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le Jeu 21 Avr - 20:42
what we do in life echoes in eternity
grace & clive

✻✻✻ Une fois de plus elle s’est présentée, redoutée et pourtant familière. Presque miséricordieuse, elle a emporté leur capitaine en mettant définitivement fin à ses gémissements de douleur répétitifs. La faucheuse a laissé le corps sans vie aux soins des forbans attristés de perdre un ami, un frère d’arme. Les responsabilités d’un commandement qu’il n’a jamais véritablement souhaité ont été attribuées à ce second qui regrette déjà les faveurs de l'ombre chérie. La lumière l’éblouit, Nérée, et il lui faudra plusieurs semaines avant qu’il ne s’habitue à cette attention nouvelle qu’on lui porte. Les lègues de pouvoir sont toujours délicats, c’est légitime, et l’envie se lit déjà dans les regards de quelques ambitieux fripons. À vouloir voler trop près de cette lumière, ils se brûleront les ailes. Clive leur brûlera les ailes, car le nouveau capitaine songe déjà à se débarrasser de quelques têtes au prochain débarquement afin d’éviter une quelconque mutinerie. Paranoïaque ? Non. Simplement prévoyant. Couper le membre malade avant que le mal ne se développe et gangrène tout le corps fait partie des bases de la médecine, de la politique aussi.

Le soleil timide s’absente à l’arrivée des pirates sur le port calusa. L’agitation règne en maîtresse au sein du navire, tandis que Solomon, nouvellement élu second, s’époumone en hurlant quelques ordres rébarbatifs aux matelots désorganisés. L’euphorie de certains flirte avec l’humeur morne des autres. Le mélange est inapproprié et pourtant personne ne peut véritablement reprocher aux enthousiastes d’être ravis de retrouver la terre ferme pour quelques jours, quelques semaines. Reclus dans ses appartements, ce n’est que lorsque le navire est définitivement amarré que Nérée laisse la brise iodée du port l’accueillir. Welcome home, ou presque. Son regard détaché parcourt cette plage familière tandis que son coeur s’évade déjà quelques kilomètres plus loin, sur ces plaines qu’il n’a pas revues depuis une décennie. Serré, blessé, le palpitant s’agite sans que les humeurs confuses du capitaine ne puissent se lire sur son visage fermé, sévère. L’imagination s’emballe, tandis que les souvenirs se mêlent à quelques espérances secrètes. Clive, en partant dix ans plus tôt, a confié l’avenir de sa fille à l’unique homme qu’il a jugé digne de confiance. Docile, Achim lui a juré de tenir sa promesse et c’est le coeur lourd mais rassuré que Clive a tourné le dos à tout ce qu’il a pu construire et rêver. Si la confiance en cet homme ne s’est pas entachée,  le Pikuni craint pourtant que le temps n’ait effiloché cette promesse délicate. Le temps corrompt tellement d’âmes, dont la sienne. Où est passé l’homme droit et honorable ? Mort. Assassiné chez les Pikunis par cette maladie fourbe qui ne se développe pas comme elle aurait dû. Nérée a ainsi pu naître des cendres de Clive, et s’est encanaillé avec cette bande de flibustiers méprisables qu’il a su pourtant apprécier, adorer comme la famille qu’il n’a plus.

Une hésitation illégitime tord les entrailles du flibustier qui hésite à quitter les planches de son navire. Accroché à la rambarde, il surveille sans un mot le vas et vient de ses hommes. Certains se faufilent déjà sournoisement dans une taverne pour s’enivrer et retrouver ce tangage habituel qu’offrent leurs déplacements sur les eaux agitées; comme s’ils ne pouvaient se passer de la sensation étrange de ne jamais être le maître absolu de son équilibre. Les pertes d’équilibre, Clive les vit sans avoir besoin du ballottement de l’océan ou de l’ivresse de l’alcool. Parfois douloureuses, parfois gênantes, cette sensation de faiblesse n’a jamais été acceptée par le quinquagénaire. Trop fier, trop noble il refuse cette maladie supposée, cette vieillesse humiliante. Il n’a pas le choix. Pas cette fois. Déjà lassé par le spectacle Nérée s’apprête à retrouver son isolement, incapable de mettre pieds à terre, lorsqu’une couleur vive éveille son attention. Comme toujours. Années après années les chevelures de feu ont su attirer son regard, si bien que certains de ses compagnons d’infortunes s’en amusent à présent, sans pourtant connaître les raisons de la fascination du vieillard. Les raisons, il ne les leur dévoilera jamais. La vue vacillante, abîmée par l’âge, il plisse les yeux sans parvenir à déchiffrer les détails de ce visage, de cette silhouette qui déjà s’éloigne. Le coeur s’emballe, électrisé par une adrénaline nouvelle tandis que Nérée. Non. Clive trouve une motivation de quitter sa tombe mouvante. La filature est engagée, discrète, timide. Il veut juste voir son visage. Juste ça. Mais l’inconnue se défile, comme effarouchée alors qu’elle ignore sa présence. Elle l’ignore, non ? Jamais il ne parvient à croiser son regard. Et si c’était elle ? C’est probable. Les questions s’accumulent, s’entremêlent et plus il s’approche plus l’adrénaline le dope. Elle ne le regarde pas. Pas encore. Une main se pose alors sur l’épaule de la fuyarde tandis qu’un simple mot est prononcé fait résonner la voix rocailleuse du Pikuni. «  Grace… ? » Le souffle se coupe.  


✻✻✻
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le Sam 23 Avr - 19:00
La mer. Vaste étendue d’eau à laquelle je ne suis pas habituée. Ses clapotis particuliers me réveillent la nuit quand ils semblent endormir les Calusas pure souche sous cette berceuse qui se balance en va-et-vient de douceur. Ils me font peur, m’effraient, pour assurer une instabilité à laquelle je peine à m’habituer. C’est là les raisons de mes déplacements réguliers dans cette tribu adoptée pour suivre le père de Daario : le temps ne peut être accéléré pour laisser à l’aube de cette nouvelle existence la possibilité d’exister, de se mettre en place. Nouveaux lieux, visages différents, ambiance autre : les habitudes sont bouleversées par l’existence de ces vagues au large avec lequel ils jouent tous autant qu’ils sont. Les Calusas la laissent partir, venir, observent les marées montantes et descendantes comme si c’était un jeu, et déjà se contentent de s’envoler vers ces horizons dont les nouveaux mondes se dessinent péniblement au loin : on croirait qu’ils sont à la fois proches et loin de cette terre sur laquelle nous vivons, à moins que le mirage de l’étendue d’eau ne se joue de notre regard, nous faisant l’effet d’une illusion bercée par le large. Malgré tout, elle apportait quelque fois, comme une forme d’apaisement, à l’image de ces rivières de forêt que l’on pourrait regarder sans avoir jamais de cesse d’entendre l’eau ruisselée sur les rochers, laissant à la nature cette libre liberté de s’exprimer inlassablement. Comme une caresse au gré des doigts lorsque le filet d’eau s’en échappait, la mer apportait cette impression de légèreté tout en étant incontrôlable au venant du mistral. Et je perdais trop souvent ces pensées à chaque fois que je perdais mon regard à l’observer. Les bateaux revenaient du port et parfois demandaient un guérisseur pour observer les marins parfois des semaines durant à l’aventure, ou pour croiser ces lieux avec lequel ils effectuaient un peu de commerce. On ne savait d’eux que des histoires racontées dans les tavernes, parfois trop farfelues pour être crues. Parfois, ils remontaient au large pour se rendre chez les Athnas ou plus au sud pour retrouver les Pikunis et longer la rivière : un chemin de plus sur la route du commerce quand d’autres avaient la folie de filer tout droit vers l’inconnu sans jamais se retourner avant d’avoir trouvé de quoi renflouer leurs esprits et leurs cales. Dangereuse et inattendue, la mer en emportait plus d’un, mais les croyances Calusas portaient dans le retour à la mer, le passage vers l’au-delà. Les corps égarés dans les tempêtes ne seraient jamais coincés dans le creux de l’écume des flots et c’est ce qui rendait l’attirance pour cette étendue d’eau si fascinante : on finissait avec le temps par y prendre goût, ce pied en mer, l’autre sur terre. Enfin, pour ma part pas tout à fait, mais je les comprenais, ceux qui s’exprimaient avec des étincelles dans les yeux.

Me contentant pour cette fois d’observer, je promenais Daario contre ma poitrine dans la découverte de ses origines. Il ne se souviendrait sans doute de ces images formées dans son esprit où la mémoire n’en était qu’aux origines de sa formation, mais son organisme assimilait déjà le parfum iodé de celle qui un jour l’appellerait à revenir à elle comme son père : ce dernier, trop occupé dans l’entreprise de sa maison, n’avait peu de temps à nous accorder quand les nuages ne semblaient nuisibles à la poursuite des travaux. L’animation du port s’agitait à ce moment de la journée où les cargaisons se remplissaient dans les cales avant de laisser les bateaux s’en aller. De toutes tailles et de toutes les formes, de la plus petite barque au bateau long de quelques dizaines de mètres de long, ils étaient fièrement amarrés-là tandis que leurs propriétaires restaient sur Terre, la plupart dans leurs familles respectives. Ils n’étaient pas tous marins, bien au contraire, le métier n’en était qu’un parmi tant d’autres. L’observation de cette vie fut rapidement avortée par Daario agité par toute cette cacophonie : désireux de quitter les lieux pour retrouver un calme habituel, la plage en contrebas fut envisagée pour mêler bien moins d’agitation que près du port. Les pas sont avalés sans faire attention à l’entourage, qui finalement ne m’apporte aucune marque ou repère : je sais que la famille de Katelynn y vit en grand nombre, que Nova en faisait d’ailleurs partie, mais aucune tête ne fut suffisamment familière pour m’arrêter quelques temps. Daario déjà se laisse aller au calme à mesure que le bruit s’éloigne ; il me semble pourtant sentir une présence à proximité à laquelle je n’avais pourtant pas prêtée attention. Aucune inquiétude ne se glisse dans mon esprit cependant : les mercenaires Rahjaks ne sont pas les plus compétents dans le domaine de marine, il y a donc peu de chances que l’un d’entre eux ne se déplace par cette voie. J’entends pourtant les pas s’accélèrer à la même vitesse que les miens pour ensuite me sentir devancer ; ou plutôt… abordée.

Cette voix me rappelait des souvenirs, bien trop de souvenirs, pour avoir cette même sonorité, ce même ton. Il n’y avait pourtant qu’un mot de prononcé, ce pouvait être une simple coïncidence. Elle avait prononcé mon nom, cette voix masculine me connaissait. Qui pourrait savoir mon nom alors même que je n’avais aucun repère dans cette nouvelle tribu ? Mes pas s’étaient stoppés, dans l’attente d’une suite, d’une évidence pour assurer ou non ces idées à la perceptive illogique et fragmentée : certaines choses ne peuvent se produire ni arriver, puisqu’elles n’existent plus. Elles ne sont plus, ne se présenteront plus jamais à votre porte. Le passé ne peut se reconnecter avec le présent une fois sombré dans les abysses, il ne peut être ce qu’il n’est plus. Rayé d’un trait, marqué au fer rouge, c’est indéniable, il n’y a pas de retour possible, pas même de possibilités de le changer en cours de route. Pour savoir, comprendre, et marquer d’une confirmation le point d’interrogation formé. Je me suis retournée.
Et le miroir s’est brisé en mille morceaux.

Ce n’était qu’un mirage, qu’un fantôme du passé revendiqué sous les traits d’un songe d’une nuit d’été. Une folie d’antan, un parfum ravivant avec extase ces immatérielles choses passées qu’au fond nous ne saurions éradiquer de nos esprits éreintés. La fin devrait cesser d’être montrée du doigt, détestée, haïe. Sa fatalité devrait être observée comme un arc narratif d’un nouveau départ, d’une perspective de voir le monde sous d’autres formes, d’autres éventualités, au lieu de considérer la finalité comme la déchéance d’une vie alors que de multiples choix s’offrent face à ce qui autrefois n’aurait pu prétendre exister. Il avait été rayé de sa vie depuis longtemps, cet homme-là qui venait d’un revers de la main basculer deux vies avançant en parallèle l’une et l’autre. Les lignes parallèles sont faires ne jamais se rencontrer, envers et contre tout, et il l’a brisée, en créant une perpendiculaire entre elles qu’il a traversé comme on marcherait sur un pont entre deux eaux.
Entre deux existences.

Déjà, passé et présent se brisent entre eux, devant cette situation qui ne pouvait pas existée. Pas dans mes pensées, car la mort ne fait jamais revenir ses enfants à la vie. Ce n’est que l’expressif des démons revenus, ceux qui s’amusent à modifier sournoisement les visages des vivants avec des souvenirs du passé. La folie s’empare de mon être pour la laisser glisser sur un inconnu le portrait de mon père, mort depuis des années maintenant. L’imaginer en marin des mers quand toute sa vie il a été médecin est une idée des plus démentes n’est-ce pas ? Je ne suis pas la seule à me persuader folle. Le mirage m’a portant emportée sans un souffle, me le coupant littéralement quand le cœur s’est arrêté, dans un haut-le-cœur foudroyant. Seuls mes yeux pouvaient exprimer le chaos intérieur, horrifiée par cette vision chaotique. Cela ne se peut, cela ne peut être, me répétais-je sans cesse, jusqu’à l’épuisement de mon esprit renversé. Au mirage s’est ajoutée une lumière vive s’emparant de mon regard pour flouter tout ce qui se trouvait face à moi jusqu’à me faire perdre l’équilibre de mon propre corps. Une main s’est soudainement posée sur Daario pour le protéger, quand déjà mes jambes ne répondaient plus, se laissant affaisser sur le sol. Dun réflexe je m’agrippais à cet inconnu. Je pouvais en faire abstraction, pour penser à bien plus important que ma propre perte de conscience ; je ne pouvais pas perdre le contrôle, je ne pouvais pas, il fallait que je protège mon bébé de la chute, quitte à me blesser volontairement. Face à la panique de mes membres tremblants, je ne pensais même pas au paradoxe involontaire de demander de l’aide à l’investigateur des maux.
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le Mar 3 Mai - 22:15
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✻✻✻ Les regrets s’entassent au coeur de cette âme initialement aride, et forment peu à peu une jungle disparate où Clive se perd aisément. L’écho des doutes l’attire, le désoriente et le pirate se laisse bercer par la mélodie improvisée que forment ses suppositions et ses spéculations. Les expériences de pensée comblent les nuits raccourcies du migraineux sans jamais parvenir à panser cette plaie à jamais ouverte. Le coeur du Pikuni saigne, inlassablement ignoré par son propriétaire trop buté pour l’écouter. Trop fier aussi. Surtout. Jamais il n’admettra avoir eu tord. Jamais il n’acceptera d’avoir été stupide et irréfléchi. Sa maladie est réelle et s’il est vrai qu’elle ne se développe pas aussi rapidement qu’il l’avait supposé, elle se développe quand même. C’est obligé. C’est ainsi. On ne peut soigner tous les maux; la vieillesse est une maladie incurable et associée à ce cancer sournois, le cocktail est trop honteux. Inacceptable.

Le temps a ravagé le visage du marin, n’attendrissant pas ses traits déjà sévères. Quelques rides se sont accumulées sur son front; témoins de ses inquiétudes latentes. Son regard bleuté s’est terni, voilé par les années trop nombreuses qu’il a vu défiler. Nérée, il impose le respect et ses silences valent les plus grands discours. Rares sont ceux qui lui tiennent tête et seuls quelques amis proches ont le privilège de le charrier sans risquer la moindre réprimande. Ils se comptent cependant sur les doigts d’une main. Ainsi, lorsque le capitaine quitte son navire sans le moindre mot, aucun matelot ne se permet de l’interrompre afin de comprendre les raisons de sa spontanéité nouvelle. Ils n’osent pas. Cela ne les regarde pas. Hypnotisé par cette chevelure de feu, il initie une filature sans prendre la peine de jouer la carte de la discrétion. Inutile. Eblouit par ce soleil ambulant, il cherche seulement à découvrir son visage afin d’avoir une réponse simple à une question tout aussi simple : Est-ce elle ? Elle s’échappe. Elle lui échappe. La silhouette svelte se faufile aisément entre les différents individus, tandis que lui, dénué de délicatesse écarte avec force les empotés qui lui bloquent le passage. Quelques insultes sont sifflées à mi-mots, sans que le pirate n’y prête attention -pas cette fois. Ses yeux, jamais ne quittent cette silhouette supposée familière tandis que les miroirs se tournent vers un passé perdu, oublié. Une décennie s’est écoulée et Clive a été enterré. Aujourd’hui, il ne se reconnaitrait pas face au reflet que le miroir lui renvoie. Tant pis. Il ne cherche pas à se reconnaitre, il veut juste la reconnaitre. La poigne agrippe l’épaule frêle du mirage alors que la voix abîmée du capitaine interpelle déjà cette fille qu’il a abandonnée dix ans plus tôt. Un simple prénom, rien de plus. Un simple prénom, puis ce regard.

Electrisé par cette vision espérée puis redoutée, la main du père indigne relâche sa fille. Impuissant, il assiste au déferlement d’émotions sombres dans les yeux de Grace avant qu’elle ne perde l’équilibre comme écrasée par le poids de ces retrouvailles inattendues et sans doute inopportunes. Tout s’enchaîne trop vite. Les doigts de la femme s’agrippent désespérément au revenant qui réalise enfin la présence d’une troisième personne : un nourrisson.  Instinctivement, il tente de retenir Grace mais déjà une main se glisse subtilement vers cet enfant que la fragilité soudaine de sa mère risquerait de mettre en péril. Une chute est trop vite arrivée, et l’accident anodin se transforme facilement en drame. Alors que la Milderton semble a priori à nouveau stable sur ses jambes, le regard du Pikuni balaie en vitesse ces deux visages presque autant inconnus l’un que l’autre. Parce qu’au fond, il n’est plus qu’un étranger, un fantôme pour sa propre fille. «  Tu tiens debout ?  » L’inquiétude fait tinter la voix rocailleuse du flibustier d’une manière atypique, laissant une douceur sincère filtrer. Les mains usées du déserteur ne lâchent pas le poignet de la Pikuni. Comme pour la soutenir… Ou éviter qu’elle ne s’envole au premier clignement d'yeux. Fourbe, le silence s’installe invitant à sa suite un malaise désagréable. Peu habitué aux au revoirs, il l’est encore moins avec les retrouvailles et sa langue, l’idiote, peine à se délier. «  Je ne voulais pas t’effrayer. » Non. Il voulait uniquement s’assurer que c’était bien elle. Eternel égoïste, il revient du monde des morts et souffle impunément sur toutes les certitudes qui fondent le présent et peut-être l'avenir de sa fille. Les yeux du quinquagénaire se laissent alors distraire par l’enfant emmailloté par quelques couvertures qui cherche, malgré tout, à attirer l’attention. Aucun sourire ne déchire le visage de l’homme et pourtant, une fierté illégitime vient lui gonfler le coeur : il est face à un de ses petits-enfants. C’est non-négligable. Jamais il n’aurait pensé avoir cette chance. «  Je suis heureux de voir que tu te portes bien, c’est ce qui compte.  » Ce qui a toujours compté. Maladroit, il regrette déjà la spontanéité qui l’a poussé à venir à sa rencontre. Clive, s’il n’est jamais aussi spontané, c’est parce qu’il se débrouille mal dans ce genre de situations. «  Ton enfant semble plein de vie. C’est ton enfant, je suppose.  » Mécaniques, les paroles s’enchaînent sans qu’elles ne parviennent à le dépêtrer de ce gouffre dans lequel il s’enfonce. Nérée est bâillonné tandis que Clive vient de se libérer après dix ans de réclusion, renouant avec un passé qu’il s’était pourtant promis d’oublier. Le retour est maladroit. Pathétique.

✻✻✻
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le Mer 4 Mai - 21:13
Ce n’est qu’un mirage, qu’une illusion. Ce n’est que le pâle reflet d’une réalité perdue, un songe revenu à la vie, retenu depuis trop longtemps dans les méandres d’un inconscient encore plein d’espoir. On avait envie d’y croire, de s’imaginer que ce n’était pas un énième vagabondage de notre esprit calquant ses fantaisies sur une réalité bien ancrée dans les paysages Calusas. Il ne peut être là, il ne peut exister ; l’image ne s’assemble pourtant dans aucun souvenir emmagasiné par les années d’absence. Nouvelle, elle se dessine sur les traits plus tirés par le temps filant avec les bateaux au large, par un vent fluide et idéal. Une décennie les sépare, la femme s’est affirmée tandis que la grisaille a recouvert le châtain flamboyant de l’homme. Ses vêtements ne ressemblent aucunement à ceux d’antan : un parfait inconnu dont je connais à peine le nom, à peine l’identité. Qui est-il véritablement pour passer d’une vie à l’autre d’une entourloupe, d’un claquement de doigts sans crier gare ? Suis-je donc condamner à voir les hommes que j’aime s’échapper sans parvenir à les faire rester, pas même mon propre père ? Un par un, défile, disparaisse, revienne, Ozvan, Franklin, Papa, et bientôt Chavo ? Suis-je si effrayante au point de les voir s’en aller sans le moindre signe de vie durant des temps immoraux ? La question déjà s’échappe comme cet équilibre factice auquel je semble tomber de haut. Le souffle devient haletant, les membres ne veulent plus répondre, tétanisés face à ce qui se dresse sous mes yeux. Ce n’est pas possible, cela ne se peut. Nos forces se dressent en direction de Daario comme un réflexe de survie maternelle bien plus fort qu’une simple chute.
Respire.

Les méandres de l’inconscient s’estompent pour ramener le contrôle de mes membres. Respire. Les gestes de l’inconnu sont ignorés pour réaliser de la situation d’à peine quelques secondes où tout s’est perdu, tout a glissé. Me relevant, une main se glisse derrière le crâne de Daario comme pour le rassurer que l’incident n’est désormais plus qu’un mauvais souvenir. Il n’a guère eu le temps de comprendre ce que cela incombait, chose somme toute rassurante. Le souffle saccadé retrouve son calme apparent, accompagné d’un bref hochement de tête à l’encontre de celui qui a pourtant été bien reconnu. Une main demeure malgré tout en contact apparent entre eux, angoisse muette de l’autorité paternelle reprenant ses droits. Elle n’en a plus, c’est terminé, elle l’a perdue le jour de son départ sans préavis, le jour où malgré tout il a écaillé la fresque familiale, recouvert de peinture noire pour combler les trous délaissés. Pour masquer le manque, le vide creusé à son départ. Le regard vidé se ternit devant ce poignet tenu, puisqu’il ne sait se perdre dans ses yeux perçants. Le retour du passé dans le présent amène à sa suite son florilège émotionnel inattendu à un point où tout semblait s’effacer d’une note constante sans la moindre éraflure. La tornade s’abat au-dessus de nos têtes sans crier gare tandis qu’elle laisse ses nuages gris nous entourer d’une couverture épaisse mais froide. C’est ce qu’il a laissé sur le chemin en traçant sa disparition d’un creux dans le cœur, que personne d’autre ne pourrait combler. De père, de mère, nous n’en avons qu’un, qu’une seule pour nous guider dans la vie, les permettre nous rend orphelin, apporte ce sentiment d’abandon face à l’immensité du monde. Enfant, comme adulte, le sentiment demeure intact. Il ne s’estompe pas d’un claquement de doigts, il file, se défile, s’éteint. Et toujours la crainte de la perte, mais quand on n’a plus de famille, on vit avec. Sauf quand le présumé mort sort de son cercueil laissé vide. Que les faux-semblants l’accompagnent à sa suite, ils seront les uns après les autres rejetés, abandonnés dans un cachot jusqu’à obtenir une réponse satisfaisante. Pas de prétendues nouvelles pour tenter de masquer le malaise, pour faire semblant, pour faire comme si, comme ça. Une décennie ne se peut prétendre à une évaporation soudaine en dix secondes.

« Tu sembles bien portant pour un mort »

Le poignet se retire de l’emprise effectuée par le flibustier. Les fantômes ne reflètent que des images des défunts, ils ne sont plus réels, rien que des spectres errants. Il n’a pas besoin que je lui rappelle son appellation, son nom. Je sais parfaitement qui il est, il en a parfaitement conscience, il sait. Le visage demeure figé, terne, aucun sourire ne transparait sur mes lèvres, serait-ce cette lassitude qui déjà pèse ? Il ne revient pas, auquel cas nous nous serions vus dans la tribu Pïkuni, non pas ici. Il m’a seulement vue, je ne serai pas sortie aujourd’hui, aucun contact n’aurait été créé. Il n’avait pas l’intention de me voir. C’est un fait.

« Dix ans. Pas une lettre, pas un mot ou un signe de vie, rien pour combler le manque. Dix ans Papa. »

J’ai envie de le prendre dans mes bras, après tant de temps, c’est tout à fait normal. L’amertume, la rancœur pourtant demeurent intactes, le poids des années les entassant dans un coin jusqu’à faire éclater l’abcès avec le vide pour simple correspondant, faisant ricocher la colère contre son émetteur. La distance se creuse, tant physique que mentale : il ne me fera pas souffrir une fois de plus, c’est une promesse que je me suis faite. Aucune légitimité ne lui sera accordée tant qu’il n’y aura pas une once d’effort pour regagner cette place qu’il a brûlé, pyromane de son propre cœur.

« J'espère que tu as une explication plus convaincante que faire semblant de t’intéresser à moi »

Ces mots, aussi durs soient-ils, c’est lui qui me les a appris, m’a enseigné par des termes aussi douloureux et pourtant ô combien efficaces pour avancer et grandir. Il m’a endurcie, bien davantage que je ne l’aurais cru moi-même, à des proportions qu’il n’imagine certainement pas. Il n’aura pas d’accueil chaleureux, certainement pas dans des circonstances pareilles. Je suis prête à écouter ce qu’il a à me dire, si seulement il ne tente pas d’enjoliver, de relativiser par une courbette de côté pour dévier la situation gênante. Il l’a créée, l’a mise en place, en s’en allant pour réapparaître comme disparu, dans un nuage de fumée. Comme il repartira une fois de plus une fois les quelques fragments d’informations obtenues pour satisfaire sa curiosité. Puisque maintenant je ne suis reléguée à un rang bien bas, sans importance. Qu’il ait une bonne raison de s’expliquer auquel cas, car il ne saura rien. Ma vie, mes choix, ce que je suis devenue.
Rien que des larmes taries sur un visage de porcelaine craquelé.
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le Dim 3 Juil - 12:21
Spoiler:
Désolé pour la qualité très médiocre. Je peine à me remettre à écrire.  What we do in life echoes in eternity (Grace) 3729712410  

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✻✻✻ Le stoïsme habituel du flibustier est entaché par quelques émotions fourbes et ingérables. Le coeur s’emballe sans pourtant parvenir à dérider son visage fermé, glacé. Une fierté illégitime se mêle à une honte amplement méritée lorsque son regard parcourt cette silhouette à la fois familière et inconnue. Les secondes semblent devenir des heures et Clive, s’il pouvait, il suspendrait le temps pour profiter à jamais de ce tableau à l’allure idyllique. Tableau dans lequel il s’est volontairement exclu dix années plus tôt … Les regrets lui tordent les tripes mais la raison, comme toujours, impose l’ordre et le calme et fait taire ce trop plein de sentiments contradictoires. Inutile d’éprouver des remords ça ne changera plus rien. Clive est mort pour laisser sa place à Nérée. Ils ne peuvent cohabiter. Jamais. Farouche, la beauté sauvage se libère de cette main intrusive avant de laisser quelques reproches venimeux s’échapper. Prévisible. « Dix ans. Pas une lettre, pas un mot ou un signe de vie, rien pour combler le manque. Dix ans Papa. » Dix ans, oui. Il lui a fallu dix ans pour se faire oublier… Et un excès de folie, une simple inattention, vient de détruire en moins d’une fraction de seconde cette triste mascarade. Quel gâchis ! Le château de cartes s’effondre alors qu’il le pensait solide. Quel ingénu ! … Voila dix ans qu’il menace de s’écrouler… À chaque escale, malgré lui, son regard se perd et cherche cette chevelure de feu qu’il a abandonnée sans un mot. À chaque fois que son pieds touche terre, l’espoir inassumé de croiser Akim un verre à la main refait surface. Faussement indifférent, avec le temps il a appris à se mentir à lui-même. Pour se préserver. Pour la préserver. Jusqu’à aujourd’hui…  « J'espère que tu as une explication plus convaincante que faire semblant de t’intéresser à moi » Faire semblant de s’intéresser à elle ? Si seulement c’était vrai. Tout serait alors plus facile et il n’aurait pas commis l’erreur fatale de revenir d’entre les morts.

Un rictus étire difficilement les trait fatigués du pirate sans pour autant venir réchauffer ce regard froid, stoïque. L’amusement est absent, seule une espèce de satisfaction parvient à combler les trous de son coeur gelé. La satisfaction de découvrir une femme au caractère affirmé et à la rhétorique certainement acérée. Il n’en attendait pas moins. «  La seule chose que j’ai feint toutes ces années est mon désintérêt pour ta personne, pour notre famille. Rien de plus.  » Si les justifications sembles maigres, c’est parce que Clive n’a jamais envisagé de devoir en fournir. Jamais. Son futur semblait déjà tout tracé, il avait déjà un pieds dans la tombe, il n’attendait plus qu’on le force à y mettre le second. Ca n’est jamais arrivé. Du moins, pas encore. «  Je ne vais pas me confondre en excuses larmoyantes,  Grace. Le choix que j’ai fait à l’époque semblait être le meilleur, je ne pensais simplement pas jouer au trompe-la-mort si longtemps.  » 1 an… peut-être 2 maximum avant que la maladie ne l’emporte définitivement. Mais la maladie, ennemie fourbe, semble en avoir décidé autrement. Certains matelots s’amusent même à dire que la mort l’a oublié… Peut-être bien.  «  Je devrais être mort à l’heure qu’il est.  » Mort et oublié. Quelque part en mer. Quelque part sur terre, peu importe. «  J’ai fait une mauvaise estimation.  » Très mauvaise estimation… Mais si le mal ne semble pas se propager aussi vite que Clive l’avait estimé, il n’a pourtant pas disparu entièrement. Les maux de tête sont toujours présents, toujours atroces et lui rappellent quotidiennement qu’une épée de Damoclès est suspendue au dessus de sa tête, toujours plus menaçante.

Si les excuses larmoyantes ne sont pas à l’ordre du jour, elles sont pourtant remplacées par des justifications sincères. Les arnaques n’ont plus lieues d’être. Plus tout à fait. Car lorsque Clive joue les cartes de la sincérité, ces cartes il les choisi précautionneusement, et évite sciemment de révéler entièrement tous les dessous de son mensonge. Inutile de préciser qui l’a aidé à devenir un fantôme… « Lorsque je t’ai laissée, tu étais bien entourée. Tu avais ton mari à aimer, tu allais construire ta nouvelle famille… Tu n’avais plus besoin d’un vieillard bientôt sénile dans ton entourage.  » Personne n’a besoin d’un vieillard malade dans son entourage. Ca n’apporte rien hormis du malheur supplémentaire.


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le Dim 7 Aoû - 10:34
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