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˜˜˜˜˜˜Sous les yeux de Jupiter.
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13/09/2016 Anticarde 2089 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Sous les yeux de Jupiter.
Ven 23 Sep - 23:56

Sous les yeux de Jupiter.



Maudit pays.

Et maudits habitants des montagnes. Honnêtement, qui peut décemment vivre dans cet enfer minéral, tout hérissé de crêtes aiguisées, de cols étroits, de reliefs pelés, de versants croulant de pierriers et de sommets vertigineux, à vous coller une ivresse qui n'a rien à envier aux liqueurs de serpents Rahjaks ? Ici, le vent souffle plus fort qu'ailleurs. Il vous décape le museau de toute mue superflue. Il vous glace les chairs jusqu'aux moelles. Il vous engourdit les menottes à vous donner des allures de vieillerie sénile avant l'heure. Tout du moins, c'est comme cela que l'on vit les climats d'altitude lorsqu'on se trouve être un jeune Rahjak, qui une semaine plus tôt sirotait son orangeade au beau milieu des dunes torrides.

Ce n'est pas la première fois, que le Sorcier vient rôder dans les montagnes septentrionales. Mais à vrai dire, c'est toujours la même désillusion qui le saisit à bras le corps tandis que le dénivelé se chiffre. Une partie de lui admire la vastitude du paysage, les reliefs majestueux des cirques de granit, la verticalité abyssale des à-pics, la blancheur éblouissante des névés et glaciers qui couronnent les sommets. L'autre partie est éreintée, usée jusqu'à la corde. De mémoire d'homme, il n'est sans doute pas de voyage plus éprouvant que l'ascension des montagnes Athnas. Et quand bien même Cassian Saada compte à son palmarès de nombreuses expéditions risquées de part le continent pour, toujours, mettre la main sur le précieux végétal à la mode, aux propriétés abracadabrantesques, ce n'est jamais à la légère qu'il choisit d'aviser le grand Nord.

Son bagage est lourd, et ne comporte pourtant qu'un maigre viatique. A peine de quoi bivouaquer dans des conditions qui ne fassent pas de lui un jeune suicidaire. L'équipement prend toute la place. Harnaché de plusieurs couches de vêtements, le vent qui s'engouffre dans les gorges fait claquer sa cape comme la mèche d'un fouet. Son souffle condense sitôt ses lèvres franchies. Le glacier n'est plus loin.

Après avoir englouti cul sec un versant de trois cent mètres, Cassian s'arrête quelques instants pour reprendre son souffle. Dans sa poitrine, son coeur fait des embardées de cheval fou. Sous ses yeux, le monde semble lui tirer une révérence écrasée. D'ici, les forêts profondes ont l'air de jardinets coquets alors que la rivière ondule comme un serpent léthargique, inoffensif. Au delà, quelque part, le désert. Sa famille. Une pensée s'envole vers eux. Une fois ragaillardi par cette courte pause, réchauffé par cette pensée, le jeune sorcier avise de nouveau les neiges sempiternelles à s'en déboîter la nuque.

Ses yeux s'attardent également dans les coins, dans les recoins, dans les ombres des reliefs. Il sait qu'ici, les Athnas sont invisibles. Il sait également qu'ils ont dû le repérer dès l'instant où il entamait l'ascension des piémonts. Le Rahjak ignore délibérément où se situe leur campement, aussi se contente t-il de contourner prudemment le coeur des montagnes, accrochant seulement un sommet pour assouvir sa quête. Sa quête. Encore une fichue bouture qu'il veut épingler dans son herbier et compter dans les innombrables bocaux de ses étagères. Avant son départ, il a méticuleusement étudié cette espèce rare de Joubarbe, qui évidemment ne pousse que sur le toit suprême du monde et qui fait un excellent émollient pour les chairs indurées des blessés. Au delà de cette faculté, la Joubarbe Immaculée agirait comme un remède miracle à l'égard des terribles maux qui peuvent rafler de ces populations, condamnées à la promiscuité et aux infections que pourvoient les eaux stagnantes. En somme, un purgatif du tonnerre que tout bon guérisseur se doit d'avoir en boutique.

Ses pensées se raffermissent sur cette conviction, et le voilà reprenant son chemin de croix. L'enfant du désert enchaîne encore quelques pas sur les sentiers en lacets de la montagne, avant que n'apparaissent autour de lui quelques coulées de neige venues tout droit du glacier. Pendue à son havresac, une paire de raquettes faites de bois et de cuir attend d'être chaussée. Il a également prévu un jeu de cordes et un baudrier au cas où la rocaille lui donnerait du fil à retordre. Tout en ré-arrangeant sa capuche que le vent défait régulièrement, Cassian prend une généreuse inspiration. Le glacier se tient devant lui, dissimulant sous sa blancheur un terrain traître et escarpé.

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29/05/2016 Pivette 1868 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Sam 24 Sep - 23:39

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Sous les yeux de Jupiter
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D'un claquement sec je referme le précieux carnet que je tiens entre mes mains avant de le ranger précautionneusement dans les profondeurs d'une poche du manteau de cuir que je porte sur le dos. Le sourire aux lèvres je sais que je touche à mon but, le vent a beau me fouetter le visage je ne faiblirai pas, pas moi, on n'arrête pas une Athna qui a une idée bien ancrée dans l'esprit. Je suis là dans un but précis et il n'est pas question que je rentre avant de l'avoir atteint, je ne suis pas de celles qui abandonnent aisément, pas pour une chose aussi importante. Observant l'horizon qui s'étend à mes pieds je m'octroie quelques minutes de répits, portant ma gourde à mes lèvres. Je n'ai pas emporté de provisions pour plus de deux jours mais je sais que je serai rentrée bien avant, je sais exactement ce que je cherche.

Je ne laisse que quelques minutes à l'astre du jour pour caresser mon visage de ses rayons avant de me remettre en route. Longeant un champ de lave du temps où la montagne n'était pas encore endormie, je poursuis mon périple durant quelques heures encore avant de m'arrêter sur une crête Je sens que j'approche, l'étendue immaculée qui m'éblouit me le confirme rapidement. Si j'en crois mes souvenirs c'est ici que je suis venue avec ma grand-mère, une des premières fois que je partais avec elle à la recherche de plantes qu'elle voulait et se devait de me faire découvrir, perpétuant le secret de leur propriété et celui de savoir où les trouver. Les plus belles merveilles aiment se faire rares et ne sont pas à la portée de tout un chacun. Je ne le sais que trop bien, le souvenir de mes mains écorchées par la roche, mon corps plaqué contre les parois afin d'atteindre quelques petites mais sublimes étoiles des glaciers, leur blancheur et leur duvet les rendaient si particulières, si douce et fragile qu'elles étaient restées encore aujourd'hui parmi mes fleurs préférées.

Mes pas me conduisaient proche de l'étendue de glace et me plaçaient face à un choix. Si je contournais la langue glaciaire, je perdrais à coup sûr quelques heures et en cette fin d'année le soleil brillait tout de même quelques heures de moins. Je décidais donc de tracer ma route en coupant par le névé, même en avançant avec prudence, je serais de l'autre côté bien plus tôt. Assise sur une roche, je délogeais du fond de mon sac un morceau de tissus que je déballais laissant échapper un cliquetis métallique. Attachant les pièces de métal sous mes chausses à l'aide de lanières de cuir, je serrais afin que les crampons d'acier soit bien en place et me permettent une tenue parfaite.  

Prudente, je posais un premier pied sur l'étendue vierge de toute trace dans un crissement qui ravit mes oreilles. Avançant à une vitesse modérée, je sentais mon visage s'illuminer, j'aimais cette sensation si particulière de marcher sur cette étendue aux reflets bleutés par endroits. Silencieusement je remerciais mon jumeau pour son travail, ces espèces de semelles de fer qu'il m'avait forgées étaient tout simplement parfaites. Je n'avais pas eu besoin de le convaincre pour qu'il me les fabrique, le simple fait que cela soit un outil supplémentaire pour assurer ma sécurité lui avait suffit. C'est d'ailleurs en grande partie pour lui que j'avais décidé de partir à la recherche de ces  roses des glaciers, leurs propriétés étaient si variées que j'espérais en trouver et en ramener en nombre afin de pouvoir utiliser le plus possible de leurs facultés.

Il n'aime pas ça pourtant, que je le protège, que je le soigne lorsqu'il se blesse, qu'il se brule à la forge. C'est pourtant mon rôle. Doublement. En tant que guérisseuse bien entendu, je suis celle qui s'occupe le plus souvent de lui, mais peut-être est-ce parce que je suis sa petite sœur. Plus jeune de quelques minutes certes mais il a beau se comporter en grand frère protecteur, c'est sans doute moi qui me fais le plus de mauvais sang lorsqu'il lui arrive quelque chose. Un faux pas me sort de mes pensées et me ramène à la réalité, je ne m'arrête pas, j'avance droit devant moi, fixant l'autre côté qui se rapproche de plus en plus, j'espère que j'arriverai à mettre la main sur les roses pourpre des glaces avant la nuit, qu'il ne me restera ensuite que le chemin du retour à effectuer lorsque le soleil se lèvera à nouveau.

Cheminant sur l'étendue gelée, je me concentre à garder mon cap sur un point fixe afin de ne pas dévier de ma trajectoire et me perdre en circonvolutions. Au bout d'une heure encore, mes pieds quittent le glacier et je m'assois à même le sol, laissant échapper un léger rire, fière de moi et de ma traversée sans encombre. Je m'emploie à défaire les lanières de cuire frigorifiées et me libère des plaques de métal, mes pieds semblent à présent si légers. Rangeant mes effets dans mon sac, j'en sors quelques noix et ma gourde. Reprendre des forces était nécessaire avant de chercher un endroit où passer la nuit qui ne tardera pas plus que ça à tomber à présent.

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13/09/2016 Anticarde 2089 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Lun 26 Sep - 2:13

Un bruit.

Ni l'eau, ni le vent. Un bruit qui vient de l'amont, de la langue glacière. Sur la blancheur éclatante de la coulée se détache une petite silhouette laborieuse. Une autochtone. La seule certitude qu'acquiert Cassian au-delà de tout examen approfondi, c'est qu'elle ne l'a pas vu. Parfaitement immobile, le jeune Rahjak balaie les alentours de son regard alerte. Dans le pierrier qu'il traversait alors péniblement, il repère un monolithe aux arêtes aiguisées par l'entrechoc des glaciers d'antan. Ni une ni deux, après avoir ciblé quelques marchepieds  naturels, il s'élance vers le roc, vif comme un lièvre. A couvert.

Si certains nomades choisissent d'apostropher le tout venant, réjouis à l'idée de faire connaissance au milieu de nulle part, ce n'est certainement pas le cas de Cassian Saada. Il a l'habitude de voyager dans une solitude austère, de ne recourir à aucune aide, de ne compter que sur sa petite pomme. A la cité de Feu, c'est sensiblement le même topo désespérant. A défaut de vastes étendues battues par les vents, il se cloître dans le huis clos de son atelier, n'ouvrant les négociations qu'avec fioles et alambics. Shell peut bien s'occuper des clients bruyants, après tout. Nombre de ses relations sont complexes, hostiles, belliqueuses, ne le prédisposant nullement à aborder sereinement ses semblables.

Le dos plaqué contre la rocaille, le voilà embusqué, invisible aux yeux de l'ennemie. Sans doute une Athna qui fait sa petite promenade de santé pendant que lui sent la gangrène menacer l'extrémité de ses doigts. En attendant, c'est bien lui qui l'a vue en premier, la montagnarde. Ces considérations puériles lui valent un sourire retors. Un avantage dont il saura tirer profit. Passant en revue quelques effets, l'enfant des sables s'empare d'une optique grossissante qu'il a dégotée au bazar. Il choisit un recreux dans le granit pour intercaler sa longue-vue, se livrant à une observation approfondie du spécimen.

Une femme. Jolie, élancée, dont l'expression épanouie et naturelle trahit sa symbiose avec les montagnes. Un manteau de cuir. Pas de bagage trop encombrant. Son campement n'est pas très loin, et cela peut s'avérer dangereux pour lui dans la mesure où il se trouve en plein fief Athna et que les relations inter-tribales se complaisent dans un éternel statu quo. Quoiqu'il n'est pas venu chercher querelle, seulement prélever un échantillon de la Joubarbe Immaculée avant de prendre la clef des champs. La seule solution digne de ce nom qui s'offre à lui consiste à demeurer à couvert, et c'est dans cette optique que Cassian s'apprête à s'accorder une courte pause quand... dans la lunette, un éclat rosé lui pique la rétine.

Le Sorcier ajuste son objectif et sent son cœur manquer un battement. A quelques toises au-dessus de l'Athna, une dent de granit crève la surface de la poudreuse, tendant au soleil une cohorte de jeunes pousses replètes desquelles s'extraient péniblement de petites étoiles carminées. Des Joubarbes Immaculées. Des plantes, la lunette revient à la fille des montagnes. Elle poursuit son chemin sans paraître troublée. Soit elle n'est pas versée dans la botanique, soit elle ne les a pas vues. Et les deux hypothèses lui conviennent parfaitement.

Silencieux et immobile, Cassian se résout à patienter, suivant de sa lunette les élans de la jeune femme. Ses yeux noirs se sont parés de lueurs vives. Son cœur a entamé un tempo digne de tambours guerriers. La seule idée de cueillir ces innocents bourgeons, qui enfanteront mille remèdes et poisons, décuple son énergie, écrase les lassitudes qu'il a accumulées durant ses tribulations. Toute illusion de fatigue s'est volatilisée. Il est prêt à bondir.

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29/05/2016 Pivette 1868 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Lun 26 Sep - 23:31

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Sous les yeux de Jupiter
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Mon paquetage, bien que léger, sur le dos, je marchais encore jusqu'à ce que le jour décide de me faire comprendre qu'il me fausserait bientôt compagnie. Je n'allais pas jouer les imprudentes et je me mis en quête de l'endroit le plus adéquat pour m'abriter. La nuit serait fraîche mais le risque de faire du feu me sembla, pour je ne sais quelle raison, une mauvaise idée. Une intuition sans doute. Mais aussi le fait qu'après tout, dès l'aube, je me mettrai en marche à la recherche des étoiles sanguines avant de repartir vers le village. Le temps était précieux et il fallait l'avouer, la marche de la journée m'avait fatiguée tout de même.

Assise sur le sol, je posais mon sac à mes côtés, appréciant la beauté du jour déclinant, se déchirant sur les crêtes pour laisser place à la noirceur de la nuit. L'astre lunaire faisait petit à petit son apparition je laissais échapper un léger rire, après tout je n'avais même pas besoin de feu, la lune était presque pleine ce soir, brillante, suffisamment claire pour inonder la vallée de ses rayons d'argent. Plongeant dans mon sac à la recherche de mon casse-croute, j'en sorti un morceau de pain, ma gourde et une pomme, menu frugal ce soir mais ô combien mérité. Après mon repas, je marchais un peu, me familiarisant avec l'endroit, le terrain était escarpé mais ne semblait pas dangereux pour autant à première vue, à l'abri du vent derrière une roche, je savais que j'y serais bien pour passer la nuit.

Revenant vers ce qui serait mon campement de fortune pour ce soir, je me débarrassais un instant de mon manteau, sortant une longue étole de laine, que j'enroulais savamment autours de mon corps pour me tenir chaud avant d'enfiler à nouveau mon manteau. La laine pour garder la chaleur, le cuir pour m'isoler de l'humidité du sol, c'est comme ça que faisait Seren pour dormir dehors et instinctivement, depuis petite, je l'avais imité. Assise durant encore quelques dizaines de minutes, je contemplais la voute céleste, souriant à la vue de la multitude d'étoiles plus brillantes que les autres. M'allongeant, je fixais mon regard sur l'une d'elle en particulier, personne ne savait vraiment pourquoi mais ma grand-mère me disait que lorsqu'elle serait partie, elle continuerait de me suivre depuis l'immensité céleste. Ce voyage, elle en faisait partie elle aussi, peut-être que l'une de ces étoiles abritait également mon père ?

Des minutes ? Des heures ? Je ne sais depuis combien de temps mes paupières étaient closes mais dans un demi-sommeil, un craquement me tira de mes songes. La main sur la dague à ma ceinture, j'étais prête à la dégainer de son fourreau. Je n'étais pas seule. Je du attendre quelques secondes qui me semblèrent une éternité pour que mes yeux s'habituent à nouveau à la pénombre avant de balayer du regard les alentours. Une silhouette me fit me redresser sur mes pieds avec prudence, un homme à quelques mètres de là, le regard fixé sur un éperon rocheux à moins de cinq mètres au-dessus de nous.

Mes yeux suivent la trajectoire des siens et là je les vois. Mon sang ne fait qu'un tour et je comprends que nous sommes là pour la même raison. Je n'ai pas l'intention de lui laisser l'avantage. Je me suis redressée mais n'ai pas manifesté ma présence, mes sens en alerte je tente de trouver le moyen de lui barrer la route en le voyant avancer vers un tronçon de sentier qui mène au sommet de la crête. Mes iris se posent à plusieurs endroits avant de dénicher dans la paroi quelques recoins qui peuvent faire office de marchepieds. Ces fleurs je les veux, elles sont à moi et je ne vais pas les offrir à cet inconnu. Les choses s'enchaine et malgré l'étole et le manteau, je suis en quelques secondes contre la paroi, incrustant mes pieds dans les marches de fortunes et me hissant à la force de mes bras, je n'ai que faire de savoir s'il m'a repérée ou non, ces fleurs sont à moi, j'en ai besoin, Seren en a besoin. Mon genoux arrivant sur un replat, elles s'offrent à mes yeux, sublimes sous la clarté de la lune, ma dague tranche avec précision et rapidité alors que j'entends ses pas, je peux apercevoir sa silhouette se rapprocher, je ne pense à rien d'autre que de couper et amasser les fleurs désormais sous les yeux de mon rival.

Je me redresse et lui fais face, ne distinguant chez lui rien d'autre qu'un dégoût prononcé à mon égard pour ma cueillette nocturne. Les fleurs en main, ma dague dans l'autre je tourne les talons et tente de redescendre par l'étroit sentier qui serpente sur quelques mètres pour revenir à mon bivouac, le souffle cours, je peux l'entendre dans mon dos au moment où ma course est stoppée net.

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13/09/2016 Anticarde 2089 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Ven 30 Sep - 23:56

Le jeune Rahjak semble pourvu de la même patience alerte que celle qui anime les prédateurs mouchetés. Depuis plusieurs heures maintenant, il se tient immobile, tous les sens déployés vers son environnement. La morsure du froid est devenue secondaire. La frénésie de toucher au but semble avoir allumé un feu de joie au creux de son ventre, diffusant jusqu'au bout de ses doigts des ondes de chaleur. Les yeux grands ouverts, les tripes nouées plus durement qu'une cravate de chanvre, le souffle dosé à l'aune des vents, Cassian Saada ne commet nul impair en terme de camouflage. Si la bravoure lui fait cruellement défaut, il a élevé au rang d'art son talent pour la dissimulation. Il ne se permet que quelques rasades d'eau claire ainsi que le grignotage de dattes séchées. Pour passer le temps, il se prend à espionner à la jumelle les faits et gestes de l'Athna, curieux de son mode de vie, de ses us et coutumes, se promettant de les consigner dans son petit carnet de bord.

Puis, la nuit arrivée sur les montagnes, la brave petite montagnarde s'assoupit. Une lune à la rondeur maternelle s'attache à éclabousser les reliefs d'une lumière argentée, cependant pentes et éboulis demeure un royaume d'ombres parjures. Elle aurait quand même pu planter son séant quelques lieues plus loin, l'autochtone. Trois solutions, désormais. Attendre le lendemain et la laisser refaire proprement son baluchon. Tenter la montée du raidillon sur la pointe des pieds pour laisser la belle enfant à ses rêves de cabri. L'assassiner proprement, la lune pour seule témoin, et s'en aller cueillir la fleur de sa convoitise en sifflotant gaiement. Bien qu'attrayant, ce dernier recours risque de le précipiter tout droit dans un guet-apens Athna. Ces fichus chamois sont ici chez eux. Découvrir le cadavre, le traquer, remonter sa piste et le larder de flèches dans un pâturage fleuri n'aurait rien de bien insurmontable pour eux, sur leur propre territoire. Et puis Cassian renâcle à se salir les mains. Il a toujours préféré l'action perverse du Poison.

Par ailleurs, l'excitation est à son comble. L'idée d'attendre le petit jour l'ennuie profondément. Le jeune Rahjak se déleste de son volumineux paquetage, de tout ustensile superflu, de vêtements au drapé trop lâche, bien trop prise au vent, et prend le parti de tenter l'escalade. Il opte pour une pente qui forme un zigzag entêtant, mais qui présente le double avantage d'éviter les grosses masses de poudreuse, ainsi que d'ébaucher un large demi cercle autour de la dormeuse. Le chemin est accidenté, et la lune dans son dos projette une ombre noirâtre à l'endroit où il pose ses pieds. Les prunelles accrochées aux Joubarbes, Cassian évolue cahin-caha, ripant par endroit, peinant sur les passages plongés dans la pénombre, jusqu'à ce qu'un bruit l'interpelle. Il se détourne un instant. Manque de s'étouffer avec son propre souffle. En contrebas, la native s'est réveillée et gravit farouchement la paroi abrupte en direction des Joubarbes Immaculées. Elle n'oeuvre pas dans la discrétion. Son intention est limpide : le coiffer au poteau.

"Satanée marmotte !" S'exclame t-il, maintenant que leurs missions n'ont plus rien de secret. Et le voilà qui abandonne toutes ses précautions. Le voilà qui se dépêche, qui se précipite, qui joue les acrobates. Dans son sillage, il fait voler cailloux et gerbes de neige, esquisse de merveilleux dérapages, échappe de justesse à des gamelles mémorables. Peu importe. Ces Joubarbes sont à lui. Il a accompli un long périple pour elles, et ne compte pas se laisser faire par une espèce de parvenue qui ne fait que s'approprier ses trouvailles à lui ! Vous la sentez, la colère, l'injustice ?

Les deux silhouettes évoluent à une vitesse vertigineuse vers le socle des fleurs convoitées. Elle arrive la première, lui subtilise son trésor, et lui fait l'audace d'un regard curieux avant de prendre la poudre d'escampette. Elle perd une seconde. Une seconde précieuse. Elle ne s'imagine sans doute pas qu'elle a à faire à un si mauvais perdant. A aucun moment, le Sorcier ne se figure en rester là, accepter avec philosophie sa défaite et poursuivre son chemin de croix les mains dans les poches. Non. Ces fleurs, il les a vus en premier. Il s'apprêtait à les cueillir avant que l'autochtone ne se prenne pour un bouquetin. Alors qu'elle se dérobe, Cassian plonge en avant et agrippe fermement sa cheville. Si fermement qu'il fauche net sa course, emporté lui-même par son élan. Le versant descendant les avale littéralement. Les deux terriens sont aspirés en contrebas, glissant dans des couloirs de gravas, de neige et de verglas. Cassian a beau chercher une prise pour ne serait-ce que ralentir sa chute, toutes les pierres à portée de main se disloque sitôt agrippées. Ses doigts s'écorchent jusqu'au sang alors qu'il tâche de s'accrocher quelque part, en vain. Cette pente est un véritable éboulis. Qui ne s'arrête jamais.

Impossible de freiner aux abords de la monstrueuse crevasse qui se profile. A demi-camouflée par une écharpe de neige, elle s'ouvre sous leurs pieds sans crier gare. Les deux terriens tombent. Rebondissent contre les écharpements rocheux. Trouvent quelques proéminences dans la roche, prises de fortune, qui ne fait qu'entrecouper leur chute inéluctable d'espoirs risibles. A peine amorti par la neige et ses vêtements chauds, l'enfant du désert finit par toucher le fond du trou, pas vraiment avec la délicatesse d'une feuille d'automne. Un choc violent secoue tout son squelette. Un instant le souffle coupé, le Rahjak cherche après son oxygène. Epaule et hanche droite, parties en avant-garde, accusent quelques craquements et torsions pas très ergonomiques. Le jeune Sorcier lâche un juron odieux, émissaire d'une douleur lancinante. A l'instant où il lève les yeux vers les cieux, c'est pour observer l'atterrissage non moins fracassant de sa comparse botaniste. On croirait deux cascadeurs qui se sont lancés le pari grotesque de faire rire la galerie à qui mieux-mieux. Il se retient de l'applaudir pour sa prouesse comique, sans doute parce qu'il soupçonne son bras droit d'avoir été débité en un jeu d'osselets.

Au-dessus d'eux, les hautes parois de la crevasse ne leur offrent qu'un maigre tissu de ciel, dans lequel tournoient quelques condors qui patientent l'heure du banquet. Joli paysage.

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29/05/2016 Pivette 1868 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Mar 4 Oct - 23:13

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Si souvent j'ai pu entendre mes patients parler de ce qu'ils avaient vu, de ces images qui avaient pu défiler devant leurs prunelles alors qu'un danger plus qu'imminent les avait surpris. Cent fois je m'étais imaginé ce qui pourrait bien se projeter devant mes yeux le jour ou une expérience de ce genre me surprendrait. Quelle déception. Soit il s'agit tout simplement de belles histoires, soit je ne dois pas avoir été faite comme tout le monde, ou alors la chute que je venais de faire n'avait pas été aussi violente que je pensais. Et pourtant.

Pourtant tout avait été si vite. Massant l'arrière de mon crâne je tentais de remettre de l'ordre dans mes idées. Me remémorant les événements successifs, je revois les étoiles sanguines s'échapper de mes mains pour se répandre sur le sol lorsque je fus stoppée dans ma course.  C'était elle, cette silhouette que je n'avais pas encore formellement identifiée qui m'avait précipité dans les entrailles de la montagne. Je pouvais encore sentir sa main s'enrouler autour de ma cheville comme un vil serpent, cette emprise qui m'avait entrainée dans une chute dont je me sortais presque indemne. Je revois défiler le pierrier, les morceaux de glace accélérant ma chute. Notre chute. Je peux au moins me dire qu'au final il a voulu me prendre de court mais il s'est fait prendre à son propre piège, le voilà bien puni en fin de comptes.

Lorsque l'on grandit sur les versants de la montagne, on apprend à l'escalader, on devient amie avec ses reliefs, on ne la voit plus comme une ennemie mais comme un animal que l'on apprivoise petit à petit, à force de temps et de persévérance. Cet animal là, je le côtoie depuis que je suis née, depuis que je sais mettre un pied devant l'autre, je ne peux que me souvenir des cris d'effroi de ma mère lorsqu'avec mon jumeau nous nous aventurions sur des pentes trop abruptes. Mais grâce à elle j'ai appris à tomber, à me relever, à tomber de plus haut encore, pour reprendre appuis et aller de l'avant encore et encore. C'est ce qui m'a semble t'il sauver cette nuit, contrairement à mon rival, je n'ai pas tenté par tous les moyens de trouver de quoi me raccrocher, je n'ai rien fait pour me rattraper, au contraire. Ma montagne, je la connais, je sais que la pente fini toujours à un moment ou un autre, qu'un replat n'est jamais très loin. Tel un petit animal apeuré, se terrant dans sa tanière, je me suis recroquevillée sur moi-même, espérant que ma tête ne heurte aucune pierre plus solide et que rien ne vienne lui causer quelques dégâts. Mais c'était sans compter les crevasses, la neige était encore fraîche par endroits et inévitablement, le poids de nos corps avait rompu les fins filets immaculés. Quelques douleurs à l'arrière de ma tête, sans doutes des ecchymoses pleins les épaules et les jambes, mais j'étais entière. Je remerciais également la fraîcheur de la nuit de m'avoir encouragée à m'envelopper de mon étole de laine et de mon manteau, pour sûr, ils avaient eu leur importance, même s'ils n'avaient pas pour autant stoppé ou amortis ma chute.

Au fond de cette crevasse, dans la pénombre faiblement rompue par les rayons de lune, je me retrouvais face à celui que j'avais défié et qui m'avait entrainé dans sa chute. Lui. Il avait beau être dans l'ombre j'avais compris qu'il s'agissait d'un homme dont je n'avais pas encore pu distinguer les traits mais je devinais qu'il avait du subir plus de chocs que moi au cours. Je scrutais ses réactions, il fallait que je sache à qui j'avais à faire, il n'était pas Athna je pouvais en être certaine, mais qui était-il ? Qui pouvait avoir un intérêt aussi intense que le mien pour une plante de la sorte au point de tout faire pour se l'approprier ? D'où venait-il ?

Je laissais un instant mes interrogations pour relever le nez et me rendre compte de la hauteur de la crevasse au fond de laquelle il nous avait précipité. Il n'allait pas être aisé d'en ressortir, je savais qu'avant de tenter quoi que ce soit, je devrais reprendre mes esprits, et surtout savoir à qui j'avais à faire. Avec quelle espèce de renard sournois j'allais devoir partager cet abri imposé à la promiscuité plus que significative. Je tentais ma chance, après tout il n'avait pas encore desserré les dents, il fallait bien que l'un de nous parle à un moment ou un autre.

"On s'ennuie tant que ça chez toi, que tu cherches à venir pimenter tes nuits sur nos montagnes ? Si tu cherchais de l'action, il y avait peut-être d'autres manières de le faire que de nous précipiter dans ce gouffre…"


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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Lun 10 Oct - 1:17

Etendu de tout son long, Cassian Saada finit par trouver quelque menue force pour se redresser. Lentement, il s’assoit, dos contre la paroi vertigineuse, dos contre cette verticalité terrifiante et infinie. Alors qu'il inspire tout son saoûl, une douleur poignante l'étourdit un instant, lardant son champ visuel de phosphènes noirâtres. C'est comme si une rangée de crocs de boucher avaient hameçonné le lobe droit de son thorax. Il a deux côtes cassées, de sûr. Peut-être trois. Quant à son épaule, s'il parvient à la mobiliser tièdement, les reliefs raboteux l'ont décapé de quelques lambeaux de peau superflu. Sa manche déchiquetée laisse affleurer un carré de chair à vif, dont chaque fibre semble transpirer un sang sombre et inextinguible. Tout bon guérisseur qu'il soit, le jeune Rahjak estime s'en tirer à bon compte. Le reste de ses blessures doit se solder par un ramassis de contusions et d'éraflures sans lendemain. Après avoir sollicité non sans prudence chacun de ses abattis, l'empoisonneur présume qu'il devrait s'en sortir vivant, à moins que son épaule ne s'infecte, et il a tout ce qu'il faut dans son havresac pour purger cette meurtrissure. Son havresac demeuré tout en haut du gouffre, bien sûr. Il a envie de rire.

Une main contre son épaule afin de refréner les effusions de sang, Cassian darde l'Athna de deux yeux taillés en encoches. Malgré quelques raideurs dans sa posture, il est aisé de deviner qu'elle a mieux négocié sa chute que lui. Un instant, les deux terriens se dévisagent, chiens de faïence, loups à la frontière de deux fiefs, cristallisés dans une méfiance réciproque. Elle parle. Des mots à l'ironie badine, qui ne manquent pas d'attiser toute l'antipathie dont est capable le Rahjak. Mépris et dégoût crispent ses traits. Un instant, il semble un animal sauvage, acculé et hostile, incapable de parole. C'est après l'avoir toisé sous toutes ses coutures qu'il daigne, à son tour, briser la glace.

"Tes montagnes ?" Répète t-il avec dédain. "Parce que tu crois que ces montagnes sont ta petite propriété, sous prétexte que vous avez planté un hameau sur une rocaille ? C'est comme ça, que nos ancêtres raisonnaient, je crois. En pensant pouvoir s'approprier la Terre. Elle le leur a bien rendu." Souffle t-il, laissant un silence monter entre eux. Comme s'il pensait à voix haute, il ajoute : "Si tu te cantonnes à tes montagnes pour trouver remèdes et substances, je me demande quel piètre médicastre tu es. Les montagnes, la jungle, la désert, les littoraux... chaque sol a des richesses bien spécifiques."

Ce n'est peut-être pas très adroit, de défier une Athna en de telles circonstances. Mais l'adrénaline qui pulse encore dans son sang, suite à ses folles pirouettes, semble inhiber de sa prudence légendaire. Le fait d'avoir échappé à une mort certaine, peut-être, lui donne une illusion d'invincibilité. Il en remet d'ailleurs une couche, vraisemblablement inspiré.

"J'ai fait un long voyage pour venir cueillir ces simples." Crache t-il, soutenant son regard, infaillible. "Toi, tu as mille occasions de parcourir ces massifs, tu les connais infiniment mieux que moi et je suis sûr que, d'instinct, tu sais où aller cueillir quoi." Il roule des yeux, s'exclamant avec rogne. "Mais non, tu as décidé de m'emmerder sciemment. J'étais parti pour les cueillir, tu m'as vu, tu as piqué une petite crise de jalousie et tu m'as talonné comme une forcenée. Après c'est moi, qui cherche les ennuis, l'action ? J'étais sensé faire quoi ? Te regarder gambader gaiement en applaudissant tes enfantillages ? J'avoue. Je ne suis pas très bon public."

L'enfant du désert ne dessert pas la mâchoire. Tout en incendiant sa compagne d'infortune, il s'occupe à déchirer une charpie dans sa cape d'hiver, afin de bander son épaule meurtrie, de panser sa chair ensanglantée. Cassian n'a pas l'habitude de souffrir. Quand bien même il a été le bourreau de nombreux esclaves et martyrs, son nom l'a toujours prémuni d'éventuelles représailles. Contenir sa douleur est un exercice difficile. Il a l'impression de déglutir un trait de feu, alors qu'il achève de comprimer son épaule. Les ténèbres grondent. La nuit s'épaissit. Une longue nuit, une effroyable nuit qui n'en est qu'à ses prémices. Le froid redouble de vigueur, mord dans sa peau brûlante, enflamme sa trachée alors qu'il respire irrégulièrement. Le Rahjak recule, se blottit dans un renfoncement de la roche qui puisse le dérober un tant soit peu des rafales réfrigérantes qui viennent miauler au fond de la crevasse. Il a beau sonder les hauteurs, détailler les petites corniches naturelles qui s'offrent à leurs yeux, elles sont hors de portée.

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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Lun 10 Oct - 23:19

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Sous les yeux de Jupiter
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Des mots franchissent enfin  ses lèvres et commencent à tapisser le fond de la crevasse dans laquelle il nous a précipités. Bien sur qu'il s'agit de mes montagnes, j'y ai vu le jour, j'y ai appris à marcher, à tomber, à me relever, a comprendre que plus on s'approche du sommet plus ce que l'on regarde de la haut nous semble insignifiant. On y prend toute la mesure de notre vie. Je n'apprécie pas ses paroles, comme si c'était de mon entière et unique faute si nos ancêtres avaient mis notre planète à feu et à sang. Je reste pourtant silencieuse à ses premières paroles, mais lorsque vient l'attaque personnelle, là- je ne peux garder mon calme, je serre les dents et malgré l'obscurité ambiante je sais qu'il doit pouvoir discerner la noirceur du regard que je lui lance. Moi ? Une piètre guérisseuse ?  Sait-il seulement à qui il s'adresse ?

"C'est par tes belles phrases que tu soignes les tiens ? J'imagine que tu les hypnotises avec tes mots savants pour ensuite les laisser crever la bouche ouverte…si tu es si doué tu aurais trouvé d'autres moyens de te procurer ce qu'il te fallait."

Mon ton était froid, glacial, tranchant comme les plaques de glaces acérées qui lui avait tailladé les chairs dans sa chute. Je ne savais pas encore exactement à qui j'avais à faire, je n'étais plus armée et bien qu'il fût plus que mal en point, je ne pouvais sous-estimer mon adversaire. Tout Athna sait que pour se battre de la meilleure des manières, il faut certes de l'adresse, de l'entrainement, de la force, mais plus que tout il faut connaitre celui qui nous fait face, trouver ses failles, les exploiter pour mieux l'acculer et le faire plier. Pour qui me prenait-il ? Une simple promeneuse en quête de solitude, aimant dormir sur les pentes humides des montages en plein hiver pour le simple plaisir de se retrouver avec comme compagnie la morsure du froid qui vous transperce les os de milles et une aiguilles de glace ? Pensait-il peut-être que je n'avais jamais quitté la montagne ? Ho que tu te trompe vil crotale. Je connais certes mes montagnes bien mieux que bon nombre d'entre nous, mais d'autres contrées ne me sont pas inconnues non plus, sauf que je tiens à ma vie et que lorsque j'ai eu besoin de fournitures ne se trouvant qu'en terres arides, j'ai eu les ressources nécessaire pour me les procurer, il suffit de connaître les bonnes personnes, parfois sauver une inconnue s'avère ouvrir des perspectives que l'on ne soupçonnait pas.

Il déverse son fiel qui suinte entre ses dents. C'est qu'il montre les dents le renard des sables ! Alors comme ça, sous prétexte que je vis dans les montagnes j'aurais peut-être du m'incliner et lui faire des courbettes pour qu'il vienne prendre tout ce qu'il voulait. S'il avait regardé à deux fois il aurait remarqué que quelques mètres plus haut d'autres bouquets d'étoiles écarlates  était atteignable, mais non, comme l'enfant gâté qu'il devait être il avait voulu celle que j'avais cueillies et aucunes autres. Je ne sais pas qui il est mais une chose est certaine, il y a intérêt à ce que ce soit la douleur qui le rendre si hautain, mais quelque chose me dit que ce n'est pas le cas, ses paroles sont là pour me convaincre, alors que malgré moi, je lui tourne le dos pour tenter d'ausculter la paroi de mes main, tentant de trouver une quelconque première prise afin de pouvoir sortir d'ici. Excédé je me retourne alors vers lui et fait un pas de plus, me retrouvant presque nez à nez avec celui qui me fait bientôt sortir de mes gonds. La crevasse n'est pas grande et je crains la promiscuité qu'elle va nous imposer avant de pouvoir trouver un moyen de nous en extraire. J'ai beau avoir gardé mon calme, cette fois, je ne laisse aucune retenue encadrer mes paroles.

"Personne ne t'a mis un couteau sous la gorge pour faire ce long voyage … tu ne l'auras sans doute pas remarqué puisque tu sembles plus intéressé par ta petite personne, mais j'étais là avant toi, dans un but précis, cette plante j'en ai besoin, et que tu en sois conscient ou non, il n'y a qu'une fenêtre de quelques jours pour la cueillir afin d'en tirer le plus de bénéfices … tu pensais peut-être que cette plante là t'attendait, toutes pétales aux vents, juste pour ton bon plaisir ?"

J'en avais plus que besoin, cette plante était importante parce qu'il fallait que j'en ai en réserve pour Seren, la forge n'était pas l'endroit le plus sûr pour travailler, un moment d'inattention était vite arrivé et au fond de moi je m'en voulais encore pour ne pas avoir réussi à le soigner correctement, qu'il n'ait pas encore retrouvé de sensation dans sa main et qu'il se blesse à nouveau. Je veux être la meilleure guérisseuse, je veux pouvoir être aussi douée que ma mère, je veux être là pour mon frère, je voudrais que mon père soit fière de moi, je sais qu'il n'aurait pas apprécié que ce renard des sables s'adresse à moi de cette manière.


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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Ven 14 Oct - 2:23

Piquée au vif, la montagnarde montre les crocs. L'ombre d'un sourire vient balayer les traits du jeune Saada. Il aime voir la colère froisser, tordre un visage, en irriguer les faisceaux musculaires d'un sang qui semble brûler. Et elle commence à fulminer, étalant ses griefs d'une voix courroucée, le dardant d'une lueur sibérienne. Si les circonstances ne lui étaient pas aussi défavorables, peut-être s'amuserait-il à la pousser à bout, tant elle semble accueillir ses piques avec une fougue tempétueuse.

Des mots savants, vraiment ? Elle a vraisemblablement identifié la noblesse de son rang, des hautes castes auxquelles il appartient. Des sphères hostiles où les mots, la mise et le maintien sont bien plus utiles pour terrasser qu'une paire de lames bien aiguisées. Pour sûr, les roturiers n'ont pas l'esprit assez raffiné pour manipuler ces armes délicates, ce qui expliquerait qu'elle s'en prenne aussi vigoureusement à cette partie de lui. Sans doute une plébéienne, qui vit dans sa hutte rudimentaire et s'épanouit dans la traite des biquettes. Il faut dire que les autres tribus que les Rahjaks ont tendance à prôner l'harmonie avec la nature, le respect de leurs semblables, un genre de préceptes arriérés qui mènent les peuples à un marasme pourrissant, à la ruine.

Le ton de Cassian se teint d'une sorte d'indulgence méprisante, comme s'il s'adressait à une gamine perdue : "Les plantes ne sont pas de vulgaires marchandises que l'on troque. Elles sont vivantes. Certaines sont fragiles et ne supportent les longs périples qu'à la condition d'un soin tout particulier. Certaines voient les propriétés de leur sève se déliter une fois cueillies et séchées. Il faut les observer, étudier leurs floraisons, leurs défenses, leurs croissances et leurs comportements pour saisir toute la subtilité des pouvoirs qu'elles renferment..." Lâche t-il, s’interrompant avant de partir dans un long monologue passionné.

Inutile de lui préciser qu'il se sert d'esclaves invendables comme de cobayes pour l'essai de ses substances. Qu'il a déjà fait des observations intéressantes et mis au point des principes actifs dont il ne maîtrise pas encore la pleine portée. Parfois, certains de ses esclaves contractent de curieux symptômes, développent des handicaps partiels, tombent dans des comportements loufoques, mais avec une parcimonie qui ne leur fait pas soupçonner l'écuelle d'eau fraîche que peut leur accorder le jeune Saada. La pharmacopée du continent n'a pas fini de livrer ses secrets. Les rares ouvrages qui lui sont parvenus d'âges reculés rapportent des possibilités faramineuses que Cassian compte bien traquer à travers ses expériences cruelles. On appelait cela la médecine, la science, la technologie. La course à des remèdes toujours plus efficaces, à des poisons toujours plus foudroyants ne saurait s'encombrer de la bonne morale respectueuse dont se pavanent les autres tribus, ces peuples désappointés à la seule évocation de l'esclavage.

"Enfin..." Ajoute t-il en conclusion. "Toutes ces précautions ne sont pas nécessaires, j'imagine, quand on se contente de reproduire bêtement des recettes ancestrales prémâchées en brave petite cuisinière."

Conscient de la pique qu'il vient de lui jeter, comme de la distance entre eux qui se réduit en peau de chagrin alors qu'elle s'est rapprochée pour mieux lui asséner sa vision des choses, le Rahjak se prépare déjà à l'offensive. Il semble un serpent à sonnette acculé, les crochets à l'affût. Elle a besoin de cette plante ? Comme si ce n'était pas son cas à lui. Elle était là la première ? Cela fait près de cinq heures qu'il l'observe, en embuscade, gelé jusqu'aux os. A couvert de sa cape, qui forme d'inextricables lambeaux, sa main valide vient se poser discrètement sur la garde d'ivoire ouvragé de sa serpe d'herboriste. Du bout des doigts, il la dégage de son fourreau de cuir matelassé et vient en taquiner le tranchant de la pulpe de son index. Juste pour vérifier. Aussi zélée à tailler les chairs que les fibres des végétaux les plus coriaces. Qu'elle fasse un pas de plus.

Il ne la connaît pas, et de fait, ne se gêne aucunement pour la dévisager sous toutes ses coutures, d'une lueur retorse qui pourrait sembler des plus ambiguës. Alors qu'elle arpente les profondeurs de leur prison, qu'elle va et vient entre les parois abruptes, qu'elle lui révèle son dos au risque de se voir la cible d'un lancé de couteau hasardeux, les prunelles opaques du jeune Rahjak ne la lâchent pas. Etonnant, qu'elle agisse avec autant d'insouciance en présence d'un inconnu mal intentionné. A moins que ça ne soit lui, qui soit excessivement méfiant, dans des circonstances où ils auraient tout intérêt à collaborer ? Il détaille sa démarche, repère les muscles affaiblis, froissés, les membres contusionnés, les articulations défaillantes dans la chiche lueur du clair de lune. S'ils en viennent à s'entretuer, ces observations minutieuses pourraient se révéler utiles. Quand bien même son épaule déchiquetée lui suggère de se tenir à carreaux.

"J'espère que tu as prévenue toute ta petite famille de ton excursion, afin qu'ils lancent les recherches rapidement." Dit le Rahjak sur un ton venimeux. "En attendant... tu ne m'approches pas. Encore un pas vers moi et je considère les hostilités ouvertes."

Le froid de la montagne, la douleur de son épaule ensanglantée, cette situation scabreuse... Cassian se sent à fleur de peau. Autant il parvient à garder son calme, autant à l'image des animaux, il a besoin de tenir en respect tout ce qui lui paraît suspect. Mécaniquement, il fait danser la petite lame entre ses doigts.

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29/05/2016 Pivette 1868 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Dim 16 Oct - 22:15

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S'il y avait une chose que je connaissais sur les membres de la tribu rajhak c'était qu'ils avaient une manière de vivre totalement différente de la notre. Bien sur il y avait le climat qui tenait déjà une grande part dans la différence. L'altitude de nos montagnes, le froid de l'hiver qui contrastait drastiquement avec la chaleur désertique des pleines de l'Est. Mais leur mode de vie différaient effectivement du notre, comme chez nous il y avait certes une hiérarchie mais nous n'avions pas de famille régnante il n'y avait pas de différence entre aussi importante entre les puissants et les simple habitants. Bien sur nous avons des chefs, que nous respectons mais nous ne réduisons personne à l'état d'esclaves. Comment pouvait-on penser que certains êtres humains étaient inférieurs à d'autres ? Comment pouvait-on privé des gens de leurs libertés pour son simple plaisir ? Je sais qu'en des temps immémoriaux, certains de nos ancêtres avaient des esclaves, mais ils avaient du se battre durant des siècles pour gagner leur liberté, et aujourd'hui, cette tribu continuaient à vivre en perpétuant cette sombre tradition.

J'avais donc deviné à son phrasé qu'il ne faisait pas partie de la frange la plus à plaindre de leur société. Mais plus les mots sortaient de ses lèvres plus j'avais envie de lui faire ravaler se fierté ! J'avais bien compris que pour lui je n'étais qu'une moins que rien, qu'il se pensait bien supérieur, ses verbes tentais de m'écorcher comme autant de lames acérés. Il n'avait pas choisi la bonne personne s'il pensait me faire taire en me rabaissant, en me parlant comme à une enfant totalement ignorante des tout ce qui l'entoure. Pauvre imbécile, pensait-il sérieusement m'apprendre quelque chose avec son petit laïus sur l'utilisation des plantes. Lorsqu'il eu fini sa tirade je feins la surprise, répondant à sa suite. "Oh pardon, tu voulais peut-être que je prenne des notes et que je te remercie de partager tes connaissances avec moi ? Je le ferai peut-être lorsque tu m'apprendras quelque chose d'utile que je ne sache pas déjà !"

Mais il ne s'arrêtait pas en si bon chemin, non, il pensait que rajouter des paroles que j'aurais pu prendre pour blessante. Malheureusement je ne voyais pas ou pouvait être le mal d'être ce qu'il qualifiait de "brave petite cuisinière", cela se voyait qu'il n'y connaissait rien, absolument rien aux médecines Athnas, il ne savait pas qui je pouvais être et je n'allais pas le lui révéler pour le moment. Les Cermath ont toujours été médecins, soigneurs, guérisseur, d'aussi loin que je me souvienne ma grand-mère m'a toujours parlé des soigneurs de notre famille, montrer les arbres généalogiques et ouvrages qui se transmettaient aux générations suivantes, et cela déjà bien avant que les Hommes ne détruise presque entièrement notre planète. Alors il pouvait bien pense que je n'étais qu'une parfaite petite idiote qui se contentait de suivre des recettes et mélangeait des herbes et espérait que cela soigne tous les maux de la création.  

"C'est vrai que nous dans nos montagnes, on ne sort jamais et on n'a aucune idée de toutes ces choses merveilleuses que vous autres connaissez, je t'en prie, instruit moi, moi la pauvre sotte qui ne connait absolument rien à la médecine …" Je joignais mes mains l'une contre l'autre, mes doigts s’entrelaçant comme si je le suppliais réellement de me partager son savoir.

Abruti ! Lorsque j'avais approché de lui, j'étais presque ravie de le savoir blessé, un coup d'œil rapide à ses blessures me laissait croire qu'il devait en baver au niveau de la douleur, et cela me faisait sourire. S'il avait levé les yeux un peu plus haut tout à l'heure sur les pans de la montagne, il n'aurait pas toutes ces blessures. Après avoir une nouvelle fois tenté de repérer quelques prises du bout des doigts contre la paroi,  sans succès malheureusement, je me retournais lorsqu'il m'adressa à nouveau la parole, un sourire aux lèvres.

"Bien sûr, toute ma tribu sait où je me trouve à chaque seconde du jour et de la nuit, une pauvre créature sans défense telle que moi n'aurait certainement pas le droit de quitter son village sans faire une annonce publique …" Je le défiais du regard lorsqu'il ajouta que dans l'intervalle ce n'était pas dans mon intérêt de m'approcher de lui. "Qu'est ce que tu vas faire, utiliser une de tes côtes cassé pour me trancher la gorge peut-être ? Je pense que j'ai mieux à faire que te m'attaquer à toi, je ne connais pas te projets, mais ce n'est pas dans les miens de pourrir ici…"



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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Sam 5 Nov - 1:34

Le contact de la lame, qu'il tient serrée contre son flanc, dissimulée au regard de sa semblable, le rassure sensiblement. A défaut d'amis, Cassian a tendance à s'attacher à des objets, convaincu que ses vieilles encyclopédies poussiéreuses comme ses ustensiles de travail, qui ont brassé tant de sang, défié tant de maux, engendré tant de poisons létaux, ont une âme en tout point comparable à celle des hommes. Cette vieille serpe, vaguement raidie à la manière d'un cimeterre miniature, est un présent de sa mentor aujourd'hui partie sur les chemins des limbes. Parfois, lorsque la lame piège des particules de lumière, miroitant des éclats éblouissants, Cassian se dit que c'est un peu comme si le fantôme de Jezabel traversait furtivement le monde des vivants. Cette lame, il la connait si bien, il l'a tant usée lors de ses cueillettes, alors qu'il commençait seulement son apprentissage du règne végétal, il l'a tant brandie, parfois pour se défendre, souvent pour menacer, qu'il a le sentiment d'un lien ineffable entre l'acier et sa peau, d'une familiarité, d'une fluidité, d'une histoire commune.

Malgré sa gouaille, la belle Athna semble respecter son périmètre de sécurité. Une bonne chose pour l'intégrité de sa petite gorge. Il n'empêche que cette distance bienvenue ne l'empêche nullement de fanfaronner sous ses yeux. Elle se fout ouvertement de lui, poussant à l'extrême le rôle d'idiote dont il l'a affublé. Le Rahjak lui tend un regard teinté de mépris et de lassitude alors qu'elle minaude, joue les pimbêches, fait mine de le supplier de manière parfaitement puérile. Sans doute qu'il pourrait se contenter de faire fi de ces pures provocations, d'essayer de mettre un peu d'eau dans son vin, considérant que cette emmerdeuse des montagnes est peut être sa seule chance de salut... mais non.

"D'ordinaire, je partagerais volontiers mes connaissances plus en avant... Mais je t'avoue que ma bonté s'arrête aux cas désespérés." rétorque t-il sur un ton faussement guindé.

Non. Sans doute lui manque t-il un peu de sagesse, ou un peu d'expérience dans les relations sociales pour se montrer plus obligeant. Sans doute ses émotions mises à mal l'empêchent t-elles de réfléchir sereinement et stratégiquement. Par ailleurs, la situation semble tellement compromise que se mettre à dos sa seule alliée à des kilomètres à la ronde ne peut pas être si terrible, pas vrai ? Cassian soupire profondément. Malgré le clair de lune, des ombres épaisses, semblables à des flots d'encre noire, envahissent les profondeurs de la crevasse, et ils en seront bientôt à se deviner plus qu'à se distinguer. Tout en observant la nuit forcir, il prête une oreille distraite aux piques de l'Athna. Quoi, qu'est ce qu'elle dit ? Utiliser une de ses côtes cassées pour lui trancher la gorge ? Sourire jaune.

"En voilà une excellente idée." Raille t-il. "C'est probable que je crève ici, alors je peux bien me permettre ce genre de petite fantaisie ! Ca me changera du fouet que j'utilise pour matter mes esclaves récalcitrants." Répond t-il, ouvertement provocateur.

Les présentations sont faites, son appartenance à la Cité du Désert parfaitement déclinée. Comme elle l'avait sans doute identifié en tant que tel, confirmer ses soupçons n'était qu'une question de politesse élémentaire, n'est-ce pas ?

"Bon, sinon, l'idée de sortir éventuellement vivant de cette affaire ne me déplaît pas tant que ça." Finit t-il par ajouter, après un silence. "Mais sans aide extérieure, ça risque d'être un peu compliqué. Toi qui connais parfaitement ces montagnes, puisque ce sont les tiennes, qu'elles t'ont vue grandir, que c'est magnifique, ce lien qui vous unit... Tu es peut-être en mesure de me dire si ce versant est plutôt fréquenté par tes copains montagnards ? Je suis déjà venu quelques fois, par le passé, mais je n'avais jamais croisé personne avant toi."

A vrai dire, il en doute fortement. Le chemin des Joubarbes est truffé de passages accidentés, et cela fait plusieurs jours qu'il s'est écarté des grandes pistes entretenues par le piétinement humain, optant pour une sente, guère plus large qu'un lacet improvisé entre blocs, névés et précipices. Une fois encore, le Rahjak s'attache à détailler les reliefs alentours, plans verticaux aux moulures telluriques, mais la lumière baisse, change, se montre trop lunatique pour envisager une séance d'alpinisme.

"Il fait trop sombre pour inspecter les parois... et quand bien même mes blessures sont très superficielles, je ne crois pas que l'escalade soit une bonne idée dans l'immédiat." Dit-il non sans un soupir lancinant. Bien sûr, c'est là un mensonge soigné. Soucieux de ne pas apparaître faiblard aux yeux d'une inconnue, il est question de repousser à demain les tentatives d'escalades, en espérant qu'il aura apprivoisé la douleur d'ici là. Il devrait se tailler une nouvelle bande, dans sa cape de voyage, afin de corseter son thorax perclus de douleurs, mais l'Empoisonneur, extrêmement méfiant, refuse d'esquisser le moindre geste qui aggraverait ses blessures aux yeux de la planteuse de salades. Il ne la connaît pas, et il ne peut s'empêcher de penser qu'on en veut à sa vie, au delà de toute cohérence. Il lui faut un peu de temps, pour la cerner au minimum et s'assurer qu'elle ne compte pas l'assassiner dans son sommeil. "Je pense que le plus sage consiste à attendre demain, au lever du jour. La crevasse n'est pas si profonde. On devrait pouvoir remonter."

Une entraide serait-elle possible ? Nul doute qu'il ne serait pas du genre à hisser l'Athna hors du gouffre la première, persuadé qu'elle prendrait la poudre d'escampette. Mais l'inverse ?

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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Mar 8 Nov - 23:34

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Si vous aviez à choisir pour désigner quelle serait la chose la plus désagréable, sur quoi se porterait votre choix ? Se retrouver coincer au fond d'une crevasse au beau milieu d'une nuit d'hiver plutôt glaciale, ou se retrouver coincer au fond d'une crevasse au beau milieu d'une nuit d'hiver plutôt glaciale avec un imbécile de Rahjak ? Le choix est cornélien n'est-ce pas ? Je t'en foutrai des cas désespérés… je ne préfère pas répondre, je n'ai pas envie de jeter de l'huile sur le brasier de la discorde. La seule chose qui me vient à l'esprit c'est de trouver une manière de me tirer d'affaire et de gravir la paroi rocheuse. Je n'avais aucune envie de finir prise dans la glace si le temps se dégradait et que la neige se mettait à tombait à nouveau.

"Je plains tes esclaves … leur condition doit être encore plus pénible avec quelqu'un comme toi sur leur dos pour leur aboyer des ordres !"

Je tentais de toute mon âme de ne pas m'emporter plus que de raison, je ne voulais pas le laisser gagner et lui montrer à quel point ce genre de comportement pouvait me mettre hors de moi. La simple idée que des êtres humains vendent ou achètent d'autres êtres humains pour les asservir me donnait la nausée. Bien sûr nous avions des chefs, des leaders mais ceux-ci prenaient des décisions pour le bien de notre communauté, pour le bien-être de ses membres. Personne ne nous avilissait en nous réduisant à la servitude, quelque chose me dit que même nos animaux devaient être mieux traités que les esclaves des Rahjaks ! Je ne serais même pas étonnée que ces serpents du désert traitent mieux leurs chevaux que leurs esclaves.

Il y a au moins une chose sur laquelle nous semblions nous mettre d'accord tous les deux : sortir d'ici. Je le laissais déblatérer alors qu'une fois de plus je tentais de scruter le moindre renfoncement qui pourrait constituer une prise convenable, une prise tout court, premier marchepied menant à la sortie. Un instant j'étais presque de son avis, sans aide extérieure cela s'avérerait bien compliqué de nous sortir de cette lézarde. Qu'il ironise tant qu'il le veuille sur le lien qui m'unissait à la montagne, je devinais presque avec certitude, qu'au fond de lui il devait en être de même entre lui et son désert aride. N'y prêtant qu'une oreille distraite, après tout ce n'est pas comme si ce que sifflait cette vipère des sables était d'une importance capitale, je me collais contre le rempart de glace et de roches, l'effleurant de manière méthodique du bout des doigts à la recherche du plus petit accroc, suppliant intérieurement pour dégoter une ébauche de voie à suivre jusqu'à la surface. Appuyant doucement mon front contre la paroi, je laissais un rire s'échapper avant de le regarder, un sourire aux lèvres.

"C'est normal, on passe notre vie cachés derrière les rochers à épier les voyageurs sans être vus, c'est vrai qu'on a que ça à faire de nos journées dans nos montagnes, c'est bien connus, tu en doutais peut-être ?"

Inconsciemment je surpris une voix dans ma tête me dire que ce n'était pas une manière de parler, à un inconnu qui plus est. Mais dans une situation pareille, ne sachant vraiment pas quoi faire sur le moment pour réussir à nous sortir de là, j'avais envie de croire comme lui que les miens passeraient dans le coin et allaient gentiment sonder toutes les crevasses à ma recherche et nous lancer une corde afin de nous sortir de là comme par miracle. Les miracles, c'est dans les histoires que l'on raconte aux enfants avant qu'ils s'en aillent voguer paisiblement au pays des songes. Le ton de sa voix lorsqu'il formula de nouvelles paroles attire mon attention, bien sûr il joue le guerrier infaillible encore une fois mais ce n'est pas ce qui titille mes méninges. La guérisseuse que je suis sent à sa respiration qu'il ment, à propos de ses blessures. Je peux m'estimer heureuse de n'avoir que des écorchures, dans la pénombre je ne peux pas distinguer exactement de quoi il souffre mais il est plus amoché que moi je le sens.

"Je pense surtout qu'il faudra que l'on s'occupe de tes blessures si on veut avoir une chance de sortir d'ici."

Il m'a défendu, mise en garde de ne pas m'approcher d'avantage de lui mais, c'est plus forte que moi, je suis guérisseuse, l'une des plus douées de ma tribu, j'ai prêté serment de venir en aide à quiconque en aurait le besoin, sans faire de distinctions aucune quant à qui cela peut être. Je ne peux renier ce serment et c'est lui qui me pousse à me rapprocher du renard des sables, qu'il montre les dents, je n'ai pas peur de lui, je suis une guérisseuse certes, mais je suis une Athna, je suis une guerrière, je sais me défendre, et sans vouloir me vanter je suis en bien meilleure forme que lui à l'heure actuelle.

"Les côtes sont cassés ? si c'est le cas, il va falloir qu'on te corsète rapidement afin de te soulager … pas que je m'inquiète pour ta santé, mais je risque d'avoir besoin de toi pour sortir d'ici !"



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13/09/2016 Anticarde 2089 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
Semeur d'épidémies éthérées


Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Lun 21 Nov - 23:04

Oh, alors comme ça elle plaint ses esclaves, la petite Athna ? Un sourire féroce embrase ses lèvres de serpent. Si elle savait. Si elle avait une plus piètre idée de ce qu'il leur faisait endurer. Il les droguait à leur insu, à doses infinitésimales, tous les jours, observant leurs corps et leurs esprits se fissurer un peu plus. Certains se perdaient dans des cauchemars glaçants, d'autres se réveillaient un beau matin en vomissant des giclées de sang noir, quelqu'uns tremblaient de tous leurs os, au point de ne plus dormir, jamais. Comme lui, éternel insomniaque, qui observait depuis sa fenêtre les silhouettes convulsées de ces pauvresses, qui passaient dans la lumière des fenêtres de leurs baraquements de fortune. Si elle savait. Il a tellement envie de lui détailler cette réalité sordide, juste pour le plaisir d'effaroucher un peu plus ses jolies visions. Mais Cassian se rembrune, alors que la douleur resserre sur son corps le carcan de barbelés imaginaires.

A ses brocards, il rend une œillade dédaigneuse. Ils pourraient sans doute égayer la nuit toute entière à grands renforts de savantes joutes et d'épithètes fameux, mais voilà que l'enfant des sables semble se calmer. Dans son sang, il se trouve que l'adrénaline de sa folle cavalcade retombe, charriant avec elle ses émois colériques. Plus que jamais, l'emprise de l'hiver s'endurcit, les frimas du froid infiltrent ses vêtements enguenillés, quelques frissons véhéments harponnent son échine. Plus que jamais, dans ses yeux d'obsidienne, les parois paraissent désespérément hautes, verticales, exiguës comme les pans d'un broyeur. D'ailleurs, ne se rapprochent-elles pas, ces parois ? Est-ce la nuit qui s'épaissit, ou bien est-ce la terre qui referme une mâchoire avide sur lui, prête à l'engloutir dans des gorges telluriques, à l'enterrer vivant, à l'asphyxier, à le concasser de ses blocs de granit ? Cassian cligne des yeux à plusieurs reprises. Souhaitant éradiquer cette vision qui a semé une graine d'horreur quelque part dans son esprit.

L'Athna approche. Il sursaute violemment en le réalisant. Entre eux, dans le menu espace qui les sépare, il brandit sa serpe mercuréenne, dont l'acier fraîchement lustré piège un rayon de lune. Cette garde n'a rien d'une menace futile. Ce qui l'a poussé à dégainer, c'est un réflexe primitif, quasi animal, c'est un ébrouement dans ses viscères, c'est une palpitation cardiaque. Dans son regard impénétrable, un éclair de folie pure passe, une lueur meurtrière qui mêle dangereusement la menace à l'effroi. Un animal cerné par des feux. Une bête nocturne rattrapée par le petit jour. Rien n'aurait la force de le désarmer, tant ses phalanges sont crispées sur la garde de cuir. Le sang qui irrigue ses articulations semblent des fleuves de soufre et de sulfure. Il est prêt à tuer, à meurtrir, à écharper aveuglement tout ce qui lui tombera sous la main. Il est prêt à tuer quiconque s'approcherait, quiconque le priverait de la dernière chose qu'il possède... ces derniers centimètres carrés dans lesquels il respire péniblement. Il a l'impression qu'un simple contact l'écraserait, l'émietterait, broierait tous ses os. Son coeur. Il bat trop vite. Il palpite.

"Ne. M'approche. Pas." Tempête le Rahjak en montrant les crocs, les yeux remplis de fantômes. "Recule... Recule... RECULE !"

Il lui hurle dessus, sentant l'angoisse battre ses tempes. Sa respiration s'accélère, saccadée, entrecoupée de soupirs crispés. A chaque brassée d'oxygène, Cassian sent ses chairs se mutiler au contact de ses côtes brisées. Ça fait le bruit d'un ressac sur une berge de coquillages cassés... tu entends ? Il devrait haleter, pour esquiver le plus cuisant de la douleur, il devrait se concentrer pour respirer doucement... Mais il n'y arrive pas. L'angoisse est vrillante, monstrueuse, envahissante. Elle le fait respirer à grandes lampées, et à chaque fois la morsure de ses côtes écharpées se fait plus profonde. Tout est cassé. Tout vole en éclats. Il sent sa poitrine exploser. Il a l'impression que son squelette se démantèle pièce par pièce. Il a l'impression de perdre des morceaux de lui, à chaque embardées de son coeur, d'en perdre partout, tout autour, comme si des filaments d'ombres le disséquaient lentement... des os, des muscles, quelques organes, des lambeaux de chairs. Il se démembre. Tout s'échappe... Tapis dans les ombres, les monstres, les fantômes. Ils attendent. Sa main commence à trembler. La lame chancelle, dans l'obscurité, ouvre des failles dans sa garde. Son regard hanté, qui fixait alors longuement Nessa, s'égare, semble chercher quelque chose dans la pénombre. Fébrilement. Hâtivement. Il finit par abandonner toute illusion de menace envers elle. Ses bras se referment sur lui-même, sans lâcher la serpe, à présent blottie contre lui, dont la lame entame le relief de sa clavicule. Son visage a disparu derrière ses boucles d'ange. Il se prostre du mieux qu'il peut dans le recreux de la paroi, plantant ses doigts dans ses omoplates, pendant que sa respiration précipitée continue de tout fracasser à l'intérieur de lui, sifflante.

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29/05/2016 Pivette 1868 Cynthia Addai-Robinson ava : Pivette / sign : Pivette Guérisseuse / soin & combat 94
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Mar 22 Nov - 22:37

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Sous les yeux de Jupiter
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Malgré quelques taquines provocations, je ne m'attaque pas à lui directement mais bien aux siens, à ce peuple de la cité de feu dont il fait certes partie. Je sais pertinemment que tous ne partagent pas ses idées, tous ceux qui vivent là-bas ne sont pas forcément aussi radicaux que lui quant à la question du bienfait de l'esclavage. Ce qui me surprend désormais c'est qu'il ne réagit pas à mes exhortations, au contraire il semble les ignorer de toute sa superbe. J'aime la confrontation et là il baisserait les armes ? Aussi facilement ? C'est résolument impossible, il a fait preuve d'une telle aisance à manier le verbe aussi bien qu'un lame, il ne peut pas s'arrêter en si bon chemin, il ne peut être non plus en train de chercher quelles invectives il va me renvoyer, il n'a pas hésité une seconde depuis que nous sommes tombés dans cette crevasse, pourquoi en serait-il différemment maintenant ? Quelque chose cloche chez lui, j'en étais bien consciente mais sans doute pas à ce point-là !  

Nous nous épions, nous regardons en chien de faïence, enfin surtout moi car il semble préoccupé par un je ne sais quoi qui vient apposer une chape de plomb sur nos têtes. Son corps ne bouge pas, il est là, statique et pourtant son regard ne tient pas en place, comme un oiseau en cage cherchant à tout prix à trouver la sortie, se cognant les ailes contre les barreaux, encore et encore et encore. J'ai beau scruter, je ne le vois plus, il a disparu. Cette lueur de rage et de défi présente jusqu'à maintenant dans ses prunelles s'était éteinte, laissant peu à peu sa place à un feu follet aux attitudes démentes. Que se passait-il sous ses boucles dorées ? Que pouvait-il bien se tramer dans son esprit pour qu'il change d'attitude, d'expression faciale aussi rapidement que ne pouvait changer le temps dans les montagnes chères à mon cœur. Pourtant je n'étais pas décidée à ne pas réagir, après tout c'était peut-être une manœuvre de son cru pour me désarçonner et retourner le jeu en sa faveur, il était un Rahjak après tout, on n'est jamais trop sur nos gardes avec ces bêtes-là …  
Les choses s'enchainent à une vitesse qui me dépasse, je ne réfléchis pas un instant et recule lorsqu'il me hurle de le faire, une serpe dressée sous la lune, rempart de fortune entre lui et moi. Mais je ne recule que pour mieux avancer, il a beau être Rahjak, il est blessé et en face de lui ce n'est plus la guérisseuse qui se tient, mais la guerrière qui surgit de l'ombre et, dans un mouvement vif je me saisi de la lame qui pointe de plus en plus dangereusement contre ses os. Je le désarme prestement, la serpe vole et retombe dans un cliquetis en heurtant quelques roches à nos pieds. Je ne recule plus, je ne suis qu'à quelques centimètres de lui mais il n'est plus là, son regard semble inhabité, où es-tu donc renard des sables ?

Mon regard se pose sur les quelques gouttes carmins qui suintes de l'entaille heureusement légère sur sa clavicule. Comment un être peut-il passer d'un état à un autre avec autant de diligence ? Nessa la guerrière le maintient par les épaules alors qu'il s'est prostré contre la proie sombre de la crevasse, il ne peut aller nulle part, il ne va pas s'envoler, aussi c'est Nessa la guérisseuse qui reprend le dessus en se concentrant sur l'observation de sa respiration. Elle est gênée par ses blessures, il doit avoir souffrir à en crever à chaque goulée d'air, je ne dessert pourtant pas ma prise de part et d'autres de ses épaules, je suis là, les pieds bien plantés dans le sol, s'il ne se calme pas, s'il ne respire pas correctement rapidement, il serait capable de me crever dans les doigts le vile crotale.

Je suis consciente que mes gestes peuvent lui faire mal, mais ne rien faire pourrait lui être encore plus néfaste j'en suis presque persuadée, et puis, je ne réfléchis pas je me laisse guidée par mes instincts et me focalise sur lui. Baissant ma tête je tente de capter son regard, presque vide, il faut que j'y arrive, je dois trouver un moyen de le ramener vers moi, seul lui peut reprendre le dessus je ne peux que le guider, je ne peux respirer à sa place. Agis Nessa. Agis et vite ! D'une main j'attrape son visage entre le forçant à diriger son regard vers moi, du moins j'essaie. "Regarde moi … REGARDE MOI !!" De l'autre je dégage les pans de mon manteau, du châle qui m'enlace afin de dégager l'épiderme de ma gorge. J'attrape d'un geste vif l'une de ses mains et la plaque à la hauteur de mon cœur, bien à plat. Sa peau froide ne manque pas de faire frissonner la mienne mais je garde mes yeux, malgré la pénombre fixés sur les siens. Inspirant le plus profondément possible je tente de garder une respiration régulière. Je sais bien que respire lui fera mal, mais avant qu'il ne puisse trouver une manière de le faire sans ressentir trop de douleur, il va falloir que tout son être se calme.

Je ne sais pas si ce que je fais fonctionnera, je n'en sais foutrement rien, tout ce que je sais c'est que, qui qu'il soit, frère d'arme ou Rahjak pourri jusqu'à la moelle je ne le laisserai pas crever là ! "Tu sens le rythme ? Essaie de le suivre avec ta respiration, je sais que tu dois avoir mal à en crever, mais si tu veux pas y rester il va falloir que tu m'aides, pour que je puisse t'aider moi aussi !" Je réalise qu'après tout il peut très bien me repousser, se débattre et se faire encore plus de mal, mais au moins je dois tenter de faire quelque chose !



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13/09/2016 Anticarde 2089 Evan Peters fassylover (avatar) - soeur d'armes (crackship) - Tumblr (gif profil + signe) Sorcier - Médecine & apothicaire spécialité Poison. 89
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Sujet: Re: Sous les yeux de Jupiter.
Dim 27 Nov - 17:05

L'angoisse est comme la cage d'un animal de foire. Trop petite. Si froide. Faite de barreaux qui vous décalquent les chairs et vous révèlent au monde entier dans tout ce qui fait votre essence secrète. Vos peurs primales. Vos faiblesses inavouées. Vos travers dépouillés. Votre folie flottante. Toutes ces tares qui vous composent et que vous drapez au quotidien de manières, de costumes et de colifichets, de garde-fous, toutes ses tares là se retrouvent nues, bradées, enserrées les unes contre les autres, exposées comme des bêtes difformes au regard du monde. Cassian étouffe. Cassian implose. Tout ne fait que s'accélérer, palpiter, tressaillir dans son crâne, dans sa peau, dans ses nerfs. Son coeur. Sa respiration. Le flux de ses pensées insanes. La course de ses monstres hallucinés. Autour de lui, le présent ressemble à une horde de décibels, à un mer démontée, à une tempête sans phare. Les horizons s'emmêlent, sinusales, anarchiques, sismiques. Les couleurs de la nuit se fondent en une noirceur syncopale qui empoisse ses pensées. Il faudrait qu'il explose, pour que tout ça cesse. Il faudrait que son corps se disloque pour échapper aux barreaux de sa cage thoracique. Il faudrait qu'on pulvérise cette vulgaire enveloppe pour qu'il puisse s'escamoter à l'état de poussière, pour qu'il s'échappe, happé par l'univers.

La serpe vole. Le fracas métallique retentit longtemps entre ses tempes, si bien qu'il a l'impression de capter les ultrasons de gouffres parallèles. Ses traits se crispent, d'ailleurs, comme si ces aigus vrillants lui étaient insupportables, comme s'ils se déformaient en longues criées inhumaines, reptilitennes, bifides, comme s'il les entendait réellement. Il se prendrait la tête dans l'étau de ses mains s'il le pouvait, s'il n'était pas entravé par une étreinte ferme. Une main vient extraire son visage des ombres bleues, le rend à l'éclat lunaire. Son regard spectral se noie alors dans les prunelles au sombre acajou de la guerrière. Sa silhouette gracile, penchée sur lui, se détache péniblement des noirceurs déchiquetées qui scarifient le monde de Cassian. Elle, semble un point fixe, un repaire fait d'os et de chair, immobile et fiable alors qu'autour d'elle déferle l'énergie de ses cauchemars, le souffle furibond de ses angoisses blanches. Elle ne voit pas, elle, tout ça. Elle est aveugle aux tentacules de l'entremonde. Elle vit dans l'ignorance des monstres, qui se terrent dans les ombres, des diables, qui se cachent dans les coeurs violents, des fantômes, qui murmurent à l'oreille des âmes mortes. Elle l'appelle, du haut des piémonts de la réalité. Il l'entend à peine, depuis le fond du précipice. Tous ses sens sont assourdis, éblouis, brûlés vifs. Même la douleur de son squelette bigorné semble s'être dissoute dans la flambée de sa psychose.

Doucement, une onde de chaleur remonte dans ses doigts, dans sa main, dans son bras. Sa paume, comme rivetée à la poitrine de l'enfant des montagnes, il ne peut que recueillir au plus profond de sa chair l'écho de sa respiration à elle, le rythme indolent qu'elle lui imprime, un balancement modéré qui vient engourdir les tressauts de ses poumons lardés. Reconnaissant ? Non. Furieux. Si ses angoisses n'avaient pas sur son corps l'emprise d'un sarcophage de glace, sans doute lui aurait-il déjà bondi au visage pour lui arracher cet expression apitoyée qui lui fait horreur. Flottant sur ses pupilles noires, le vide transi et fébrile des bêtes enragées. L'atmosphère s'électrise... avant qu'une étrange alchimie ne surgisse. Infime volute de sérénité, elle naît dans son ventre, se déploit comme des arabesques d'encens, se met à drainer doucement le sang boueux et acide qui le minéralisait jusqu'alors. Peut-être bien que quelque part, une partie de lui lui prête une oreille attentive, une minuscule partie dont il n'a rien pressenti. Sa colère en est comme fauchée, déstabilisée, cisaillée à la racine. Dans sa chamade effrenée, voilà que son coeur se met à céder du terrain, que ses poumons abandonnent leurs soubresauts incultes pour retrouver rien qu'un soupçon de régularité. La douleur de ses côtes revient également. Moins poignante. Moins aiguë. Moins envahissante. Mais terriblement profonde. Une respiration hachurée de gémissements acides. Un court répit, néanmoins, qui lui rend une partie de ses esprits. Juste ce qu'il faut pour.... réagir.

Un réflexe bestial. Sa main, échouée sur le coeur de la guerrière, s'envole sans préavis, vive comme un oiseau de proie. Il la saisit à la gorge, la fauche, la propulse contre la paroi et l'accule à son tour dans la concavité où c'était lui, qui se blotissait, quelques secondes plus tôt. Ses doigts se resserrent sur la gorge palpitante. Il sent sur son visage les éclaboussures éthérées du souffle penaud qui fuit les lèvres charnues de la guérisseuse. La guérisseuse. Cassian, c'est une guérisseuse. Elle t'a... Il resserre sa prise. Il sent qu'il pourrait lui briser son échine déliée de gazelle. Mais c'est elle qui t'a... Contre ses phalanges, il sent artères et veines se congestionner sous des impétueux remous sanguins. Douce symphonie sensitive. C'est elle qui t'a ramené. Ici. Dans la réalité. Comment pourrait-elle te vouloir...  Attaquer avant d'être attaqué. C'est ce que disent les monstres. C'est la certitude qu'ils ont dilué dans ses entrailles. Te vouloir du mal ? Du mal après ça ? Il sent sa propre gorge se serrer. Nul ne l'étrangle, pourtant, lui. Il sent sa propre gorge s'assécher. Il ne manque pourtant pas d'oxygène. Ses doigts tétanisent, sur la gorge de l'Athna, à défaut d'affermir l'étau. Sa prise se relâche. D'un seul cheveu. Il semble hésiter, entre la tuer et partir en courant. Il reste glacé, devant une indécision qui semble plonger son bras tout entier dans un bain d'acide. Ses yeux hagards se gorgent de batailles de fumées. Très lentement, il referme sa main libre sur son poignet figé. Et c'est non sans un rictus farouche qu'il ramène à lui son bras offensif, comme si sa main meurtrière était douée d'une volonté propre, comme si une gangrène douloureuse était en train de lui ronger les chairs. Il la relâche, la petite Athna. Garde sa propre main contre sa poitrine. Comme s'il lui soupçonnait des envies de récidives, comme s'il ne voulait pas la perdre complètement. La tête baissée, les yeux clos, plus que jamais, il sent le froid de la montagne souffler dans sa nuque.

"Je... voulais pas." Chuchote t-il en aparté, à lui-même, à la guérisseuse.

Et aux Monstres.
 

Sous les yeux de Jupiter.

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