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˜˜˜˜˜˜Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
maybe life should be about more than just surviving


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06/02/2016 656 Ben Dahlhaus Schizophrenic (ava) ; anaëlle (signa) ; Oreste ♥ (gif) Cartographe & Apprenti manipulateur d'armes 14


Sujet: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Sam 10 Sep - 23:31


Isdès & Atlas

nos préjugés sont les barreaux de nos prisons


Un pont se dessine à travers l’épais rideau de brume, droit devant toi. Une construction qui te met mal à l’aise. Tous tes sens en alerte pour pallier à ta visibilité réduite, tu retiens ton souffle et t’approche prudemment du passage en bois. Plissant les yeux, tu tentes de déceler un autre passage dans les environs. Mais rien ne se trouve dans les quinze mètres dans lesquels ta vue a encore une utilité. Seul le bruit incessant de la rivière t’indique le chemin à suivre. Elle s’étend jusqu’à l’autre bout de la forêt, serpentant à travers les arbres, formant une nette coupure entre deux étendues de terre. Il n’y a que deux façons de se rendre de l’autre côté : nager ou emprunter un passage surélevé. Ne sachant pas nager, terrifié à l’idée qu’un monstre aquatique te prenne pour cible, tu n’as d’autre choix que de traverser en passant par le pont. Les épaisses volutes blanchâtres qui stagnent autour de toi teintent le paysage d’une dimension fantomatique. La traversée te paraît encore moins rassurante. Pourtant, si tu ne te lances pas, tu devras faire demi-tour. Rejoindre le camp, sa désolation et ses occupants apeurés. Cette ambiance de deuil, tu préfères t’en tenir éloigné pour le moment. Aussi as-tu quitté ton groupe sur le chemin du retour. Après votre séjour au sein de la tribu des Pikunis, tu as laissé tes semblables rentrer comme ils étaient arrivés. Sans toi. L’idée d’être porteur de bonnes nouvelles et d’aide matérielle pour la reconstruction du campement t’a longtemps fait hésiter. Le retour du petit groupe va être salué dignement, et faire naître nombre de sourires sur les visages creusés d’angoisse suite au tremblement de terre. Sans doute l’ambiance au campement sera-t-elle plus chaleureuse que tu ne l’imagines. Mais tu n’as pas envie d’affronter les traces de chagrin qui resteront encore longtemps. Alors, plutôt que de rentrer chez toi, tu as suivi un chemin différent de celui des tiens, les laissant sous la bonne garde de quelques Terriens aidant au transport de votre récompense en échange de votre aide. Rien de mauvais ne leur arriverait en ton absence. Toi, tu as préféré écouter ta soif d’aventure, qu’on ne tarit plus ces derniers temps. Profitant d’être éloigné du camp, tu as voulu explorer les environs. Seulement, tu n’avais pas prévu qu’en s’évaporant, la pluie tombée la veille allait créer un tel barrage de coton insaisissable. Impossible de profiter du paysage. Impossible de se repérer correctement. Les quelques cartes que tu as emportées avec toi ne sont pas suffisantes dans un environnement pareil. Tu reconnais malgré tout le pont figurant sur le morceau d’écorce. Sans doute celui qui te fait face et te dérange tant. Tu n’es donc pas perdu. Reste à savoir si tu vas continuer tout droit, ou n’écouter que tes craintes et opter pour un autre chemin.

Le temps d’atteindre la construction de bois t’est suffisant pour prendre une décision. Tu iras de l’autre côté de la rivière. Il serait idiot de se laisser noyer dans cette peur incontrôlable, alors qu’hier encore tu étais entouré de Terriens. De plus, la brume devrait masquer ta silhouette. Tu ne seras pas si à découvert que ça. Debout sur ce pont, tu ne seras la cible de personne. Les alentours sont calmes et personne ne semble se trouver dans les environs. Il n’y a que toi, debout dans la grisaille, à combattre silencieusement tes craintes sourdes. Sans plus tarder, tu te mets en mouvement, décidant que tu as perdu assez de temps comme ça. Malgré tes efforts, ton inconscient te pousse à ralentir l’allure et à poser tes pieds sur les planches de bois avec délicatesse, pour faire le moins de bruit possible. Ce n’est qu’une fois que tu as parcouru plusieurs mètres de l’autre côté que tu t’autorises à respirer normalement. Plus de peur que de mal. Tu peux poursuivre ton exploration avec un rythme cardiaque plus proche de la normale.

Tu ne rencontres personne sur ta route. Pas l’ombre d’un Terrien, ni trace animale dans les parages. Le ciel gris et l’atmosphère lourde ne favorisent pas les errances sans but. Toi seul t’y livre, sans folie ni obsession, simplement pour satisfaire ta curiosité, qui te commande de parcourir toujours plus de cette Terre hospitalière. Tu voudrais en découvrir chaque coin, chaque recoin, chaque détail. Tu veux en sentir chaque odeur, voir toutes les nuances de ses couleurs, goûter tout ce qu’elle a à te proposer. Le mystère qui l’entoure t’est insupportable. Tu veux à tout prix le percer. Te familiariser davantage avec cette planète dont tu as encore l’impression, même deux ans après ton débarquement, de ne rien connaître. Tu ne sais pas quelles histoires elle a à te raconter. On t’a bien dit des choses sur cette catastrophe vieille de cent ans, mais tu n’y étais pas. Tu ne l’as pas vécue. L’horreur des propos qu’on te tenait suffisait à satisfaire ta curiosité sur le sujet. A présent que tu vis sur cette planète, théâtre des pires monstruosités, les récits qu’on a pu te faire à son sujet te semblent irréels. Ils ont aussi peu de corps que cette certitude qu’avaient les adultes sur le caractère inhabitable de la planète. Ils se trompaient, là aussi. Peut-être se sont-ils fourvoyés sur beaucoup plus. A force d’être répétées, les histoires finissent par perdre de leur vérité, par être modifiées, selon leurs conteurs. Cent ans après les faits, il se peut qu’ils aient été dénaturés. Qu’on t’ait conté une version toute autre de la réalité. Aussi t’obstines-tu à graver chaque jour la réalité telle qu’elle est aujourd’hui dans ta mémoire. Seul ce que tu vis est réel. Le reste n’est qu’histoires plus ou moins véridiques.

Le temps n’est plus qu’une abstraction. Privées de toute technologie, les étoiles tombées du ciel n’ont plus aucun moyen d’indiquer l’heure exacte depuis leur arrivée. Comme les Terriens, vous ne disposez plus que du cycle du soleil pour vous repérer. Ce dernier étant masqué derrière d’épais nuages, tu ignores combien de temps tu mets pour parvenir dans ce qui semble être un village à l’abandon. Les arbres se raréfient pour laisser place à des décombres de pierres d’un gris noirâtre. La végétation semble avoir repris le dessus sur ces bâtiments d’un ancien temps. Tu t’enfonces un peu plus dans ce qu’il reste de ce village, restant sur tes gardes en dépit de ta fascination pour cet univers. Les constructions ont été ravagées, suite à des explosions sans doute. De nombreux cadavres de pierre se trouvent loin de toute masse à laquelle ils auraient pu être reliés. Dévorés par la mousse, il semble se rendre à la terre, maîtresses absolue des lieux. Tu remarques un angles droit qui tient encore debout, sans doute un coin formé par deux murs abritant autrefois une famille. Tu te demandes à quoi pouvaient ressembler les familles d’antan. Tu as été surpris de constater que les Terriens se passaient de technologie. Ils n’en possèdent aucune. Sur l’Odyssée, vous en étiez complètement dépendants. Tout était informatisé. Tu ignores comment un tel écart a pu se creuser entre la Terre et le ciel. Les gens du ciel provenaient pourtant de la même planète que les Terriens que vous avez retrouvés à votre arrivée. Peut-être ont-ils choisi de ne pas reconstruire les machines par peur de voir se reproduire une nouvelle catastrophe. Tu trouves cette hypothèse peu crédible. Accorder à chacun d’avoir une montre à son poignet n’aurait jamais de conséquence aussi grave. Mais tu n’étais pas là. Tu n’as pas connu de famille ayant péri de façon aussi abominable. Cette ignorance te fait voir les choses différemment de ceux qui sont restés en enfer.

Tu savoures cette solitude nouvelle. Après quelques jours passés en compagnie des Terriens et des tiens, te retrouver seul te permet de te ressourcer un peu. Parcourir un village détruit depuis un siècle contraste furieusement avec  ton séjour parmi les Pikunis. Leur village, bien que ravagé par le récent tremblement de terre, n’a rien à voir avec ce qu’il reste de celui-ci. Ici, tout est mort. Plus aucune vie n’anime les lieux. Le silence est si pur qu’il en devient oppressant. Pas de rires, pas de chants, pas de musique pour danser le soir. Personne ne se donne la peine de retaper les lieux pour redonner aux habitations leur splendeur d’antan. Et quand tu effleures les décombres de tes doigts timides, tu ne ressens rien. Ni chaleur, ni vibrations. Rien qu’une surface froide, terreau fertile duquel la vie renaît. Plus rien n’a de forme. Les lieux de vie ne sont plus que des tas de pierres à l’abandon. Difficile de s’imaginer à quoi ressemblaient les habitations de l’époque. Elles ne sont plus que des décombres épars, recouverts de mousse et se noyant dans la brume.

Les lieux suintent le désespoir. Il est dans la destruction, dans l’abandon, dans l’oubli de l’endroit. Et pourtant, tu t’y attardes. Toi qui as refusé de retourner au campement pour ne pas faire face au malheur post-apocalypse, tu t’installes sur un tas de décombres informes et admires les lieux en silence. C’est un lieu historique. Un fragment d’un passé que tu n’as jamais connu, jamais éprouvé, sur une planète que tu n’as pas connue à l’époque. Ces maisons abritaient-elles des scientifiques travaillant sur le nucléaire ? Les coupables de la destruction d’une bonne partie de l’humanité ? Ou bien étaient-elles peuplées de civils innocents qui n’ont rien vu venir ? A ces pensées, ton cœur se serre de chagrin. Pour te divertir, tu extirpes de ton sac quelques abricots, et entreprends de te remplir l’estomac. Tu savoures le jus sucré des fruits cultivés et offerts par les Pikunis. Dans quelques années, vous aussi pourrez peut-être cultiver vos propres fruits, sans avoir à vous courber pour les ramasser dans la nature sauvage. Vous aussi pourrez peut-être manger ce que vous-mêmes produirez. L’arrivée de petits poussins sur le camp te donne cet espoir. L’aide fournie par les Pikunis le nourrit davantage. Vous allez peut-être arrêter de survivre. Et enfin vivre.

Tu déniches un petit caillou parmi les décombres et, machinalement, tu te mets à griffonner sur une pierre plus grosse. Ton caillou laisse des traces blanches sur son passage sur la surface noire. Tu aimes assez peu cette façon de dessiner, trop peu pratique à cause de la forme de l’outil. Contrairement au stylo ou au crayon, taillés pour une bonne prise en main, le caillou gêne et met mal à l’aise. Mais c’est tout ce que tu as à portée de main, alors tu t’en satisfais. Tu traces des marques blanches sans leur donner de sens précis, écoutant seulement ton envie de dessiner quelque chose. De marquer la pierre, même si le résultat ne ressemble à rien. Tu t’appliques à tracer des lignes sans aucun lien avec leurs voisines. Peut-être prends-tu simplement plaisir à voir s’éclaircir cette surface si sombre. Comme si l’espoir pouvait en renaître.

Absorbé par ta tâche, tu n’entends pas de petits cailloux rouler sur d’autres, mis en branle par une épaisse semelle, les oreilles déjà occupées par les frottements de tes outils l’un contre l’autre. Tu ne vois pas non plus l’ombre s’approcher, pourtant imposante. Tu ne peux que constater la présence de la silhouette à quelques mètres de toi alors que tu relèves les yeux. Il est là. Immobile, menaçant, ses yeux noirs et furibonds refusant de te lâcher. La gorge serrée, tu soutiens son regard, réalisant lentement que tu reconnais cet homme. Sa solide carrure, l’épaisse tresse noire qui s’écrase sur ses larges épaules. Cette masse compacte contre laquelle tu as fait l’erreur de te cogner il y a quelques jours à peine. Ce regard brûlant de haine qui avait soutenu les menaces qu’il proférait. Cet homme t’a-t-il suivi depuis ton départ du village ? A-t-il finalement mis sa menace à exécution, surveillant où tu mettais les pieds ? Cette idée te souffle net. Pour quelle raison ce colosse aurait-il voulu te pister ? Te suivre à la trace ? Et comment se fait-il que, pas une seule fois, tu ne l’aies repéré ? Malgré la fraîcheur environnante, il te semble avoir très chaud, d’un seul coup. L’adrénaline réchauffe ton sang. Tu sens que si l’homme est là, ce n’est pas parce qu’il est animé de bonnes intentions. Osant à peine respirer de peur de le froisser, tu ne bouges pas, attendant qu’il manifeste plus clairement ses intentions. Mais inconsciemment, tes doigts se sont fermement resserrés autour de la pierre striée de marques blanches. Plus lourde que le petit caillou, elle fera une meilleure arme de défense. Et ton corps est tendu à l’extrême, au cas où tu devrais brusquement te mettre à courir pour prolonger ton espérance de vie.


AVENGEDINCHAINS

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06/05/2016 Dandan/Sonia 250 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 50


Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Dim 25 Sep - 18:48

run, boy, run
This world is not made for you

Il était temps de rentrer. Isdès avait fait son devoir, les 100 avaient fait leur bonne action du mois. Chacun pouvait désormais vaquer à ses occupations premières qui différaient sans doute. Alors que le peuple du ciel était reparti avec des vivres et des récompenses pour le labeur durement exécuté, l’Athna lui n’était reparti avec rien d’autre que son amertume. Depuis quand payait-on pour un service ? Depuis quand les Pikunis cédaient-ils des vivres pour des personnes avec lesquelles elles étaient censées vivre en paix ? Si les Skaikru voulaient tant s’intégrer à la vie sur Terre et échanger avec les Terriens, pourquoi ne se pliaient-ils pas à leurs traditions ? Le troc était la seule monnaie d’échange, sinon la solidarité était la meilleure des raisons pour leur venir en aide. Si on ne leur avait rien promis, seraient-ils venus tous, en si grand nombre ? Auraient-ils usé leur propre sueur pour un toit qui n’était pas le leur ? Isdès n’en était pas certain et la mine réjouie des adolescents repartant avec la charrette pleine avait alimenté la bile de la méfiance. A ces pensées, les paumes épaisses se refermaient nerveusement sur les rênes de son cheval. Celui-ci ne bronchait pas, son pas calme accompagnant la démarche lourde de son cavalier. Il y avait un peu de route et tant qu’il avait de l’énergie, Isdès préférait ménager sa monture. Il y aurait suffisamment de hauteur à gravir lorsqu’il atteindrait les paysages familiers de son camp. Contrairement à l’équidé, sa buse, elle, se montrait plus agitée. Habituellement une statue de marbre qui attendrait les ordres de son maître, ses yeux furetaient de droite à gauche tandis que ses serres trépignaient, labourant l’épaule de l’homme. Elle agissait ainsi quand elle sentait la présence d’un inconnu – d’un intrus plutôt. Isdès n’était pas un bon pisteur simplement par ses propres compétences, il y avait aussi sa buse, son modèle unique, qui lui conférait un avantage considérable sur les autres. Sa buse était ses yeux et ses oreilles, le prolongement de ses sens. On ne trompait pas l’ouïe d’un oiseau et certainement pas la vue d’un rapace. Jusqu’ici, elle s’était contentée d’observer mais une fois qu’elle eut émis un piaillement distinct, Isdès comprit que la présence représentait désormais une menace.

L’instinct du pisteur refit enfin surface. C’étaient toujours les mêmes réflexes. D’abord, il stoppa sa marche calmement avant de scruter son environnement. A vue d’œil, il était à mi-chemin entre le campement Pikuni et son village. La végétation était encore épaisse et la roche encore trop peu présente. Il avait traversé plus tôt la rivière puis il avait passé les ruines des bâtisses qui n’appartenaient pas à son époque. Il avait alors bifurqué vers le nord, là où la route deviendrait de plus en plus escarpée au fur et à mesure que la forêt se raréfierait. Mais il n’avait pas dû faire un kilomètre à peine depuis, avant que la buse ne devienne suspicieuse. En résumé, il était au milieu de nulle part, sur la terre de chacun mais sur le territoire de personne. Il n’y avait aucune raison pour qu’il y ait âme qui vive : les Rahjaks voyageaient plus au sud pour ne pas prendre de risque et personne n’était destiné à rejoindre le camp Athna aux dernières nouvelles. Alors ça venait de derrière lui, de la même route qu’il avait empruntée en quittant les Pikunis. Il rebroussa alors chemin lentement, le plus silencieusement possible jusqu’à apercevoir, entre les troncs, les pierres érigées qui avaient autrefois abrité des vies. Là, la buse s’envola entre les arbres. Isdès n’eut pas à prêter attention longtemps car il entendit les premiers bruits inhabituels : des légers à-coups sur la pierre. La pierre qu’on cognait, qu’on frottait à une autre. Ce son-là, il le reconnaîtrait entre mille parce que ce minéral constituait son habitat naturel. Ca ne pouvait être que l’œuvre de l’humain. Il noua alors les rênes de son cheval au tronc le plus proche. Il se contenta d’un double nœud, sachant pertinemment que personne n’aurait le temps de le défaire avant de se prendre une hache entre les deux yeux. Après l’attention, ce fut le tour de l’action. La hache aiguisée dans sa main gauche, l’oreille alerte et le pas discret, Isdès se mit en chasse. Malgré sa carrure imposante, il avait appris à se faire silencieux. Il avait appris à mettre ses pieds là où les branches ne craquaient pas, là où ses semelles ne laissaient pas de trace. Au bout d’une minute à peine, il écarta les derniers branchages pour découvrir au loin la silhouette aux cheveux longs griffonner à même la roche. Et la surprise se mêla à la colère quand il reconnut le dénommé Atlas qui l’avait bousculé quelques jours plus tôt. Que faisait-il là, si loin du camp des survivants ? Contrairement à ceux-là, Isdès n’était pas du genre à se poser des questions trop longtemps. Profitant de l’absence du garçon, il s’approcha, le pas déterminé.

Il aurait pu le planter avant même qu’il ne s’en rende compte. Pourtant Atlas finit par lever les yeux et tomber sur sa silhouette de muscles tendus et de poings serrés. « Toi. » lâcha-t-il, la lèvre frémissante. Au lieu du doigt accusateur, ce fut la lame de sa hache qui se leva en sa direction. Il n’avait pas le droit d’être aussi calculateur, aussi fourbe. Les Terriens s’affrontaient, ils ne prenaient pas par derrière. « Pourquoi, tu me suivre ? » Qu’espérait-il ? Le délester de son cheval ? Atteindre les montagnes Athnas ? C’était la mort qui l’attendait. Le regard d’Isdès finit par remarquer la pierre serrée dans sa paume, la pierre qu’il n’avait pas lâchée en le remarquant. Il était donc prêt à frapper cette fois-ci ? Il ne fuirait pas comme il l’avait fait devant tout le monde ? Sans lui donner le temps de répondre, le corps épais se déplaça, vif, vers celui d’Atlas. Il laissa tomber sa hache qui vint se planter dans le sol. D’une poigne ferme, il l’agrippa par le tee-shirt et le plaqua violemment contre un arbre. Il était prêt à se battre à mains nues si c’était ce qu’il souhaitait. « Tu veux frapper ? » baragouina-t-il, les yeux tueurs. Entre quatre yeux, face à face. Une véritable confrontation de Terriens. Il remarqua alors qu’Atlas faisait presque sa taille, chose rare, même si la carrure n’était pas la même. Ses cheveux, beaucoup plus clairs que les siens, étaient à peine plus courts. Néanmoins, il ne portait aucune marque semblable à ses tatouages bleus. Il n’avait tué personne. C’était une version pâle de lui-même, et alors Isdès prit conscience qu’il n’était pas unique.


Dernière édition par Isdès Hakantarr le Dim 22 Jan - 20:15, édité 1 fois

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06/02/2016 656 Ben Dahlhaus Schizophrenic (ava) ; anaëlle (signa) ; Oreste ♥ (gif) Cartographe & Apprenti manipulateur d'armes 14


Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Sam 22 Oct - 23:15


Isdès & Atlas

nos préjugés sont les barreaux de nos prisons


L’imposante silhouette reste de marbre, comme si elle digérait elle aussi la surprise de cette rencontre inopinée. Immobile, mais frémissante des pieds à la tête. Comme si l’homme vibrait d’une fureur contenue. Une supposition que vient soutenir son regard d’un noir d’encre, empli de haine et de violence mêlées. Sa voix tonne soudain, déchirant le silence comme un éclair anéantissant la quiétude d’un ciel d’été. Un mot. Un seul. Il tombe comme un couperet, sec et tranchant, prononcé d’une voix tremblante et pleine d’émotions sombres. Une reconnaissance. Plus encore, une menace. L’homme lève sa hache dans ta direction dans un geste violent mais précis. Nul doute qu’il sait se servir de cette arme mortellement tranchante. Toi, tu ne sais pas te battre. Tu as récupéré tes couteaux lorsque tu as quitté le village Pikuni, et tu as une pierre dans la main. Rien de bien intimidant. Tu ne sais te servir ni de l’un, ni de l’autre. Le boucher qui te fait face t’aura décapité trois fois avant que tu aies le temps de dégainer quoi que ce soit. Tu sens ta gorge se serrer, ton cœur battre rapidement. Une intense sensation de malaise parcourt ton corps tendu à l’extrême. Cette sensation, tu la connais. C’est une peur paralysante, une peur de l’inconnu, de celles qui reposent sur de cruels fantasmes, des chimères qu’on ne veut pas voir prendre vie. Mais le danger qui te fait face est fait de chair et de sang. Aussi ta peur prend-elle corps avec lui. Elle t’enveloppe de façon nouvelle, se colle à ta peau comme une doublure suintante et désagréable. Elle prend vie. Elle est là, tangible, palpable, sauvagement accrochée à ta gorge qu’elle menace de déchirer, à tes poumons qu’elle menace d’étouffer. Elle s’accentue encore alors que le géant reprend la parole dans un grondement guttural, sans se défaire de son arme.

- Pourquoi, tu me suivre ?

Son évidente mauvaise maîtrise de ta langue rajoute à l’aspect terrifiant de ce qu’il profère de sa voix grave. Ses phrases sont courtes, sèches, trouvent tout juste leur sens dans l’assemblage succinct de mots simples. Pendant un court instant, tu n’es sensible qu’à la sensation de terreur qui en émane. Puis te parvient ensuite le sens de ses paroles brèves. Le suivre ? Tu étais pourtant certain que c’était lui qui avait pris un sournois plaisir à te pister. Après tout, lui aussi était au village, quelques jours auparavant. Pourquoi l’aurait-il quitté, si ce n’est pour retrouver ta trace, ici et maintenant ? L’étonnement, l’incompréhension, l’appréhension t’empêchent de formuler une réponse digne de ce nom. Tes lèvres restent scellées, refusant de laisser s’échapper tout ce qui pourrait être interprété comme une provocation. Tu espères que ton silence apeuré suffira à exaspérer le colosse, et qu’il te laissera tranquille, sans planter sa hache droit dans ton cœur. Depuis ton arrivée sur Terre, tu redoutes ce moment. Toi qui as toujours tout fait pour te tenir à l’écart des Terriens et de la sauvagerie qui fait leur renommée, te voilà pris au piège, seul face à un golem enragé qui n’a pas l’air de vouloir te laisser la vie sauve. Croyant que certains pouvaient se montrer tout aussi humains que toi, tu as baissé ta garde. Trop rapidement, trop violemment. Toi qui tremblais de peur à l’idée de rencontrer un natif de la planète, tu as accepté de prêter main-forte à un village tout entier, trouvant le courage de vivre parmi eux. Et, l’espace de quelques jours, tu as cru que ça pouvait marcher. Qu’une entente cordiale était réellement possible. Tu t’es laissé bercer d’images contraires à celles qui barricadaient ton âme, acceptant finalement de voir en ces guerriers féroces la même part d’humanité que celle qui anime les étoiles tombées du ciel. Grave erreur. Car le guerrier qui te fait face n’a rien d’humain. Le visage déformé par une rage bouillonnante, la main tremblant autour du manche de sa hache, il n’est animé que par la soif de sang. Et puisque c’est le tien qu’il a décidé de faire couler, il va falloir lui faire face. Tu as échappé à la guerre. Mais le destin semble décidé à mettre ta vie en péril, comme avec tes camarades morts au combat.

Le regard flamboyant de bestialité dévie légèrement. Il quitte ton visage pour se poser, un quart de seconde à peine, sur ta main. Ta main serrant étroitement la pierre comme une source de réconfort, comme un filin te raccrochant à une vie trop précieuse pour que tu la perdes maintenant. Sans y réfléchir davantage, la massive silhouette du colosse fend l’air avec une rapidité insoupçonnée, pour arriver à ta hauteur. La lame d’acier qui te menaçait de sa force brute se plante dans le sol avec un bruit mou, tandis que le géant te saisit brusquement par le col. Tu ne le vois pas venir. Il te soulève légèrement de terre et te plaque contre le tronc d’un arbre voisin, sans ménagement. Ses gestes crispés, ses lèvres retroussées, ses muscles tendus ; tout indique en lui une furieuse lutte contre son envie de te détruire sur-le-champ. Le peu de raison qui subsiste en cet animal féroce te permet d’entrevoir un léger espoir. Un espoir de courte durée.

- Tu veux frapper ?

Tant d’émotions sauvages se mêlent dans sa voix qu’aucune ne parvient réellement à sortir de cette gorge épaisse, étranglée par la rage qui pulse dans le corps du guerrier. Les yeux emplis de haine pure te vrillent d’éclairs pourfendeurs qui te glacent le sang. Son visage est si près du tien. Vos nez s’effleurent presque. L’haleine chaude et putride qui réchauffe tes joues et s’insinue dans tes narines semble émaner de la gueule d’un monstre. Tu voudrais fermer les yeux et attendre que le cauchemar prenne fin. Tu voudrais te réfugier dans un lieu sûr, et laisser la mort loin derrière. Comme quand tu étais un petit garçon. Mais le petit être qui se cachait au creux des bras de sa mère après un rêve trop perturbant a bien grandi. Il n’a plus de maman, aujourd’hui. Seul le poids de la culpabilité qui pèse sur ses larges épaules d’homme témoigne encore de son existence passée. Aujourd’hui, le solide gaillard que tu es doit faire face au danger, seul. Impossible de se cacher pour pleurer, pour regretter. Il n’y a personne pour te venir en aide. C’est toi contre lui. L’enfant du ciel contre le guerrier des montagnes.

Tu sens son regard perçant te transpercer de parts en parts, comme s’il t’étudiait. Comme s’il te regardait véritablement pour la première fois. Tu n’en serais pas étonné. Lors de votre rencontre, la pluie formait un véritable rideau trouble, amenuisant votre visibilité à tous les deux. Aussi est-ce la première fois que tu le regardes également. L’homme est grand, un peu plus que toi encore. Solidement bâti, la peau dorée par le soleil, les cheveux d’un noir de jais tressés en une natte qui s’écrase lourdement sur ses épaules. Ses muscles saillants sont sillonnés de veines épaisses qui se dessinent sous l’effort. L’espace d’un court instant, tu te demandes comment on peut te confondre, toi, le timide poète, avec cette boule de fureur incandescente. Seule la violence semble encore l’animer. Ses dents jaunies, le rideau sombre de ses cheveux, son corps tout en muscles, la haine qui l’habite, sa bestialité surdéveloppée ; aucune de ces caractéristiques ne se retrouve en toi. Tu n’as rien à voir avec les Terriens. Tu n’as rien à voir avec ces monstres assoiffés de sang chaud, avec ces barbares qui détruisent tout ce qu’ils touchent. Tu n’es pas intimidant, tu n’inspires pas la peur. Pourtant, nombre de tes compagnons d’infortune semblent penser le contraire. Ils te voient comme l’ogre qui dévore les enfants une fois qu’ils sont endormis. Ils te voient comme le bourreau qui se nourrit des cris de terreur de ses victimes. Ils te voient comme le lointain cousin de ces Terriens sanguinaires, trop heureux de les avoir retrouvés après le débarquement. Certains aiment à raconter que tes expéditions ne sont qu’une excuse pour retrouver ta famille de sauvages, avec lesquels tu savourerais la mort et la destruction. Bien que la légende soit née il y a deux ans déjà, elle t’est toujours aussi blessante. Toi, l’homme calme, réfléchi et profondément gentil, qui n’a jamais frappé personne, ne peux pas comprendre qu’on puisse t’associer à ce genre de comportements violents. Même les apparences ne te rapprochent pas des Terriens. Il n’y a qu’à voir celui qui te fait face, salivant de rage et de dégoût tel un animal affamé. Son visage, déformé par la rage, a perdu toute son humanité. Tu ne peux pas accepter la ressemblance avec un tel animal. Son attitude intime le respect et l’obéissance. Devant un tel masque de fureur, tu te sens prêt à baisser les yeux et à te rendre. Pourtant, tu n’en fais rien. Tu soutiens le regard fulminant, refusant de voir passer dans ces iris faits de ténèbres la moindre lueur de satisfaction. Tu ne te montreras pas faible. Tu veux cacher cette peur qui te dévore, te paralyse, t’asphyxie. Cet homme enragé semble croire que tu lui es inférieur, et qu’il peut t’intimider à loisir. Tu refuses d’être son jouet. Tu ne te laisseras pas écraser. Pas sans riposter.

Alors, sans quitter des yeux les orbites adverses, tu lèves ta main vide, lentement mais avec fermeté. Ton regard se durcit, en réponse à celui de la brute, implacable. Tes doigts, si minces et si fragiles en comparaison de ceux qui enserrent le col de ton tee-shirt, viennent se refermer avec conviction autour du poignet du Terrien. L’adrénaline t’octroie une énergie nouvelle, insoupçonnée. Tu pourrais soulever des montagnes, si c’était nécessaire à ta survie. C’est ton instinct qui te dicte la marche à suivre. Il t’offre l’accès à toute l’énergie et la force dont tu auras besoin pour sortir vivant de cette clairière pleine de décombres. Tu trembles sous l’effet de cette énergie infinie qui se libère dans ton corps entier. Il ne t’est pas facile de le dissimuler. Pas plus qu’il ne l’est de gérer la pression que tu exerces sur le poignet de ton adversaire. Tu ne veux pas le faire souffrir, simplement lui faire comprendre qu’il ne t’effraie pas été qu’il est temps pour lui de te relâcher. Mais une partie de toi te hurle de lui faire mal, de lui faire regretter de t’en être pris à toi. Tu mènes un intense combat contre toi-même durant quelques fractions de seconde qui te paraissent une éternité. Finalement, tes doigts resserrent leur étreinte et tu trouves le courage de forcer l’intrus à lâcher la prise qu’il exerce sur ton vêtement. Un instant décontenancé, l’homme ne semble pas apprécier. Pas du tout. Tu ne lui laisses pas le temps de réagir. Le sang pulse à tes oreilles, te rend sourd au monde extérieur. Tu ne réfléchis plus. Tu n’en as pas le temps. L’instinct prend le pas sur la raison. Pour que tu restes en vie.

Tes doigts, toujours fermement refermés autour du costaud poignet, raffermissent encore leur prise. D’un geste sec mais avec des mouvements d’amateur, tu te dégages du corps adverse, trop présent, trop proche, envahissant. Tu plaques le bras de l’homme dans son dos. Porté par une rapidité et une agilité que tu ne te soupçonnais pas, tu lâches le gros caillou qui te rassurait jusqu’à maintenant, et, de ta main nouvellement valide, tu dégaines l’un de tes couteaux. Tu orientes l’extrémité de la pointe en direction de la jugulaire de la machine de guerre, à quelques millimètres à peine de sa peau cuirassée. Tu respires bruyamment, comme si l’action t’avait coupé le souffle. Mais c’est la peur qui te noue le ventre et la gorge. Tu n’oses pas regarder dans sa direction, de peur de trop inspirer le colosse, mais tu sais que sa hache est plantée à quelques pas de lui. Lorsqu’il voudra se dégager de ton étreinte, il te brisera en mille morceaux. Le temps que tu te relèves, il aura déjà planté sa lame entre tes omoplates. Si la situation est actuellement à ton avantage, tu sais que ça ne vas pas durer. Menacer cet ogre te coûte suffisamment. Tu n’es pas sûr de pouvoir lui échapper deux fois. Alors, focalisant ton regard sur ton adversaire pour ne pas voir ta vie défiler devant tes yeux, tu tentes d’instaurer le dialogue. Pas avec les poings comme il y semble enclin. Mais avec des mots. Tu espères que sa maigre maîtrise de ta langue lui permettra de comprendre le message que tu veux faire passer.

- Je ne veux pas m’en servir, précises-tu avec un geste de la tête en direction de ton chétif couteau. Mais si vous ne me laissez pas le choix, je n’hésiterai pas.



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Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Mar 29 Nov - 23:36

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Une fois de plus, c’était l’instinct du combattant qui parlait. Si Isdès avait fait l’effort de débiter quelques mots en anglais pour se faire comprendre de l’intrus, il ne comptait pas en apprendre davantage sur lui. Il avait bien fait comprendre il y a quelques jours de cela, qu’il n’avait aucunement envie de nouer des liens avec des jeunes gens avec qui il ne partageait rien. Il ne partageait pas leurs valeurs, il ne comprenait pas leur façon de penser, pas plus que leurs actes. Il n’avait pas envie de jouer les bons samaritains et de feindre l’empathie. Ils n’étaient pas à plaindre. L’Athna aurait pu se contenter de l’indifférence, de l’ignorance que les relations cordiales entre Pikunis et les 100 lui imposaient, par extension. Mais c’était hors de question de laisser son espace vital se faire envahir par cet homme qui lui était terriblement antipathique. Il y avait tout en lui qui respirait l’hypocrisie, la fausse tranquillité. Il fallait toujours se méfier de l’eau qui dort et c’était un adage qui avait traversé les époques et les civilisations pour une raison bien précise. Lorsqu’il lui demanda pourquoi il marchait ainsi sur ses traces – il n’était même pas sûr qu’il ait les capacités de le faire – il n’eut droit qu’à un silence. Il lui avait montré qu’il pouvait comprendre quelques mots de sa langue à lui, de sa langue traître à ses ancêtres alors pourquoi ne pipait-il pas mot ? S’estimait-il trop supérieur pour daigner lui accorder quelques paroles ? S’estimait-il à rang égal maintenant qu’il avait fait sa bonne action auprès des Pikunis ? Isdès n’était même pas certain qu’il méritait tant de considération à son égard pour les quelques gravats qu’il avait portés. Il n’avait pas fait ses preuves sur Terre et tant qu’on ne s’était pas montré méritant, selon l’Athna, on ne valait rien. Il le toisait du regard, la bave aux lèvres, prêt à démontrer ce qu’on récoltait avec tant de sournoiserie. S’il voulait voir la sauvagerie d’un Terrien outré, alors il allait en avoir un aperçu amer. Il était prêt à répondre à tous les préjugés qu’on leur collait depuis que les étrangers étaient arrivés sur leur propre territoire. Il était prêt à l’effrayer pour de bon et à le dégoûter de sa vue pour le restant de ses jours. Il était prêt à sacrifier son image et l’opinion qu’on avait de lui si c’était pour le simple plaisir de flanquer une leçon à ce malotru.

Le silence perdurant, l’homme n’y tint plus. En l’espace de quelques secondes, les deux corps masculins se retrouvèrent à moins d’un mètre loin de l’autre. Les deux égos opposés se faisaient enfin face, aux yeux de personne sinon du monde qui les entourait. Le soleil était témoin de cet affrontement qui n’avait l’air d’être souhaité que d’un seul côté. Les lèvres du Skaikru étaient toujours scellées et c’était à peine s’il soutenait son regard. Il avait l’attention agitée, l’observation furtive. Il sentait ses yeux sur sa carrure épaisse, sur les muscles et les cicatrices qu’il avait accumulées au fil des batailles. Et lui que portait-il ? Où étaient les traces de son existence, de son action sur le monde ? Il avait une peau de bébé malgré la naissance d’une barbe. Malgré sa taille, il n’avait pas les résultats de longues journées de labeur. En atterrissant sur Terre, c’était comme une naissance et Isdès faisait face à une âme vide. Il en était convaincu. Il pouvait bien frapper pour deux. Il était même persuadé de pouvoir éveiller chez l’homme pacifique une pulsion primaire. Il voulait susciter chez lui l’envie d’agir, de se battre. Qu’il se batte pour ce qu’il croyait être, parce que lui ne voyait rien. Peut-être souhaitait-il que l’homme lui donne tort ? L’Athna n’expliquait pas réellement l’animosité qu’il ressentait à son égard mais il savait juste qu’ils devaient être là à cet instant précis. Cette confrontation devait avoir lieu et c’était à son rival de le comprendre maintenant.

Il resserra à peine sa prise qu’Atlas se décida enfin à réagir. Isdès crut déceler en lui une nouvelle lueur qui s’éveillait au fur et à mesure que le temps passait. L’échange de regard se mettait enfin en place et son visage laissait transparaître moins de crainte sinon plus de détermination. Derrière son attitude animalière, l’ombre d’un sourire carnassier apparut. Malgré l’autre, la distance entre les deux êtres se réduisait. Une poigne puissante vint enserrer son avant-bras pour qu’il lâche prise. D’abord récalcitrant, il dût se résoudre à libérer le vêtement maltraité. S’il n’était pas retenu, il aurait sans doute saisi sa gorge pour lui faire goûter la sensation de quitter terre. Mais partagé entre les moyens de lui faire face, il se laissa surprendre par sa rapidité. La seule façon de contrer une force aussi puissante et brute que celle de l’Athna était de jouer sur l’agilité et la surprise. Si Isdès était habitué aux réactions des Terriens, finalement conditionnées par leur façon commune de penser, il n’avait pu prévoir la réactivité de son adversaire. Un grognement anima la gorge du bestiau qui eut bientôt la verve coupée par une lame frôlant sa jugulaire. Il distingua l’accélération de son souffle, l’adrénaline qui agitait ses membres. Un homme, un vrai, se réveillait-il ? Mais contrairement à lui, la menace ne l’effrayait pas et il laissa échapper un rictus amusé, un ricanement guttural qui venait du fond de ses tripes. Il ne craignait pas la mort. Il l’avait trop côtoyée pour surestimer son influence sur son existence. Lorsqu’il était destiné à mourir, il le saurait.
Il ne bougea pas, exalté à l’idée de voir jusqu’où l’homme pouvait aller. Il le poussait dans ses retranchements et il savait que les limites ne s’arrêtaient pas là. On était toujours surpris de connaître les frontières de son être, les abysses qu’une âme pouvait atteindre avant que le corps ne décide de s’en sortir. Enfin, Atlas lui parla mais cette tentative d’apaisement n’accentua que l’expression moqueuse sur le visage d’Isdès. « Toi sortir menace et espérer pas t’en servir ? Toi lâche ? » A peine eut-il prononcé ces mots qu’il donna un coup violent du plat de la paume contre le thorax de son interlocuteur, lui coupant immédiatement le souffle. S’en suivit un coup de coude dans le nez, non pas pour lui fracturer l’os mais juste pour le surprendre et lui faire perdre l’équilibre. La lame vint rejoindre la hache au sol, instruments inutiles d’une rencontre violente. Elle ne serait fatale pour personne mais ça, Atlas l’ignorait encore. « Moi je te laisse le choix. » Il le regardait de toute sa hauteur, les poings serrés, la lueur meurtrière dans l’iris. « Tu bouscules pas être sans avoir conséquences. Ici, tout a conséquence. » Du bout de sa chaussure, il tapa le talon de la botte du natif du ciel. Il continuait d'exciter l’adrénaline qui avait pointé le bout de son nez. Qu’il prouve qu’ils étaient semblables et que l’instinct n’était pas seulement imputable au barbare qu’il était. Qu'il se montre tel qu'il pouvait être et Isdès le laisserait en paix. « Gon raun. »


Dernière édition par Isdès Hakantarr le Dim 22 Jan - 20:16, édité 1 fois

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06/02/2016 656 Ben Dahlhaus Schizophrenic (ava) ; anaëlle (signa) ; Oreste ♥ (gif) Cartographe & Apprenti manipulateur d'armes 14


Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Lun 12 Déc - 1:02


Isdès & Atlas

nos préjugés sont les barreaux de nos prisons


La lame d’acier glacée coupe court aux vociférations du Terrien. Le souffle d’un grognement s’étrangle au creux de sa gorge alors que ses yeux animés de démence remarquent l’éclat argenté de ton arme fragile. Conscient que le répit ne sera que de courte durée, tu réfléchis à vive allure. Que faire maintenant que tu le tiens en joue ? Tu n’es pas un guerrier. Tu n’es pas un combattant. Tu n’es pas un tueur. Pourras-tu réellement déchirer la jugulaire de ce colosse furibond s’il décide de te pousser à bout ? Certainement. Peut-être pas. Tu n’en sais rien. Maintes fois tu t’es imaginé vivre cet instant, à mi-chemin entre la vie et la mort, luttant pour ta survie à l’aide d’armes que tu maîtrises mois bien que ton adversaire. Maintes fois tu t’es vu, silhouette agile et assurée, te jeter sur la masse ennemie pour la déséquilibrer et l’achever. Maintes fois tu as cru sentir le sang étranger couler sur tes doigts solidement refermés autour d’une lame poisseuse. Mais la réalité ne correspond jamais aux fantasmes qu’on lui prête. Drapée de sa propre vérité, animée de sa propre volonté, elle déjoue tes pensées et te façonne un destin tout autre. Tes rêves de victoires faciles te semblent bien loin désormais. Ta survie n’est plus une notion illusoire dont tu peux repousser le dénouement encore quelques jours. Elle est l’enjeu actuel de votre confrontation présente. Et tu ne peux t’y dérober.

Ta main tremble, frémissant d’excitation et de terreur mêlées. L’idée d’avoir l’avantage sur ton adversaire nourrit les flux d’adrénaline qui se déversent dans tes veines. Mais ton incapacité à te servir de ton arme autrement que pour intimider le Terrien te paralyse. Tu ne peux mettre fin à ses jours. Derrière son apparente bestialité, il est tout aussi humain que toi. Ôter la vie à l’un de tes semblables ne te ressemble pas. Tu n’es pas un assassin. Tu n’es pas le criminel dont on t’a affublé de l’étiquette il y a déjà dix ans de ça. Et même pour te sortir de ce mauvais pas, il t’est inimaginable de réduire la boule de rage qui te fait face à l’état de cadavre immobile. Tuer n’est pas un geste anodin. Ce n’est pas un coup de trop, un mouvement imprécis, un regret qui s’efface. C’est une folie qui ne s’oublie pas, qui ne se pardonne pas. Ce sont des souvenirs qui hantent à jamais les meurtriers, ne leur laissant aucun répit, de jour comme de nuit. C’est un poids bien trop lourd que tu ne peux porter. Alors tes muscles se crispent, tes gestes se bloquent, ton corps tout entier oscille entre l’acte et le suspens. Tu transpires d’hésitation, et cela n’échappe pas à ton opposant. Sa gorge se libère finalement du poids de la surprise et lui permet de s’esclaffer comme il l’entend. Le ricanement léger se transforme en un rire rauque et empli d’une joie fade, malsaine. Tu ignores s’il rit de toi ou de la situation. La maigreur de ta lame semble ridicule, comme incapable de transpercer l’armure de sa peau. Tes gestes fébriles et maladroits trahissent ta qualité d’amateur. Cela fait pourtant plusieurs mois que tu as pris la décision d’apprendre à te battre. Tu as voulu te familiariser avec les armes blanches afin de pouvoir faire face à d’éventuels agresseurs. Mais si l’entraînement permet d’apprendre à manier une lame de petite taille, il ne permet pas de porter un coup fatal à coup sûr à une cible mouvante et coriace comme celle qui rit de ta faiblesse. La poitrine du guerrier cesse de se soulever au rythme de ses grognements moqueurs pour prêter attention à ta maigre tentative d’apaisement. A ta grande surprise, l’homme semble saisir chacun de tes mots, et en comprendre le sens. Mais cela ne suffit pas à apaiser sa soif de sang. Son sourire s’élargit un peu plus, son regard se fait plus hautain encore. L’espace d’un bref instant, tu aperçois ton image dans son regard brûlant de condescendance. C’est celle d’un lâche. D’un faible. D’un guignol qui agite un bâton dans le vent pour se donner contenance, mais qui s’en sert comme d’un jouet en plastique. Tu n’as pas su sauver les apparences. Le Terrien a reconnu en toi le petit ver invisible, tout au mieux gênant. A ses yeux, tu n’as guère plus de valeur qu’un monceau de poussière. Et le viril guerrier s’en moque ouvertement.

- Toi sortir menace et espérer pas t’en servir ? grogne-t-il. Toi lâche ?

L’accusation te frappe en plein cœur et le meurtrit avec force. L’imposant colosse ne te reconnaît pas comme son égal. Il te regarde de haut, rassuré par cette distance qui vous sépare. La conviction avec laquelle il se pense supérieur à toi t’affecte. Un court instant, tu es bien tenté d’admettre ta position d’infériorité. Cette vérité crue, tu l’as comprise il y a longtemps. Il y a deux ans. Mais tu l’as refoulée, refusée, jusqu’à aujourd’hui. Parce qu’on ne peut pas vivre en sachant qu’on est inférieur à ceux dont on foule la planète. Vous venez du ciel, mais n’êtes pas des moins que rien pour autant. Vous avez appris à survivre et à vous battre pour gagner votre place au sein de cet environnement hostile. Tu t’es raccroché à cette idée pour ne pas sombrer dans les tourments tentateurs de l’abandon. De la lâcheté qu’on te reproche aujourd’hui encore. Lâche, tu n’as jamais pensé l’être. Comme pour te le prouver, toi, le pacifiste, l’étendue d’eau calme et sereine, as pourtant décidé de t’essayer à l’art du combat. Une nouvelle corde à ajouter à ton carquois de survivant, un nouveau morceau de ton identité, encore en construction, d’habitant de la Terre. Mais ces armes, tu les as toujours vues comme une défense. Comme une barrière intimidante entre toi et un agresseur. Des lames suffisamment aiguisées pourraient dissuader un Terrien de t’attaquer, pensais-tu. C’était sous-estimer leur folie meurtrière et leur adoration de la guerre. Des caractéristiques dont tu étais pleinement conscient, mais dont tu as fini par oublier la dangerosité au fil du temps et des rencontres. Aujourd’hui, la cruelle vérité s’impose à toi comme une piqûre de rappel tardive. Peut-être trop. Il se pourrait que ton insouciance te coûte la vie.

Tu t’en rends douloureusement compte lorsque ton adversaire, fatigué de juger ta médiocrité, passe enfin à l’acte. Sans te laisser le temps de répliquer, il t’assène un violent coup au niveau de la poitrine. Le choc te fait reculer de quelques pas et te coupe le souffle. L’air, chassé brusquement de tes poumons, a du mal à retrouver son chemin au creux de ta trachée. Dépourvu de pitié, le barbare ne t’octroie aucun répit. Sans attendre que tu retrouves ton souffle, il profite de ta surprise pour enchainer avec un puissant coup au niveau du nez. Déséquilibré, désorienté, tu portes une main hésitante à ton nez endolori. Tout va trop vite. Les émotions s’enchainent les unes après les autres sans te laisser le temps de reprendre ton souffle, formant comme un brouillard impénétrable qui te donne le tournis. C’est à peine si tu sens tes doigts laisser s’échapper ta fidèle lame, seul rempart subsistant entre toi et le colosse enragé. Tes genoux viennent rejoindre ta lame au sol. Tu places ta paume valide contre la terre. Sa surface plane et tangible, promesse d’équilibre, est rassurante et t’aide à retrouver tes repères au-delà du tourbillon grisant. Lâchant ton nez qui pulse douloureusement sans saigner pour autant, tu oses un regard vers le ciel. Tes yeux hagards ne rencontrent rien d’autre que ceux du Terrien, dont le sourire s’est subitement effacé. Te dominant de toute sa hauteur, drapé de son écrasante supériorité, il te fixe sans ciller, sans broncher. Sa voix dénuée de joie te parvient à peine au milieu du silence qui se déchire dans le bourdonnement de tes oreilles.

- Tu bouscules pas être sans avoir conséquences. Ici, tout a conséquence.

Dans son anglais incertain, le guerrier tente de te sermonner. Comme si tu étais un petit enfant à qui on tente d’expliquer le fonctionnement du monde. Comme si tu n’étais qu’un imbécile ignorant tout de la vie. Comme si tu n’avais reçu aucune éducation, comme si tu avais été reclus loin de la société pendant ces vingt-cinq dernières années. Et effectivement, tu as passé la majeure partie de ta courte vie loin de la Terre. Mais tu as eu deux pleines années pour t’habituer à ce nouvel environnement. Deux années qui t’ont vu changer, évoluer, t’adapter, mûrir, découvrir, craindre et espérer. Les deux années les plus exaltantes et les plus instructives que tu aies connues. Et, bien que tu aies conscience qu’il te reste maintes choses à apprendre, ce n’est certainement pas de ce Terrien hautain et violent que tu les obtiendras.  Lui, qui s’improvise professeur et philosophe, semble l’incarnation même de tout ce que tu rejettes, de tout ce que tu détestes, de tout ce à quoi tu refuses de t’identifier un jour.

- Gon raun.

Ces deux derniers mots sonnent comme un glas à tes oreilles. Le Terrien a abandonné tout faux-semblant, et opte enfin pour les mots de sa langue natale. Étrangement, son intonation a changé, sa prononciation aussi. Sa voix s’est faite plus dure, claquante, glaciale, tonnante. Les mots sont taillés à même la roche et sont tranchants comme des rasoirs. C’est ainsi que s’expriment les Terriens, dans cette langue qui fait frémir et rêver à la fois. En retrouvant sa langue originelle, le barbare semble complet. Authentique. L’anglais lui donnait une dimension humaine, accessible, puisqu’il permettait de vous comprendre. Sans cette langue commune, vous n’êtes plus que deux ombres inconnues qu’on ne peut ni déchiffrer ni saisir.

Ces mots, tu ne les comprends pas. Le Terrien le sait. Il savoure cet écart qui se creuse davantage entre vous. Lui sait se battre, et toi non. Lui peut parler ta langue, et tu ne connais que trop peu la sienne. Lui est fort, et toi tu es faible. Et cette provocation par le langage, c’est la goutte de trop. L’océan est rempli et va déborder. Tu en as soudain assez de ce sombre déchet qui te prend de haut et te traite comme un petit être insignifiant. Tu n’es pas rien. Tu n’es pas un moins que rien. Tu n’es pas le frêle agneau que le loup croit pouvoir dévorer. Cet illustre inconnu ne sait rien de toi. S’il n’a pas peur de toi, il n’en va pas de même de tes camarades du ciel. Certains te craignent autant qu’ils craindraient cette bête sauvage. Tu inspires l’effroi par ta simple présence physique. Tu en souffres, mais aujourd’hui tu as décidé d’en faire une arme. La dernière que tu pourras utiliser face au golem couvert de cicatrices. Ne supportant plus le regard lourd de ton opposant, tu te relèves enfin, écarlate de colère. Tu te redresses de toute ta hauteur, le cœur gonflé d’un courage insoupçonné, contrôlant dangereusement une fureur sourde qui s’éveille enfin. Sans hésiter un seul instant, tu saisis le cou du barbare entre tes doigts, appuyant suffisamment ton étreinte pour l’obliger à te regarder droit dans tes yeux flambants de rage, mais pas assez pour le faire suffoquer. Cette fois, tes gestes sont précis. Tu sais ce que tu fais. Tu soutiens le regard noir de l’homme sans vaciller. Tu colles ton visage au plus près du sien, pour ne lui laisser aucune chance de fuir l’affront. Ta mâchoire crispée de fureur s’entrouvre à peine pour laisser filtrer les mots venimeux que tu siffles avec colère et mépris.

- Cette terre est aussi la mienne. J’habite ici. Alors arrêtez avec votre condescendance. Je n’ai pas peur.

Tu ignores s’il s’agit de le convaincre lui ou de te convaincre toi. Tu n’as pas le temps d’y réfléchir. La situation impose un passage à l’acte. Guère effrayé par ton couteau, l’étranger ne sera pas plus sensible à tes mots. Si tu ne parles pas avec les poings, aucun message ne lui parviendra. Prisonnier d’une rage aveuglante qui t’est étrangère, tu te laisses guider par l’adrénaline qui pulse nouvellement dans tes veines. Dangereuse manœuvre que de se laisser déposséder de son propre corps. Comme si tu donnais le contrôle à une âme guerrière et étrangère, tu laisses ton corps répondre à la violence par la violence. Presque dans un état second, tu réalises à peine que ton poing se crispe et vient frapper les côtes du barbare. Une fois. Un seul coup, sec, assuré. Ignorant la douleur qui s’éveille au niveau de tes phalanges, transporté par la vue du colosse replié sur lui-même, abdiquant enfin son rôle de dominant, tu te sens pousser des ailes démoniaques. Sans doute laisses-tu évacuer la colère que tu as accumulée et étouffée depuis des dizaines d’années. Tu acceptes d’en déverser une infime partie sur ce Terrien qui l’a bien cherché. Tu libères sa gorge de ton emprise en exerçant une dernière pression de sorte à l’obliger à ployer le genou à son tour.

- Ai live hir ! laisses-tu échapper dans un cri rauque. Et personne ne me chassera d’ici !



AVENGEDINCHAINS


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06/05/2016 Dandan/Sonia 250 Jason Momoa lux #demonkeur Garde pour sa tribu, il s'occupe aussi parfois des oiseaux messagers. 50


Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Mer 28 Déc - 15:41

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L’action avait été brève et l’assurance éphémère. Dès qu’Isdès s’était dégagé de son emprise, l’homme en face de lui avait de nouveau perdu toute contenance. Il semblait être à la fois surpris et certain que le Terrien réagirait ainsi. Peut-être croyait-il que c’était ainsi que tous réagissaient ? C’était sans doute le cas pour les Athnas qui n’avaient pas peur de combattre le mal par le mal, quelle que soit la forme qu’il prenait. Les Athnas avaient cette façon simple et sans artifice d’aborder les situations et chaque moyen était bon à utiliser du moment qu’il était justifié. A partir du moment où ils se sentaient menacés, il devenait normal de chercher à tuer. Avant même qu’il n’ait eu le temps de comprendre, le natif du ciel s’était retrouvé les fesses par terre. Sonné, il laissa ses doigts fins parcourir son visage pour vérifier qu’il ne lui avait rien cassé. S’il l’avait réellement voulu, il aurait pu. Il n’attendait que de voir les intentions de l’autre afin d’évaluer la portée de ses actes. Maintenant qu’il l’avait retrouvé, maintenant qu’ils se faisaient face à face, Isdès ne comptait pas lui tourner à nouveau le dos. Il ne prendrait que trop le risque de se prendre un coup par derrière. Il n’avait pas aimé la façon dont il l’avait regardé lorsqu’ils s’étaient rentrés dedans plus tôt. Il n’avait pas aimé la façon dont il avait regardé sa cousine Pikuni. Sa docilité à la tâche et son silence avaient été trop respectueux pour ne pas dissimuler quelque chose de plus vil. Il ne croyait pas à la bienveillance des 100 qui avaient trop à bâtir eux-mêmes pour vouloir se dévouer à une autre cause que la leur. Ils payaient les erreurs de leurs ancêtres qui, trop égoïstes, s’étaient exilé dans les cieux plutôt que d’affronter la dureté de la Terre post-catastrophe. C’était eux les responsables pourquoi les Terriens seuls en subiraient les conséquences ? Etaient-ils revenus sur Terre en quête de rédemption ? C’était une hypothèse à laquelle Isdès n’adhérait pas, tout simplement parce qu’ils avaient d’abord envoyé leurs plus jeunes cobayes au cas où, avant de descendre par eux-mêmes. C’était tous des lâches et les adolescents étaient des lâches d’avoir accepté sans se rebiffer d’être jeté en pâture. Isdès ne s’était jamais renseigné davantage à ce sujet, se contentant des rumeurs ça et là et des comptes-rendus de discussions que les siens avaient pu avoir à l’occasion avec quelques-uns d’entre eux. Le séjour chez les Pikunis avait également permis d’en savoir plus même si les 100 s’avéraient plutôt secrets. Isdès n’était pas dupe de cette modestie hypocrite, de cette réserve mensongère. Il était prêt à révéler le véritable homme qui se cachait en Atlas, et si toutefois il se refusait à se montrer tel qu’il était vraiment, alors à quoi bon vivre ?

Le guerrier lisait l’incompréhension dans son regard, comme si sa victime ne saisissait pas pourquoi il l’avait pris pour cible. Il le toisait des yeux comme si l’homme s’était simplement laissé aller à ses pulsions animales et l’avait choisi au hasard. Ne voyait-il pas combien ils pouvaient se ressembler ? Ne voyait-il pas qu’ils auraient pu être à la place de l’autre et que la situation aurait pu être inversée ? Ils étaient conditionnés par leur éducation mais Isdès avait bizarrement l’impression qu’ils auraient pu être faits du même bloc. Il lut dans ses yeux le dégoût quand il lui intima, dans sa propre langue, de se battre. Atlas n’en comprenait peut-être pas le sens immédiat, lié à la communication entre individus, mais il saisissait de toute évidence l’implication profonde de son ordre. L’expression de son visage trahissait toute la distance psychique qu’il instaurait entre eux deux : deux êtres que tout opposait donc. Alors que l’un incarnait la civilisation et l’avenir, l’autre représentait le retour aux sources et le passé. Isdès n’était que le reflet de ce qu’Atlas avait pu être autrefois ou même ce qu’il aurait pu être. Il taquinait son orgueil, il le savait. Il suscitait le rouge de ses joues, le blanchissement des jointures de ses phalanges au moment où il serrait les poings. Il aimait ça. La violence l’excitait, dans une certaine mesure, parce qu’elle était si authentique et si spontanée. Les gens soi-disant pacifiques, qui reniaient en bloc toute forme de confrontation, n’étaient que des couards qui refusaient de voir la vérité en face. La médiation n’était qu’une illusion de la réalité dont la révélation n’était reportée qu’à plus tard. Il lui ouvrait les yeux. Enfin, son rival se redressa et fut armé d’un courage soudain qui le poussa à attraper Isdès par la gorge. Face à face, les voilà désormais. Aussitôt, un sourire satisfait apparut sur son visage malgré l’étau qui se refermait autour de sa nuque. La douleur physique était quelque peu présente mais elle n’égalait pas le contentement d’apercevoir un adversaire à sa hauteur. Ils allaient se révéler l’un à l’autre. Parfois, chez les Athnas, les relations masculines commençaient par une bagarre. C’était ainsi qu’on jaugeait l’autre, par des provocations, par des coups, par les réflexes suscités par l’attaque. C’était la meilleure façon d’apprendre à connaître autrui. Et là Isdès avait un véritable aperçu d’Atlas, loin de l’homme à l’échine courbée qu’il avait rencontré. Quand il lui clama qu’il n’avait pas peur, le Terrien laissa seulement échapper un nouveau ricanement mauvais. Bien sûr qu’il avait peur, sinon il n’aurait pas hésité une seule seconde à lui sauter à la gorge. Il fallait qu’il lui prouve qu’il n’avait pas peur. C’était facile d’asséner les coups, mais ça demandait plus de courage de savoir les endurer. « Os... » marmonna-t-il, prêt à tout recevoir de lui.
Il s’ouvrait à lui, il s’ouvrait comme un véritable habitant de la terre qui était ancré dans le sol qu’on lui prodiguait. Il se servait des mains dont on l’avait doté pour les salir et les abîmer. Qu’il s’abîme lui-même comme il abîmerait l’autre et peut-être Isdès aurait un semblant d’estime à son égard. D’ailleurs pourquoi Atlas était-il en train de rechercher son approbation en rentrant ainsi dans son jeu ? C’est bien qu’il avait décelé quelque chose lui aussi, comme une incitation silencieuse à la découverte de l’autre par les moyens qui étaient aujourd’hui les siens aussi. Son poing vint brutalement se loger dans ses côtes en un seul coup bien placé. Le souffle de l’Athna fut coupé aussitôt et il dût reculer de quelques pas pour espérer reprendre de l’air. Il ne porta pas la main à l’endroit de l’impact, laissant la douleur envahir aisément le reste de ses membres. C’était bon d’avoir mal, on se sentait vivant. Et lui se sentait-il vivant ? Se sentait-il exalté en sentant la douleur sourde de ses phalanges qui avaient emprisonné une vie entière dans une emprise éphémère ? La force d’Atlas était surprenante, à vrai dire, et Isdès dut se baisser à nouveau pour essayer de reprendre ses esprits. Il y avait tant de colère accumulée, tant de non-dits qui avaient empoisonné son être. D’ailleurs, lorsque le natif du ciel reprit la parole, il le fit dans la langue à Isdès. Interloqué, il releva son visage vers le sien, attentif. « En’s joken radon. » Isdès fonça brutalement vers l’estomac d’Atlas, le cognant violemment tête la première dans le diaphragme. Il l’emporta à nouveau à terre, tombant lui aussi à la renverse. Il y eut un premier coup dans le visage, juste sur la pommette – c’était un des endroits les plus fragiles d’un corps humain. « Chon yu bilaik ?! Tel ai op ! Gon raun ! » Ils se comprenaient enfin. Enfin, un échange était en train de s’établir. Isdès l’attrapa violemment par le col et l’attira vers lui, prêt à lui donner un coup de tête, quand soudain...


Dernière édition par Isdès Hakantarr le Dim 22 Jan - 20:16, édité 1 fois

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28/05/2014 Partout et nulle part 1734 Nobody 39
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Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Mer 28 Déc - 15:41

Le membre 'Isdès Hakantarr' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


'Mésaventure (Terre)' :

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12/10/2014 Brimbelle 47074 Jessica Chastain Lux Aeterna Médecin / Herboriste 344
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Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Lun 3 Avr - 22:12

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06/02/2016 656 Ben Dahlhaus Schizophrenic (ava) ; anaëlle (signa) ; Oreste ♥ (gif) Cartographe & Apprenti manipulateur d'armes 14


Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Lun 10 Avr - 9:40


Isdès & Atlas

nos préjugés sont les barreaux de nos prisons


Des ricanements. C’est tout ce que tu obtiens. C’est tout ce que tu parviens à soutirer à l’animal dépourvu de conscience qui te fait face. Un rictus qui étire ses babines écumantes, un grondement sourd qui fait vibrer sa gorge. Aucune lueur de peur ne vient perturber l’assurance de son regard. Seule une étincelle amusée vient témoigner des sensations qui l’habitent. Le monstre n’est pas une coquille vide. Son âme n’est pas imperméable. Son cœur de pierre pulse de sentiments et d’émotions qui n’appartiennent qu’à lui. Des sentiments barbares et des émotions démentes. La peur et la crainte ne sont pas inscrites au répertoire de ses ressentis. Ce sont des sentiments qu’il inspire sans jamais ressentir. Des terreurs sourdes dont il se nourrit sans jamais les sentir gronder au creux de ses entrailles. Et c’est avec défiance que le sauvage te toise une fois encore. Ses iris incandescents et son rire satisfait ne sont que provocation. Et il te semble que l’entité dont tu enserres la gorge t’échappe encore un peu plus. Tu es incapable de le comprendre. Incapable de saisir ce qui l’anime, ce qui l’amuse ainsi, le plaisir qu’il prend à te voir ainsi te dresser face à son impitoyable supériorité. Vos enveloppes charnelles sont bien votre seul point commun. Votre ressemblance s’arrête à l’aspect physique de vos corps et de vos visages de guerriers. Vos âmes, elles, semblent ne jamais pouvoir se rencontrer. Comment cet être aussi violent peut-il s’apparenter à toi, le placide rêveur ? Comment dialoguer avec un homme qui parle avec ses poings quand ce sont les poèmes qui traduisent tes pensées ? Avant même que tes doigts le libèrent, le barbare est déjà loin. Hors de portée, comme il l’a toujours été.

La bête recule sous la force du coup que lui assènent tes fragiles phalanges. Quelques pas pour s’éloigner de toi, comme pour marquer la distance qui vous séparera toujours. Comme pour marquer le fossé qui vous empêche de vous retrouver. Mais même la douleur semble inapte à fendre sa carapace invulnérable. Rien ne peut fissurer cette forteresse de bestialité. Rien, jusqu’à ces trois mots que tu prononces dans un accès de rage. Trois mots issus de sa langue, et qu’il reconnaît aussitôt. Qu’il appréhende de façon immédiate, innée. Ces mots, c’est sa langue. Sa langue, c’est sa culture. Sa culture, c’est son identité. Et t’entendre l’usurper lui fait dresser la tête. Le loup est aux aguets. L’agneau a piqué sa curiosité. Pendant un bref instant, ce n’est plus comme un rival qu’il te regarde. L’espace d’une fraction de seconde, tu te hisses à sa hauteur, deviens son égal. Tu n’as pas le temps d’imaginer la suite. Tu n’as pas le temps d’entrevoir l’espoir. L’espoir que vous puissiez enfin vous comprendre. L’espoir que vous puissiez enfin trouver un terrain d’entente, une façon de communiquer. L’animal se retranche aussitôt dans sa sauvagerie bestiale. Ses lèvres s’entrouvrent sur des mots qui ne trouvent aucun sens, aucune signification à tes oreilles. Le murmure se perd dans l’air froid de ce lendemain d’orage, bien vite couvert par un mugissement de rage. Un cri de guerre qui accompagne l’assaut brutal du colosse infernal. Sans même se redresser, sans même te toiser avec arrogance, sans même daigner user de ses poings, le golem perd ses derniers traits humains. Le voilà qui, sans prévenir, fonce droit dans ta direction. Tu n’as pas le temps de réagir. Sans même comprendre ce qui t’arrive, tu sens la massive silhouette percuter ton corps pétrifié. La bête se jette tête la première sur sa chétive proie. La douleur naît soudain, comme par surprise, au milieu de tes côtes. L’onde de choc te parcourt de part en part, à la manière des secousses sismiques qui ont fait vibrer la Terre. Et puis une nouvelle douleur, plus claquante cette fois, au niveau de ton dos, alors que tu t’effondres dans la poussière humide. Le choc te coupe le souffle. Impossible de le retrouver. La masse de muscles te suit dans ta chute, et s’écroule brutalement sur ton corps endolori. L’instinct de survie prend le dessus. Alors que tu manques d’étouffer, que tu voudrais expirer l’air dont tes poumons sont vides, tu sens ton corps se tortiller pour tenter d’échapper à l’asphyxie. Avide d’oxygène, tu tentes de repousser ton assaillant. C’est ta seule priorité : respirer. Mais l’animal ne te laissera pas ce luxe. Son poing s’écrase sur ta pommette. Il te semble qu’il la réduit en miettes. Tu n’as pas rêvé, les os ont craqué. Toute fierté abandonnée, tu pousses un gémissement de douleur. Ta joue te chauffe, tes os brisés te brûlent. Le mal gagne impitoyablement toute la surface de ton visage, comme si tu avais été roué de multiples coups. Un seul a suffi à te faire baisser les armes. Perdu, sonné, tu n’es pas en état de réfléchir. Ta main se lève mécaniquement en direction de ta joue fracassée, pour s’arrêter à quelques centimètres au-dessus du sol où elle était plaquée. Le genou du guerrier tient solidement ton bras cloué au sol. Impossible de bouger davantage.

Le tonnerre t’extirpe des brumes de la folie. Les vociférations rageuses de la lourde bête qui t’écrase font douloureusement vibrer tes tympans. La désagréable sensation réveille quelque peu ta conscience. C’est de la fureur liquide qui s’écoule des lèvres du golem et s’écrase en pluie virulente sur ton visage ankylosé. Les mots sonnent comme des enclumes martelées avec acharnement et claquent à tes oreilles comme des fouets avides de chair. La colère gronde au creux de la gorge de celui qui n’a plus rien d’humain. La frustration alimente sa violence sans borne. Le colosse t’exhorte à lâcher prise, à te montrer tel que tu es – tel qu’il t’imagine. Il est décidé à ne pas laisser s’échapper cette illusion qu’il se fait de toi. Il est décidé à éveiller l’instinct primaire que ton enfance passée dans le ciel a tu et étouffé. Mais toi, tu n’en sais rien. Incapable d’exprimer clairement ses attentes, le sauvage ne parvient pas à se faire comprendre. Chacun de vous reste prisonnier de son univers, sans y laisser de porte pour accueillir l’autre. C’est la bestialité qui anime le féroce guerrier. C’est l’instinct de survie qui te dicte ta conduite.

Alors quand la bête te saisit brutalement par le col, tes mains se portent aussitôt à ses poignets, comme pour l’inciter à te lâcher. La boule de nerfs n’en fait rien. Elle te soulève du sol, ses yeux luisant de sombres tourments férocement plantés dans les tiens. Une fraction de seconde, son regard dévie. Où exactement, tu l’ignores encore. Le mouvement est subtil, presque imperceptible. La noirceur incandescente revient sans attendre dévorer tes pupilles dilatées. Puis le temps s’arrête. Les yeux noirs perdent de leur virulence pour se laisser imprégner d’une once d’incrédulité. D’abord fugace, maintenant tenace. Le regard troublé se déloge du tien, se laissant happer par quelque intrus bien plus captivant que ton corps fragile. La pression sur ton col se fait moins forte. Tu te sens lentement glisser en direction du sol. Surpris, trop sonné encore pour réagir, tu ne peux que retrouver brutalement ta respiration. Ton souffle est bruyant, et tu regrettes trop tard de le laisser s’échapper, certain que le râle va reporter l’attention du barbare sur toi. Mais ses yeux se plissent, ses sourcils se froncent, et ce n’est pas toi qu’il regarde. C’est autre chose. Quelque chose qui l’intrigue visiblement, et dont il n’arrive probablement pas à déterminer la nature. Le silence se fait autour de vous, vous enveloppant comme un brouillard assourdissant. Seules vos respirations saccadées viennent perturber la quiétude soudaine des ruines qui sont votre arène. Lentement, pesamment, le colosse se redresse, te rendant ta liberté. Et tu sens comme un souffle sur ton échine, un souffle de mauvais augure qui te fait frissonner. Tu te relèves lentement toi aussi, te retournant sans bruit en direction de ce qui t’a probablement sauvé la vie. Le regard du golem s’est perdu dans le tas de gravats devant toi, et s’est fixé sur un point précis qui retient ton attention à toi aussi. Une tache d’une blancheur cadavérique qui contraste douloureusement avec la couleur noire des pierres. Prisonnier de tes pensées, puis envahi d’une totale incompréhension, tu n’y avais jusqu’alors pas prêté attention. Difficile pourtant de passer à côté de cette main qui se découpe sur la fadeur du ciel. Interloqué, tu restes immobile quelques secondes qui durent une éternité. Tu hésites. Tu ignores quoi faire. Le mystère face à toi t’intrigue, le danger qui demeure silencieusement à tes côtés te repousse. Avec des gestes craintifs, tu te tournes vers le colosse immobile pour évaluer la menace qui en émane. Derrière son visage fermé, éternellement flanqué d’un rictus haineux, le guerrier n’a pas l’air d’en mener large non plus. C’est une main dangereusement inerte qui a interrompu sa déferlante de violence, l’arrachant peut-être trop brusquement à son combat gagné d’avance. Il se contente de fixer les doigts raides, comme si son regard mauvais pouvait suffire à les ranimer. Avec maintes précautions, tu t’écartes de lui, non pas pour fuir comme te le hurle ta raison, mais pour te rapprocher de cette main surgie du néant.

Tu gravis prudemment le monceau de cailloux acérés pour en atteindre le sommet. L’horizon s’efface derrière lui, emportant avec lui les réponses aux questions qui s’entremêlent et s’emmêlent dans ta tête. Tu ne parviens pas à ignorer le mauvais pressentiment qui prend forme au creux de ta poitrine. Ces doigts trop raides ne sont pas ceux d’une personne vivante. Mais tu ne t’en rends compte que lorsque tu croises les yeux vitreux de leur propriétaire. Son visage ne bronche pas alors que son regard aveugle croise le tien. Pas plus que ce qu’il reste de son corps raide, crispé dans une douleur éternelle. Tu te sens obligé de détourner les yeux. Tu ne supportes pas la vue de ce cadavre mutilé, barbouillé de son propre sang. Impossible de soutenir son regard mort, ses flancs déchirés, l’odeur du sang encore frais. Tu fais quelques pas pour redescendre, et te dérober à cette scène aussi saisissante que terrifiante. Mais ton désagréable pressentiment, lui, ne s’efface pas. Il persiste, et tu ne te l’expliques pas. L’esprit embrumé par le choc de ta macabre découverte, tu ne parviens pas à assembler les pièces du puzzle. Tu comprends sans l’admettre que le danger vous guette.





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Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Jeu 4 Mai - 22:45

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Les adversaires d’un jour s’entrainaient mutuellement dans la férocité de la rivalité. En cognant ainsi brutalement dans le ventre d’Atlas, Isdès n’avait pas calculé sa force. Il ne prêtait pas attention au fait que le natif du ciel n’était pas un combattant né. Avait-il seulement reçu un entraînement digne de ce nom quand il vivait encore parmi les étoiles ? Ils n’étaient pas des guerriers, loin de là, sinon pourquoi se seraient-ils enfuis vers les cieux ? Peut-être le corps d’Atlas n’avait jamais supporté le moindre coup, ni la moindre fracture. Le jeune homme était une statue immaculée qui n’avait pas encore subi les affres de son environnement. Alors, l’Athna ne le ménageait pas. Il devait comprendre à quelle point la vie était injuste, combien leur existence et leur survie n’étaient pas assurés ici-bas. Il ne comptait pas le tuer, pas maintenant, pas si vite. Il lisait bien dans son regard la crainte de l’autre, de l’inconnu. Il craignait certainement de ne pas en réchapper, mais il devait plutôt s’inquiéter de ce que cette entrevue particulière lui inculquerait. Quelque chose sans doute. Peut-être rien. Isdès n’était pas responsable du fait qu’il puisse ne pas aimer réfléchir. Après tout, c’était si simple de rejeter la faute sur le barbare et de ménager sa conscience. Il cogna sa pommette comme il cognerait son pire ennemi. Il sent l’os faiblir sous le choc, mais le garçon s’en remettra. Quel âge avait-il au juste ? Se pourrait-il qu’il se rapproche de son âge, comme un frère ? C’était étrange à croire mais plus Atlas se défendait, plus Isdès abandonnait tout contrôle et étrangement, plus il le considérait. Il commençait progressivement à entrevoir l’homme qui se cachait derrière cette stature discrète. Derrière l’homme silencieux et docile qui avait acquiescé à tous les ordres d’un peuple qui n’était même pas le sien, subsistait l’âme d’un survivant. Ses prunelles n’appelaient plus à l’aide, il était son propre soutien désormais. Ça, Atlas semblait l’avoir compris, c’est pourquoi il ne l’exhortait plus d’arrêter. Il encaissait, il rendait du mieux qu’il pouvait. Isdès n’avait le dessus physique seulement parce qu’il le dominait mentalement. Même les plus gros muscles du continent ne parviendraient pas à soulever un rocher si son esprit n’en était pas d’abord persuadé. Le fils Hakantarr n’avait pas toujours exhibé une telle carrure. Si dès l’adolescence, il s’était déjà montré plus grand et plus large que ses camarades, il avait dû d’abord comprendre à quel escient il pouvait utiliser cette particularité. Il n’y avait qu’un pas entre la différence et l’avantage. Malgré quelques kilos de muscle qui les séparait, Atlas était en tout point semblable à Isdès.

Les mains de l’homme piégèrent ses poignets afin de le dégager de son col. Cette proximité dérangeait ou il se doutait déjà de ce qui allait se produire. Atlas commençait à appréhender les gestes de son bourreau qui, lui, n’anticipait rien. Instinctivement, il s’emparait des bons membres pour l’empêcher de le blesser à nouveau. Satisfait au fond, Isdès redoubla d’ardeur et serra un peu plus sa prise. Leurs visages se frôlaient presque. La respiration saccadée de l’un pouvait facilement se mêler au souffle animal de l’autre. C’était une communion étrange, une connexion tacite qui était en train de se créer – bien qu’ils ne l’interprétassent pas de la même façon. À la manière d’un amant sur le point de succomber à la passion qu’ils ressentaient l’un pour l’autre, il se servait du corps de l’autre pour son propre avantage. Atlas n’avait plus qu’à en faire de même : se servir de la puissance de l’Athna pour le renverser, de l’épaisseur de sa carcasse pour l’étouffer. Mais alors que ce moment de répit se terminait et qu’Isdès s’apprêta à reprendre les hostilités, quelque chose attira son attention. Il suspendit brièvement son mouvement pour examiner du regard ce qu’il croyait avoir aperçu. Une main inerte venait réduire à néant l’idée que les deux hommes étaient seuls. Pourtant, il ne pensait pas l’avoir vu plus tôt. Lorsqu’Atlas esquissa un mouvement pour se dégager de lui, il ne broncha même pas. À son tour, il se redressa, ne prenant même pas la peine de retirer la poussière terreuse qui était venue se déposer sur ses vêtements. Partagé entre l’étonnement et la frustration d’avoir été ainsi interrompu, il laissa l’autre s’occuper de la découverte tandis qu’il récupéra sa hache. L’arme en main, il parcourut des yeux leur environnement, à la recherche de l’origine de cette main. À la mine dégoûtée qu’il arbora après être allé vérifier, Atlas confirma tacitement la présence d’un cadavre. « Taim ? » La question avait pourtant été simple, mais il n’obtint aucune réponse. Poussant un soupir exaspéré, Isdès le poussa de son chemin pour gravir à son tour les quelques ruines pour jeter un œil sur l’intrus décédé. Il ne reconnaissait pas son visage – du moins ce qu’il en restait. Il n’y avait rien qui puisse trahir son appartenance ou ses origines, mais il restait de toute manière tellement peu de choses intactes sur ce corps… Isdès toucha du revers de la main la joue du mort. Elle commençait déjà à revêtir le voile de pierre de la mort, mais la peau n’était pas totalement froide. Les plaies béantes qui avaient arraché son abdomen étaient tapissées d’un sang qui avait coagulé et qui ne fumait plus. Il ne venait pas de mourir. Ce qui aurait pu être rassurant s’avéra d’autant plus inquiétant : on venait de le déposer là et un cadavre, ça ne marchait pas tout seul. Aussitôt, l’Athna figea tout fait et geste. « Bis ste hir. » dit-il sur un ton étrangement calme et doux. Il tourna lentement la tête pour faire face à Atlas. Avait-il compris ? « Em lind em in kom nau. Ste ai yumi op. » Isdès le fixa intensément dans l’espoir d’y lire de la comprehension. Si une bête sauvage décidait d’avoir son dessert maintenant, autant ne pas se débattre seul. Se doutait-il seulement dans une forêt qui avait absorbé et assimilé de la radioactivité des générations durant, les créatures n’étaient plus forcément ce qu’elles avaient été. Si là-haut, ils avaient encore quelques bouquins sur la faune terrestre, le Skaikru pouvait totalement oublier ce qu’il avait lu. Ce qu’il redoutait le plus, c’était les prédateurs. Quelques proies avaient fini par développer des capacités de survie : elles s’enfuyaient plus rapidement, leur ouïe était plus aiguisée ou la pousse d’une tête siamoise leur permettait d’être plus à l’affût de la moindre menace. À l’inverse, les prédateurs avaient renforcé leurs caractéristiques de chasseurs : certains lynx pouvaient voir à des kilomètres à la ronde, les ours pouvaient arracher un membre d’un coup de patte aiguisé et les crocs de certains pumas s’étaient dédoublés pour ne laisser aucune chance à la proie dès la première morsure. Voyant qu’Atlas n’agissait toujours pas, Isdès finit par hurler : « Hon in shuda, yu branwod… » Il n’eut pas le temps de terminer sa délicate insulte qu’un félin lui sauta dessus par derrière. Sous la surprise, Isdès s’écroula au sol et lâcha sa hache. Elle atterrit quelques centimètres plus loin et comme si l’animal sentait la menace, elle bondit près de l’arme et grogna contre les humains, prête à attaquer de nouveau.

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12/10/2014 Brimbelle 47074 Jessica Chastain Lux Aeterna Médecin / Herboriste 344
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Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]
Sam 9 Sep - 21:03

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Sujet: Re: Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]

 

Nos préjugés sont les barreaux de nos prisons [ft. Isdès]

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