce qu’il a compris que ça le mettait mal à l’aise. Autrement. Autrement il aurait fait ce pourquoi on a demandé sa présence et serait parti sans plus de cérémonie. Merde Il a envie de se lever, de passer à côté de cet individu étrange pour retourner en cellule. Des soins ? Il s’en fout. Que cela s’infecte ? Il s’en fout. Il était destiné à mourir de toute façon sur l’Odyssée.

Et le garde ?

Ah oui, le garde. Le garde n’apprécie pas le soigneur. Ça aussi, il l’a remarqué. Le Rahjak n’est pas le seul à pouvoir faire ses observations. Et là, Liam : il se retrouve bien coincé. Il aurait voulu quoi ? Partir dans le dédale qu’ils viennent traverser pour rejoindre ses cachots qu'ils ont refermés ? Un soupir à moitié las ou agacé, du moins quelque chose qui s’en rapproche, lui échappe. S’il a toujours su s’échapper du regard des autres au campement ici, c’est mission impossible. La pièce n’est pas bien grande et nul endroit où se cacher de ce regard-là. Il n’empêche que ce médecin est bien loin de ressembler à ceux qui les soignaient sur l’Odyssée. A quoi cela sert-il de renifler quelqu’un, c’est quoi, une coutume bizarre qu’ils ont prise après celle de l’esclavagisme ?

« Enlève ton haut. » Il reste un moment silencieux face à cette demande, toujours pas décidé à la suite des opérations. L’idée de se lever pour quitter cette table et ces yeux ne quitte pas ses pensées quand bien même cette idée n’est pas celle de quelqu’un qui a toute sa tête. C’est même une idée complètement conne et dangereuse. Et pourtant le voilà qu’il se redresse un peu lorsqu’il entend la question. « Je sais pas. C’est toi l’expert. » C’est un peu moqueur. Il ne devrait pas et pourtant si la situation des Cent est un peu précaire question médecine, ce n’est pas forcément d’un bon œil qu’il voit cette médecine qu’il s’imagine comme archaïque tout comme ceux qui on décidé de vivre comme à l’ancienne époque. Il n’est pas forcément près à se laisser manipuler par quelqu’un qui renifle les blessures avant de les soigner. « La traversée du désert multipliée par deux. » C’est tout ce qu’il peut lui donner comme informations. Ce n’est pas tous les jours que l’on traverse le désert et la situation dans laquelle ils se sont tous retrouvés n’a pas facilité leurs déplacements. Qu’il imagine un peu où est-il tellement confiné dans cet endroit exécrable qu’il ne connait rien de ce qui les entoure ? Ils ont peut-être les connaissances des mercenaires, des voyageurs de leur tribu mais lui, seul, en territoire ennemi, ne survivrait pas vingt-quatre heures. Il se trompe peut-être. Qui aurait cru que les Cent tiennent jusque là ? Personne. Pas même lui. Mais soit il se permet de juger celui qui le juge depuis qu’il l’observe. Il s’exécute en grimaçant. Ce n’est pas forcément douloureux même s’il sent la blessure bouger légèrement en fonction du geste qu’il réalise. Le t-shirt poussiéreux le fait tousser un peu mais il le garde contre lui, cet objet qui lui appartient encore, celui là même qui le couvre ne serait-ce qu’encore un peu.

Il n’est plus aussi vindicatif qu’au début dans ses silences. Il parle un peu en espérant qu’on le ramène rapidement d’où il vient, dans l’endroit où il peut au moins se reposer en paix sans qu’on cherche à trop lui poser de questions. Ils parlent entre kidnappés, bien sur, mais au bout du compte c’est un silence bien angoissant qui résonne même s’il le remarque moins en s’enfermant dans sa bulle. Son silence est aujourd’hui est plus provocateur mais puisqu’il parle, cela veut-il dire qu’il l’est moins ? Cette réflexion le met plus mal à l’aise encore que celui qui l’observe à nouveau. S’il se sait pessimiste, il ne veut pas non plus que ces gens le transforment en poupée de chiffon, incapable de penser par lui-même, incapable de se révolter envers le sort qu’on leur a réservé. Cette bulle protectrice du monde extérieur et surtout des autres n’est plus là pour le protéger de ces regards beaucoup trop inquisiteurs pour celui qui supporte assez mal l’intérêt qu’on lui porte. Il peut tenter de ne se focaliser que sur le son de sa voix froide pour écouter ce qu’il lui ordonne : tout sera plus simple s’il fait abstraction de cette désagréable sensation d’être observé plus que nécessaire.


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13/09/2016 Anticarde 2207 Evan Peters Varghounette ♥ (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) - Ashiri ♥ (picspam) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 18
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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Lun 21 Nov - 18:35

Instruments en main, Cassian s'apprête à accomplir son office de guérisseur. Avant chaque soin comme lorsqu'il concocte des poisons à l'écume rougeâtre, il ressent toujours au plus profond de ses viscères un frisson d'excitation. C'est l'idée de s'immiscer dans l'éternelle querelle qui oppose la vie et la mort, de devenir un arbitre crucial dans l'exécution des lois naturelles. C'est l'idée que sa maigre contribution sera l'infime chiquenaude qui fera définitivement pencher la balance d'un coté de la tombe. L'idée que l'espace d'un instant, il se fraie une place dans le cercle des Parques et manipule de ces filoches qui guident les hommes vers leurs fins et leurs destinées. C'est un fragment de pouvoir incommensurable, dont beaucoup de sorciers se prémunissent en arguant un altruisme sage, une modestie bigote qui leur sert de garde fou envers cette dangereuse sensation de contrôle absolu. Cassian, pour sa part, a choisi de se laisser happer corps et âme par cette sombre ébriété, vendant son âme au diable de la science, sacrifiant la tranquillité de son sommeil et la paix de son esprit... rien que pour s'accorder la folie de regarder la mort droit dans les yeux. Dans ses prunelles noires, une flamme s'allume.

Il savoure cet instant charnière, respire l'air corrompu des souterrains. Le skaïkru met du temps à s'exécuter, entravé par des réticences, par des craintes. Il se fait moqueur, également, rien qu'une petite fronde verbale qui trahit autant son caractère farouche que son malaise à se trouver ici. Cassian ne lui en tient pas rigueur. A vrai dire, il trouve même cela distrayant, cette once de sarcasme qui perce un instant le heaume d'indifférence dont il s'est coiffé. Jusque là, l'enfant du ciel fait montre d'une contenance presque admirable compte tenu de ses conditions insalubres. Il est le genre de prisonnier tenace que Cassian aimerait pousser jusqu'à la fièvre, jusqu'au délire, jusqu'à une douleur sourde et carnassière, juste pour le plaisir de voir ses défenses voler en éclats, pour scruter son rictus intraitable se décomposer dans les vapeurs de l'agonie au terme d'une lutte acharnée. Mais il ne laisse rien paraître, et armé de ses ustensiles pointus et contondants, s'invite dans le dos dénudé du blessé.

"Tu devrais jeter cette guenille. Ta plaie a beaucoup suppuré." Lâche le sorcier d'une voix neutre, refrénant une pointe de sadisme. Le voir maintenir contre lui cette harde visqueuse d'ichor, comme s'il était là son dernier trésor, est un tableau de dépouillement saisissant. Et il se doit de le relever, gratuitement, juste pour voir comment le prisonnier, qui affronte aussi dignement que possible ses observations intrusives, va réagir à cette bravade là.

Enfin, ses pupilles remplies de nuit effleurent la blessure. Effectivement, elle ne date pas d'hier. Une profonde estafilade qui dessine une jolie diagonale, ripant amoureusement sur les côtes et les vertèbres du prisonnier. Les berges de la plaie, déployées tel les lourds pétales d'une plante soporifique, s'ouvre sur un nid grouillant de fluides dont Cassian devine la lente ébullition. Son œil aguerri discerne instinctivement le stade de l'infection. Prémisses de la septicémie. Sang et lymphe se mêlent dans une palette de nuances morbides, tirant sur le jaune et sur le brun. Il repère instantanément les lambeaux de chair nécrosés, baignant ça et là, qui dissolvent dans ce bouillon ardent quelques précipités verdâtres. Il ne s'était pas trompé. Les miasmes rapportent une corruption féroce, certes, mais le corps vigoureux du prisonnier se bat avec tant d'acharnement que si l'infection généralisée est imminente, il la tient encore en respect. Il lui faudra des compléments alimentaires, car le guérisseur doute de la consistance du gruau âpre qu'on destine aux hordes de captifs. Une personne plus âgée, plus chétive, un esprit plus faible se trouverait déjà en pleine fièvre. Mais encore quelques jours de battement et celui-ci cèdera tôt ou tard. Une expiration affable franchit les lèvres de Cassian, pareil au marcheur forcené qui se trouve au faîte d'une montagne et se repaît du panorama. La blessure est magnifique, dans ses nuances et ses reliefs. C'est une microscopique bataille d'énergies pures et viciées, un cyclone miniature appelé à grandir, à devenir béance, à arracher lentement jusqu'aux dernières forces de son hôte.

"Meizen..." Chuchote Cassian en trigedasleng, avant de se reprendre quelques secondes plus tard. "Tu as de bonnes chances de t'en sortir, mais il faut des soins réguliers. Je devrais faire une détersion tous les deux jours, pour commencer." Dit-il, tout en apposant l'une de ces mains, bien à plat sur le dos du skaïkru, en amont de la plaie. Sa peau est brûlante, à cet endroit, révélant l'intensité de la bataille qui se joue dans sa chair. Il exerce une pression douce, de manière à tirer la plaie en hauteur, afin d'élargir la zone gâtée et d'en révéler les moindres recoins. Lui a les mains plus froides, imprégnées d'alcool fort.

"Il va falloir que tu serres les dents, skaïkru." murmure t-il, le bistouri en suspension au dessus de la plaie. "J'ai bien des antalgiques à te proposer si tu trouves ça insupportable, mais quelque chose me dit que tu ne les prendras pas, n'est ce pas ?" On devine un sourire, dans la voix de Cassian. Comme s'il se permettait d'insinuer qu'il connaissait intimement le prisonnier, comme s'il voulait l'inciter à le contredire. "Mais je vais être honnête avec toi. Les plus efficaces, ceux qui agissent rapidement, troublent les sens et l'esprit..." Articule le sorcier à voix basse, amusé.

Et si la plaie est magnifique, la douleur qui l'accompagne ne fait-elle partie du spectacle ?

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Mer 23 Nov - 3:19



Liam reste immobile. Il n’a pas envie que cela s’éternise même s’il ne peut s’empêcher de lui lancer une pique qui ne sera pas relevée. Doit-il être soulagé ? Quoiqu’il fasse, l’autre s’en fout. Il n’a plus qu’à espérer qu’à un moment donné le Rahjak se lasse. C’est tout ce dont il a le droit d’espérer. Il ne sait pas non plus comment il doit se tenir. Il a pris l’habitude de ne pas trop se tenir droit même si c’est une habitude qui n’est pas bonne à prendre. C’est la façon de se tenir qui lui fait le moins mal quand il s’agit de se caler dans un endroit de la cellule pour attendre que le temps passe. Faire le vide dans sa tête pour essayer de faire comme si l’examinateur n’est pas là est décidément plus difficile dans la pratique que dans la théorie. Il a beaucoup de mal à ne pas penser à ce qui l’attend pour la suite. La médecine des terriens. Il se mordille nerveusement la lèvre inférieure : il n’aime pas ça. Bien sur, il n’est pas contre le fait qu’on le soigne mais sans doute aurait-il préféré que cela fût quelqu’un d’autre qui s’y colle. Il baisse la tête en fixant ce tissu qui ne ressemble plus à grand-chose sans pour autant se résoudre à s’en séparer. C’était certain : il préférait avoir quelque chose sur le dos quand bien même ce quelque chose n’avait même plus la forme du vêtement initial. « Tu devrais jeter cette guenille.  Ta plaie a beaucoup suppuré. » Ne peut-il pas utiliser un langage normal ? Il n’est pas médecin mais suppose que cela veut dire que c’est bien moche. Ça lui aurait suffit qu’il lui présente les choses ainsi. Quand à la guenille : il n’avait pas besoin de son avis question style vestimentaire. C’est qu’il ne s’était pas regardé. Cette guenille, il la préfère mille fois à son accoutrement beaucoup trop sophistiqué. C’est à son tour de l’ignorer.

Pour passer le temps et surtout pour tenter d’oublier sa situation, Liam plie comme il le peut la dite guenille pour la poser sur ses genoux. Il n’avait jamais été d’un naturel maniaque mais puisqu’il s’agissait de l’unique chose qu’il possédait, il avait tout son droit de l’être. C’est précieux d’avoir quelque chose à soi même si l’objet n’est pas le plus convoité. C’était le sien. Ça avait de l’importance. Ça représente quelque chose : ça le représente en quelque sorte. Ses maigres habits sont les choses pour lesquelles il est prêt à commettre une erreur si on venait à les lui retirer parce qu’ils sont mieux que rien du tout. Liam se force à ne rien répliquer. Déjà qu’il n’appréciait pas ce soigneur, voilà qu’il commençait à le détester : il s’amusait de sa détresse.

Connard.

Ce n’était pas le moment de s’énerver mais ce Rahjak savait taper là où ça faisait mal : ce qui rendait la chose d’autant plus difficile. « Meizen. » Il fronça les sourcils en se demandant ce que cela voulait bien signifier.  « Tu as de bonnes chances de t'en sortir, mais il faut des soins réguliers. Je devrais faire une détersion tous les deux jours, pour commencer. » Pour commencer ? Tous les deux jours n’était-ce pas suffisant pour que la plaie se cicatrise d’elle-même sans qu’il ait besoin de le recroiser par la suite ? Le Débarqué se tend : la réponse ne le satisfait pas même si elle est encourageante. La blessure par coups de fouet est soignable. Il se crispe quand une main du soigneur se pose sur son dos. Que fait-il donc ? Ce simple geste ravive la douleur qui, si elle n’est pas féroce, reste présente. « Il va falloir que tu serres les dents, Skaïkru. » Skaikru. Il a toujours détesté ce terme qui les désigne. Peuple du ciel. ‘Les Débarqués’ sonne déjà mieux. Peuple du ciel ? Si la traduction est juste, elle est aussi très drôle. Mais ce n’est pas le moment de rire pas vrai ? Surtout avec l’autre qui tire sa plaie dans tous les sens, ce n’est pas le moment d’esquisser quelconque mouvement. Il a l’impression d’être un pantin et déteste cette situation qu’il lui impose. « J'ai bien des antalgiques à te proposer si tu trouves ça insupportable, mais quelque chose me dit que tu ne les prendras pas, n'est ce pas ? » Ce mec l’emmerde. La question a été tournée d’une façon telle qu’il ne sait pas qu’elle réponse lui donner. « Mais je vais être honnête avec toi. Les plus efficaces, ceux qui agissent rapidement, troublent les sens et l'esprit... »

Un soupir las lui échappe. Ce n’est pas vraiment deux propositions qu’il lui fait là. C’est le pire et le moins pire. Et l’autre cinglé il aurait pris quelle méthode ? Liam tente de réfléchir rapidement parce qu’il ne va pas attendre trois heures qu’il se décide. Il n’en sait rien. Il n’arrive pas à se projeter dans la tête du soigneur pour savoir ce qu’il pense. S’il est dingue, Liam serait bien le dernier des idiots à le traiter de con. Vu sa manière de parler et cette façon particulière de le coincer dans ses mouvements jusque dans ses envies de répondre aux questions qu’il lui lance c’est qu’il est intelligent. Peut-être un peu trop. A bien y réfléchir, il saura toujours qu’il préfère garder toute sa tête. Ça a toujours ainsi. Il ne veut pas s’imaginer perdre le contrôle. La réponse ne vient toujours pas. Il se demande si ce n’est pas un piège qu’il lui tend pour effectuer le contraire de ce qu’il demande juste pour observer ses réactions aux antalgiques qu’il lui donnera. Est-ce comme ça qu’ils les testent ? Cela s’agite dans sa tête, les battements de son cœur se sont surement accélérés à force de réflexion. « J’en sais foutrement rien. Fais comme tu … » Réponse agacée, lancée sans trop réfléchir à force de réflexion sur la question. « D’abord sans, on verra après. » Il s’obstine, réfrène à moitié cette envie de lui dire de faire ce qu’il veut parce que c’est ce qu’il fera de toute façon.

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Sam 3 Déc - 17:44

Au moment des soins, force prisonniers geignent, demandent à être rassurés, implorent la pitié et la fortune, se répandent en jérémiades larmoyantes. Un cirque qui bat terriblement les sangs de Cassian Saada. C'est peut-être la seule chose qu'il exècre, dans l'exercice de la médecine : les plaintes souffreteuses, les pleurnicheries incessantes, les vaines gesticulations, l'énoncé de dernières volontés pitoyables. Sur leurs lits de mort, combien de mères éplorées, confuses de douleur, lui ont agrippé le bras, y plantant leurs ongles jaunâtres, pour lui réclamer d'une voix chevrotante qu'il s'occupe de leur progéniture ? Combien d'âmes dolentes se sont mises à lui raconter des pans entiers de leurs enfances, soudain rattrapés par des remords, se livrant à des rétrospections semi délirantes, cependant que la fièvre écartelait leurs esprits ? Il lui est arrivé, parfois, de ressentir autre chose que de la pure lassitude. Parfois, les aveux des moribonds ont quelque chose de flottant, comme si leurs âmes louvoyaient déjà au-dessus des reliefs de l'au-delà, que leurs yeux révulsés se gorgeaient des cratères basaltiques des enfers, et il pourrait passer des nuits à leur chevet, à se laisser bercer par leurs visions horrifiques. Mais la plupart du temps, ce ne sont que de sempiternelles lamentations, que des borborygmes grotesques. Et cela lui gâche complètement le spectacle de la maladie qui oeuvre à bas bruits.

Ce Skaïkru n'appartient pas à cette catégorie. Renfrogné, taiseux, immobile du mieux qu'il peut, il laisse au Sorcier une place de spectateur privilégié et toutes les latitudes pour exécuter dignement son art. Il l'ignore, ce prisonnier, mais il offre tant de sa personne, il exulte une constellation de symptômes grouillants. Sa posture lâche, distordue par la captivité, par la fatigue, par un tempérament fuyant, peut-être. La précaution qu'il fait de son haillon, le pliant sur ses genoux comme s'il s'agissait d'une soierie princière. Un geste d'enfant ébranlé qui se raccroche à une odeur, à une texture, un réflexe régressif qui ne survient que lorsque l'inconnu et le froid nous assiègent. Mais le plus criant, dans tout cela, c'est sans doute son hésitation, son embarras, sa façon de trébucher sur les mots dont il se montre avare. Ses défenses continuent de s'effriter. Un tiraillement infime attise le sourire indéchiffrable de Cassian. Pour l'heure, les antalgiques resteront dans leurs fioles rutilantes.

"A ta guise." Articule t-il distinctement, comme si la situation prêtait à la bienséance.

Sans doute lui aurait-il asséné sa prémédication sans étiquette, s'il n'était pas lui-même mitigé sur la conduite à tenir. L'idée d'observer la douleur atteindre son acmé, de découvrir comment ce captif bien taciturne vivra la cuisante douleur échauffe sa curiosité. Cela dit, la perspective d'immerger la pensée aride du Débarqué de vagues psychotropes, et de pouvoir observer les faiblesses de son esprit en branle, au delà de son masque acariâtre, n'est pas sans piquer l'intérêt de son esprit scientifique. Le prisonnier choisira. Après tout, il s'agit de son corps, de ses sensations. Il n'est pas son sujet d'expérience, quand bien même le Rahjak ne se prive pas pour annoter scrupuleusement le moindre de ses soubresauts.

Enfin. Après avoir disposé à portée de main son attirail, à savoir une collection d'outils et des charpies préalablement ébouillantées, Cassian s'en va à la rencontre de la plaie. Il oublie le monde alentours, l’exiguïté des cachots, l'humidité battante, les relents de stagnation, s'absorbe complètement dans la contemplation de l'infection. Tous ses sens se suspendent aux crochets des fluides viciés. Il n'est plus que deux mains ouvrières, deux yeux décortiqueurs. Son cœur s'est comme tu. Ses poumons brassent un souffle inaudible. Alors, il entend presque les assauts microscopiques des germes qui ferraillent contre les globules blancs. Il s'imagine le carnaval bigarré des réactions chimiques qui éclosent sous ses prunelles. Il voit presque, dans les sérosités translucides, ces torsades jaunâtres, hélicoïdales, volutes de la bataille. Dans un premier temps, Cassian s'empare d'une gaze imbibée d'alcool, humecte abondamment la plaie, se contente d'un premier passage léger pour excorier la blessure de ses squames et de ses croûtes. L'alcool pique, larde, brûle impitoyablement les chairs à vifs. Une main à l'oeuvre, l'autre maintient une pression importante sur l'échine du prisonnier afin d'amortir d'éventuels spasmes, des mouvements involontaires.

Débarrassée de ses déchets, l'horreur offre un nouveau visage. Des chairs rosées, peuplées de bouffissures luisantes et d'auréoles de lymphe fraîche. Il est trop tard, pour suturer sans risquer une septicémie fulgurante. Il existe le long de la taillade tout un cortège d'éruptions inquiétantes. Sans doute des particules étrangères, fruit de la poussière, de la crasse et du sable, qui se sont infiltrées dans les tissus. Scalpel au poing, Cassian se rapproche. Il a besoin de toute son acuité visuelle pour dénicher ces cristaux destinés à pourrir, à se muer en abcès, pour les excaver un à un. C'est un travail incompatible avec la cruauté ou l'expérimentation, qui le coupe complètement de ses émotions, de ses jeux, qui le transforme en machine, qui lui confère des gestes à la précision robotique. A la surface de son visage, il ne demeure plus que l'expression de sa passion inhumaine pour la perfection, pour la méticulosité. Les yeux possédés, alors, il tranche, il moissonne la chair infectée à sa racine saine, là où la matrice est capable de bourgeonner. De fait, les crispations du Skaïkru deviennent de précieux indicateurs. Plus il souffre, plus les chairs cisaillées charrient un sang pur, plus elle sont peuplées de nerfs indemnes. Petit à petit, le scalpel se fraie un chemin sous sa peau, insecte d'acier, triturant, fouaillant, surinant le prisonnier.

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Jeu 8 Déc - 2:02



Il déteste cette situation et dire que tenter de se calmer est un lamentable échec n’est qu’un euphémisme. Il se retient de gigoter parce que rester ainsi sans pouvoir esquisser le moindre geste n’est pas des plus évident même pour quelqu’un qui a eu l’habitude de rester dans son coin. Ici c’est différent parce qu’on lui impose d’agir ainsi. Dans la cellule c’est différent. Il n’y a personne pour lui dicter quoique ce soit. Il se doit juste d’être là. Il lui avait posé une bête question et lui n’avait pas su quoi répondre. Quel était le moins pire hein ? Le Rahjak ne lui expliquait rien, il semblait juste … faire son job. Chose qui aurait été agréable si la situation avait été différente, si la blessure n’avait pas été aussi dégueulasse, s’ils n’étaient pas dans les souterrains d’un château dans lequel il était fait prisonnier. Il manqua de grogner de mécontentement. Sa réponse avait été légitime dans un sens. Quand on vous proposait deux solutions fort peu enviables, le choix s’avérait difficile et forcément, on s’emmêlait les pinceaux.

Il a envie de se retourner, de bouger pour voir un peu même si son maintient rend la chose impossible. Veut-il voir ? Réellement ? Si cela se trouve les instruments avec lequel il va le charcuter lui tordront l’estomac, lui donneront l’envie de vomir. Autant ne pas regarder, autant attendre que l’autre médecin daigne lui adresser trois mots. Chose qu’il ne fait pas, bien évidemment. A quoi s’attendait-il hein ? Il gigote un peu, ne peut s’en empêcher, ne s’attend pas non plus à ce que son soigneur apprécie son geste : il s’en fout. « A ta guise. » Il roule des yeux face à ce qu’il entend. Il ne croit en rien de ce que ces gens du désert peuvent bien lui dire. Il aurait pu se taire et commencer si l’envie de lui expliquer la situation comme tout à l’heure n’était pas là. A ta guise ne veut rien dire. Si vraiment cette phrase avait un sens, il sortirait du château pour retrouver les siens dans la forêt. Il ne doute pas que la mort l’attendrait au bout de deux heures de marche, qu’on le retrouverait complètement perdu et mort de soif. À ta guise n’est pas une phrase que l’on peut balancer dans une telle situation. Il est certain que l’autre blond se moque bien de ce qu’il peut penser, de ce qu’il pourra dire dans le futur si bien qu’il se tait. Quand il aura quelque chose à lui dire, il le lui fera savoir mais là : rien ne lui vient. Et vu comment l’autre est taiseux, c’est qu’il parlerait pour du vide : aucun intérêt.

Le temps est long même si quelques secondes uniquement se sont écoulées entre cette fameuse phrase et maintenant. C’est long d’attendre, c’est long d’être là sans avoir quelque chose pour s’occuper. Il s’ennuie. Il ne s’ennuie bientôt plus du tout. Ce n’est pas la fête dans sa tête quand il sent l’alcool faire son effet. C’est comme lorsqu’il va voir Rose pour une blessure stupide sauf que là c’est une blessure affreuse qui lui barre le dos, qui demande une dose d’alcool conséquente pour désinfecter le tout. Il serre un peu des dents pour empêcher un son plaintif lui échapper mais ne peut échapper le geste de recul face à la surprise du premier geste de soin que le soigneur effectue. C’est douloureux, il ne va pas mentir et s’il peut s’habituer petit à petit à chaque apposition de l’alcool sur sa plaie, ce n’est pas pour autant qu’il apprécie et qu’il en redemande. Il veut que cela se termine au plus vite : Cassian est beaucoup trop lent. Il pourrait le sommer de se dépêcher parce qu’ils ne vont pas y passer des heures, n’est-ce pas ? A défaut d’être rapide, il aurait préféré qu’il soit plus doux pour qu’il ne ressente rien, qu’il demeure aussi impassible que semble l’être celui qui s’occupe de son dos. Il a changé d’avis : il ne veut pas voir, jamais, ce qu’il traficote. C’est plus douloureux que l’apposition de l’alcool, c’est les mauvaises graines que l’on arrache. Il ressent ce que la Terre ressent lorsqu’ils travaillent dans le potager, lorsqu’ils tentent de rendre la terre fertile pour qu’il y pousse quelques légumes pour qu’ils soient fiers de leur récolte au moment de celle-ci. Des morceaux d’il ne sait quoi lui sont arrachés. S’il n’a jamais rien compris à la médecine, il peut très bien faire cette comparaison à la Terre parce qu’il ne servirait à rien de le malmener juste par pur plaisir sadique. Celui qui l’a acheté ne le veut pas plus abîmé. Un son lui échappe lorsqu’un point plus sensible est touché. « Dépêche. »  Ça aussi, ça lui a échappé. Juste un mot entre ses dents serrées.


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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Mer 21 Déc - 20:25

Et elle fouaille, mord, triture, dissèque, écharpille, la fine feuille d'acier. Elle virevolte dans la brèche de chair, pareille aux ailes d'un insecte vrombissant coincé entre les doigts d'un enfant cruel. Un travail de fourmi, à l'échelle de l'infiniment petit. Cassian se sent lui-même l'âme d'un grouillant, d'un nécrophore, à se précipiter ainsi sur les chairs gâtées et à se remplir les yeux de lueurs fétides. Bémol au tableau : son prisonnier tressaille de toute part, de manière anarchique, prend au dépourvu l'oeuvre compassée du bistouri. Pourtant, force est d'avouer que le Skaïkru n'est pas des plus douillets. Il a jusque là essuyé les privations et les mauvais traitements avec une régularité admirable, offrant à chaque nouvelle journée la même mine patibulaire intacte. La douleur qui torpille son dos est de nature à arracher bien des gammes massacrées à tous ces virtuoses de la souffrance qui s'ignorent, ici-bas, mais comme Cassian l'a pressenti, celui là, s'il n'a pas le cuir bien dur, s'il ne porte pas encore grand stigmate de la vie, doit avoir des ressources intérieures considérables. Sans doute Cassian s'amuserait-il à tisonner la souffrance pas à pas, crescendo électrique, si les quelques ruades du prisonnier ne suffisaient pas à gâcher la netteté de son trait. Il faut dire qu'il a l'habitude des moribonds inconscients, des malheureux engoncés, sanglés, des anesthésies qui laissent les corps pantelants.

Il le sait. Ces légers soubresauts ne sont que les ondes de choc des décharges qui doivent lui étriller les organes. Ces légers soubresauts sont les rescapés d'une douleur grandissante que l'enfant du ciel camisole, derrière ses mâchoires bandées. C'est un symptôme délicat et précieux, fugace, une vibration dans l'espace. Comble de l'ironie, voilà le Skaïkru le sommant de se dépêcher alors qu'il s'emploie dans un même temps à lui mettre des bâtons dans les roues. Il se fend par ailleurs d'un lapidaire impératif, une conjugaison réservée aux princes de ce monde. Cassian s'interrompt un instant. Il se redresse sur son tabouret, ses mains instrumentées demeurant en suspension, à hauteur de son visage, lui découpant sur le mur l'ombre d'une mante religieuse. Il prend une ample inspiration. Si le prisonnier ne distingue rien de ce qu'il se trame dans son dos, il peut entendre le bruit d'ustensiles métalliques qu'on repose un à un, avec la révérence du collectionneur qui a soin de son matériel, dans un plateau d'acier. Des cliquetis métalliques.

Il n'aime pas recevoir des ordres. Même sur un ton anodin. Même au décours d'une plaisanterie de second degré. Il n'aime pas les mots claquants, les mots-fouets, quand ils ne sortent pas de son propre gosier. Il n'aime pas les verbes d'action jetés de cette façon. D'un geste véloce, fluide, presque aquatique, sa main se glisse sous la gorge de Liam, sa paume plaquée contre sa pomme d'Adam. Il l'attire en arrière, infligeant une torsion légère à sa nuque. Quelques centimètres à peine. Juste de quoi verrouiller ses cervicales. Ses doigts plantés de part et d'autres du larynx, il sent dans la pulpe de ses doigts les échos de palpitations cardiaques toutes proches, véhiculées par une jugulaire en pleine santé. Il n'aurait qu'à resserrer la pince de sa main pour obstruer ses voies aériennes. Mais il ne le fait pas. Non. Il profite de son équilibre chancelant pour se rapprocher, articulant quelques mots à voix basse. "Si tu ne bougeais pas, j'en aurais déjà terminé, à vrai dire." Des mots qui par leur quiétude jure avec la nature tranchante de son empoigne. Mais il n'est pas là cruauté. La cruauté prendrait son temps, elle, la cruauté lui ferait savourer la tension de chaque seconde. Au lieu de ça, le geste est plus méthodique, plus impulsif, il semble répondre à une simple contrariété, à une volute de colère mal contenue. Mais contenue. Sitôt son message délivré, il le relâche aussitôt.

Cassian abandonne l'ombre du Skaïkru pour faire à nouveau irruption dans son champ visuel. De sa sévérité de l'instant précédent, il n'y a plus le moindre reliquat sur ses traits clairs. S'il continue à travailler de la sorte, il pourrait lui faire plus de mal que de bien, s'en aller trop loin dans la sape des chairs saines. Et l'empoisonneur a pour intime conviction que son blessé est bien trop hargneux pour solliciter l'aide la plus rachitique qui soit. Aucune supplique ne fendra ses lèvres nouées en un rictus défiant. Quelque part, il lui ressemble un peu, sur certains points. Le même abord revêche, sans doute. Il lui faut des antalgiques, néanmoins. Pour que cette première détersion se passe dans des conditions optimales, pour ne pas que son travail n'en soit réduit à un équarrissage barbare.

"Je vais prendre absolument tout mon temps." Lâche Cassian, plongeant son regard dans les deux billes du Skaïkru qui ont vu de si près les constellations. "Je ne fais que sectionner les tissus corrompus. Mais je me dois de réséquer également une partie des chairs saines, qui sont particulièrement sensibles, car sinon les cellules perverties s'étendront de nouveau. Tu comprends ?" Un silence de quelques secondes. "Je vais sans doute t'appliquer un baume qui accéléra la régénération de tes chairs. Ce baume, je ne peux pas l'appliquer sur une plaie sale." Articule t-il avec patience, tâchant de formuler des explications claires. "Une fois passé ce premier... "nettoyage", le reste des soins te paraîtra une vraie promenade de santé. Mais les antalgiques seraient souhaitables, pour cette fois. A moins que tu ne tiennes vraiment à conserver un souvenir marquant de ta traversée du Désert." Ajoute t-il d'une voix péremptoire.

Les sarcasmes lui vont comme un costume bien taillé qui ne supporterait nulle fioriture, pas l'ombre d'une excentricité. Il n'attend pas de lui une réponse verbale. Il compte même lui faciliter la tâche, à l'heure où les questions les plus simples désarçonnent l'enfant du ciel. Par ailleurs, s'il n'en laisse rien paraître, si son visage demeure marmoréen, la curiosité embrase son esprit. Qu'est ce que peut donner un esprit aussi rétif plongé dans un bouillon de torpeur anesthésiante ? Quels élans prendraient chez lui la confusion des sens ? Quelles visions fébriles pourraient bien assaillir ses prunelles au moment où les antalgiques obscurciraient sa lucidité ? Une lueur maligne s'invite dans le regard de l'empoisonneur à l'instant où il se détourne vers son matériel. D'une main légère, il attrape une petite fiole ballonnée, dans l'une des poches de sa gibecière, contenant le venin d'un crustacé finement dosée, mêlée à d'autres composants. Une substance trouble, vaguement violacée, la couleur d'un fond d'univers. En silence, il dépose l'antalgique sur la table où se tient assis Liam, en évidence, sans le forcer à la déglutition.

"La seule chose qui m'importe, c'est que tu ne bouges pas."

Et il fera en sorte qu'il ne bouge pas, bon gré mal gré. Parce que le travail bâclé l'insupporte au plus haut point. Le garde, qui fait le plantin quelques mètres plus loin, pourrait-il alors se rendre utile ?

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Lun 26 Déc - 2:54



Il ne peut s’empêcher de bouger. C’est comme un tic nerveux qu’il a développé tant il ne se sent pas à l’aise avec ce médecin dans son dos. La blessure est laide, la blessure a du s’infecter. La blessure met du temps à être nettoyée et il se crispe et se tend quasiment à chaque geste du Rahjak pour la nettoyer. C’est difficile parce qu’ils ont des moyens archaïques et rien qui puisse l’aider à ne pas penser à l’assaut de la douleur qui revient à chaque fois. Il ne peut pas non plus penser à autre chose parce que rien ne l’aide. Ils sont dans une salle,  toujours dans les cachots. Les cachots lui font penser au désert et à tout ce qu’il s’y est passé. A tout ce qu’il s’est produit là-bas pour qu’il ait cette blessure dans son dos. Ça, et d’autres conséquences plus terribles encore pour l’autre qui n’avait rien demandé. Il serre des dents, lui souffle de se dépêcher pas forcément pour lui donner un ordre mais c’est ainsi qu’il sera interprété. Il ne veut juste pas rester plus longtemps que nécessaire dans cet endroit ou ces mauvais souvenirs interviennent sans relâche pour l’aider à penser à autre chose. Cela ne marche pas. Cela ne fonctionne jamais lorsqu’il le faudrait. Ils sont coincés ici pour un bon bout de temps. Personne ne sait qu’ils sont là et puis ce n’est pas comme si les Cent iraient marcher en croisade jusqu’au désert, ils ne le feront pas, il ne souhaite pas qu’ils le fassent. Le désert n’est que mort et désolation. Sa finalité si et seulement si ils y arrivent n’est pas plus glorieuse. S’ils sont toujours menacés sur cette Terre, ils sont libres. Menacés mais libres. C’est là toute la différence entre ceux qui sont restés là bas et les autres. Et eux.

Il n’y pense pas à ce mot qu’il vient de lui balancer en pleine figure juste par pure envie que ces soubresauts dû à la douleur cessent. Il n’y pense pas parce qu’il ne se souvient tout simplement pas l’avoir dit même s’il l’a prononcé de façon bien claire. Elle n’est qu’un évènement peu important dans sa situation si bien qu’il l’oublie, qu’il la met de côté comme l’on met de côté une situation que l’on sait bien dérangeante. La pause est la bienvenue. Il l’apprécie sans penser au pourquoi elle a lieu, à ce qu’il se passe dans l’esprit de ce soigneur étrange. Si bien qu’il se retrouve surpris lorsque d’un geste bien calculé, le blond l’attire légèrement en arrière dans une position bien désagréable. Elle est désagréable parce que l’inconnu s’y connait, sait qu’il ne lui suffirait que d’une pression pour le tuer et que même s’il n’est pas le plus optimiste sur la vie il ne veut pas mourir. Il reste dans l’expectative de ce qu’il va se passer tout en supposant qu’il va vivre parce que l’on n’a pas demandé à cet homme de le tuer. Il lui montre juste de cette façon bien particulière qu’il doit cesser ses gigotements et se taire. Retour en arrière. Il comprend. Il l’a dit cet ordre, il   n’était pas dans son imagination à demander à ce que la douleur qui l’attaquait à chaque geste précis du médecin s’en aille. « Si tu ne bougeais pas, j'en aurais déjà terminé, à vrai dire. »

Il a beau se trouver dans une situation délicate, cette phrase l’énerve parce qu’elle est si facile à dire pour celui qui le soigne. Il a beau ne pas être un rustre ni un bourreau, du moins pas le sien, il aimerait bien l’y voir à sa place. Ils ont peut-être l’habitude de se faire soigner ainsi dans le désert mais c’est une première pour celui qui a fait preuve de prudence depuis qu’ils sont sur Terre pour ne pas récolter de blessures trop graves, demandant un tel soin avec des outils bien plus rustiques que ceux des médecins sur l’Odyssée. Il est soulagé quand il se redresse automatiquement. Que faire. Que dire. Rien. Se taire et se tenir droit pour que tout recommence. S’il n’aime pas être observé, le Débarqué n’en dit rien. Il encaisse sans broncher cette présence non désirée qu’il lui faut cependant pour le soigner, pour guérir cette blessure qui risque de s’infecter et celle des autres. Quand il l’observe encore, c’est d’un coup d’œil rapide qu’il remarque que c’est un tout autre visage qui l’observe à présent. Liam fronce les sourcils, pas trop certain de savoir comment prendre ce changement soudain mais se dit que c’est plutôt bon signe et que tout va bien se passer s’il ne commet pas de faux-pas irrémédiables mais là encore tout dépend de ce qu’il se passe, de ce qu’on lui montre sous le nez, de la manière dont cela va se passer à présent. Il est docile, il s’est toujours montré plus ou moins malléable lorsqu’il le fallait mais il y a certains gestes qui ne trompent pas, certaines expressions et certains regards que l’on ne peut retirer au kidnappé qui reste méfiant, qui veut juste que tout se termine pour pouvoir retourner auprès des siens même s’il ne s’agit pour le moment que de leurs cellules.

« Je vais prendre absolument tout mon temps. » Un soupir las (à moins qu’il ne soit désespéré, à ce stade, lui-même ne fait plus de différence), lui échappe. Qu’il en soit ainsi. Il se résigne sans trop d’autres options à portée de main. « Je ne fais que sectionner les tissus corrompus. Mais je me dois de réséquer également une partie des chairs saines, qui sont particulièrement sensibles, car sinon les cellules perverties s'étendront de nouveau. Tu comprends ? » Cela va prendre du temps. Beaucoup de temps s’il le faut. Le Cohen ramène ses pieds sur la table. S’il est assez grand pour qu’ils touchent le sol, cette position est celle qu’il a toujours préférée lors de leur ‘séjour’ ici. C’est une habitude qu’il a prise en cellule. Geste qu’il effectue sans pour autant baisser les yeux quand l’autre continue. Sa mère aussi avait l’habitude de parler médecine. S’il comprend la tâche complexe que Cassian réalise, ce n’est pas pour autant qu’il a envie d’en connaitre les moindres détails. Ils n’ont que peu d’importance à ses yeux. Tout ce qui l’importe c’est de quitter cette pièce au plus vite. « Je vais sans doute t'appliquer un baume qui accéléra la régénération de tes chairs. Ce baume, je ne peux pas l'appliquer sur une plaie sale. Une fois passé ce premier... "Nettoyage", le reste des soins te paraîtra une vraie promenade de santé. Mais les antalgiques seraient souhaitables, pour cette fois. A moins que tu ne tiennes vraiment à conserver un souvenir marquant de ta traversée du Désert. » De l’ironie s’entendrait de sa part s’il osait dire quelque chose. Il parle de la cicatrice, de la cicatrice qui risque d’être un peu plus visible s’il ne reste pas complètement immobile à se faire triturer le dos. Il n’a pas besoin de cicatrice pour lui rappeler ce qu’il s’est passé ici. Il s’en rappellera jusqu’à la fin de sa vie sans avoir besoin d’elle. Ce qu’il s’est passé là-bas reste encore très vif dans sa mémoire, dans son regard qui s’assombrit légèrement. Il ne veut pas lui montrer que ses paroles le touchent d’une toute autre façon. Il l’observe lui ramener une fiole puis la déposer sur la table à ses côtés. Son regard se fait méfiant. S’il n’a aucunement confiance en cet homme il n’a pas non plus confiance en ce qu’il fabrique. Une potion. Ridicule. Il était qui lui ? La réincarnation de Merlin ? Hors de question qu’il l’avale. Il n’a pas beaucoup de temps et n’a pas réellement le monopole de la décision. Refuser ? L’écouterait-il seulement s’il disait non ? Il préfère se taire, réfléchir comme si cela allait l’aider à prendre ce liquide et l’avaler d’une traite. Ça l'aide encore moins. Un mauvais moment à passer. Un mauvais moment à passer., se répète t-il comme une litanie dans sa tête. Cela ne l’aide pas, la spontanéité n’est pas présente pour ce geste qu’il n’approuve pas, inconsidéré. « La seule chose qui m'importe, c'est que tu ne bouges pas. » Il lève la tête, la tourne vers l’objet avant de la prendre dans sa paume pour mieux la tendre à celui qui venait de la poser. Il n’avait pas besoin de parole pour le lui annoncer, pas besoin non plus de la faire tomber au sol avant même de la lui rendre. Il suffisait juste qu’il la reprenne et continue ce pourquoi il était là.


Dernière édition par Liam Cohen le Mer 11 Jan - 0:50, édité 1 fois

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Sujet: Re: D'astres en désastres.
Dim 8 Jan - 0:02

"Hm."

L'écho mat d'un raclement de gorge. Comme s'il avait un chat, un fauve dans le gosier. C'est la contrariété, qui lui arrache ce bref borborygme étranglé. C'est une pointe d'agacement, qui s'en va courir dans tout son corps, inondant ses organes et ses muscles d'un sang impétueux. Discrètement, Cassian tape du pied alors que le prisonnier lui restitue solennellement le flacon. Ses doigts se referment sur le verre avec la même prestesse acérée qui anime les crocs de chlorophylle d'une plante carnivore. Son regard, lui, soutient impunément celui du Skaïkru sans faillir d'un battement de cils. Si l'instant précédent, l'Empoisonneur s'adonnait à éclairer sa lanterne au moyen de quelques explications bienvenues, le tout afin que son blessé observe ses prescriptions de manière éclairée et consentante, il n'en sera rien. Ce blondinet a le cabochon dur, pas vraiment du style à se faire entourlouper par des maître chanteurs. Quand bien même Cassian s'est contenté de lui offrir des explications brutes de décoffrage, sans y glisser la moindre inflexion menaçante, sans enrober ses propos de fioritures alarmistes, il n'en attendait pas moins que le captif se conforme à ses directives sans opposer la moindre résistance. Ce qui n'est pas le cas. Pour mener ces investigations médicales, la politesse lui semblait préférable, éducation oblige, mais le Skaïkru ne lui offre pas le choix de masquer le véritable visage qui est sien. Mise à jour, son intolérance à la frustration. Ses habitudes d'être obéi séance tenante, au doigt et à l'oeil, à voir tous ses caprices exaucés. S'il était tacite que Cassian avait tout contrôle sur la situation, les codes préservaient jusque là un climat serein, dépourvu de violence manifeste. Une hypocrisie sociale auquel le jeune hobereau qu'il se veut est rompu, tirant lui-même les ficelles de quelques relations purement diplomatiques. Encore faut-il accepter de jouer le jeu, n'est-ce pas, Skaïkru ?

Le visage du Sorcier s'est métamorphosé. Pas de manière flagrante, non. Le visage du Sorcier s'est métamorphosé avec une certaine finesse, comme si une couturière s'était occupée de ces finitions subtiles qui font la différence. Sans passer d'une expression de croque-mort à celle d'un jocrisse patenté, ses traits arborent toujours cette rigidité psychotique qui semble le protéger de toute espèce d'empathie souffreteuse. Il semble qu'un hiver ait gelé son âme, la rendant inerte et insensible, figée à jamais, un phare dans la tempête des passions humaines. Ce qui a changé, ce ne sont que d'infimes froissis musculaires, rien que le jeu de quelques nerfs échaudés. Si la seconde précédente, le guérisseur émanait une tiédeur venimeuse, une quiétude toute-puissante, la voilà balayée par une indifférence plus fragile, craquelée, asséchée. Un tic nerveux lui fait battre des paupières à deux reprises, comme si une poussière avait échoué sur sa cornée.

Certes, on ne peut pas dire que le Skaïkru se soit illustré en matière d'effronterie. Il reste sobre dans l'expression de son refus, et cela lui évitera certainement une scène de contention en grandes pompes, incluant quelques alguazils râblés qui l'auraient épinglé contre une table ainsi qu'un instrument écarteleur à destination de sa mâchoire, semblable à un délicat pied de biche, juste histoire de saluer dignement le fond de son gosier. Il évitera tout ça, sauf s'il persiste et signe. Il ne coupera pas à sa potion bleuâtre. Il l'ingérera. De gré ou de force. Mais l'a t-il seulement compris ? Ou les bonnes manières de Cassian l'ont-elles persuadé qu'il avait le choix ?

"Oh. Euh. Je crois que tu n'as pas... compris. Non. Pas compris." Argue Cassian, soudain plus instable. La contrariété découd ses propos, lui fait hocher négativement de la tête de manière obstinée et répétitive. A hauteur de son plexus solaire, sa main s'ouvre sur la petite fiole rutilante. Comment peut-il refuser ? Cette substance quintessenciée, qui lui a arraché d'interminables insomnies, la sueur de longs périples jusqu'aux falaises Calusas, cette substance qui a bravé, dans les marmites de fonte du Sorcier, des ébullitions délicates et des cuillers langoureux, cette substance qui a accompli un si long voyage pour se proposer de le soulager, lui. Lui qui l'éconduit comme un malotru, sans lui accorder la plus maigre des attentions. Le regard de Cassian s'attendrit légèrement. Il observe presque amoureusement les reflets cobalt de la mixture, avant que ses prunelles n'obliquent subitement sur le prisonnier, toute aridité retrouvée. On croirait l’œillade d'un père dont on aurait calomnié la fille.

"Bien, bien..." Reprend Cassian, semblant s'échauffer. Il prend une longue inspiration, refusant de céder à ces piques de colère qui font l'apanage des enfants roi. Ces quelques secondes de silence semblent lui avoir restituées de sa contenance acérée. "C'est très noble de ta part, d'accepter la douleur, de l'accueillir dans tes entrailles en hôte bienveillant. C'est bien... je m'en contenterais avec plaisir si mon rôle se cantonnait à te regarder te contorsionner comme un insecte jeté au feu, si je faisais partie d'une troupe de théâtre itinérante et que nous nous mettions en quête d'un martyr crédible... Mais non." Il soupire. Plus question de lui laisser l'illusion de jouer les décideurs. "Je vais te répéter mes exigences. Peut-être que la détention a obscurci tes facultés de compréhension, après tout ? Je compatis." Ajoute t-il sinistrement, levant la petite fiole entre son oeil et les flammes d'une torchère afin de mieux discerner les constellations de bulles prisonnières du liquide visqueux. "Il m'importe que tu ne bouges pas... que tu ne bouges pas d'un iota. Je n'aime pas qu'on me parasite quand je travaille. C'est vraiment insupportable." Lâche t-il, les mots portés par une lassitude vrillante, comme si ses patients à l'agonie ne valaient pas mieux qu'un chapelet d'élèves insubordonnés.

Réaliser une détersion aussi profonde sur un prisonnier pleinement conscient reviendrait à ériger un château de cartes dans un palanquin bringuebalant. Il s'en rend compte à présent. Ce serait là une oeuvre bâclée, sabordée, de l'énergie jetée par les fenêtres. Certes pourrait-il s'en contenter. Ce n'est pas comme si on attendait de lui une cicatrice rosée à faire tomber les mijaurées, non, mais les motivations de Cassian sont similaires à celles de l'artiste. Sans la beauté du geste, sans les merveilles et les horreurs des microcosmes infectieux se déroulant sous ses yeux, il y a peu d'intérêt à exercer. C'est sans doute pour cette raison que Trojan Al'Saher l'a contacté lui, au détriment des médicastres qui courent les bas-fonds et s'offrent de repriser des blessures hideuses pour une poignée de figues, parfois même dans des élans bénévoles. Lui qui prend des commissions outrancières et met, de fait, un point d'honneur à traiter les blessures comme un orfèvre le fait de ses diamants mirobolants de carats. Main ouverte, paume tournée vers les bas plafonds de pierre, Cassian tend la fiole au prisonnier dans un geste ferme.

"Dépêche-toi." Articule t-il d'une voix calme. Le calme avant la tempête de sables.
 

D'astres en désastres.

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