Partagez | 
 

˜˜˜˜˜˜Sous les yeux de Jupiter.
maybe life should be about more than just surviving

Aller à la page : Précédent  1, 2, 3

avatar
13/09/2016 Anticarde 2240 Evan Peters Freckles sloth- soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) - Ashiri ♥ (picspam) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 0
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Lun 3 Juil - 23:41

Animal blessé, Cassian descend l'ubac de la montagne cahin-caha. Il doit redoubler de vigilance au moment d'assurer son pied, parmi les milles pierres roulantes et traîtresses qui composent les éboulis. Suivre la voie du pierrier lui permet d'éviter les pistes glacées. Il évolue avec la lenteur savamment dosée des méharistes, dans ce paysage lunaire. Il se fait violence pour ne pas se retourner, pour ne pas s'imaginer la silhouette de l'Athna émerger des crêtes, pour ne pas sentir son regard chatouiller sa nuque. Son épaule le lance terriblement, mais elle n'est pas cassée. Ses mouvements parcimonieux lui permettent par ailleurs de ménager la douleur vrillante de ses côtes, qui semble un écrin de ronces pour ses poumons chantants. Evidemment, alors que se profile un voyage long et austère, mille pensées sombres l'assaillent. Cette pulsion de fuite, qui le pousse en avant, il doit la manipuler avec précaution, l'utiliser à bon escient, pour ne pas céder à la précipitation. Quelque chose le pousse à la consomption de ses dernières forces, quelque chose l'invite à courir tout son saoul. Mais les pas de Cassian battent le continent depuis quelques années déjà, et il sait l'effort mesuré du marcheur, le souffle régulier du pèlerin. C'est dans le lacet d'une piste sinueuse qu'il s'immobilise soudain, redressant l'oreille comme le ferait un chacal. Venant du lointain, l'écho d'un cri démuni retentit effroyablement dans l'immensité, heurte les contreforts plus sûrement qu'une lame de fond érigées de décibels flûtées. Une main invisible lui serre le cœur. Nessa. A quel point souhaitait-elle l'aider, pour s'abandonner ainsi à ces vocalises de louve ? Ou bien est-ce la fureur d'une Athna qui n'a pas pu mener sa digne promesse à bien ?

Cassian demeure un instant foudroyé. Une pâle seconde, il hésite même sur la conduite à tenir. Mais se perdre dans des dilemmes et soupeser des hésitations est un luxe que son état ne permet pas. Mécaniquement, il reprend sa descente. Et si en parfait égoïste qu'il est, tous ses esprits n'ont d'yeux que pour ses chances, pour les difficultés du terrain, pour la douleur qui s'amuse à rouler de répits en paroxysmes suffocants, une frêle pensée s'échappe vers la Guerrière. Jusqu'au bout, jusqu'à ce que leurs routes se séparent, elle n'aura cesser de le troubler. Dans sa vie, l'empoisonneur a côtoyé très peu d'Athnas. Et s'il n'ignore rien de leur impitoyable code d'honneur, de leurs valeurs hissées hauts, de la fierté qui semble primer sur la valeur de l'existence, il éprouve encore toutes les difficultés du monde à comprendre cela. Il s'est toujours représenté une horde de barbares ullulant, rendus arriérés par la prônerie de valeurs chevaleresques des plus ridicules à son goût. Mais ce qui a poussé la Guerrière a le tirer de ce mauvais pas, cet élan là ne lui a pas semblé dicté par une morale quelconque. Elle voulait l'aider. Profondément. Simplement. Et le Rahjak ne comprend pas, la pureté de cet élan. Pour lui, la vie est un panier de crabes, la seule idée d'entraide est d'une mièvre innocence.

Ébranlé, sa fatigue ne lui offre pas le loisir de ressasser bien longtemps. Au rythme où il avance, et compte tenu des fréquentes pauses qu'il doit s'accorder, il ne retrouvera pas la Cité de Feu avant plusieurs semaines. Cela lui semble une infinité à traverser. Un calvaire à vivre. Les altitudes arides, les vastes sapinières, les jungles giboyeuses, la terre fertile des vallons, il traverse tous ses décors avec au corps, les ardeurs d'un animal traqué. Les nuits se révèlent courtes et hantées. Les journées s'apparentent à un chemin de croix. Cassian engloutit les arpents à l'image d'un fantôme, se nourrit chichement, becquetant des baies sauvages, économisant son gruau, s'offrant tout juste de quoi ne pas s'effondrer. Aussi, quand il franchit les portes du Désert, il se trouve aussi efflanqué que les corniauds que vilipendent à tout bout de champ les marchands des bazars. Il se trouve l'âme rincée, étonnamment purgée par l'effort. Il n'a même pas l'énergie, même pas l'envie de se dissimuler à Scylla, à Noah, à Kamil, même pas la force de nier qu'il s'en ait fallu de peu, qu'il s'est montré imprudent, qu'il a été idiot. Après avoir vécu en animal chassé, épuisé de tenir le guet, de se réveiller en sursaut au moindre craquement dans les ramures, Cassian s'abandonne comme rarement à un sommeil profond, presque indistinct de la mort. Puis, les jours passants, il reprend rapidement du poil de la bête. A savoir que son esprit, qui s'était totalement délesté de ses sempiternels tourments, accueillent de nouveau quelques trémulations paranoïaques. Les doutes reviennent en fanfare. Les fantômes, les monstres, les ombres se ruent pour infiltrer les épaisseurs de son sommeil. Une retraite de quelques jours suffit à chasser cette fatigue, étrangement expiatoire. Sa psychose se relève tel un printemps florissant.

Un matin, après s'être occupé de panser son épaule excorié, l'empoisonneur s'apprête à plonger corps et âme dans l'étude d'une nouvelle substance. Et puis, soudain, plume et vélin lui inspirent autre chose que ses habituels croquis de plantes, que ses planches d'écorchés, que les notes scrupuleuses de ses froides observations. Longuement, il fait pivoter entre ses doigts le calamus de la plume, se perd dans la contemplation de l'encre noire. Les mots qui naissent alors, sous ses mains hâtives, pourraient bien être le fruit d'une écriture automatique tant ils ne semblent pas avoir été prémédités. Et puis, Cassian marque une pause, à deux doigts de déchirer cette étrange missive. Pourquoi hésiter, au moment de rouler le vélin, à l'instant de le glisser dans son tube de bambou ? Pourtant, il n'a pas à rougir de s'être essayé à présenter ses plus plates excuses. A aucun moment, non plus, il ne laisse entendre qu'il regrette ce qu'il s'est produit, qu'il condamne ses agissements. Non. Ce ne sont que de modiques lignes, vierges de regrets, apparemment dénuées de la moindre intention. Sinon celle de... communiquer.

Communiquer.


Citation :


Naissa, (Nessa ? Nessah ?)

J'espère que tu te portes bien. Peut-être que mon départ précipité,
suite à notre étrange rencontre dans les montagnes t'a posé question. A cela, je n'ai rien à répondre, sinon qu'il existe des pulsions que nous ne pouvons pas ignorer.
Je reste néanmoins sensible à l'aide que tu m'as apportée.
Sache que j'ai réussi à regagner la Cité de Feu, et que mes blessures ne sont plus qu'un mauvais souvenir.
Si d'aventures tes voyages devaient porter jusqu'à la lisière du Désert, je crois que cela me plairait, d'échanger en ta compagnie.
Afin d'éclaircir les choses, et connaissant les valeurs de ton peuple,
je tiens à préciser que je ne me sens redevable d'aucune dette morale, que j'estime que tu as agi de ton propre chef.
Ton Agathe aime la lumière du Désert. Il me semble qu'elle y arbore de plus jolis reflets que sous le soleil des Montagnes. Peut-être auras-tu l'occasion de le constater de tes propres yeux.

Bien à toi.



Cassian S.




avatar
29/05/2016 Pivette 2053 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Grey Wind Guérisseuse / soin & combat 229
I may be a twin but I'm one of a kind


Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Sam 5 Aoû - 0:56

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Sous les yeux de Jupiter
Feat. Cassian Saada & Nessa Cermath

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Un rêve ? Un cauchemar ? Une hallucination ? Des tribulations de mon esprit ? Au fond de moi je savais pertinemment que tout était arrivé et bien arrivé. J'avais quelques ecchymoses qui pouvaient encore en attester, même si parfois j'en venais à douter. Douter de ce qui avait pu se passer. Douter de mes souvenirs. Douter de ma mémoire. Douter de moi. Je n'en parlais pas. Je n'en parlais plus. Au début Isdès avait dû supporter mes angoisses, mes questions, mes coups de gueule, mes incompréhensions plus que multiples. Et puis, au fil des jours, j'avais compris qu'il n'avait pas plus de réponses que moi, il n'avait pas été là, il me croyait, il avait vu mon empressement à rentrer au village pour chercher de quoi soigner mon compagnon d'infortune. Il m'avait vu dans un état de rage et de désarrois total et incommensurable lorsque nous avions rejoint les bords de la crevasse. Il avait été là, silencieux, épaule réconfortante une fois de plus dans un épisode de ma vie où je me battais contre des incompréhensions.

Quelques jours avaient passés, quelques semaines, la vie avait repris son cours. Je continuais à vaquer à mes occupations, passant plus de temps qu'à l'accoutumée, seule face aux ouvrages de ceux qui nous avaient précédés. "Si tu essaies de tout retenir par cœur … tu vas te griller le cerveau !" Je relevais le visage vers celui d'Idsès et sourit malgré moi en refermant le livre un peu trop précipitamment dans un claquement qui résonna dans la pièce. "Et toi si tu continues à entrer chez moi de manière aussi silencieuse, un jour il va t'arriver quelque chose !" Je me relevais et rangeais le livre sur l'une des étagères avant de lui faire face, les deux mains posées sur les hanches. L'observant de pied en cape avec un soupçon de curiosité. "Il ne te manques pas de doigts ? Tu n'as pas de blessures apparentes ? Est-ce que tu viendrais me voir juste pour discuter ?" Croisant les bras sur ma poitrine je l'interrogeais du regard pour appuyer ma phrase.

Pour toute réponse, il me tendit un rouleau de parchemin me jurant qu'il ne l'avait pas lu. Je l'attrapais du bout des doigts en me demandant qui pouvait bien m'envoyer un message. Je savais qu'Arméthyse était en mission actuellement, et ce n'était pas la plus prolixe en matière d'envoi de message. J'hésitais un instant avant de dérouler le morceau de vélin et d'en lire les quelques lignes. Mes yeux s'arrêtèrent sur la signature et fixèrent dans la seconde qui suivait ceux d'Isdès. "J'ai vu le nom, c'est pour ça que je suis venu te l'apporter directement." Ce simple nom donnait du crédit à mes dires, et c'est comme si on venait de m'ôter un poids de sur ma poitrine et que mes poumons pouvaient s'emplir de manière totale pour la première fois depuis quelques semaines déjà. "Merci Isdès, il faut que je lui réponde, je passerai t'apporter la réponse, il faut que l'oiseau ait le temps de se reposer j'imagine ?" "Il vient du désert … laisse lui quelques jours, ça te laissera le temps d'écrire ta réponse."

Je le regardais tourner les talons et attrapais un morceau de parchemin, cherchant une plume et une fiole d'encre sur l'étagère, je m'installais à la table sur laquelle je préparais mes onguents. Passant mes doigts sur le morceau de papier roulé, je relisais les lignes. Je pouvais entendre son ton grinçant dans ses mots et je me surpris à sourire. Des excuses qui n'en étaient pas, je n'en attendais pas moins de sa part. Je ne m'attendais même pas à avoir de ses nouvelles à dire vrai, mais je pouvais deviner l'humilité et la diplomatie dont il avait dû faire preuve pour prendre la plume. Il était en vie, il avait pris ses jambes à son cou au lieu de m'attendre comme je lui avais demandé, mais ce qui me frappait c'était cette invitation plus ou moins masquée, cette envie qu'il avouait à demi-mots de souhaiter que nous échangions, que nous apprenions d'avantage au contact l'un de l'autre. Sa mention de l'agate dont je lui avais fait cadeau me réchauffa le cœur, s'il avait pu en admirer la couleur sous les rayons de l'astre de feu au sein de son domicile, c'est qu'il l'avait gardée. Et même si ce détail n'avait été inscrit sur le papier simplement pour faire la conversation, il me confortait dans mon idée qu'au fond de lui, il y avait du bon, que cet homme-là ne pouvait pas être foncièrement mauvais. Une âme tourmentée qui m'intriguait encore plus désormais. Voilà ce qu'il était.

J'avais attendu un peu moins d'une semaine avant de rouler mon parchemin et de l'apporter à Isdès. J'étais restée là, à le regarder s'occuper de ses oiseaux comme bien souvent, il y avait une sorte de délicatesse qui contrastait avec sa carrure, lorsqu'il avait relâché l'oiseau, je l'avais suivi du regard jusqu'à ce que mes prunelles ne soient plus capables de le distinguer à l'horizon. Me hissant sur la pointe des pieds je déposais un baiser sur la joue de mon meilleur ami avant de le quitter et de retourner à mes occupations et mes lectures. J'espérais que cet oiseau revienne. Rapidement.

Missive a écrit:

Très cher crotale,

Je suis ravie de savoir que tu as réussi à trainer ta carcasse jusqu'aux confins du désert sans tomber dans de nouvelles crevasses. Une chance, parce que sans moi, je n'aurai pas donné cher de ta peau. J'accepte les excuses que tu ne me fais pas… je sais que tu es bien au-dessus de ce genre de politesses.

Il m'arrive de faire quelques visites aux portes du désert de temps à autres, hé oui, crois le où non, tu n'es pas le seul Rahjak avec qui j'ai noué des liens… mais le seul avec qui j'ai partagé une crevasse, je dois bien l'avouer. Ne t'en gargarise pas trop, ton égo pourrait t'étouffer et sans moi à tes côtés pour inciser ta gorge, je ne donne pas cher de ta vie.

L'agate qui serait plus brillante et plus belle chez toi, sous le feu de la cité des sables que dans l'air pur et frais de mes montages ? Laisse-moi en douter… il va falloir que je vienne vérifier en personne.

Ton oiseau a appris à faire un long voyage, ce serait dommage que son apprentissage ne soit qu'à usage unique… laisse le revenir m'apporter de tes nouvelles.

Affectueusement

N.

 

Sous les yeux de Jupiter.

Page 3 sur 3Aller à la page : Précédent  1, 2, 3

 Sujets similaires

-
» Sous les yeux de Jupiter.
» Sous les yeux de la glace [PV Danaë]
» Sous les yeux du Génie
» Je regarde tes yeux puis je te hais, de tout mon cœur.
» INTRIGUE #1 ☠ halloween party

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Hundred :: Il était une fois des jolies histoires-