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˜˜˜˜˜˜Sous les yeux de Jupiter.
maybe life should be about more than just surviving

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29/05/2016 Pivette 1864 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Dim 27 Nov - 23:56

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Sous les yeux de Jupiter
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Une main sur son visage. Une main sur la sienne. Sa main sur mon cœur. Je cherche. Je cherche encore. Je cherche toujours. Rien. Au fond de ses yeux il n'y a rien, plus rien. Il est là sans l'être et cela m'angoisse autant que cela me fascine. J'ai eu à soigner bon nombre de personnes depuis que je suis devenue guérisseuse, mais ce Rajhak semble être un spécimen à part. Ce changement soudain n'est pas du qu'à la douleur, ce n'est pas possible qu'une douleur, aussi intense soit-elle ne change une personne à ce point. Je ne sais pas si c'est la curiosité de la guérisseuse ou la ténacité de la combattante qui domine mais une chose est certaine, je ne lâche pas son regard. Comme si rester face à lui, mes iris plantés dans les siennes allait avoir un effet quelconque et le faire réagir. Rien. Le vide. L'absence. S'il ne respirait pas, je pourrais presque croire que je tenais un corps ne renfermant plus aucune vie en lui.

L'impression de plonger dans ses prunelles, m'y perdre en explorant les abysses dans lesquelles il est en train de voguer, m'intrigue. Puis, telle une embarcation perdue dans les profondeurs de la nuit, j'aperçois une lueur, lointaine, un phare dans la nuit. Je m'y accroche, je me dis qu'il va sortir de sa torpeur, mais comme un papillon attiré par une flamme, je ne vois pas le danger, je ne vois pas que cette minuscule petite flamme qui vacille et sur laquelle je me concentre, va me bruler les ailes. Les bruler. Les carboniser. Les arracher. Aussi vite que j'avais pu réagir quelques instants plus tôt en le désarmant de sa serpe, je n'ai pas le temps de réaliser ce qui se passe. Les événements s'enchaînent à grande vitesse et je sens le froid, la douleur, la pression et l'inquiétude s'emparer de mon être. Acculée à la paroi à mon tour, prise au piège, la gorge enserrée par sa main. Le crotale à refait surface et retourné la situation à son avantage.

Cette flamme que je prenais pour une minuscule luciole perdue dans l'immensité de la nuit s'était transformée en torche grandissante, feu de broussaille, pour finir en brasier qui m'avait hypnotisé. Avait fait tomber ma garde et lui avait permis de renverser la vapeur et de reprendre la situation en main. Il y avait à nouveau une lueur dans ses prunelles, une lueur dansante sous le rythme effréné de la folie qui semblait avoir pris place dans son esprit. Folie. Mais il y avait plus que cela, de rage, de colère, de haine savamment mélangé et qui suintait des ses iris.  Est-ce qu'il s'agissait d'une manœuvre de sa part ? De me faire croire qu'il avait je ne sais quelle sorte de crise afin de détourner mon attention pour qu'il puisse reprendre l'ascendant sur moi ? Mais si c'était le cas ? Ce serait-il laissé désarmer aussi facilement ? Cela faisait-il également parti de ses plans ? Une manière de me tester afin de savoir à qui il avait à faire ? Tant de questions qui se bousculaient dans mon esprit qui commençait à divaguer.

Il a renversé la situation, il me tient désormais prisonnière de son emprise. Sa main serrée sur ma gorge n'a rien de rassurant, tout le contraire de mes mains sur son visage quelques longues minutes auparavant. Non, lorsque je croise son regard il n'y a pas une once de compassion qui s'en échappe. Juste cette folie. Qui semble le convaincre qu'il est le plus fort, et que d'un rien il pourra me faire plier. La douleur est de plus en plus forte au fur et à mesure que ses phalanges resserrent leur emprise autours de ma gorge. Je n'ai qu'une envie, lui balancer des coups, me débattre, me dégager de cet étau qui ne m'empêche de plus en plus de respirer. Je veux me débattre mais je n'en fais rien. Surtout pas. Le Rahjak n'est pas d'humeur joviale et je ne veux pas tenter de risquer de mourir encore plus vite en le faisant réagir en me débattant. Je sais que s'il serre encore sa prise, je vais être privée d'oxygène et que je vais sans doute y rester. Quand j'y pense, de toutes les manières de mourir je n'aurais pas imaginé que je finisse de la sorte. Au fond d'une crevasse, étranglée par un Rahjak dont j'ignorais jusqu'au prénom.

L'air manque, n'arrive presque plus à mes poumons, je me demande combien de temps il faudra pour que mon cerveau ne reçoive plus assez d'oxygène, je me demande dans combien de temps je perdrai connaissance, combien de temps lui faudra t'il pour décider de m'achever en resserrant encore d'avantage son étreinte autours de ma gorge. Comment fera-t-il pour sortir d'ici seul, sans aide ? Ne sois pas stupide Nessa, il est en train de te tuer et tu penses à comment il va réussir à s'en sortir ? Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond chez toi, guérisseuse jusqu'au bout, à te soucier des autres avant de penser à toi, toujours les autres avant toi. Toujours. Combien de temps mettront-ils à partir à ma recherche, à retrouver mon corps au fond de cette crevasse ? Je sais que Seren s'inquiétera, mais je sais aussi qu'on le rassurera, qu'on lui dira qu'il me connait, que je m'absente souvent quelques jours… comment se sentira t'il quand ces jours deviendrons des semaines, des mois ? Je ne veux pas le laisser. Je ne veux pas les laisser. Lui non plus je ne veux pas l'abandonner même s'il est sur le point de mettre fin à mes jours s'il continue dans cette voie. Je ne veux pas qu'il devienne un meurtrier, pas à cause de moi, cet homme là à quelque chose qui le fait agir de la sorte, j'ai pu voir le changement dans ses yeux mais j'ai vu ses failles, sa fragilité et je ne veux pas croire qu'il puisse agir comme ça. S'il avait voulu me tue de sang froid, il l'aurait fait, dès les premières secondes et à l'aide de sa serpe sans doute. Pourquoi aurait-il attendu ?

Mes jambes cèdent, se dérobent. Une bouffée d'air salutaire emplit mes poumons en même temps que mes genoux frappent le sol. Les étoiles dansent devant mes yeux et ma main se porte instinctivement à ma gorge libérée alors que l'autre prend appuis sur le sol, m'empêchant de m'écrouler. Je ne sais pas si ce sont des secondes, des minutes ou des heures qui passent jusqu'à ce que je reprenne ma respiration. Du coin de l'œil je garde le Rahjak dans mon champ de vision, une fois que celui si n'est plus constellé de myriades d'étoiles. J'entends à peine ses mots, je les devine plutôt. Il ne voulait pas … Il ne voulait pas quoi ? Me lâcher et me laisser en vie ou me faire du mal ? J'ai envie de pencher pour la deuxième variante. Je sais que je ne suis pas toujours la meilleure personne pour juger les gens, mais quelque chose en lui continue de m'intriguer, une curiosité malsaine sans doute mais au fond de moi je ne veux pas croire qu'il soit aussi démoniaque qu'il a pu l'être durant ces quelques instants. Personne ne peut être entièrement mauvais, il doit y avoir ne serait-ce qu'un soupçon de lumière, même s'il est bien caché tout au fond d'une crevasse sombre.

Relevant doucement mon visage vers lui, prenant appui contre la paroi, je me relève, gardant quelque peu mes distances tout de même. "Je sais … " Me redressant en respirant à pleins poumons, appréciant l'air froid de la nuit glisser et remplir mes alvéoles provoquant une douleur salutaire. "Il faut qu'on sorte de là … cet endroit est en train de nous rendre fous !"


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13/09/2016 Anticarde 2089 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Ven 23 Déc - 19:51

Etrange fille d'Eve. A aucun moment, elle ne cherche à déjouer le carcan de ses mains, à crocheter le mécanisme de ses phalanges qui se resserrent inexorablement, comme les anneaux d'un serpent. Est-elle seulement humaine ? Dans son regard de biche, il n'y a rien de ce qu'il a l'habitude de contempler dans les yeux des assassinés. Il n'y a pas trace de cette peur blême, de cette horreur saisissante, de cette sidération qui écarquille les yeux, qui dilate les pupilles et qui bée les mâchoires, lorsque la proie réalise que c'est déjà fini. Il n'y a pas non plus trace de ces étincelles rouges, de cet éclat de haine, de ces promesses funestes, tacites et si pitoyables qui traversent les orbes de ces jeunes cadavres encore fougueux, à l'instant où ils croisent le regard de leur meurtrier, comme si la loi du Talion pouvait traverser les mystères. Non, il n'y a rien de tout cela dans les yeux de la guerrière. Il n'y semble exister qu'une volonté altruiste de comprendre, de le comprendre, une humanité translucide, une bienveillance aveugle capable d'animer jusqu'à son dernier souffle. Comment une telle créature, si excentrée de ses propres besoins, peut t-elle décemment survivre ? Aussi instinctif qu'un chacal, Cassian s'est toujours enorgueilli de pouvoir renifler le moindre ressentiment hostile chez autrui, attentif aux plus infimes rides et contractions qui peuvent rigidifier un visage. Chez elle, rien de tout cela. Troublant. Effrayant, l'idée que l'on puisse à ce point dompter et museler son instinct. Que faut-il de force et d'inconscience pour en arriver là ?

Il l'a relâchée. In extremis. L'Athna reprend son souffle. A quelques pas d'elle, immobile, agenouillé, Cassian l'enveloppe de son regard d'obsidienne. Si l'acmé de la crise est passée, corps et esprit restent encore infusés de noirceurs, ses pensées ombragées par la silhouette dentée de ses cauchemars. Aux failles de son esprit se mêlent les blessures bien réelles qu'il a accumulées. Une confusion diffuse règne sur l'empire blanc de ses sens. Il se sent hagard, grisé par la déferlante de ses terreurs, épuisé de souffrir dans sa chair, mortifié par l'haleine de la nuit, étoilée de cristaux glacés. Il tremble. Il claque des dents. A l'endroit de son épaule dépecée par la rappe rocheuse, en revanche, une insensibilité totale. Ses côtes brisées lui font l'effet d'un corset d'épines à peine cintré. Douce anesthésie polaire. La guérisseuse s'est redressée, murmurant de sombres augures, entièrement tournée vers leur devenir, sans plus une attention pour leur petite échauffourée d'alors. Le Rahjak ne peut s'empêcher de la scruter avec incrédulité. Il s'attend à ce qu'elle lui rue à la gorge sans crier gare. Instant qui ne viendrait jamais.

"Nous devons attendre. Attendre..." Répète t-il d'une voix jaune, sur un ton évasif.

Ils ne peuvent rien faire avant le petit jour, tant que ces parois demeureront des rideaux de pénombre opaque. L'empoisonneur se traîne cahin-caha tout contre le granit, tâchant d'échapper aux engouffrées de vent. Du bout de ses doigts violacés, il tire sur les lambeaux de sa cape, comme si ces guenilles avaient encore le pouvoir de le garder un tant soit peu du froid mordant. Tentative misérable. Il sait ses probabilités de s'en sortir en chute libre. Un rire mauvais suinte à ses lèvres bleuies. Un rire de gorge, lunatique dans ses inflexions, emprunt de lassitude et de démence, comme si la perspective de trépasser ici avait quelque chose de profondément hilarant. Bien sûr que tout ceci est hilarant. Mourir de cette façon, comme un rat qu'on enfume au fond de son trou, dans des oripeaux qui ne seraient même pas dignes de ses esclaves, voilà une plaisanterie à se dilater la rate. Lui qui porte si peu d'intérêt au divin, il lui faut bien avouer que cette terrible ironie du sort a de quoi questionner. Que c'est tentant, d'imaginer au delà des nuées, un tablée de dieux païens avinés s'exaltant autour des petits coups bas infligés aux mortels.

Secoué aussi bien par les spasmes de son rire macabre que par de violents frissons, Cassian se sent au carrefour de la panique, du lâcher-prise et de l'épuisement. Il se terre dans une immobilité statuaire, gardant les yeux grands ouverts et emplis de délires fiévreux. Ainsi les minutes passent. Quelques heures, même. La nuit est désormais reine. Il fait un froid de loup. Un flocon vient fondre au contact de sa joue dont la chaleur s'amenuise. Il neige. Une kyrielle de flocons descend silencieusement au fond de la crevasse, dans un rai de lune argenté, tourbillonnant avec nonchalance, ballet vertigineux et indolent. La nature peut être à la fois si douce et si cruelle. Cette beauté silencieuse a par ailleurs quelque chose de la mort murmurante qui avance vers eux. L'enfant du désert relève la tête, cherche des yeux la montagnarde. Est-ce qu'elle dort ? Bien sûr que non. Comment dormir sans mourir, comment dormir sans s'éteindre doucement, définitivement, sans offrir son corps au monolithe herculéen de la montagne ? Combien d'accidentés la rocaille gargantuesque a t-elle englouti jusqu'ici, avant eux ? Non, l'Athna ne dort pas, car lui parvient alors le froissement d'une étoffe. Chacun a repris respectivement ses distances. Brûlant quelques unes de ses maigres forces, voilà alors que le Rahjak se lève dans l'obscurité bleue, qu'il se rapproche d'elle péniblement.

"Non. N'aies pas peur." Lâche t-il en voyant la guerrière s'agiter. A juste titre. N'a t-il pas essayé de la refroidir à sa façon, quelques instants plus tôt ? "Je ne vais pas te faire de mal. Enfin... Je ne tenterais plus rien. Nous devons... mettre de coté nos petites inimitiés. Sinon, nous ne survivrons pas."

Elle ne lui fera aucun mal. Cela, il l'a compris quelques instants plus tôt. Elle aurait eu toutes les raisons du monde pour le fustiger et elle ne s'est pas même fendue d'une vague menace, d'un mot qui porte à confusion. Ils doivent se rapprocher, partager et conserver le peu de chaleur dont ils sont encore capables, se tenir éveillés jusqu'au point du jour. L'énergie est désormais trop précieuse pour être dilapidée au nom de la vanité. Se tenant à une enjambée d'elle, l'empoisonneur patiente après un signe de sa part. Ses gestes sont maladroits, ses mouvements obstrués par les chaînes invisibles dont l'hiver battant les condamne.

"Je m'appelle Cassian." Murmure t-il, la voix grelottante, bien conscient que des présentations ne suffiront pas à inspirer la confiance.

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29/05/2016 Pivette 1864 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Dim 25 Déc - 22:49

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Sous les yeux de Jupiter
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Au fur et à mesure que l'air glacé de la montagne si chère à mon cœur circule à nouveau librement dans mes poumons, mon palpitant reprend lui aussi un rythme plus serein. Je ne sais pas si c'est de la volonté, de la résignation ou de la folie pure donc j'ai du faire preuve quelques instants auparavant. Peut-être était-ce un savant mélange des trois ? Il s'en était fallu de peu, d'une phalange un peu trop preste à rejoindre ses consœurs pour que le fin filet d'air qui se frayait encore un chemin dans ma gorge ne périsse. Il m'avait relâchée, il avait choisi de ne pas le faire, il avait fait le choix de me laisser la vie sauve. Au fond de moi c'est tout ce que je retenais. Ni la furie de son acte, ni ce néant terrifiant au fond de ses orbites n'avait d'importance désormais. Ce qui comptait c'était qu'il ne m'avait pas fait de mal alors qu'il aurait pu m'achever. Malgré moi, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'une partie, ne serait-ce qu'infime d'humanité résidant au tréfonds de son âme tourmentée avait pris le dessus. C'est à cette parcelle minime que je voulais me raccrocher. Hanté par je ne sais quels démons intérieur, ce n'était pas la partie qui avait raison de tout et pour cette minuscule lueur j'étais prête à me battre pour la faire grandir. La vie qu'il venait d'épargner, ma vie, ne pourrait que s'en rappeler éternellement.

Suggérer l'attente, comme si nous avions une multitude d'autres choix et que celui-ci était le plus judicieux … Cette nuit d'hiver, glaciale, une de plus dans mes montagnes, allait nous mettre en attente, posés sur l'étagère de ses envie avant que nous ne puissions trouver une quelconque idée lumineuse pour nous sortir de là. Je restais silencieuse, cherchant à tâtons de mes mains, l'endroit le plus à même d'accueillir ma silhouette recroquevillée afin de garder la chaleur condensée. Au fond de la crevasse, le dos contre la paroi, je trouvais en bougeant de quelque centimètre un recoin qui semblait épargné par la battue lancée à nos trousses par les vents glaciaires. La température était fraîche, glacée, par chance l'étole de laine que je portais sous mon manteau de cuir m'isolait quelque peu des frimas nocturnes. Pour combien de temps encore. J'avais beau être une enfant des montagnes, je savais mieux que quiconque qu'en cette période, le temps nous était compté. Rien ici bas pour faire le moindre feu, aucune nourriture d'aucune sorte à portée de main. Seule la glace qui là-haut nous fut fatale, précipitant notre chute, pourrait nous être d'une aide précieuse. Resserrant mes bras autours de mes genoux repliés sous mon menton, je sens une douleur venir titiller mon flanc. Je sais que je ne me suis par miracle rien cassé dans la chute mais machinalement je tâte le tissu, passant ma main entre le cuir et la laine, mes doigts rencontre un relief étrange. Gardant un œil sur le renard des sables qui se tient  quelques mètres, je pars à la recherche de ce qui peut causer cette imperfection étrange dans l'intérieur de mon manteau. Un fin rectangle de cousu sur les quatre côté, reconnaissant là les points de ma mère, la curiosité m’envahit et je n'ai plus rien à faire de faire un mouvement qui pourrait attirer l'attention de mon compagnon de galère. Je tente de faire céder quelques points, suffisamment pour glisser mon doigt et avoir un point d'accroche pour arracher le morceau de tissus ajouté. Lorsque celui-ci cède, je reçois au creux de ma paume un présent inattendu et pourtant si familier.

Les pierres ont toujours eu une importance capitale pour elle, pour moi ne compte que les plantes, la nature vivante et non les roches et les gemmes. J'ai pourtant toujours prêté une oreille attentive quand elle m'en parlait, qu'elle dissertait sur leur effets bénéfiques, leur prêtait milles et une vertus qui pouvait aider quiconque à se sentir mieux, d'une manière ou d'une autre. Sortant la fine tranche de roche, je refermais mon manteau et serrait au creux de mes main le joyau que ma mère avait secrètement cousu dans l'étoffe. Les paupières closes, je tentais de me concentrer, d'entendre sa voix résonner dans ma tête pour me dire quelle était cette pierre, quelles étaient ses propriétés. La taille si fine ne pouvait avoir été effectuée que par les mains talentueuses de mon jumeau, j'aurais pu le jurer. Lorsque ma mère trouvait des pierres, qu'elle voulait en tirer le meilleur, Seren était chargé de s'occuper de leur taille. Les prunelles rivée sur l'agate, j'y voyais comme un œil, un iris d'azur, cernée de diverses couches aux teintes plus splendides les unes que les autres. Je me souvenais à présent, l'apaisement de l'âme, une pierre de chance et d'ancrage, un équilibre. Je souris malgré moi en pensant à ma mère qui avait sans le savoir mis entre mes mains un présent que je découvrais à un moment plus qu'adéquat.

Un sursaut somme toute léger lorsque le Rahjak s'approcha de moi, je ne l'avais pas entendu perdue dans mes rêveries depuis un temps certains, les minutes ou les heures étaient une notion désormais floue dans mon esprit. Il était penché sur moi me rassurant, me sommant de ne pas avoir peur, qu'il ne me ferait aucun mal. Je le savais mais je ne dis rien. S'il avait voulu me faire du mal, il m'aurait achevée tout à l'heure lorsque je me trouvais à sa merci pleine et entière. Je comprenais qu'il venait près de moi pour que nous puissions essayer de garder le plus de chaleur possible au lieu de rester frigorifiés chacun de notre côté. Des yeux, je désignais l'espace près de moi, comme une invitation à ce qu'il y prenne place. "Ce recoin semble être oublié du vent le plus fort, le froid sera peut-être un peu moins intense…" Je me rendais compte à cet instant que des flocons dansaient depuis le ciel, cela n'allait pas en s'arrangeant, il fallait que nous trouvions une solution dès le lever du jour, que la clarté pourrait nous permettre de scruter les parois de notre piège.

Cassian. Cassant. Sifflant. Un prénom que j'ancrais dans mon esprit et qui d'une manière ou d'une autre serait désormais difficile à l'en chasser. Le renard des sables venait de faire le premier pas vers les présentations, il était de mon devoir d'y répondre alors qu'il prenait place. Tendant ma main vers lui je me présentais à mon tour. "Nessa" Dans cette poignée de main je ne glissais pas que ma confiance et n'offrais pas que ma pleine envie de partir sur des bases nouvelles, je glissais dans sa paume la tranche d'agate que j'avais trouvée. "Je ne sais pas si les pierres ont un quelconque pouvoir, mais quelqu'un m'a un jour expliqué que celle-ci avait des vertus apaisantes sur les âmes tourmentées, peut-être qu'elle te sera utile…" C'était présomptueux de ma part, il semblait que lui comme moi étions attiré par la botanique, c'était ce qui nous avait plongé dans cette galère, mais l'envie profonde de l'aider et de lui procurer ne serait-ce qu'une once d'espoir dans cette nuit glacée était suffisante pour moi.


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13/09/2016 Anticarde 2089 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Mar 10 Jan - 12:41

Qu'elles sont loin, ces douces nuits orientales qui tombent sur la Cité de Feu telle une soie chuintante. Même au plus noir de la saison rude, il demeure dans les brises nocturnes qui musardent dans la médina un relent de canicule, le spectre d'un diable dont la gueule monstrueuse exhalerait un peu des vapeurs magmatiques qui rugissent en enfers, une tiédeur indistincte, irréductible devant l'hiver et la nuit. Qu'elles sont loin, ces nuits couronnées de cieux aux profondeurs saphirs, piquetés d'étoiles nettes comme des pointes de diamant, embaumées de notes d'encens, infiltrées par les remugles d'huiles consumées d’oblongues lampes de bronze, par les sels de rose qu'émanent sérails et maisons closes rupines. Une violente nostalgie étreint au coeur l'enfant du Désert. Plus que jamais, il sent vibrer ce lien charnel qui l'unit au pays des djinns, à la cité des enchantements, à cet océan de dunes confondantes. Sa Terre. N'est-il pas à son image, à jamais marqué par ses déviances murmurantes, par ses charmes viciés, par son goût pour le faste au prix de la tyrannie ? Le Rahjak grelotte. Est-ce parce que la Mort le menace, que ces visions s'ébrouent en lui ? N'est-ce pas ridicule, de s'accrocher à ces souvenirs affables pour mieux se détourner d'un présent désespérant ? N'est-ce pas dangereux, de s'assoupir dans les bras de rêvasseries, baissant sa garde devant l'adversité ? Bien sûr que oui.

Il a pris les devants, en faisant ce qu'il sait faire de mieux. Réfléchir de manière rigoriste, stratégique, scientifique, ne laissant ainsi nul passe droit à des pensées distraites et superflues, colmatant la moindre brèche par laquelle pourrait se glisser un fantôme. Une pensée stricte, rigide, opérationnelle, endiguant la houle de son angoisse maladive. L'Athna aurait pu l'envoyer paître. Au lieu de cela, elle semble parfaitement disposée à collaborer contre le mauvais sort qui s'abat sur eux. Hochant la tête en signe d'assentiment, Cassian prend place auprès d'elle. Auprès de Nessa. Un prénom qui résonne comme le nom d'un animal sauvage, d'un prédateur subreptice capable de se faufiler à l'instar d'une chimère. L'espace d'une seconde, il scrute cette main tendue avec spontanéité, dans un élan si naturel qu'ils auraient pu tout aussi bien se croiser lors de festivités tribales. Décidément, l'accortise de cette âme le décontenance au plus haut point, alors le Rahjak se laisse aller à cette poignée de mains qui se veut un véritable pied de nez à leur infortune. Un sursaut le foudroie violemment. A peine le contact ébauché, à peine perçoit-il la présence d'une aspérité froide immiscée entre leurs paumes qu'il contre-attaque, emporté par un frisson dans ses entrailles. Sa main vacante s'est emparée du poignet de Nessa. Prompt à lui fracturer le cubitus, à lui luxer l'articulation, à lui arracher quelques arborescences nerveuses, tout ce que lui permettra la force délirante que lui confère la panique. Mais l'offense se dissout aussitôt, morte dans l'oeuf. Cassian réalise rapidement la bénignité de son geste. Et le caractère grotesque du sien. A quoi s'attendait-il ? A une vengeance de bas-étage ? A ce qu'elle lui transperce cruellement... sa petite paluche ? A ce que cette Athna qui semblait prête à rencontrer son destin quelques heures plus tôt, affectant une sérénité de prêtresse obscure, ne se révèle perfide vengeresse ? Il la relâche.

"Euh. Ca m'a échappé." Lâche t-il après un silence, quelque peu déconfit, optant pour le même ton dégagé que s'il s'était fendu d'un hoquet malséant. "Qu'est-ce que c'est ?" Renchérit t-il alors, enveloppant la gemme d'un regard interrogateur. Le Rahjak ne distingue pas bien la pierre dans l'obscurité de poix, mais les éclaircissements de Nessa mettent à contribution son imaginaire. Bien sûr, il détient quelques connaissances disparates balayant le monde minéral. Plus particulièrement concernant certains minerais réduit à l'état de poudre qu'il mêle à des poisons fulgurants quand il ne s'agit pas d'en introduire quelques pincées dans la concoction de cataplasmes régénérateurs. Mais il ne s'est jamais réellement penché sur les pouvoirs sibyllins que l'on prête à ces larmes de montagne sans qu'il n'existe de clefs de compréhension plausibles. Une Agathe. La lamelle d'une petite géode jaillie d'une éviscération terrestre. Malaxant la pierre, il sent arêtes, aspérités et surfaces polies imprimer la pulpe de ses doigts à défaut de la scruter sous tous ses angles. A travers ce geste, Cassian semble faire connaissance avec la gemme, la soupeser, écouter de quelle manière elle fend l'air, la façon dont elle vrille et valse entre ses doigts d'étrangleur. Passée de longues secondes, des interrogations brutales l'assaillent de concert, semblaient l'attendre embusquées. Pourquoi un présent, maintenant ? Une âme tourmentée, lui ?

"Pour les âmes tourmentées..." répète t-il soigneusement, comme s'il s'essayait là à maîtriser un idiome exotique, refermant les doigts sur la pierre pétrie de cristaux translucides. Il ne s'estime pas tourmenté... peut-être plus sensible aux horreurs de l'âme, plus attentif aux dangers mussés dans les ombres du Monde, ces dangers invisibles qui se blottissent dans l'angle mort des hommes, tout contre leurs œillères confortables, louvoyant sur les noires forteresses de leurs cauchemars sans jamais révéler la hideur de leurs vrais visages. Lui, il est persuadé de voir, tout ça. Il est leur interlocuteur privilégié, l'ambassadeur maudit de ces monstres fait de vents froids et de silences grinçants, qui le poursuivent où qu'il aille, parfois jusque dans les bras de Scylla. Elle ne les voit pas, la petite Athna. Elle danse sur la surface gelée de la réalité, sans imaginer les créatures qui l'observent, juste sous ses pieds, à fleur de glace. Est ce qu'elle comprendrait, s'il lui expliquait, s'il trouvait des mots ? Cassian relève la tête. "Pourquoi ?" Murmure t-il, du bout de ses lèvres bleuies par la froidure.

Malgré les noirceurs ambiantes, ses prunelles semblent happer les siennes. Il discerne de la guerrière ce que la lune et les constellations veulent bien lui révéler, ce que la proximité lui murmure, autrement dit une silhouette obscure et recroquevillée dont la peau hâlée semble d'ardoise, dans la nuit d'hiver. S'ils se sont mis à l'abris du vent, la température continue de chuter inexorablement. Le Rahjak mobilise les seules ressources dont il dispose : ses connaissances anatomiques, afin de puiser au compte goutte dans ses maigres forces. Il enfouit ses mains tout contre son abdomen, glissant les charpies sous les pièces d'étoffe indemnes, s'attache à tendre ses jambes afin que le sang pulse aisément malgré le froid vasoconstricteur. Il a vu, dans la chair chlorotique des cadavres disséqués, alanguis sur ses tablées funestes comme des catafalques, où courent les grandes artères pourvoyeuses de vie, quelles alliances et quelles rancoeurs animent l'empire des organes palpitants, comment s'embrassent les muscles et les os. Ses expériences macabres lui permettront peut-être de gagner quelques heures. Le Rahjak coule un regard à sa compagne d'infortune, hésitant un instant.

"Il ne faut pas." Articule t-il avec effort. "Je veux dire... Tes jambes. Tu devrais... les déplier. Tu... comprimes tes artères, ainsi. Le sang... circule moins bien. Les engelures. Les pieds. La nuit... et je ne sais pas dans combien de temps le matin poindra." Lâche t-il non sans maladresse, affaibli autant par l'environnement que par le baiser récent de sa psychose qui lui laisse l'esprit trempé de confusion. Une alliance semble se tisser, quelque part dans les brouailles des géants de pierre. "... Mais tu sembles sereine. Est ce que je dois mettre ça sur le compte de l'optimisme, du fatalisme ?" Demande t-il, en tâchant de ravaler les accents traînants de son propre défaitisme. Elle qui a vécu de tout temps ici, entre ces pics enneigés et ces reliefs érigés de mâchoires préhistoriques, elle doit avoir une idée quant à leurs chances ? Au village Athna, sans doute a t-elle entendu bien des récits de mésaventures en pleine nature, sans doute a t-elle du s'occuper des estropiés qui ont défié la Montagne dans ses humeurs orageuses. Sans doute devrait-il se fier à son jugement.

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29/05/2016 Pivette 1864 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Dim 15 Jan - 17:57

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Sous les yeux de Jupiter
Feat. Cassian Saada & Nessa Cermath

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Brusque est le geste, tant qu'il m'arrache une grimace lorsque ses doigts telle la serre d'un rapace s'enroulent autours de mon poignet. Il y a quelque chose chez lui qui me convainc que lui transmettre cette gemme était une idée adaptée à la situation. En d'autres circonstances, je sais que j'aurais tenté de me dégager de cette emprise. Là, c'était différent. Le froid me rendait moins réactive mais ce n'était pas la raison principale. C'était lui la raison. J'avais vu de quoi il pouvait être capable, et si je réagissais trop brutalement, il est certain que je minimisais nos chances de sortir d'ici vivants lui comme moi. Quelques instants plus tard il desserrait l'étau de ses doigts et me relâchait, bafouillant un semblant d'excuse auquel je ne répondis pas. Je n'allais pas lui dire que ce n'était rien, ça ne l'était pas mais jeter de l'huile sur le feu n'était pas la meilleure chose à faire en ce moment. Je me concentrais sur sa demande lorsqu'il déroulait ses doigts, révélant la pierre que j'avais glissée au creux de sa paume. "C'est une agate, une lame d'agate bleue-verte, je précise parce que tu conviendras qu'avec l'obscurité c'est difficile à distinguer..."

Mon regard tente de percer l'obscurité, l'observe alors qu'il fait jouer la lame de pierre entre ses doigts. Elle passe et repasse, comme si à défaut de pouvoir la contempler de ses prunelles, la pulpe de ses doigts prenait le relais et l'aidait à en dessiner les contours afin qu'il en imprime l'image dans ses pensées. Mes mots résonnent par sa voix, comme un écho, comme s'il tentait de comprendre le sens de ces quatre petits mots. Peut-être n'avions nous pas la même définition pour la signification d'âme tourmenté, ce n'était qu'une question de vocabulaire après tout, ce que j'avais compris en plongeant dans ce regard étrange quelques heures plus tôt. Quelque chose en lui était troublé, tourmenté et je pariais sur le fait que c'était son âme qui n'était pas de plus reposée. Pourquoi ? Elle était donc posée la question. Lâchée du bout des lèvres, relâchée à l'air libre, battant des ailes en attendant qu'une réponse vienne lui offrir un point d'ancrage. "C'est ce que j'ai cru voir tout à l'heure, quand tu … je ne sais pas, il y avait quelque chose, enfin une absence de quelque chose au fond de tes yeux qui …" Qui m'a fait prendre conscience que tu étais fou ? Psychotique ? Totalement à l'ouest ? Un psychopathe sur le point de me tuer ? Il y avait une foule de chose que j'aurai pu lui dire mais je ne voulais pas risquer de le vexer, il allait falloir cohabiter dans cet enfer glacé encore un moment avant de pouvoir essayer de nous en sortir. Prendre un risque supplémentaire en disant des mots mal choisi, qui pouvait risquer de le blesser dans son orgueil ou le mettre hors de lui était tout simplement hors de question. "… tu aurais pu me tuer et pourtant tu ne l'as pas fait. J'ai pu sentir ton hésitation, je ne sais pas ce qui pouvait bien se passer dans ton esprit, mais quelque chose me poussait à vouloir t'aider à prendre la décision de ne pas resserrer ton étreinte. Si je m'étais débattue, je suis certaine qu'on ne serait pas en train d'en discuter tous les deux."

Je peux sentir son regard se poser sur moi malgré l'absence de clarté dans ce qui pourrait peut-être se transformer en notre futur tombeau de glace. Mon visage se tourne vers lui et je capte un instant un éclaire au fond de ses pupilles. Sa voix se traine quelque peu alors qu'il me dit que je ne devrais pas me positionner de la sorte, moi qui tente de garder le plus de chaleur concentrée en un point. Selon lui, déplier mes jambes laisserait mon sang circuler de meilleure manière, continuant d'irriguer mes extrémités. Je savais qu'il avait raison, la guérisseuse que j'étais avait-elle été à ce point engourdie par le froid que je n'étais plus capable de réfléchir et d'agir de manière raisonnée ? Cela s'annonçait mal si tel était le cas. Machinalement, avec un mouvement lent aussi saccadé que sa voix victime du froid, je dépliais mes jambes, celles-ci se retrouvant à coté des siennes. Venait-il de me prodiguer un conseil, de son bon vouloir, sans que je n'aie eu à le lui quémander ? Le renard des sables semblait être une créature pleine de surprises. "Merci pour le conseil, même si… j'ai l'impression d'être plus vulnérable au froid …de cette manière."

C'est en commençant à ressentir d'avantage la froideur de la nuit que je réalise à quel point lui doit être frigorifié. Après tout je crois que je suis vêtue de manière plus appropriée que lui contre la rigueur de l'hiver de nos montagnes. Lui, l'habitant du désert, habitué aux douces chaleurs des longues journées caressées par le soleil. Je sais que les nuits sont parfois très fraîches là bas, mais cette froideur n'a rien à voir avec le vent glacial qui fouette nos montagne au cœur de cette saison. C'était sans doute pour sa simple survie, qu'il tentait de me garder en vie le plus longtemps possible. Seul, lui ou moi, nous n'arriverions pas à sortir d'ici, cela peut paraitre étrange mais je le vois comme une chance que nous soyons tombés tous les deux au fond de ce gouffre.

Optimisme ou fatalisme ? Grande était la question. Voir le bon côté, c'était quelque chose qu'on m'avait enseigné depuis mon plus jeune âge. Apprendre au contacte des gens, des choses, de la nature. Trouver le bon et l'utile dans chaque chose. Aussi loin que mes souvenirs remontent, ma mère avait le don de séparer le bon du mauvais, au sein même d'une même chose. Lorsque les fruits d'une plante pouvaient être nocifs, ses feuilles pouvaient faire partie de l'antidote. Alors si le fait de tomber dans cette crevasse était le coté négatif, je voulais croire qu'il puisse y avoir un revers positif notre situation. Mais il fallait bien se l'avouer, à deux, au fond d'une crevasse battue par les vents, en plein hiver avec la probabilité de ne pas en ressortir vivants, n'aidait pas toujours à lutter contre le fatalisme ambiant. Prenant appui sur le sol d'une main, ramenant mes jambes vers moi, je me redresse et lui fait face. "Tu l'as dit toi-même… je semble sereine…mais je n'ai aucune envie de crever ici !" Détachant mon manteau, le coinçant un instant entre mes genoux, je m'emploie à me débarrasser de l'étole de laine qui recouvre mes vêtements avant d'enfiler à nouveau le manteau de cuir. "Il doit nous rester une heure ou deux avant que la lumière du jour ne refasse son apparition…peut-être trois." Déployant l'étole, je m'avance vers Cassian, attendant qu'il veuille bien décoller son dos de la paroi de roche que je puisse lui en partager une partie. "Si tu veux survivre, va falloir faire un effort et qu'on mette de côté nos limites d'espace vitale … Ça ne m'enchante pas plus que toi rassure-toi !" M'assoir côtes à côtes de celui qui avait m'avait précipité dans cette crevasse, avait failli me tuer, n'était peut-être pas la meilleure chose à faire, mais si nous ne voulions pas mourir gelés, il fallait que tous les deux nous fassions des compromis. Le pressant un peu, me penchant je passais une partie de l'étole autour de ses épaules avant de reprendre ma place à ses côtés, m'entourant de l'autre pan du tissu laineux. "Comment va ton épaule ?"



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13/09/2016 Anticarde 2089 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Sam 25 Fév - 22:56

Les descriptifs de Nessa braquent des projecteurs fictifs sur le petit relief anonyme que presse la pulpe de ses doigts. Sans mal, alors, son imagination d'enfant repeint la pierre de nuances aquatiques, tout droits sortis d'un pays de sortilèges. Une agate, bien sûr. Il sait ce qu'est une agate. Sur les étals de la Cité de Feu, les jours de grand marché se pressent orfèvres et bronziers de renom, lesquels sertissent les tiares des princesses comme les dagues des assassins de gemmes mystérieuses, incrustées de cristaux translucides qui empiègent la lumière et donnent l'illusion que les minéraux flamboient, renferment une âme furieuse. Oui, il a déjà vu une agate, souvent montée en colliers, en pendeloques, et il est d'autant plus surpris par les couleurs que lui dépeint Nessa. "Est-ce que c'est l'oeuvre d'un artisan-magicien ?" S’enquiert-il aussitôt, taraudé par sa curiosité. "J'ai déjà vu des agates, mais jamais de cette couleur." Précise t-il, impatient de découvrir le minéral aux premières lueurs du jour. Et s'il s'agissait d'un artefact de la Nature ? Une roche à l'histoire intrépide, qui aurait connu des lenteurs plutoniques, des fournaises profondes brutalement éventrées par quelque ruade tellurique ? L'imagination du sorcier s'emballe comme un cheval fou, allumant au fond de son esprit une flamme qui rayonne faiblement dans ses chairs engourdies.

En un tournemain, Cassian a glissé le présent dans l'escarcelle de cuir accrochée à sa ceinture. Dedans, quelques espèces sonnantes et trébuchantes bien incapables de soutirer quelques largesses à la nuit glaciale des monts. Étrangement, forgé par les mœurs de son peuple, il a toujours trouvé réconfort à emporter quelques écus avec lui, en voyage, bien conscient de pouvoir monnayer informations et itinéraires. Mais ici, nul pot de vin, nulle soierie précieuse, nul colifichet princier n'est à même de soudoyer la Montagne. Au fond de la crevasse, noire comme la gorge d'un ogre de pierre, le Rahjak perçoit avec amertume combien son confort de vie ne tient qu'à un fil d'or ténu. Qu'il suffit d'un faux pas pour que tout s'écroule. Sans doute pour s'épargner la griserie de pensées dépitées, Cassian s'accroche à la réalité tangible dont Nessa se fait véritable point d'amarrage. L'Athna semble perturbée par ce qu'il s'est produit, les minutes précédentes. Lui, il ne s'en rappelle pas. Des bribes de souvenirs épars, qui ne riment à rien, mais guère plus. Quand l'angoisse prend le dessus, il a toujours l'impression de ne plus avoir prise sur sa chair, fantoche ballotté, de laisser son corps s'ébrouer dans un feu noir tandis que ses pensées, comme des coquillages, se referment sur elles-même pour mieux nier le monde entier. Il aurait essayé de la tuer ? Peut-être. Sans doute l'a t-il confondu avec eux. Tout est flou, hachuré, disparate.

"Je... Je crois que j'ai... paniqué. Oui." Accorde t-il non sans sentir grincer ses mâchoires sous le poids d'un aveu qui lui coûte en orgueil. Soucieux de son image, néanmoins, il ajoute bien vite, sur la révérence d'un sourire madré : "J'ai dû prendre un sacré coup sur le casque en plus de m'être esquinté l'épaule. Enfin... Je ne suis pas un cabri, moi. Je ne sais pas tomber dans des crevasses avec la grâce d'un flocon de neige comme certaines Athnas." Si la réplique accuse un certain mordant, le ton n'est clairement plus à la défiance. Il ne fait que l'asticoter avec sa gouaille ordinaire, bien aise de couper court à un sujet malcommode. Assez étrangement, il semble que Nessa agisse en catalyseur contre ses attaques de panique. Son tempérament bienfaisant, plein de sollicitude, ne peut qu'inviter à baisser sa garde ne serait-ce que d'un maigre empan. L'énergie piquée qu'elle dresse contre l'adversité, la ferveur avec laquelle elle croit en leurs chances de s'en tirer, son sang froid incroyable à l'heure où l'abîme, la nuit et l'animal la cernent de toute part, lui fait penser que la Chance ne peut que sourire à ce genre de femme impétueuse.

"Ce n'est qu'une impression, qu'une sensation trompeuse." Répond Cassian à ses remarques sur un ton évasif. "Le froid a ses propres ruses, comme nous..." Complète t-il non sans arborer un sourire mystique, comme si le froid de l'hiver était capable de l'entendre, comme s'il s'agissait d'une vieille connaissance, d'un génie à la peau sombre, semant sur les roches des courtepointes de gel, transformant les herbages en faisceaux de lances cristallines, une sorte de djinn que les prunelles absentes de Cassian étaient capables de discerner. Il s'arrache à ses contemplations nébuleuses pour observer la guérisseuse qui se redresse pour lui faire front. Dans un premier temps, il ne comprend pas son intention et la considère en train de se dévêtir dans la rose des quatre vents. Lorsqu'il saisit enfin son dessein, le Rahjak ne peut s'empêcher d'arrondir les yeux, donnant pour quelques secondes sa langue aux chats. Non pas qu'il trouve sa stratégie dépourvue de bon sens, mais la sollicitude naturelle de l'Athna lui coupe une fois de plus le sifflet. A l'accoutumé, le sorcier éprouve toutes les réserves du monde à tolérer les intrusions dans son espace vital, mais le froid battant semble l'avoir repoussé encore plus loin dans lui-même, de sorte que son corps lui apparaît comme une gangue ankylosée, comme l'armure encombrante et bien trop grande d'une petite âme crépitante.

"Qu'est ce qu'on va être mignon, comme ça, tous les deux." Ricane t-il avec des intonations moqueuses, fardant par la même le malaise prégnant qui glisse dans ses viscères. S'exécutant, l'empoisonneur se redresse cahin caha, une main lovée contre le massacre de ses côtes, non sans esquisser une moue constipée alors que des brassées d'aiguilles électriques lardent son flanc. Bientôt, les voilà tout deux mussés dans l'anfractuosité, fourrés dans l'étole à l'image de deux galopins qui se raconteraient de sinistres histoires sous un chapiteau de draps. Immédiatement, Cassian sent la chaleur diffuse qui filtre des vêtements de la guerrière. Il se concentre alors sur cette perception agréable, sentant sa peau picoter d'être ainsi arrachée à l'anesthésie polaire.

"Ca va..." répond t-il dubitativement. "Pour être franc, je ne sens pas grand chose avec ce froid de loups... Cela doit être superficiel. Et puis je parviens à la mobiliser assez facilement. Je ne pense pas qu'il y ait fracture ou traumatisme... La roche m'a juste soulagé d'une belle pièce de cuir." maugrée t-il avec une voix âcre, sans se hasarder pour autant à effleurer son deltoïde étrillé. "Quant aux côtes... tant que je ne bouge pas, disons que c'est supportable. Mais j'attends impatiemment le moment où nous allons tenter l'ascension de cette paroi... Je sens que je vais vivre une expérience magique." Lâche t-il en singeant un engouement optimiste alors que, précieux de nature, il est à peu près persuadé de tomber dans les pommes à l'instant où il mobilisera ses muscles dorsaux. Souffrant la plaie d'un fatalisme terrible, d'une nervosité usante comme un éperon fiché dans le train de son âme, l'enfant du Désert voit déjà le tableau. Il reposerait là, étendu de tout son long au fond de la crevasse, becqueté par les condors, des cristaux au coin des lèvres, avec tout autour de lui, sur les parois verticales, des coulures amarantes, le sang de ses ongles râpés jusqu'aux matrices à force de tentatives désespérées. Tandis que cette scène sinistre s'installe au fond de sa prunelle, un rire jaune s'extirpe de ses lèvres. S'emmitouflant dans la bande de laine, Cassian observe son souffle condenser et rouler en arabesques dans l'atmosphère bleutée.

"Et toi alors, pas de blessure à déplorer ?" Questionne t-il, ne pouvant s'empêcher d'éprouver un sentiment d'injustice égoïste.

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29/05/2016 Pivette 1864 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Dim 5 Mar - 23:09

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Sous les yeux de Jupiter
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Une question sans doute innocente mais qui rebondit contre les parois de mon crâne, virevoltant en quête de réponse. Cette gemme, est-elle l'œuvre d'un magicien…sans doute, sans doute qu'il l'était à une époque pas si lointaine, lui le forgeron de talent qui désormais se contentait d'œuvrer d'une seule main totalement valide. Un bref instant la culpabilité m'assaille, et si jamais je ne sortais de cette crevasse, et si je mourrai de froid au fond de ce trou glacé, battu par le vent, jamais je n'aurais l'occasion de trouver de nouveaux remèdes et techniques pour essayer de redonner toute sa validité à la main infirme de mon jumeau. Lui si doué, qui ne se plaignait pourtant jamais de cet affront que lui avait fait la vie, le mettant face au mur suite à un accident de plus courant. "… un magicien … sans doute …" Au fil des ans, dans nos montagnes, j'avais eu l'occasion de poser mon regard sur de nombreuses pierres semi ou précieuses qui rivalisaient toutes de mille et un éclats et couleurs, scintillant et ravissant l'œil du spécialiste comme celui du plus profane d'entre nous.

Redressant peu à peu mon visage je ne relevais pas ses mots, il avait soit disant paniqué, pourtant je sentais qu'il y a autre chose. Je ne veux pas le brusquer ou le faire parler de choses et d'autres qui pourraient le faire retrouver cet état de non conscience dans lequel il avait pu être plongé quelques heures plus tôt. Cette absence au fond de son regard m'a captée plus que je ne voulais le laisser paraitre et bien que je souhaite en savoir d'avantage, je sens que ce n'est pas la meilleure des manières que de le forcer à disserter sur pareil sujet. Ses mots sonnent faux mais je garde mes réflexions en mon for intérieur, me contentant de sourire lorsqu'il fait allusion à notre inégalité dans la chute. Me retournant vers lui, un léger sourire au coin des lèvres. "Je rêve où tu me compares à un flocon de neige ? Tu n'espères quand même pas qu'il suffit de me souffler dessus pour que je me désintègre … ?" Un flocon de neige à la peau d'ébène, effectivement la chute à du être plus violente pour lui !  Certes je n'avais pas été blessée, j'avais quelques petites douleurs mais je n'avais rien dit, l'idée de le mettre hors de lui si je me plaignais alors que ses blessures, bien plus visibles et qui semblaient plus importantes, ne faisait clairement pas partie de mes projets. Puis, j'étais une fille de la montagne doublée d'une guerrière, on m'avait appris à tomber, à encaisser les coups en serrant les dents, à me relever et ne rien laisser transparaitre aux yeux de mon adversaire.

Une sensation trompeuse, le froid était fourbe il avait raison le renard des sables, j'en avais fais souvent l'expérience. Cette sensation d'engourdissement qui, s'il n'est pas pris au sérieux, peut causer d'irréversibles dommages, combien de nos frères avait-elle ensorcelé, trop sûr d'eux face aux mises en garde de la montagne, s'assoupissant un instant, souhaitant juste prendre un peu de repos, c'est là que le colosse de glace frappait de son poing, mettant un terme brutal et pourtant doux à la vie de l'un des nôtre. Fourbe, traître, j'étais bien décidée à ne pas le laisser nous emporter, pas cette nuit, pas ici. L'idée de finir ma vie au fond d'une lézarde était tout simplement inimaginable. Hors de question. Alors que je passais l'étole de laine autour de ses épaules, avant de reprendre place contre lui, je laissais échapper malgré moi un éclat de rire. Il était vrai que la situation pouvait paraitre cocasse… "J'espère qu'on ne va pas y passer cette nuit, imagine si on nous retrouvait tous les deux comme ça, cela ferait mauvais genre, on pourrait penser que je me suis enfuie avec un renard des sables, ce serait indécent." Portant une main sur ma gorge je pris un air théâtralement choquée. Je savais bien, du moins je l'espérais au plus profond de moi que nous n'allions pas y passer tous les deux. La situation ne prêtait pas à rire j'en étais consciente mais c'était plus fort que moi, c'était ma manière de laisser mes nerfs se relâcher et me détendre un peu.

Si j'avais su que cette petite et innocente balade en quête de joubarbe allait me conduire dans les tréfonds d'une estafilade de glace au cœur de la montagne. Manquer de me faire étrangler par une âme tourmentée plus qu'elle ne veut l'admettre. Partager le peu de lainage que je porte pour nous tenir chaud, et me retrouver tout contre lui afin de préserver le plus possible nos chaleurs corporelles, comment aurais-je pu y croire, même une simple fraction de seconde ? Il allait falloir sortir d'ici, mais pour le moment, dans l'obscurité de la nuit, nous devions prendre notre mal en patience, le relief de la paroi était plongé dans l'ombre, aucune possibilité d'en observer les prises potentielles à l'heure actuelle. J'avais posé la question presque par réflexe, savoir comment se portait son épaule, comme il se portait. Le réflexe de la guérisseuse qui souhait savoir comment le blessé supportait ses douleurs. Alors qu'il énumérait ses ecchymoses et autres meurtrissures, j'étais sincèrement à l'écoute, faisant mentalement la liste des soins que je pourrais lui prodiguer une fois sortis de cet enfer glacé. Pour l'instant la guerrière laissait place au médicastre, celle qui contre vents et marées se démènerait pour le bien-être de ses patients quoi qu'il puisse en coûter.  Il avait de nombreuses blessures mais pour une fois le froid avait un effet bénéfique, annihilant pour quelques temps la douleur de ses élancements. Cependant les fourberies dont il parlait tout à l'heure allaient refaire surface, une fois qu'ils seraient sortis d'affaire, la douleur allait refaire son apparition en tombes, le laissant être la proie de souffrances bien plus intenses. "La montagne peut être une adversaire bien cruelle quand on la connait pas suffisamment … Ton épaule devrait se remettre rapidement si on la soigne correctement, pour tes côtes, si elles sont cassées, tant qu'elles ne touchent pas d'organes internes, tu devrais survivre … J'ai cru comprendre que vous autres Rahjaks aviez l'écorce solide !" Il avait parlé de leur future remontée vers la sortie de leur piège de glace et de neige, j'espérais que lui aussi avait une rage suffisante pour que nous puissions compter l'un sur l'autre afin de nous en sortir. Nous n'aurions pas des dizaines d'options, et au vu de ses blessures, il n'aurait sans doute pas la force de faire de nombreuses tentatives. Machinalement je commençais à envisager des plans pour fausser compagnie à ce sombre puits, il faudrait ménager ses forces, ce serait à moi d'explorer la paroi, de trouver des prises afin de pouvoir nous extirpés de là. Si j'arrivais à sortir, est-ce que j'aurais suffisamment de force pour l'aider à remonter ? Est-ce que si je partais chercher des secours, tiendrait-il le coup seul dans le froid ? Le froid, il commençait à m'embrumer l'esprit ce vile adversaire. Je fus surprise qu'il m'interroge sur mes éventuelles blessures, c'était la première fois depuis notre rencontre qu'il posait une question me concernant directement, je pouvais tout de même sentir une pointe de jalousie dans sa voix, lui, contusionné en bons nombres d'endroits, face à moi, indemne ou presque. "J'aurais quelques ecchymoses et de jolies éraflures mais au concours de celui qui a le plus trinqué, je m'incline devant ta victoire !" J'accompagnais ma phrase d'un signe de tête respectueux en sa direction.  Un frisson plus fort que les précédents me glissa le long de la colonne vertébrale, si ça continuait sur cette lancée, il ne faudrait pas beaucoup de temps avant que je ne joue une véritable symphonie en claquant des dents. "Ce n'est pas que ta compagnie me déplaise, mais j'ai vraiment hâte de sortir d'ici …"



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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Sam 22 Avr - 1:00

La hache de guerre est enterrée. Le sujet de la crise aussi. Si ses doigts se souviennent l'avoir étranglée, s'il demeure dans le labyrinthe de ses empreintes digitales comme de petits spectres de chaleur, qui tantôt paraient la carotide de l'Athna, Cassian n'a nul souvenir concret auquel s'accrocher. Un peu d'acide lactique dans ses doigts engourdis, peut-être. Un rien de cortisol vrillant ses sens, à tout rompre. Voilà les seuls indices dont il dispose pour reconstituer ce qu'il s'est passé, pour se remémorer cet instant fait de grésil et de brandons. Mais il s'y refuse. Il réfute cette incartade, cette échappée des sens. Il la renvoie dans les abysses de l'univers, fait une nouvelle fois un pied de nez à la réalité. Du reste, la Guérisseuse ne semble pas lui en tenir rigueur. Après tout, si le moment avait été si critique, il ne serait pas possible d'en chasser le malaise aussi facilement, n'est-ce pas ? Avec la nonchalance d'un haussement d'épaules ? Cassian ne reviendra pas dessus. Jamais. Quelles excuses construites, peut-on prôner lorsqu'il s'agit de défendre des pulsions, des rondes de diables, des meutes d'instincts, un cerveau reptilien ? Pas de curiosité mal famée, de la part de Nessa. Quand bien même devrait-elle arborer le sujet plus tard, il l'enverrait sur les roses, dans les orties. Comme si de rien n'était, alors, il accueille ses facéties avec un demi-sourire qui ressemble à une fissure, avec un regard de coyote.

"C'est parfaitement indécent." Approuve t-il en réponse à son tableau romantique, après avoir laissé passer quelques traits. "Et puis je ne suis pas sûr que les gros-bras de ta tribu se montrent sensibles à la finesse de mon esprit. Non, ils ne réaliseront jamais la chance que tu as." Ajoute t-il, et si le second degré est de mise, il y a quelque chose de rude, dans sa voix. Une rigueur insaisissable qui ombrage le caractère futile de ses brocards. Il n'y a pas de fumée sans feu. Il n'y a pas de sarcasme sans quelque fondement évident, aux lèvres du Sorcier. On peut faire passer tant de choses odieuses, sous le couvert d'accents mordus, sous le paravent des regards équivoques.

Rares sont les occasions où Cassian a tenu une telle promiscuité avec une étrangère. Avec une femme. Avec un être humain qui ne répondrait pas au nom de Scylla Saada, à vrai dire. Une situation qui l'insupporterait au plus haut point, si ses penchants paranoïaques ne manquaient pas si cruellement de combustibles, si un vent de toundra ne soufflait pas à joues rougies sur leurs chairs fustigées. La peau de Nessa lui paraît chaude, brûlante. Empreinte de la même chaleur que la silice du Désert emmagasine lors des zéniths torrides, pour la réverbérer doucement le soir venu. La même brûlure douceâtre, évanescente. Il a l'impression que les veines de la Guérisseuse, qui ressemblent à ces infimes coulées de bronze qui ruissellent le long des creusets des charrons, véhiculent du feu liquide. Ce genre de foyer vers lequel on tend inexorablement les mains au coeur de l'hiver. Le genre de feu ténu qui éloigne les loups, les fantômes, les pensées livides, les destins tragiques. Cassian l'écoute lui prodiguer de bons conseils. Il ne peut refréner un petit ricanement roulant alors qu'elle lui explique, de manière pédagogique, comme à l'intention d'un jeune sorcier en herbes, les probabilités et les risques qu'encourent ses blessures. Ca grince, dans sa gorge enrouée. Le carillon d'une cloche à l'airain verglacé.

"Tiens... c'est vrai que je n'avais pas compris tout seul ces évidences. Mille merci pour tes éclairages indispensables." Persiffle t-il, lui adressant un regard de sagaie. Presque pourrait-on croire à une réprimande ouverte, si un nouveau brocart ne suivait pas. "Du coup, si j'arrête de respirer, il ne devrait pas y avoir de risque que mes côtes cassées touchent mes organes, pas vrai ? Est-ce que tu crois que c'est une bonne idée, hein, toi qui brassent des savoirs si subtils ?"

Sa réplique suivante lui soutire une moue exaspérée. Il se serait bien passé de ce genre de record pour éclopé. Encore une pincée de fractures, un soupçon d'égratignures, et sans doute pourrait-il rivaliser avec Noah et son indicible goût pour les passages à tabac. C'est fou comme la moindre pensée dérive implacablement vers les siens, à l'heure où le gouffre prend des airs de tombeau.


*
* *


Leurs échanges s'étiolent un temps. La condensation née de leurs souffles se voit pénétrée par les frimas et changée presque instantanément en un voilage de cristaux émoulus qui vient laquer les parois. Le mercure continue de tomber. Une chute vertigineuse jusqu'à avoir atteint le fond de la nuit. Quelques frissons ténus saisissent ses articulations, comme par surprise, viennent courir le long de son échine, jouant de ses vertèbres comme des petites cymbales d'un tambourin. Les échos de leurs murmures glissent, gondolent au contact du granit. Entre eux, toute tension s'est dissoute. Et voilà que le temps étire ses articulations rhumateuses, ses secondes sclérosées, ses heures mortelles. Elle s'est assoupie. Sa respiration profonde et lente jure tellement avec ces bourrasques, ciselées par les crêtes, qui s'engouffrent dans la faille où ils se tiennent reclus, telle une murène ruant dans ses écueils. Elle s'est assoupie, la Guerrière, et sa tête pèse sur l'épaule valide du Rahjak. Lui garde les yeux grand ouverts, dessillés, fixes, comme si ses paupières enchâssaient deux croix de fer. Ses sclérotiques veinées par la fatigue, par la douleur, ne cessent à aucun moment de darder ce dais de ciel sombre rendu inaccessible, devenu si attrayant. De défier la nuit rieuse. Et puis, si le silence est leur lot plus qu'à quiconque au monde, quelques brides de conversations fusent parfois. Juste de quoi chasser la dangereuse somnolence.



Dialogue écrit sur Skype:
 



Confiance. Dans la crevasse érigée de roc noir comme dans sa boîte crânienne, le mot trouve une consonance discordante. C'est le genre de mot sur lequel son âme s'est penchée mille fois sans en saisir l'essence. Le genre de mystère qui effarouche son coeur entrelardé de ronces. Le genre de mot qui lui semble faux, trop vaste, trop lumineux, trop ambitieux pour exister vraiment dans ce monde là. Il lui esquisse un sourire du bout des lèvres, frappé par une indulgence qui a quelque chose de cruel, de désenchanté. C'est comme s'il l'écoutait lui déverser des rêves d'enfants, tout taillés de grandiose et d'aventure. Il acquiesce sans y croire, tiède, fade. Cette Athna serait donc à ce point une insensée ? N'a t-elle pas eu son content de désillusions et d'horreurs, pour lâcher de telles bombes comme on distribue de vagues salutations ? Ses yeux retrouvent la direction des nuées. Pour se tenir éveillé, il tâche d'identifier ces rares lambeaux de constellation que le ciel veut bien sortir de son giron de nuages fuligineux. Il essaie de se rappeler les glyphes et les crans de son astrolabe, laissé dans son sac, quelque part à la surface de la Terre, livré à la ruée des vents. Il essaie de se mettre à la place des premiers hommes, qui observaient ces joyaux hauts perchés, qui y cherchaient des messages mystiques, qui y voyaient des fresques rapportant les histoires d'entités célestes, sans se douter qu'à des années lumières d'ici se dressent de faramineuses boules de gaz.

Juste à coté, Nessa somnole par a-coups. Totalement abandonnée. Parfois, lorsque sa somnolence menace de basculer dans un sommeil plus profond, lorsqu'un mouvement de décompression diffus assaille ses muscles, alourdit sa silhouette, Cassian éperonne son épaule de deux doigts, plus irritants que les coups de becs d'un pivert. La nuit commence à pâlir. Les yeux parfaitement acclimatés, l'empoisonneur ne le réalise que lorsque les premières étoiles s'estompent. Pour autant, refusant de s'accrocher au cou de ce maigre espoir, il ne cesse à aucun moment de se concentrer sur les extrémités de son corps. Il sait ses pieds et ses doigts irrigués de veinules fragiles, d'un entrelacs de nerfs aussi ténu que les fils de l'argiope, des délicatesse organiques que des cristaux de glace auraient beau jeu de fendre. Alors il joue des articulations. Il contracte ses muscles avec la régularité d'une machine à vapeur. Des gestes économes, réguliers. Parce qu'il ne supporterait pas, une telle infirmité. Privé de ses mains, d'un seul doigt, il perdrait tant en précision, en perception, en précaution, alors que ses expériences de fourmi sont si voraces d'acuité. Ses pensées lambinent, traînent, s'empoissent de scénarios fatalistes. Cassian ne se rend même pas compte que doucement, le mercure remonte. Que le plus monstrueux de la nuit est maintenant derrière eux. Il a mal partout, de tenir un tel siège, d'honorer une semblable immobilité. Des gerçures fendent ses lèvres bleuies, lézardes qui s'enflamment dès qu'il essaie de se les humecter. Quelques cristaux perlent dans ses boucles défaites, filasses, transformant sa blondeur en une toison albinos.

Au-dessus d'eux, le ciel arbore un bleu de contusion. Petit à petit, une lumière froide s'insinue dans le gouffre. Une lumière qui a quelque chose de la blancheur de l'inconscience, de la pâleur hébétée des comas. A fleur de pierre réapparaissent toute cette richesse de reliefs, d'encoignures et de saillies prometteuses de salut. Empaumant l'épaule de Nessa, Cassian la secoue avec une force étiolée, reflet de ses forces déclinantes. "Nessa. Réveille-toi. L'aube..." Articule t-il d'une voix laborieuse, qui semble une onde d'énergie enlisée. Et puis, le voilà qui se meut dans sa chrysalide laîneuse. Le Rahjak retrouve sa verticale, destituée de sa superbe habituelle, de son port altier enflé de condescendance, de sa posture raide, solennelle, qui émanait la veille encore tant de morgue mirobolante. Tout a été vandalisé pendant la nuit. Il ne demeure qu'un homme debout. Un homme fourbu. Il a l'impression d'être affublé d'une carcasse de mille ans, de peser un âne mort tant ses chairs ankylosées renâclent à se mouvoir, tant l'assaillent une myriade de crampes, de courbatures grumeleuses, d'élancements abrasifs, d'étourdissements étoilés. Et puis, il y a la douleur de ses côtes. Elle se réveille soudain, comme un Titan revenu du Tartare. Mordant sur sa lèvre inférieure, l'empoisonneur s'avance clopin-clopant vers l'une des parois, de loin la plus inclinée, une main pressée contre ses côtes qui semblent receler un poumon incendié. La pente lui paraît raide. A mi-hauteur, il distingue néanmoins une petite corniche qui forme un palier idéal. Mais elle reste inaccessible à hauteur d'homme, sans piolets ni cordages, à moins de jouer les échelles humaines. Un accès de découragement l'étreint. Cassian s'adosse un instant à la paroi, et alors son regard vide rejoint les nuées où quelques condors esquissent des cercles laconiques. La lumière du petit jour lui fait plisser les paupières. Les yeux pochés, le teint blêmi de douleur, le visage peint de spectres bleu, il semble que l'enfant du désert ait gardé, au fond de son cœur, un souvenir intime de cette nuit glaciale. Il semble que la montagne ait recraché, en lieu et place du sorcier des dunes, une créature hivernale. "Je ne vois qu'ici." Pointe t-il. "Mais... Personnellement, je n'aurais jamais la force. Non." Sa voix éraillée. Un vent maussade.

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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Dim 21 Mai - 19:18

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Sous les yeux de Jupiter
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Une sensation étrange, une secousse saccadée sur mon épaule m'extirpe des brumes ensommeillées dans lesquelles j'étais plongée. Une voix à mon oreille, c'est bien mon prénom qu'on murmure. Il me faut quelques longues secondes avant de reprendre mes esprits, le froid m'y aide bien rapidement, tout se remet en place, la chute, la crevasse, le froid, la violence et le trouble ressenti, l'attente, les quelques confidences faites alors que je m'assoupissais sur l'épaule de celui qui avait bien failli devenir mon assassin. La situation prêtait tout de même à rire, qui ne me prendrait pas pour une folle à lier ? Qui ne me ferait pas de remontrances pour avoir osé accorder ma confiance à un homme, un étranger qui avait bien failli m'ôter la vie ? Malgré moi je sais que je tiendrai tête à ceux qui pourraient me reprocher mon optimisme, j'avais eu raison, il ne m'avait pas tué dans mon sommeil, il ne m'avait pas laissée mourir de froid, peut-être finalement y avait t'il vraiment du bon en lui. Certes ce n'est pas ce qui transparaissait au premier regard, il ne respirait pas la joie de vivre et la jovialité mais malgré tout, j'avais envie de creuser, j'avais envie de découvrir quel être énigmatique pouvait se cacher sous cette cape de froideur et de sarcasme. L'aube. Comme une récompense bien méritée après la nuit glaciale que nous venions de passer. Comme une promesse tenue, nous avions survécu jusqu'à l'aube, il ne nous restait plus qu'une étape … cruciale certes, mais nous n'étions plus qu'à une étape de pouvoir nous en sortir.

Machinalement je fais bouger mes doigts engourdis, mes pieds, comme pour vérifier que tous mes membres sont encore là, encore en état de fonctionner. Mon regard est rapidement capté par Cassian qui ne perd pas une seconde pour se redresser, se relever alors que je reste assise à même le sol encore un peu. Je profite du pan de laine qu'il délaisse pour le rabattre sur moi, tentant de me concentrer sur la paroi. Elle est haute, ça même avec la nuit je l'avais remarqué, mais à la lueur du jour je commence à pouvoir distinguer de manière plus précise le relief qu'elle pourrait offrir à une ascension. Après quelques minutes, j'enregistre dans mon crâne les différentes voies possibles, certaines pourraient être directe et nous mener au sommet rapidement, mais les prises sont trop éloignées les unes des autres. Je suis habituée aux parois rocheuses de mes chères montagnes, je sais que je pourrai peut-être y arriver, mais malgré tout dans mon esprit c'est le chemin avec le plus de prises, avec des prises courtes, rapprochées les unes des autres que je recherche. L'épaule de Cassian ne lui permettra pas d'avoir une envergure démesurée. Je veux sortir de là. Je veux nous sortir de là.

Tendant la main vers un monticule de neige encore fraîche, j'en attrape une poignée que je porte à mes lèvres, laissant la poudre gelée se transformer en eau, essayant de m'hydrater quelques peu. Certes on a rien à se mettre sous la dent ici-bas, mais au moins il y a de quoi se désaltérer. Ce que je n'avais pas pris en compte c'est le défaitisme de mon compagnon de galère. Bien sûr, contrairement à moi, il était mal en point, il avait des blessures qui risquaient fort de le mettre dans une position de faiblesse. Le peu que j'avais appris sur lui me laissait volontiers croire qu'il n'était pas du genre à reconnaitre ses défauts ou faiblesses, je n'allais pas risquer de me le mettre à dos.

Me relevant sur mes jambes, bien plus lentement qu'à l'habitude, je me rapprochais de lui alors qu'il s'était adossé à la paroi. Me plantant devant lui, droite sur mes pieds, plongeant mon regard dans le sien, un air de déjà vu planait au-dessus de nous. Sauf que cette fois, c'était lui qui se retrouvait dos au mur.

"Cette corniche c'est notre porte de sortie, je sais qu'avec tes blessures ça va être pénible pour toi mais on va le faire. Je refuse qu'on se laisse crever au fond de cette crevasse !" ma voix est peut être un peu trop brutale, je m'efforce de l'adoucir sans pour autant lui parler comme on s'adresserait à un gamin, je sais pertinemment qu'avec un individu comme lui, cela ne servirait à rien d'autre qu'à le braquer et perdre toute ébauche d'aide de sa part. "Toi et moi on est ensemble dans cette galère … Cassian on va sortir d'ici je t'en donne ma parole."

Cherchant encore quelques secondes une sorte d'approbation dans son regard, je me détourne avant de m'approcher de la paroi. Me débarrassant du châle de laine qui allait m'encombrer plus qu'autre chose dans mon escalade, et puis en attendant que j'ai atteins le sommet, Cassian en aurait sans doute besoin. Mes yeux rivé sur la pierre, je me mettais en tête le tracé que j'allais devoir emprunter, repérant chaque prise, chaque renflement ou creux qui pourraient me servir de marche pied ou d'appuis pour mes mains. Tournant uniquement mon visage vers le sorcier, je lui exposais mon projet. "Je vais montrer, essayer de ressortir, une fois à l'extérieur je retrouve mes affaires, j'ai de la corde dans mon sac et je t'aide à ressortir à ton tour." Comme pour appuyer mes dires, sentant une sorte de méfiance planante comme une ombre au-dessus de nous, je le regarde droit dans les yeux, ne cillant pas un instant, je veux qu'il sache que je suis sincère que je vais tout faire pour nous sortir d'ici. "Je ne te laisserai pas moisir ici, je te le dois, tu ne m'as pas laissé crevé cette nuit après tout. Tu m'aides à l'atteindre ? J'y arriverai pas sans toi !"

S'entraider. Tout reposait sur lui, sur la décision qu'il allait prendre de m'aider ou non. De nous donner une chance de nous en sortir, ou de devoir nous résoudre à crever à petit feu dans cette fissure glaciale.


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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Mar 13 Juin - 3:22

Comment pourrait-il gravir ces degrés, quand le seul fait de se mouvoir lui est douloureux ? Comment, alors que la seule vision de cette paroi, qui se dresse dans son dos aussi raide que le monument d'une sépulture, perturbe jusqu'à son équilibre ? Comment, alors que ses os semblent des tiges de verre, tintant dangereusement au moindre mouvement ? Il aimerait tant, qu'un fond de colère vienne lui réchauffer les tripes, qu'un soufflet d'orgueil lui remette les idées en place, mais même ses humeurs piquées habituelles semblent un luxe que Cassian ne peut plus se permettre. Purgé de tout agacement, de toute irritabilité, il ne demeure qu'une grande indifférence gelée. Car si le Rahjak se montre fataliste, il n'y a rien dans sa voix qui trahisse la peur ou l'appréhension. La Mort pourrait aussi bien être une vulgaire domestique qu'il y ferait allusion avec le même détachement. D'un œil absent, Cassian suit les pérambulations de l'Athna qui, à son tour, vient inspecter les aspérités du granit. Après avoir entrevu quelques parcours chaotiques, elle vient lui faire face, avec un aplomb qu'il lui jalouse terriblement. Pénible pour lui, dit-elle ? Bel euphémisme que voilà. Il sourit, macabre, à croire qu'arrivé au point culminant du désespoir, il lui est donné de considérer les choses avec un peu d'humour. De l'humour aussi noir que les fins fonds de cette crevasse.

En bonne montagnarde, Nessa semble avoir repéré la voie la plus praticable. Quant au plan qu'elle lui expose, s'il coule de source, s'il paraît le plus fiable et le plus raisonné, il semblerait que l'enthousiasme ne soit pas au rendez-vous chez le Sorcier. Et pour cause, ce plan implique que Cassian fasse confiance à Nessa. En l'occurrence, dans les circonstances présentes, qu'il remette purement et simplement sa vie entre ses mains. Bien sûr, à cet instant précis, le Rahjak se moque éperdument de passer à trépas. Amoindri par les privations, par l'insomnie, par son cortège de blessures, par les rigueurs du long voyage qui l'a conduit au pays des glaciers, il se trouve incapable de nourrir une quelconque frayeur. Mais il a l'odieuse sensation de voir clair dans le jeu de l'Athna. Il ne peut pas s'empêcher de flairer le scénario le plus scabreux, à savoir qu'une fois hissée hors du précipice, la guerrière joue les filles de l'air, le laissant à son triste sort. Après tout, couverait-elle ces idées qu'elle aurait tout intérêt à le ménager, à le brosser dans le sens du poil afin qu'il daigne l'épauler au bon moment. Cela pourrait expliquer son empathie suspecte, cette gentillesse qui dépasse l'entendement. Boniments stratégiques. Les rouages de Cassian tournent. Plus lentement. Mais tournent.

Sûr de lui, le voilà qui lui décoche un long regard noir, impénétrable. Il semble vouloir s'adresser à la mauvaise Nessa, à celle qui se dissimule, à celle qui entend se jouer de lui. Il semble vouloir lui signifier qu'il n'est pas dupe, que ses manigances lui sont des plus flagrantes... pour la simple raison qu'il agirait de la même façon, si les rôles étaient renversés. Une méfiance obscure peint ses traits, y dépose une pellicule de poison. Une lueur animale navigue dans ses prunelles, quelque chose de parfaitement inconscient et insensé. Une envie primaire de lui sauter à la gorge, de reprendre ce qu'il a entrepris hier. Une envie de la foudroyer sur place, rien que pour avoir oser espérer le flouer. Et puis quelque chose vient chasser ce murmure obsédant à son oreille, ce lancinant appel à la curée. L'éreintante fatigue. Et puis autre chose. Un doute microscopique concernant l'Athna. Et si elle disait vrai ? Et si elle était sincère, quand elle affirme mordicus vouloir le sortir de là, lui aussi ? De longues secondes s'écoulent, alors que chemine la pensée de l'empoisonneur, alors que ses suspicions s'illustrent, que ses doutes se font voix murmurantes. Quand bien même lui réglait-il son sort, ici et maintenant, à quoi cela l'avancerait-il ? Il mourrait, de toute façon. Avec ou sans elle. Sa seule chance, c'est qu'elle tienne parole. Sa seule chance, c'est de n'avoir pas décelé d’espièglerie dans la conviction qui a porté la voix de Nessa, lorsqu'elle a affirmé à plusieurs reprises qu'ils s'en sortiraient à deux. Après l'avoir toisé depuis un piédestal de méfiance, son regard change. Désormais, il la scrute plus finement, s'attache à décrypter tout ce que ses yeux pourraient trahir, tout ce que sa bouche pourrait retenir, tout ce que sa peau pourrait transpirer. Et de ses investigations, il ne trouve rien. Pas l'once d'une malice. Pas une ombre douteuse. Rien. Deux minutes se sont écoulées alors, dans un mutisme absolu.

"Et si, une fois en haut, tu décidais de te faire la malle..." Entame t-il d'une voix où suinte la menace. Une menace bien dérisoire. Il s'en rend compte à peine les mots ont-ils franchi ses lèvres, et ne peut s'empêcher d'arborer un sourire peint d'acide. Qu'est ce qu'il pourrait bien arguer, par ailleurs ? Que sa famille est puissante, qu'ils le retrouveront ? Zéro probabilité. Que sa famille le vengera ? Nul ne sait qu'il se trouve ici, hormis Scylla, peut-être, qui aurait pu le comprendre au gré de leurs échanges quotidiens, et encore... Mais le temps que son absence pose question, plusieurs semaines seront passées et la Montagne aura englouti son cadavre depuis belle lurette. Alors que lui dire, pour faire poids en chantage ? "... Eh bien j'imagine que ce serait... très... contrariant. Pour moi." Gronde t-il. Un cynisme qui l'étoufferait. D'ordinaire, sans doute aurait-il tiré quelque contentement dans l'idée d'entraîner quelqu'un dans son malheur. Pourtant, même s'il jongle quelques secondes avec cette idée, fort peu constructive il est vrai, pas le moindre égaiement ne semble à même de le dérider. Et si jamais elle souhaitait vraiment le sortir de là ? Après tout, elle ne s'est fendue d'aucune brutalité à l'heure où il a fait bien davantage que la menacer. Une option qui lui semble peu probable, compte tenu son expérience de la nature humaine, mais qui le tarabuste à la manière d'une tique. Et pourquoi pas. Qu'a t-il à perdre, à part la petite satisfaction replète de lui nuire, qu'il ne savourerait même pas ?

Une main sur la paroi, Cassian suit le regard de Nessa, observant le parcours qu'elle lui désigne. "De toute façon... Si je dois mourir ici, je n'ai pas envie de t'entendre brailler." Finit-il par articuler, lui faisant de nouveau front. Peut-être sa manière d'accepter sa proposition, de cesser là de brasser du vent à supposer le meilleur et le pire. Il pourrait y passer des heures, encore. Prenant une vaste lampée de cet oxygène, qui vient à manquer en ces altitudes perchées, le Rahjak s'ancre plus franchement à la paroi, à quelques mètres en dessous d'une corniche au relief plus important. Roulant des yeux, il désigne du menton son épaule valide, fuyant le regard de l'Athna. Quoiqu'il en soit, même s'il a envie de croire de tout son être en la bonté de cette âme, le timbre de sa voix n'en laisse rien paraître. "Vas t'en." Lâche t-il dans un soupir à la fois excédé et hostile. Entrelaçant ses doigts, il fait alors la courte-échelle à Nessa, lui permettant de poser pied sur son épaule valide. Elle est légère, agile, pourtant, la jucher au-delà de la paroi lui est un véritable tour de force, arrachant à son corps éprouvé quelques ultimes rinçures d'énergie. Cassian doit tendre tous ses muscles pour tenir le coup, pressant d'une main le flottement insupportable de ses côtes. Une fois que le poids de Nessa se volatilise, il patiente quelques secondes avant de se laisser choir à terre. D'une main, il agrippe l'étole qui gît non loin et s'enveloppe dans son lainage, encore imprégné d'un spectre de chaleur que seule une âme frigorifiée pourrait déceler. Assis, genoux ramenés contre le buste, dos contre le granit, l'empoisonneur lève péniblement les yeux. Il distingue la silhouette de Nessa, qui se découpe distinctement dans la lumière du jour. Malgré la fatigue, elle lui semble aussi adroite qu'une feuille dans le vent, et durant un instant, Cassian se laisser bercer par les quelques détours de son ascension, au gré des prises. Il l'observe sans ciller, sans trop savoir s'il préférerait la voir dégringoler ou mener à bien son escalade. Il l'observe, attentif comme un requin qui patiente le supplice de le planche. Il l'observe avec une espèce d'indifférence polaire, comme si son propre sort ne dépendait pas d'elle, comme si l'idée qu'elle lui vienne en aide lui apparaissait soudainement des plus absurdes. Aussi, lorsque sa silhouette disparaît par delà l'arête de roc, le Rahjak ferme les yeux, se recroqueville sur lui-même, sentant une douce anesthésie retomber sur lui, plus lentement encore que la nuit.

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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Mer 14 Juin - 2:27

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Sous les yeux de Jupiter
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J’attends. J’attends encore mais il ne semble pas pressé de me donner une quelconque réponse, j’ai l’impression qu’il prend une véritable éternité avant de formuler la moindre phrase. Pourtant elle se fait entendre, résonne contre les parois de la crevasse comme le sifflement d’un serpent du désert. Si je décidais de prendre mes jambes à mon cou une fois sortie d’ici ? Moi qui le pensais érudit, intelligent, j’en viens à me demander si les frimas de mes montagnes natales ne lui ont tout simplement pas gelé les neurones. Je ne dis rien, silencieuse je me contente de lever mes yeux au ciel, vers cette porte de sortie que j’ai entraperçue et que je veux atteindre au plus vite. Qu’il croit ce qu’il veut, je nous sortirai de là, bien que frigorifiée, je suis en bien meilleure forme que lui et même si j’ai soudain l’envie de le lui faire remarquer je ravale mes mots. J’ai besoin de son aide et froisser un énergumène dans son genre ne me serait pas profitable dans notre situation actuelle. Je me tiens près de lui, et me contente de planter mon regard dans le sien, en essayant de lui donner toute la confiance dont il pourrait avoir besoin pour se bouger et venir me donner le coup de main décisif à notre échappée.

"Sois contrarié si ça te fait plaisir, mais on sortira d’ici à deux, que tu me crois ou non, je n’ai qu’une parole !"

Ce n’était pas une simple façon de parler, ou de lui promettre monts et merveilles, le bercer de douces illusions afin qu’il ne m’aide à sortir et que je prenne le large, l’abandonnant à son triste sort. Je n’avais qu’une envie, m’extraire de cette faille qui commençait à me rendre dingue, je ne montrais pourtant aucun signe d’agitation ou d’anxiété, elle transpirait déjà bien assez par tous les pores du cuir Rahjak qui me tenait compagnie depuis la nuit dernière. Je n’avais qu’une parole, et quoi qu’il m’en coûte, je me démènerai pour le sortir d’ici une fois à l’extérieure. Tenir ses engagements, assumer ses actes et ses paroles, voilà des valeurs que mon défunt père m’avait mis dans le crâne dès mon plus jeune âge, et bien qu’il ne soit plus là aujourd’hui, je me faisais un point d’honneur à m’y tenir dans mon quotidien. Je voulais que d’où qu’il puisse être aujourd’hui, il puisse être fier de moi, fière de sa fille, sa guerrière.

Il décide enfin à coopérer, m’arrachant un sourire franc lorsqu’il râle pour le geste sans doute, arguant que quitte à mourir en ces lieux autant que ce soit dans le calme. Je le regarde prendre appuis contre la paroi et sans une once d’humour, comme on sermonnerait un gamin venant de faire une bêtise, pris sur le fait et que l’on veut empêcher de commettre la même erreur une seconde fois, je me rapproche, et lui assène un ordre d’une voix plus autoritaire que je ne l’aurai souhaitée. "Je t’interdis de mourir ici ! T’as pas le droit de me faire ça !" Cette phrase là j’aurais sans doute pu la balancer à quelqu’un qui comptait énormément pour moi, comme mon frère, ma mère ou le meilleur ami qui accompagne ma route depuis des années, mais la phrase m’était venue le plus naturellement du monde, comme si cette nuit passée à lutter à deux contre la froideur et la promesse d’une mort somme toute assez probable avait fait de lui une personne cher à mon cœur. C’était étrange, à la fois je me sentais proche de lui comme je le détestais. Un sentiment plus que contradictoire qui m’encombrait l’esprit et que je voulais chasser le plus rapidement possible afin de passer à autre chose, de pouvoir enfin sortir de ce piège qui commençait sérieusement à nous rendre fous l’un comme l’autre.

Il s’adossait contre la paroi, ancrant ses jambes dans le sol du mieux qu’il pouvait, son dos ne faisant presque plus qu’un avec la roche, je suivais son regard m’indiquant son épaule intacte alors qu’il s’était positionné juste en dessous de la voie que j’envisageais de prendre. Lâchant un simple vas t’en en guide de signal de départ il joignait ses mains, m’offrant un marchepied, une première étape avant de prendre appui sur son épaule valide. Je profitais de l’instant où, ses mains indisponibles, il ne pourrait me repousser pour m’approcher, un pied posé sans poids sur ses mains, l’autre encore bien ancré dans le sol, d’un doigt je lui relevais le menton, le forçant à me regarder un sourire aux lèvres. "Ne pense pas te débarrasser de moi aussi facilement, Crotale !" Sans plus attendre, je prenais appuis sur ses mains, me hissant rapidement sur son épaule, y restant le moins de temps possible afin de m’élancer à l’assaut de la voie qui s’ouvrait sous mes yeux, mes doigts, mes pieds cherchaient çà et là les prises le plus accessibles afin d’arriver à la corniche sur laquelle je pu prendre quelques secondes de repos. Sans un regard en contrebas, je m’efforçais de reprendre ma route, me hissant, centimètres après centimètres jusqu’à ce que mes mains retrouve la surface, encore quelques efforts et je serais dehors, enfin. Au prix d’une dernière poussée, je sentais la roche plate sous mon genoux, me hissant d’un dernier mouvement je m’affalais, le dos contre la roche horizontale, le regard vers le ciel  et l’horizon alentours. J’avais réussi …

Après quelques secondes de répit, reprenant mon souffle et massant les paumes de mes mains endolories, je ne perdis pas un instant de plus, inspectant les lieux du regard, je distinguais à quelques dizaine de mètres de là l’emplacement où j’avais laissé mon bivouaque de fortune avant cette rencontre au sommet entre amateurs de joubarbes. D’un pas pressé, je retrouvais sous une fine poudre immaculée, mon sac, avec tout son contenu, heureusement épargné par la neige et les potentiels autres êtres vivants peuplant nos montagnes. Plongeant mes main dans le dit sac, j’inspectais rapidement les vivres qu’il me restait, faisant l’inventaire, d’une pomme, quelques noix et la gourde attachée à la besace par une lanière de cuir. Prenant le tout, je me dirigeais à nouveau avec précaution vers le haut de la crevasse, allongée sur le ventre, j’observais la silhouette immobile de mon compagnon d’infortune. Je le retrouvais dans la position totalement inverse qu’il m’avait conseillé de prendre la nuit dernière, allons donc, voilà qu’il était tellement défaitiste qu’il n’écoutait pas ses propres conseils ? Était-il tant prêt à mourir ? Ou peut-être avais-je réellement sous-estimé l’ampleur de ses blessures ? Je n’avais qu’une crainte, qu’il se soit endormi et qu’il me fasse mentir, je n’étais pas prête à le laisser crever seule au fond de ce gouffre, aussi certain qu’il ne m’avait pas tuée alors qu’il en avait l’occasion, j’étais plus que déterminée à le garder en vie.

Malgré avoir crié son nom à deux reprises, il ne réagissait pas … ma crainte n’en était que plus grande. Attrapant mon sac, j’en sortis la corde et les crampons de métal forgés par mon frère, la gourde et y laissais les fruits à l’intérieur. La main au-dessus du vide, je visais suffisamment proche de lui pour le faire réagir et lâchais mon sac. "CASSIAN … Ne m’oblige pas à descendre te chercher !! Tant pis pour toi, je vais continuer à brailler … jamais je te laisserai crever en toute tranquillité tu m’entends … JAMAS !"

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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Ven 16 Juin - 20:19

Il n'y a pas un seul moment où elle ne cesse de caqueter. Plus vertement qu'un perroquet, elle lui assure qu'ils ne s'en sortiront pas l'un sans l'autre, qu'elle ne le laissera pas au fond de cette crevasse. Elle le répète encore et encore, avec la vigueur d'un tocsin de guerre. Elle martèle l'air de ses intonations optimistes. A un tel point que l'empoisonneur sent un doute s'ébrouer en lui. Il ignore s'il s'agit là d'une grotesque comédie qu'elle exagérerait, qu'elle surjouerait de manière maladroite, dans l'optique de le duper. Ou alors s'il s'agit là de l'expression de son agacement, de sa patience bien mise à mal alors qu'elle s'évertue à lui faire entendre raison, et qu'il remet systématiquement en doute la moindre de ses paroles. Cassian ne sait où donner de la tête. Épuisement et blessures jettent le flou sur sa capacité de jugement. Mais l'idée qu'on le floue lui est tellement insupportable qu'il a toujours su ne voir qu'elle. De manière irraisonnée, de manière folle, comme si la trahison était une femme hantant ses moindres pensées. Les exhortations de Nessa glissent sur le visage hostile du Rahjak, accrochant parfois une lueur incrédule. Ses semblables l'ont tant déçu que ce serait là une faiblesse impardonnable que de se laisser convaincre par quelques belles paroles. Certes, Nessa lui est une véritable énigme. En dépit de tout ce qu'il s'est produit jusqu'alors, elle ne s'est jamais abaissé à proférer la moindre menace. On dirait qu'en elle vit un esprit clairvoyant et paisible. comme si elle connaissait certains dénouements avant qu'ils soient joués. Mais ça aussi, c'est peut-être un rôle qu'elle se donne. Lorsque, du bout de l'index, elle redresse son menton, leurs regards se croisent. Peut-être une dernière fois. Cassian ignore s'il doit lui sourire ou retrousser les babines. Il ignore s'il croit en elle ou pas. Ses pensées grouillantes forment un véritable brouillard. Alors, c'est comme si elle avait parlé à un vulgaire portrait, peint par un artiste sans talent.

Et puis elle disparaît. Au fond du précipice, le vent des sommets vient miauler âprement contre les arêtes de granit. La lumière du petit jour, qui se déverse dans la cavité, ne parvient même pas à en atteindre les profondeurs, le plongeant dans une pénombre aux nuances anthracites. De tout temps, son esprit vif a toujours su le tirer de bien des mauvais pas. Mais au creux de cet enfer minéral, dépossédé de ses affaires et de ses provisions, avec des blessures pour entraver ses moindres faits et gestes, Cassian sent enfler l'angoisse au fond de son ventre. Autour de lui, la pénombre joue avec les aspérités de la roche. Il a l'impression de voir des formes arachnéennes se mouvoir contre la pierre, à peine discernable dans le clair obscur. Elles ondulent et se déforment, comme les motifs d'un kaléidoscope. Il a l'impression qu'elles fuient son regard, qu'elles se réfugient dans de minuscules cavités, qu'elles conspirent contre lui. Car il les entend, aussi. Le vent ne parvient pas tout à fait à couvrir les trilles de leurs rires haut perchés. Il lui suffit de fermer les yeux pour les entendre, oui, aussi nettement que si elles s'esclaffaient dans une cathédrale, ces ombres. Vous avez déjà entendu une ombre rire ? Paradoxalement, c'est strident. C'est tellement strident que cela flirte avec le silence, avec le seuil de perception de votre ouïe. Ce sont des notes qui vrillent à la limite des ultra sons. C'est confus, aussi. Quand le rire des hommes jaillit de leurs gorges, le rire des ombres jaillit de chaque molécule d'air. Vous pourriez gesticuler dans tous les sens que vous n'en trouveriez jamais l'origine. Que toujours, elles sembleraient se tenir juste derrière vous, contre votre nuque. C'est aqueux, aussi, le rire d'une ombre. Ca suinte. Ca s'écoule. Ca gorge votre peau, ça progresse lentement jusqu'à vos os. Les mains sur les oreilles, Cassian tâche de plonger dans les abîmes de son esprit pour échapper au cauchemar qui prend vie autour de lui. Au point qu'il n'entend pas, loin au-dessus de sa tête, la guerrière qui s'époumone, qui scande son prénom.

Quelque chose heurte son échine recourbée. Il sursaute, s'apprête à la démanteler, à la râper cruellement contre les parois avant de réaliser que cette chose n'a rien de vivant. N'a rien d'une tentacule d'ombre, n'a rien de menaçant. Ce n'est qu'un piètre sac, accroché à une épaisse corde dont les filins entortillés s'envolent vers la surface. Et c'est alors qu'il distingue, se détachant sur un ciel plombé, une silhouette humaine penchée vers lui, vers le gouffre. C'est uniquement après l'avoir repéré, que les éclats de sa voix cessent d'être des complaintes fantômes, qu'ils redeviennent des mots intelligibles. Un instant, il la dévisage avec la plus grande perplexité. Comme s'il doutait de ses propres yeux, comme si la présence de Nessa lui était absurde, incompréhensible. Les ombres vivantes qui s'amassent autour de lui pour le dévorer lui semblent infiniment plus réelles que la guerrière venue à son secours. Alors, il paraît saisi d'une terrible hésitation. La corde demeure un long instant inanimé sur ses paumes immobiles. Elle continue de jacasser, lancinante comme un taon sur la croupe d'un cheval. C'est comme si elle donnait des petits coups de surin au silence mystique des montagnes, et même la pénombre aux nuances anthracites semble reculer devant un tel tapage.

"Mais tu peux pas te TAIRE ! Non mais vraiment ! C'est INSUPPORTABLE ! Je ne suis pas un GAMIN !" S'exclame brusquement le Rahjak, sortant brutalement de sa stupeur. Un cri qui sort de ses poumons, qui le foudroie, qui l'arrache à ses divagations hallucinées. Sur son visage suinte désormais une exaspération terriblement humaine. Depuis la veille, elle n'a jamais cessé de lui rabâcher qu'elle le sortirait de là, sur le ton d'une mère, d'une sœur, d'une impératrice, d'une amie, en somme sur tous les tons possibles, dans toutes les langues possibles, usant de cent mélodies différentes. Insupportable, oui. Devant une telle insistance, on ne peut se sentir que comme un poids, comme un enfant gourmandé. Non sans soupirer nerveusement, Cassian resserre les doigts sur le chanvre tressé. Un oeil pour la paroi vertigineuse. Si quelques minutes auparavant, de funestes augures le privaient du peu d'énergie qui subsiste en lui, considérer ce salut à portée de mains tisonne un feu médiocre au fond de lui.

Elle est revenue. Et si cela le sidère, car lui aurait certainement pris la poudre d'escampette, Cassian ne s'attarde pas sur ce miracle, mais sur l'effort qu'il lui reste à fournir. Sa respiration recouvre un rythme plus soutenu, bien que fébrile. Le corps perclus, l'esprit ébouillanté, l'épaule à vif, les côtes cassées, l'empoisonneur se répète que cet effort sera le dernier. Qu'il pourra ensuite s'étendre tout son saoul et panser ses blessures, au moyen des onguents qu'il a emporté dans son viatique. Il s'attache de toutes ses forces à cette pensée qui bat plus vigoureusement que son cœur. Puis arrachant sans difficulté quelques lanières de tissu à sa cape déchiquetée, dont il se bande les mains à la manière d'un pugiliste, Cassian affermit sa prise sur la corde. Péniblement, il ceint sa taille d'un nœud d'encordement, devant s'y reprendre à plusieurs reprises pour parvenir à un résultat tout juste satisfaisant. A vrai dire, ce genre de casse-tête lui a toujours permis de tenir en respect ses angoisses de mort, ses fantômes cannibales, ses monstres dans les ombres. Mais guère habitué à un tel exercice, ce harnais improvisé manque de fluidité, ne le retiendra sans doute pas s'il devait chuter de tout son poids. Et il a l'impression d'être particulièrement lourd, à ce moment précis.

Avant d'entamer l'ascension, il laisse courir un dernier regard autour de lui, sur cette crevasse qui semble la mâchoire d'un monstre pétrifié, entrouverte, et repère l'étole de Nessa dont il s'harnache la poitrine. Et c'est lorsqu'il pose pied contre la pente abrupte, tandis que les muscles de ses bras entreprennent de le hisser, que la douleur de ses côtes se réveille en hurlant, manquant de l'étourdir. L'impression d'un javelot planté dans les côtes, qu'on essaierait d'ôter trop lentement. Le Rahjak serre les dents. Serre les phalanges. Ravale un gémissement de douleur comme on le fait d'une gorgée de vinaigre. Les pieds en appui, tout repose sur la force de ses bras qui le tirent. Cassian renâcle à s'aider de la paroi, à mouvoir son thorax, son corps formant un angle raide. A jouer les escaladeurs, à s'aider des prises naturelles, il pourrait se perforer un poumon. Alors il monte lentement, à sa façon, mobilisant toutes ses connaissances de l'anatomie humaine pour économiser ses mouvements, pour amoindrir les risques encourus. Il marque des pauses, nombreuses, assez brèves, repose ses bras lorsque les muscles tétanisent. D'autant que l'une de ses épaules semble la couronne de suif d'un brandon, tant elle lui brûle. Il n'a pas pris le temps d'inspecter cette blessure là, mais il devine que faute de soins, elle paraît tout prédisposée à s'infecter, car son vêtement semble riper sur une surface suintante à chaque fois qu'il esquisse un mouvement. L'ascension lui semble interminable. Mais le stress animal qui s'est saisi de ses tripes lui offre une énergie qu'il ignorait posséder. Non pas une énergie qu'il pourrait mesurer ou économiser, mais une énergie aveugle, rageuse, qui déferle tel un tsunami, qui laissera le corps pantelant derrière elle. Les mètres défilent dans une lenteur laborieuse, dont chaque seconde est un feu, une débâcle d'énergie. Et puis le ciel se rapproche. Et puis, ce visage qui n'était qu'une ombre lugubre et voyeuse, rehausse les traits amènes de la guerrière Athna. Il finit par sentir ses mains graciles cramponner son bras valide pour le hisser vers elle, vers ce qui lui semble alors la surface du Monde. Tout en bas, dans la fosse aux ombres, Cassian entend quelque chose. Le claquement des mâchoires d'ombres, qui se referment sur du vide. Un morceau de son esprit tressaille.

Enfin, ses genoux mordent la poussière. Il s'était tant acclimaté à l'obscurité que la lumière du matin qui inonde la montagne agresse sa rétine. L'espace d'un instant, le monde semble plongé dans une blancheur nitide où il ne distingue que de vagues silhouettes menaçantes. L'air n'a jamais été aussi pur. L'air gorge ses poumons. Ses poumons qui rêveraient de s'emplir pleinement, si ne le retenait pas cette douleur en tout point assimilable à une flèche dans le flanc. Hors de danger, maintenant, toute énergie l'abandonne. Cette énergie de la dernière chance, cette énergie de feu, qui ne surgit qu'à l'heure des plus grands périls, semble le fuir comme l'eau ruisselle d'une carafe fêlée. Et il en a, des fêlures. Dans le corps et dans la tête. Alors elle sourd de toute part, cette énergie. Laissant sa carcasse comme celle d'un pantin désarticulé. Il n'a même pas assez d'élan pour s'étendre à plat dos, sur un lit de gravas et d'herbes arides. Il a tout juste l'énergie de soutenir quelques secondes le regard de Nessa, l'air confondu et éreinté, presque sonné. Pourquoi est-elle revenue ? Cela le dépasse. Lui serait parti sans se retourner. Sans la moindre vergogne. Une question qui résonne tristement dans sa tête, sans trouver le moindre élément de réponse. Une question qui ne franchit pas ses lèvres gercées. Une question qui ne transparaît même pas de son regard absent, dépouillé, noir comme le fond d'une crevasse dans les montagnes. Lui parlerait-elle pour s'enquérir de son état lamentable qu'elle n'obtiendra pas l'ombre d'une répartie, quand bien même observerait-il attentivement la courbe de ses lèvres se mouvoir. Doucement, alors, comme une plante se fane en accéléré, Cassian se voûte, se tord, se pâme sous l'emprise de la douleur comme de l'épuisement, et ses paumes dont les bandages semblent brûlés par l'abrasion de la corde, se criblent des graviers qui jonchent le sol. Lentement, sa tempe pâle vient s'échouer dans le creux de l'épaule de bronze. Et son souffle, un peu lent, vient rouler dans le cou de la guerrière sous la forme d'un ressac brûlant. On dirait qu'il est vivant. On dirait qu'ils ont vaincu l'hiver, et l'obscurité, et la montagne.

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29/05/2016 Pivette 1864 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Lun 19 Juin - 2:23

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Sous les yeux de Jupiter
Feat. Cassian Saada & Nessa Cermath

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Du haut de mon perchoir je sens l’inquiétude prendre ses aises au creux de mon crâne. Et s’il ne réagissait pas ? S’il n’avait pas la force de remonter ? Je n’avais pas eu le loisir d’inspecter dans le détail les blessures que la chute lui avait infligé, en tant que guérisseuse cela me frustrait au plus haut point, j’avais eu envie de pouvoir prendre la mesure de l’abrasion qu’avait subi son épaule par exemple. L’animal était farouche et après l’épisode qui m’avait laissé à quelques secondes de l’asphyxie, j’avais renoncé, espérant toutefois avoir le loisir de le faire plus tard. Il avait bien fallu que l’un de nous sorte pour qu’il puisse aider l’autre à remonter hors de cette maudite crevasse. De nous deux, il n’y avait pas fait l’ombre d’un doute, la plus apte à sortir d’ici c’était moi. Ce n’est qu’une fois arrivée à la surface qu’une pensée m’avait traversé l’esprit. Si c’était moi qui avait été la plus mal en point, qu’aurait-il fait ? Serait-il resté ? M’aurait-il apporté son aide ? Jamais je n’aurai la réponse à cette interrogation et peut-être en était-il mieux ainsi. Ce qui était fait, était fait, à quoi bon perdre son temps à vouloir se torturer l’esprit pour savoir quel réalité parallèle aurait pu s’offrir à nous si tel acte avait été remplacé par un autre, si une décision avait été prise par une autre personne, si …

La voix qui me parvenait des profondeurs de la faille me fit l’effet d’une bouffée d’air qui emplissait mes poumons. Il était bien en vie et à sa manière de parler et de verbaliser son mécontentement sur ma propension à parler encore et encore, j’en eu le sourire aux lèvres. J’étais ravie qu’il ne puisse cependant pas le voir de là où il se trouvait, il aurait peut-être été capable de refuser de grimper. C’est que c’est susceptible comme bestiole des renards des sables, et bien que je ne connaisse que peu de ses congénères, il semblait être roi en matière de remontrances et autres distribution de leçons de morale. Je ne savais rien de lui ou presque et j’avais des questions plein la tête. Qui était-il vraiment ? Cette âme tourmentée que j’avais pu rencontrer dans son accès de rage et de folie, mêler à ses airs quelques peu hautains et cyniques, le tout surmonté d’un défaitisme crasse qui me donnait la rageuse envie de lui prouver qu’il se trompait. Un être bien complexe que ce Rahjak. Un être que j’avais envie de connaitre, d’apprendre à le déchiffrer, quand bien même cela me prendrait des mois, des années. Il n’avait pas de chance le pauvre, tomber sur une personne aussi bornée et tenace que moi n’allait pas être une mince affaire.

Avant de jeter mon sac, j’avais pris soin d’arrimer la corde qui s’y trouvait autour d’un rocher de bonne taille qui me servirait de point d’appui, j’aurais besoin de toutes mes forces pour l’aider à remonter, et l’idée que son poids puisse me déséquilibrer et nous entrainer tous les deux par le fond une nouvelle fois n’était absolument pas à l’ordre du jour. Je lui avais donné ma parole que je nous sortirais de cet enfer de glace, j’étais on ne peut plus décidée à le faire. S’il doutait, grand bien lui fasse, mais je ne voulais pas lui faire le plaisir de lui donner raison en échouant. Pour une Athna, la parole est sacrée, peut-être est-ce différent chez les gens de la cité de feu … mais lorsque l’on scelle un accord d’une parole, celui-ci vaut aussi cher que la signature apposée au bas d’un parchemin scellant toute sorte d’accord important. La fière Athna que je suis, ne pourrais jamais se respecter si je n’honorais pas ma promesse.

Inspectant mes mains quelques peu agressées par l’escalade que j’avais entrepris un peu plus tôt, j’ôtais mon manteau, décidée à m’en servir pour ne pas me bruler les chairs lorsque le cordage serait tendu. Me penchant au-dessus du vide, j’observais mon compagnon de galère se saisir du sac et inspecter la corde. J’avais envie de lui hurler de se dépêcher qu’il n’avait déjà plus beaucoup de force alors autant ne pas perdre la moindre petite seconde. Mais je n’en fis rien, après tous, mes jacassement semblait être plus perturbateur que ses blessures, je me contentais de murmurer quelques phrases inaudibles, emportées par le vent, bien avant qu’elles ne puissent parvenir aux oreilles du crotale.

L’observation silencieuse était un réel supplice. Une seule envie m’habitait : l’aider. Lui porter assistance d’une manière ou d’une autre, mais j’avais cru comprendre que lui parler serait vain dans cette situation. Je me contentais de l’observer, avec la plus grande attention. Du moment où il avait déchiré des morceaux d’étoffe pour ne pas trop abîmer ses mains, à l’instant où il avait posé ses mains et pieds sur les premières prises rocheuses et commencé son ascension. "Par pitié… ne retombe pas, ne te blesse pas d’avantage… si tu me fais manquer à ma parole je te jure que je te le ferai regretter … même si je dois te poursuivre dans un autre monde !" Les mots, soufflés comme une promesse que je me faisais à moi-même ne pouvaient lui parvenir, et pourtant j’espérais secrètement qu’il les entende et qu’il s’y tienne. Je n’avais absolument aucune idée de la réaction que je pourrais avoir s’il venait à chuter, le simple fait de le voir manquer une prise faisait sauter un battement à mon palpitant et me coupait le souffle. Pour un peu j’en aurais fermé les yeux pour ne pas devoir assister à un tel spectacle. Mais j’étais de nature optimiste, on me le faisait suffisamment remarquer pour que certains me le balance au visage comme une tare. Pourtant jamais je ne voudrais abandonner cette vertu, elle me venait de mon père et il ne me restait que si peu de choses de lui, si certaines de ses valeurs pouvaient perdurer grâce à moi, je ne m’en priverais pas. Jamais.

Sa silhouette grandissait, devenant de plus en plus distincte, rien à voir avec l’ombre que j’avais essayé de deviner plus que je ne l’avais vu au fond du ravin durant cette nuit glaciale. Je me concentrais sur le détail de ses traits, imprimant son visage au fond de mon crâne. Il avait désormais un faciès bien ancré dans ma mémoire, ce n’était plus cette sorte d’ombre que j’avais tenté de discernée dans la noirceur de la nuit. Ses yeux m’avaient captée pour la simple et bonne raison que lorsqu’il avait été à deux doigts de m’étrangler, c’était à ce détail là que je m’étais accrochée, que j’avais avec tout l’aplomb que je possédais, plongée sans prendre ma respiration dans ses orbites alors inhabitées. Un plongeon abyssal qui m’avait fascinée et qui, je le savais, avait attisé ma curiosité à son égard. Il y avait des tourments insondables au cœur de cet être qui me donnait la furieuse envie de les décrypter. Je ne tiens plus, je me rapproche dangereusement du bord du précipice et, une main bien arrimée à la corde je saisi son bras, l’aidant à faire le dernier effort qui le met désormais en sécurité.

"N’inspire pas trop violemment tu vas te faire mal à cause de tes côtes …" Je réalise qu’il vient de faire un effort quasi surhumain vu son état et je ne finis pas ma phrase, voyant pertinemment qu’il ne semble pas m’entendre. Son regard se plante dans le miens quelques secondes comme intrigué. Il n’y croyait pas. Il ne me croyait pas. Et pourtant j’avais tenu parole, nous nous en étions sortis de cette crevasse, tous les deux !  M’approchant encore un peu plus, je suis surprise lorsque son font vient buter contre mon épaule, j’ai presque eu un moment de doute et ai failli me reculer mais je n’en ai rien fait. Son souffle contre mon cou est aussi brulant que doit l’être le soleil de son désert. Avec précaution, pour ne pas toucher son épaule meurtris, je passe mon bras autours de lui un instant pour m’aider à le soutenir. Il est à bout de force je ne peux que le constater, et malgré moi, j’ai peur pour lui. Peur que l’effort l’ai trop sollicité, peur qu’il ne reprenne pas son souffle, peur que son cœur s’emballe, peur qu’il n’aggrave ses blessure en voulant respirer trop profondément. Ma main bien ancrée dans son dos, je laisse la seconde venir poser doucement deux doigts sur sa jugulaire, prenant la mesure de son pouls qui hurle au supplice.

Je reste là durant quelques secondes qui me semblent durer une éternité, avec la hantise que si je le lâche il ne s’effondre. Je sais qu’il est robuste, dans le cas contraire, il n’aurait jamais pu réaliser pareil effort. Avec le plus de douceur possible, je lui imprime le mouvement et l’aide à s’allonger sur le dos, ma main passant de son dos à sa nuque que je supporte avec précaution. Je dois faire quelque chose, et vite. Une fois le dos contre le sol, je me relève, fais quelques pas et attrape la gourde que je lui cale dans une main. Inspectant du regard la blessure qui peut s’offrir à ma vue sans y toucher. Posant ma paume contre son front, je ne peux dire si c’est la fièvre ou l’effort qui font bouillir son sang, je n’ai pas le choix, passant une main contre son visage, je m’en approche, afin de capter son regard si tant est qu’il soit lucide après une telle concentration tant physique que mentale. "Cassian … Cassian regarde-moi … Il faut que tu retrouves ton calme, je sais que c’est facile à dire, mais il faut que l’on s’occupe de ton épaule au plus vite et que l’on stabilise ta cage thoracique. Fais le moins de mouvement possible. Je vais aller chercher ce qu’il faut, je ne suis pas si loin de mon village … mais pour le moment tu n’es pas transportable, il faut que tu me fasses confiance à nouveau, je vais revenir, le plus vite possible. Je te laisse de l’eau et il y a de quoi manger dans le sac." Ramenant la besace au plus près de lui, je laissais glisser ma main jusqu’à la sienne, la serrant, peut-être un peu plus fort que je ne l’aurai voulu avant de lui sourire. "Je vais revenir, je t’en prie ne bouge pas … et au moins pendant mon absence dis-toi que tu n’auras pas à m’entendre cancaner…"

Je n’attendais pas qu’il réponde quoi que ce soit, je ne voulais pas qu’il parle, qu’il se fatigue ou qu’il me retient et que nous perdions du temps précieux. Me relevant, j’attrapais uniquement les crampons de métal qui m’avaient servis à traverser le nevé, sur le chemin que j’avais emprunté à l’aller. Je savais qu’il me fallait près d’une heure pour le traverser, mais de l’autre côté, à quelques dizaines de minutes de la coulée de glace, je savais que je retrouverai ma monture, je pourrais gagner de précieuses minutes pour mettre toutes les chances du côté de la guérison de Cassian.


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13/09/2016 Anticarde 2089 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Sam 1 Juil - 20:28

Tout est blanc, aveuglant, crachant. Le soleil lui-même semble un infâme néon criard. Après cette nuit dans les ténèbres, après ce voyage au Centre de la Terre, jamais la lumière ne lui a paru aussi crue. Elle joue dans les prismes des cristaux de glace, qui étoilent les roches et la croûte des glaciers. Glissant entre les couloirs de poudreuse, se lèvent comme des ailerons de requins titanesques, des arêtes de granit si noires qu'elles semblent une fracture dans l'espace, dans la réalité des hommes. Ce sont là les premiers reliefs qu'il distingue. Lentement, ses prunelles s'étrécissent, se gorgent du petit matin. Cassian entend la complainte macabre du vent, qui lui semble un sortilège murmuré en boucle, depuis la nuit des temps, un sortilège qui retient ces géants de pierre dont il foule l'échine dans un profond sommeil. Les mots qu'articulent Nessa sont à peine identifiables, alors que les sens de Cassian baignent en plein mysticisme. Ce ne sont que d'infimes variations acoustiques qui piquent son oreille. L'étreinte de ses bras se veut un bien maigre rempart, alors que les environne une étendue de glaces, d'éboulis chaotiques et de pentes meurtrières. Mais ils sont tièdes, ses bras. Comme les deux doigts qui effleurent sa jugulaire fiévreuse. Lentement, toute la tension qui l'a habité retombe en flèches. Toute cette adrénaline qui a injecté ses cellules, s'étiole. Toute cette effervescence qui a irrigué ses muscles, ses veines, ses bronches, s'effondre. Il ne va pas mourir, non. Quand bien même une douce stupeur emmitoufle ses sens, quand bien l'idée de s'endormir a quelque chose de terriblement séduisant. Non. Il est juste terriblement affaibli.

Le bras de l'Athna lui imprime un mouvement qu'il n'est pas en mesure de contrer. Cassian se laisse manipuler comme une poupée de chiffon, serrant les paupières pour échapper à la barbarie de la lumière. Quelques éléments de la réalité se mettent à filtrer, à travers les draps de sa torpeur. A vrai dire, le long effort qu'il vient de fournir, cumulé à la douleur de son cortège de blessures, l'a laissé pantelant dans ce pays à l'oxygène raréfié, les lèvres cyanosées. Désormais, le corps au repos, ses poumons ont tout loisir de se réapprovisionner lentement, happant et économisant cet air qui lui faisait défaut. Le royaume de sa conscience se réveille. Lorsque Nessa cale une gourde entre ses mains, ses phalanges se resserrent sur la sangle. Elle a posé sa main sur son front. Il ne le réalise encore qu'à peine. Elle l'appelle, lui demande d'ouvrir les yeux, et cette fois, ses mots résonnent distinctement, et cette fois ci, il semble la voir, discerner sa figure de bronze occulter les nuées blanches. Il l'écoute, se concentre sur le flux de ses paroles qui vont encore trop vite à son goût, qui trébuchent dans son crâne en échos caverneux. Sur son visage, la candeur de la psychose recule, la sidération psychique s'évanouit. Une expression humaine s'invite à ses traits, une expression quelque peu crispée, dure, hostile, quand bien-même son regard sur la Guerrière a changé. Définitivement. Il n'y a plus trace du dédain empesé qu'il lui destinait aux prémices de leur rencontre. Même plus une goutte de mépris, alors qu'elle lui dispense de ces conseils qui coulent de source et qu'il ne serait pas gêné de moquer. Lentement, il hoche la tête.

Et puis la voilà qui disparaît à nouveau. Elle ne semble faire que ça. Apparaître, disparaître, savant manège d'allées et venues, inlassable carrousel. Cassian demeure un instant allongé, paupières closes. Il se concentre sur l'afflux d'oxygène qui irrigue ses poumons, qui sème une vie nouvelle dans tout son corps. Le brouillard dense qui enveloppait ses sens s'effiloche. L'acuité lui revient avec paresse. A nouveau, il peut toiser le ciel sans être accablé d'un monstrueux vertige. A nouveau, il peut tendre l'oreille dans le vent sans avoir l'impression d'un blizzard prompt à l'engloutir. Alors, au bout d'un quart d'heure, l'enfant du désert se redresse, au milieu des neiges éternelles. Il s’assoit en tailleur, laisse courir un œil sur les reliefs déchiquetés, sur les versants encroûtés de neige, sur les lames de roche qui affleurent telles de vastes rappes cruelles. Une telle inertie le rappelle irrémédiablement à ses blessures, mais pour avoir composé avec la douleur depuis la veille, c'est plus la curiosité qui le pousse à tirer le lambeau d'étoffe, qu'il avait replié sur son épaule comme l'aile d'un corbeau. Ce qu'il distingue lui arrache un grognement de mépris. De la chair à vif, sur laquelle du sang caillé fusionne avec le tissu, produisant un craquement digne de blés fauchés quand il en décolle avec soin la charpie. Il doit se soigner le plus diligemment possible. Il ne saurait dire combien de temps est partie l'Athna, ni même ce qu'elle entendait par "revenir le plus vite possible". Nul doute qu'il ne s'agit pas d'une affaire de minutes. Si hier encore, il aurait mis en doute cette parole insensée, il n'est plus question de contester la profonde bienveillance qui anime la Guerrière. Il sait qu'elle se conformera à sa parole, qu'elle reviendra. Peut-être flanquée de quelques compagnons, de bêtes de bât, peut-être seule, peut-être dans une demi-heure, peut-être dans trois heures, mais elle reviendra. Et après ? L'esprit du Rahjak s'agite doucement, comme le friselis d'une onde sous la brise. Est-ce qu'elle lui proposera de faire une relâche de quelques nuitées au village des Athnas, de le conduire parmi ces hordes revêches, parmi ces hommes des cavernes, qui l'observeront d'un oeil mauvais ? Il ne supporterait pas, d'être le point de mire des curiosités. Il ne supporterait pas, de se savoir à découvert dans un fief hostile, où toutes ses chances reposeraient sur l'altruisme d'une seule âme. Et s'il voudrait fuir, le laisserait-elle agir délibérément, compte tenu de la gravité de ses blessures qui restent à examiner ? Accepter ses soins, c'est accepter de s'en remettre totalement à elle, de s'abandonner. Et quand bien même quelque chose le porte à lui accorder un peu de sa maigre confiance... L'empoisonneur ne se sent pas prêt à un tel lâcher prise. Surtout maintenant qu'il a recouvré ses esprits.

Il se lève, aussi lentement que s'il éprouvait pour la première fois sa bipédie, comme si ses jambes lui étaient de traîtres échasses. Le vent s'époumone à ses oreilles, rendant laborieux toute tentative de verticalisation. Pendant de longues minutes, Cassian se prend à errer comme un ectoplasme sur le versant accidenté, tombant plus par hasard que guidé par sa mémoire sur une timbale de fer ouvragé qui figurait dans ses affaires. Il n'a alors plus qu'à remonter la piste de ses effets, disséminées tout azimut, pour retrouver le ballot de ses vivres éventré. Durant la nuit, un animal a du venir fourrager ses affaires, en quête de subsistance. Après avoir frôlé la mort, le Rahjak fait l'inventaire de son viatique avec une froideur méthodique, dénichant un sachet d'arachides et de dattes sèches qu'il se met à grignoter. Il tombe également sur une quantité de gruau, qu'il avait méticuleusement emballée, et qui ne semble pas avoir suscité l'intérêt des rôdeurs. S'il parvient à remettre la main sur la majorité de ses outils, une partie de ses simples s'est volatilisée. Il trouve néanmoins de quoi subvenir aux premiers soins que nécessite son épaule, et parvient à s'appliquer un cataplasme à base d'argile, sans pouvoir y adjoindre ses huiles portées disparues, devant se contenter de soins rudimentaires. Le minimum vital. Sans doute conservera t-il une féroce cicatrice. Une fois ces modiques gestes effectués, vaguement ragaillardi, le Sorcier se remet à scruter les alentours, guettant après l'arrivée de Nessa.

Quelque chose de primitif le pousse à fuir, à prendre ses jambes à son cou. Il brûle de retrouver le niveau zéro, de se rapprocher du désert, ne serait-ce que de quelques pauvres lieues. Son cœur balance, entre l'hospitalité de Nessa et son instinct de bête sauvage, qui lui glisse des fourmis dans les jambes, des ailes dans le dos. Sur un parfait coup de tête, alors qu'il scrutait le chemin depuis un long instant, dans l'expectative, le Rahjak se redresse aussi subitement que s'il venait de s'asseoir sur un nid de ronces. Il faut qu'il parte. Maintenant. Pourquoi ? Il l'ignore. Ses forces un tantinet reconstituées, c'est comme s'il n'était plus capable d'assumer la faiblesse qui a été sienne, sa vulnérabilité, comme si tout cela l'urtiquait follement, au point qu'il s'arracherait la peau pour se soustraire à cette sensation horripilante. C'est comme si le visage de l'Athna allait le renvoyer inexorablement à cet instant où ses démons ont pris le pas, à cette défaillance indigne de lui, comme si dans ses grands yeux café allaient se rejouer à l'infini des instants qu'il aimerait rayer de sa mémoire. Comme si Nessa était réduite à l'état de témoin encombrant, gênant, propre à raviver ce qui doit être enfoui. Aussi, lorsque les pierriers retentissent derechef du pas de la Guerrière, il n'y a plus âme qui vive auprès de l'abîme. Il demeure peut-être, dispersé aux quatre vents, quelques éléments de ses affaires qui auraient échappé à sa vigilance, mais du Rahjak, nulle trace, pas la moindre empreinte. Il a tout bonnement disparu, sans laisser derrière lui le moindre mot, le plus médiocre indice. On pourrait croire qu'il est mort. Qu'il n'a jamais existé. Qu'il était exactement ce que les apparences prêtaient à croire : un Fantôme. Une âme tourmentée. Un spectre en visite chez les mortels. Que pourrait-elle bien trouver, si elle embrassait la ferme résolution de le chercher, dans les parages ? Peut-être quelques étoffes emportées par le vent, dont les cotonnades soyeuses trahiraient les mains de meilleurs tisserands Rahjaks, les merceries les plus cossues de la Cité dans le Désert. Peut-être quelques ustensiles éparpillés par les prédateurs qui ont fait un sort à son sac de voyage, dont un nécessaire à coudre, dont quelques pages de vélin, arrachés à ses carnets de naturalistes. Mais pas une goutte de sang, ni même l'écho lointain d'une lamentation. Jamais la montagne n'a paru si sereine. A la surface des roches érodées, aucun drame semble n'avoir jamais été joué.

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29/05/2016 Pivette 1864 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Lun 3 Juil - 0:31

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Sous les yeux de Jupiter
Feat. Cassian Saada & Nessa Cermath

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La progression sur la glace n'avait pas été une mince affaire, j'avais envie de hâter le pas, presque de courir mais j'avais du me résoudre à avancer à allure réduite, ce n'était pas le moment de disparaitre dans une nouvelle crevasse ou de faire un faux pas qui pourrait me coûter du temps si je venais à me blesser. Lorsque mon pied atteignit le sol de terre je laissais échapper un soupire de soulagement. Je ne m'arrêtais que quelques secondes, le temps de retirer les crampons de fer que j'avais attaché à mes chaussures. La fatigue, je la laissais au bord du névé, puissant dans mes forces pour rejoindre à la course l'endroit où j'allais retrouver mon cheval. Une fois arrivée près de l'animal, je fus accueilli par quelques hennissements joyeux, posant mon front contre la tête de l'animal, je repris mon souffle lui flattant l'encolure. "Il va falloir que tu te surpasses aujourd'hui, tu t'es bien reposé … on n'a pas une minute à perdre !"

Talonnant le flanc de mon cheval pour lui presser l'allure, filant à travers les bois, grimpant en direction du village, il me fallu une bonne dizaine de minutes pour y arriver. Arrivée à l'entrée du souterrain creuser dans la montagne, je ralentis, tirant sur les rênes afin de m'identifier au gardes avant de lancer mon cheval au trot dans le tunnel jusqu'à déboucher à l'air libre, une fois dans le village, je tirais sur la bride et mis pied à terre devant ma maison, attachant sommairement mon cheval et entrant telle une furie dans mon domicile. Attrapant un sac, j'y fourrais à la hâte des bandes de tissus, quelques pots d'onguents que j'emballais soigneusement dans d'autres bandes de tissus, des herbes et ma précieuse trousse de cuire renfermant mes scalpels et autres brucelles. "Nessa ... Où est-ce que tu étais ? On t'a cherché avec Seren ! Tout vas bien ?" "Tu m'as fait peur, je ne t'ai pas entendu entrer… Je n'ai pas le temps de t'expliquer … il faut que je reparte, mais je ne serais pas contre un peu d'aide si tu veux prendre un cheval et me suivre, je repars dès que possible !" La proposition était sortie tout naturellement, je ne savais plus exactement où j'en étais et je savais que pour soigner Cassian je devais avoir toute ma concentration. Isdès était l'une des personnes sur qui je pouvais m'appuyer en toute situation, je savais qu'il m'aiderait et si l'état du renard des sables le nécessitait, avoir un homme de la carrure de mon meilleur ami ne serait pas du luxe.

Ajoutant deux gourdes pleine d'eau dans le large sac, je ressortis rapidement et alors que j'attachais mon paquetage à la selle de mon cheval, j'entendis le bruit caractéristique de sabot, me retournant j'offrais un grand sourire de soulagement en direction d'Isdès. "Je savais que je pouvais compter sur toi ! On a déjà trop tardé …" Joignant le geste à la parole, je grimpais sur ma monture avant de prendre les rênes bien en mains et donnant quelques coups dans son flanc pour le faire partir, et rejoindre le souterrain. Il nous fallu moins de dix minutes pour retrouver le bord du glacier. Cette fois, à cheval, il faudrait faire le tour du petit lac glaciaire, mais je ne voulais pas refaire une nouvelle traversée du névé. De temps à autres je jetais quelques regards à mon compagnon de balade, j'avais envie de lui expliquer la situation mais pour le moment je n'avais qu'une chose en tête : arriver au plus vite auprès de Cassian et évaluer ses blessures, savoir dans quel état il était et le soigner rapidement, pour pouvoir le ramener au pied des montagnes, ou au village, bien qu'une petite voix au fond de mon crâne me disait qu'il ne serait pas du genre à accepter aussi facilement l'hospitalité.

Les chevaux lancés au galop, il nous fallu moins d'une demi-heure pour atteindre le bas des falaises où nous laissions les chevaux. Isdès proposa de porter le sac et les gourdes et je l'en remerciais, commençant à grimper sur le chemin à flanc de falaise pour arriver jusqu'au replat, là où j'avais laissé celui avec qui j'avais passé cette nuit glaciale qui resterait gravé jusqu'au fond de mes os pour longtemps. La fatigue devait prendre de plus en plus de place car mes yeux me jouaient des tours, je ne voyais la silouhette de Cassian nulle part. Je ne comprenais pas, je me trouvais au bord de la crevasse, la corde était toujours attachée autours du rocher, il n'y avait plus rien qui pouvait attester de sa présence. Machinalement je me penchais au dessus de la brèche et je regardais le fond comme étêtée avant de sentir la poigne d'Isdès sur mon bras, m'éloignant de là. "Tu veux bien m'expliquer maintenant … Nessa qu'est-ce que tu cherches ?" Sa voix était à la fois rassurante et inquiète, je fis quelques pas tournant sur moi-même, scrutant toutes les directions avant de réaliser ce que je ne voulais pas comprendre. Il était parti. Il n'avait pas attendu mon retour. Il avait pris la décision de quitter les montagnes par ses propres moyens. Me laissant tomber sur le sol, je ramenais mes genoux contre ma poitrine, les entourant de mes bras. "J'étais venue pour chercher une plante particulière qui ne pousse que par ici … Une plante qui a des propriété qui peuvent aider les brulures de la main de Seren … Je suis tomber sur quelqu'un, un Rahjak, qui cherchait la même plante, on s'est battus pour y arriver chacun le premier et on a fait une chute, on a dévalé la pente et on est tombés tous les deux dans cette crevasse. Je n'ai eu que quelques échymoses, rien de grave, mais lui … il était salement amoché Isdès … on épaule a été bien entaillée et il a au moins une ou deux côtes cassées … On a du passer la nuit là dedans … au matin j'ai réussi à grimpé et à récupérer mon matériel et je l'ai aidé à remonté. Je lui ai donné ma parole … Je lui ai promis que j'allais revenir pour le soigné … il était allongé là ! Il était à bout de force … il …" Isdès s'était approché, avait passé son bras autours de mes épaules, je sentais quelques larmes tracer leurs sillons sur mes joues. Pourquoi avait-il fait ça … pourquoi n'avait-il pas attendu mon retour, je m'en voulais, je lui en voulais. La voix d'Isdès se voulait calme et il se releva, me relevant à mon tour. "C'est un Rahjak … et puis s'il est parti c'est qu'il ne devait pas être si amoché que ça …" Je me rapprochais et m'appuyais contre lui, cachant mon visage contre son torse avant de laisser échapper un cri, donnant un coup de poing qui ne fit qu'effleurer la poitrine de mon meilleur ami. "S'il crève … ce sera de ma faute … j'aurais du rester auprès de lui plus longtemps, je suis partie trop vite, pourquoi je suis partie ?… pourquoi je l'ai laissé ?"

Isdès ne répondit rien et me serra quelques minutes jusqu'à ce que je me calme, j'avais l'impression d'avoir fait un rêve étrange. Alors qu'Isdès détachait la corde et me poussait dans la direction du sentier par lequel nous étions venus, je tournais les talons et remontais de quelques dizaines de mètres, me penchant sur le sol, je ramassais quelques unes des joubarbes qui avait dévalé la pente avec nous, murmurant pour moi-même "Au moins j'aurais une preuve que je n'ai pas rêvé…" Après avoir rejoints Isdès, je lui emboitais le pas pour redescendre vers nos chevaux. Sur le chemin du retour, je restais silencieuse, la fatigue commençait à m'assaillir j'avais hâte de rentrer et de m'allonger pour essayer de dormir, de penser à autres chose.


 

Sous les yeux de Jupiter.

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